A LA SUCCURSALE DU TATTERSALL. — ROUTE DE LA RÉVOLTE
Qu'est-ce que rous faites dans cet Je le dirige, mon général.
l'EXTE DE l'LIt SJ.VC.
Là
C'est parfaitement exact.
Vraiment?
— Seulement vous confondez avec le pari mutuel.
— Vous n'êtes pas sérieux.
Pas quand on me récite des contes de
fées... »
Cependant un grand silence se fait : on vient d'introduire le Crack, qu'on place de façon que sa silhouette se découpe sur la plinthe de la tribune. Toutes les têtes se penchent vers lui, dans un examen à la fois attentif et respectueux.
Lui parait absolument indifférent à l'émotion qu'il produit. II arrive souvent que c'est précisément le moment où l'attention se concentre sur lui qu'il choisit pour lever la queue, écarter les jambes de derrière, et se vider consciencieusement.
On lit sur l'estrade la notice : « Rayon d'or II, né
en 189... par Fil de Soie et Escarhoucle, son père
gagnant de plus de deux cent mille francs d'argent
public; père de Luisant, de Voyeur, de Conquérant,
de miss Henriett, de Bouton d'or, et de nomhreux autres gagnants. Sa mère,
fille de Tardigrade, importée d'Angleterre, gagnante de plusieurs prix à deux
et trois ans, etc., etc. »
La lecture est terminée.
Un silence, et la voix reprend plus grave : « Nous avons marchand à vingt mille, m
Nouveau silence, un peu plus long et sensihlemeut plus profond, après lequel les enchères commencent.
« Vingt et un, cinq cents, deux mille, cinq cents, vingt-cinq mille, cinq cents, trente mille, cinq cents, trente, trente-cinq. » Les chiffres s'accumulent sans qu'aucun des enchérisseurs se fasse entendre.
Les crieurs seuls articulent le montant des sommes atteintes sans qu'il soit possible de voira quels ordres ils obéissent.
La plus humble des professions exige, par le temps de civilisation raffinée où nous vivons, des qualités poussées à la perfection ; les aptitudes comme l'agriculture doivent, pour obtenir un résultat rémunérateur, recourir aux procédés intensifs, et le coup d'œil des Peaux-Rouges devient de la myopie si on le compare à celui des modestes salariés qui sont chargés d'énoncer à haute voix les mises consenties par des mouvements de physionomie impercep- ~— tibles à l'ensemble du public.
— Messieurs, no cband a \ingt mille !
.. Quarante mille francs à gauche. » Aucun des spectateurs n'a perçu, malgré les plus grands efforts d'attention, le moindre sigue; pourtant l'enchère a été mise, et la preuve c'est qu'on adjuge.
En résumé, les moyens dout dispose un gentleman désireux de monter une écurie de course sont l'élevage, la réclamation, l'achat soit à l'amiable, soit en vente publique.
Une fois en possession d'une cavalerie suffisamment nombreuse, il ne lui reste plus qu'à trouver le moyen de l'employer utilement, et pour obtenir ce désirable résultat il lui faut exceller à la fois dans l'art délicat de la préparation et dans celui, non moins difficile, des engagements.
La préparation commence par le dressage, et se termine, pour employer le terme technique, par l'entraînement.
Les soins infinis, les précautions minutieuses à apporter dans la première partie de cette éducation dont le but est avant tout de familiariser le poulain, d'atténuer progressivement la crainte instinctive qu'il a de l'homme, ne sauraient être trop recommandés aux gens d'écurie chargés d'entrer les premiers en contact avec des animaux dont la sauvagerie résulte surtout d'une excessive pusillanimité.
C'est celte appréhension qu'il faudrait apaiser tout d'abord, et, malheureusement, les ignorants qui s'imaginent qu'il faut avant tout se faire craindre se rencontrent encore en trop grand nombre, et leurs brutalités laissent dans la mémoire des animaux qu'ils maltraitent un souvenir souvent ineffaçable.
On ne saurait trop répéter que le cheval est un animal essentiellement craintif, et que sa principale, pour ne pas dire sa seule qualité intellectuelle, est la mémoire.
Le cheval est un i
Bal essentiellement craintif dont un n'acquiert la confiano d'une persévérante dnucenr.
Ces deux points admis, il est facile de concevoir que les violences subies sont le point de départ de toutes ses résistances, de toutes ses défenses, qui ne sont en réalité que des ripostes aux mauvais traitements dont il se souvient, ou des parades à ceux qu'il prévoit.
C'est certainement parce qu'il aimait et connaissait à fond les animaux que La Fontaine a dit : « Mieux vaut douceur que violence » , car vis-à-vis des hommes, du moins pour certains, le secoud moyen est bien souvent le plus efGcace.
Les propriétaires qui tiennent à ce que le caractère de leur cavalerie ne
IS
soit pas exaspéré, doivent donc surveiller avec une extrême sévérité leurs premiers rapports avec l'humanité.
Pour l'opération infiniment délicate qui consiste à prendre au moment du sevrage le poulain à la mère, ils ne doivent employer que des hommes d'une douceur et d'un courage éprouvés.
La violence chez les gens qui affrontent obligatoirement ou professionnellement un danger quelconque n'est bien souvent qu'une façon de dissimuler un trac intense, l'équivalent des chants que les poltrons profèrent la nuit pour ne pas entendre la chute des feuilles mortes et éviter le tressaillement maladif que leur cause le moindre bruit inexpliqué ....
La mise du premier licol est une opération de la plus haute importance, dont la réussite ou l'insuccès peut inûuer de façon définitive sur toute la carrière d'un poulain : faite avec la patience nécessaire, après une série de caresses, de frôlements répétés autour des oreilles, de pressions légères sur le chanfrein et la ganache, elle aura donné assez de confiance au yearling pour qu'il ne redoute plus le contact de l'homme et n'oppose désormais aucune résistance quand il s'agira de lui faire porter un harnais plus compliqué; brusquée, réussie par surprise, elle lui laissera au contraire une impression souvent bien difficile à faire oublier.
Pour avoir voulu gagner quelques instants à la première tentative, on aura