PAL
L'hippodrome de Pau, pour être situé dans un pays particulièrement pittoresque, ne mériterait pas une mention spéciale, si le groupe de véritables sportsmen qui ont élu domicile dans l'ancienne capitale du Béarnais ne donnait à ses réunions une physionomie tout à fait particulière.
lion nombre de sociétés de province donnent des prix aussi importants, beaucoup possèdent une installation aussi confortable et non moins bien comprise, mais aucune ne réunit un aussi grand nombre de fidèles véritablement passionnés pour le sport et, surtout, le pratiquant avec une égale supériorité.
Tous les membres de la colonie Paloise, qu'ils soient français ou étrangers,
SUR LE Tl'KF.
professent pour le cheval le même culte passionné, et, bien que les étrangers y possèdent la majorité, on peut dire que Pau est peut-être le seul point du globe où l'internationalisme s'expérimente intelligemment?
Avant qu'on arrive à l'union rêvée des Etats du monde entier, la société Paloisc réunit dans une entente complète des représentants de toutes les nations.
1 1 mmm,
Les Américains et les Anglais y fraternisent de longue date, et les Français qui aiment véritablement le sport sont accueillis par eux comme de véritables compatriotes, tant, il est vrai, que rien ne rapproche plus complètement les natures les plus opposées qu'une passion commune.
Les collectionneurs de timbres-poste, à quelque monde qu'ils appartiennent et quelle que soit la différence de leurs âges, peuvent soutenir d'interminables conversations sur leur spécialité. Il en est de même pour les fervents de l'équitaliou, et il n'est même pas toujours nécessaire qu'ils se comprennent complètement pour trouver un incontestable charme à des entretiens qui roulent invariablement sur l'objet de leurs prédilections.
Ils ne saisissent pas loules les finesses du dialogue, puisqu'ils ne connaissent qu'imparfaitement les idiomes employés par leurs interlocuteurs, mais ils savent que le fonds de la conversation porte sur ce qui les intéresse le plus profondément, et c'est suffisant pour qu'ils y prennent le plus grand intérêt; si les nuances leur échappent, le fonds les passionne.
Avec un public aussi sincèrement épris du cheval, il est naturel que les
On toise le» poneys pour le
courses soient religieusement suivies et que, quand la saison eu est tiuie, tous les dilellauli d'équilation qui ne peuvent chasser tous les jours le renard cherchent à utiliser, pour se livrer à leur sport favori, un terrain bien entretenu, qui se prête admirablement aux multiples usages que lui trouve leur inépuisable imagination.
Toutes les occasions et tous les prétextes leur sont bons pour y organiser des private meeting dont les programmes sont extraordinairement variés.
388 SLR LE TURF.
Les gentlemen de la Colonie en font lous les frais, à la lettre comme au figuré.
Ce sont eux qui figurent comme acteurs et règlent la note à payer.
Qu'un personnage de marque arrive à Pau, on organise immédiatement
WÊM4 ■--^w^x^i^^
quelque chose pour célébrer sa présence.
Un accident de montagne s'est-il produit, un incendie s'est-il déclaré à dix lieues à la ronde, vite une fête de charité au profit des victimes !
On évalue les frais, on fixe les cotisations et l'on va de l'avant.
Les sinistrés auxquels les recettes sont destinées n'y sont généralement pas de leur poche, et les organisateurs trouvent dans le succès la compensation de leurs débours, de telle sorte que tout le monde est satisfait et que les uus et les autres n'attendent qu'une nouvelle occasion de recommencer.
La variété des exercices auxquels tous ces messieurs se livrent dans ces
réunions supplémentaires est invraisemblable et montre à quel degré d'ayilité, voisine de l'acrobatie, peuvent atteindre des hommes jeunes cl bien conformés qui vivent constamment à cheval.
La légende des Centaures est au-dessous de la vérité.
Ces personnages fabuleux étaient soudés à leurs montures, ce qui dans une foule de circonstances devait être singulièrement gênant. Ils ont, eux, une autre liberté de mouvements :
lis montent et descendent dans le même instant, s'habillent sur leur selle,
transportent des fardeaux, véhiculent d'un point à un autre avec une vitesse vertigineuse les objets les plus fragiles et évoluent sur des chevaux miscroscopiques dans un labyrinthe de poteaux, à travers lesquels le petit Poucet en personne, malgré la précocité de son intelligence, aurait de la peine à retrouver son chemin même en plein jour.
La cavalerie qu'on utilise daus ces jeux est aussi diverse que ces exercices eux-mêmes — hacks et hunters y trouvent leur emploi, comme les chevaux de Polo.
Plusieurs y ont gagné une réputation durable, et le nom de French, l'irlandais noir du comte de Bari, qui malgré sa grande habileté de sauteur dut être
aballu après uue chute à Mari y, n'est pas encore oublié; d'autres virtuoses de l'obstacle, plus heureux, sont cités en même temps comme des sauteurs hors ligne et des macrobiles de l'espèce chevaline, tel tlie Major au comte
Jean de Madré, qui a pu jusqu'à l'âge de vingt-sept aus accomplir le parcours de steeple-chase de l'hippodrome palois.
Les chevaux ne sont pas seuls à conserver tardivement la possession de tous If leurs moyens.
Parmi les cavaliers qui figurent dans ces parades d'agilité, ou compte un cer-
Course aux œufs. r ° ' r
tain nombre de quinquagénaires qui ont gardé toute l'élasticité de la plupart de leurs mouvements.
Quand, ayant dépassé le milieu de la vie, on n'éprouve aucune hésitation devant un obstacle, on peut se vanter d'être au nombre des privilégiés : l'instinct de la majorité des gens qui ne sont plus dans toute leur fraîcheur
les porte généralement à éviter les occasions de faire une chute, dont la fâcheuse courbature sera forcément la moins grave des conséquences.
A l'âge de la grande souplesse, on se relève après les culbutes les plus violentes sans aucune sensation douloureuse, et, si le cheval a bien voulu attendre son cavalier, celui-ci se remet immédiatement en selle et reprend sa course sans penser davantage à l'incident qui s'est produit.
Il n'en va pas de même quand est passé l'âge de « toutes les audaces » .
Les vieux muscles qui se sont trouvés eu contact avec le sol en gardent toujours un fâcheux souvenir; la peau, telle une étoffe qui n'a plus que sa traîne, s'éralle plus facilement, et les os, qui manquent de moelle, se montrent infiniment plus friables : — telle précaution qui, prise par un homme de vingt-cinq ans serait le comble de la pusillanimité, n'est plus, pour un vieux monsieur, que l'indice de la plus élémentaire prudence.
1\ UACRCB1TE !>:■: LKSP1CE CHEVALINE
The Major à M. J. de Madré, à l'âge Ce tingt-sej t ans
I,e saul du cotitre-l