INTRODUCTION
Le problème du vieillissement fait partie des grands problèmes de la biologie : dans son sens le plus général, il se confond même avec celui de l’évolution. Il représente, en effet, les modifications apportées par le temps à un système théoriquement isolé. Or, aucun système réel ne peut être isolé. Il est donc difficile de discerner le vieillissement proprement dit de l’action du milieu extérieur.
Le vieillissement est-il une Caractéristique de la vie? L'évolution cosmique nous donne l’exemple d’un vieillissement qui dépasse largement le simple cadre de notre biologie. Mais, à notre échelle, les expériences de vieillissement effectuées sur des éléments minéraux semblent limiter leurs possibilités d'évolution à une action du milieu extérieur (31) ou à une particulière instabilité nucléaire (radioactivité). C’est, au contraire, une instabilité de l'édifice macro-moléculaire (23) qui paraît à la base du vieillissement biologique.
I1 ne faudrait toutefois pas oublier les possibilités d'évolution de certains composés minéraux instables, comme les pyrophosphates sodico-magnésiens, dont les transformations irréversibles rappellent étonnamment la dénaturation des protéines (CHERBULIEZ, 19).
Un être vivant naît, vit et meurt. C’est comme un acheminement vers une mort inéluctable que se présente le vieillissement des organismes vivants. Mais, après la mort, le vieillissement continue encore à transformer la matière vivante. Ce serait donc ure propriété caractéristique, non de la vie, mais des édifices biochimiques.
Certains systèmes biologiques semblent cependant échapper à la loi du vieillissement. Mais ces exceptions peuvent n'être qu’apparentes : ainsi, la conservation pluriséculaire de graines ou de spores correspond simplement à une stabilité bien plus grande des édifices moléculaires déshydratés. D'autre part, les nombreuses et très belles expériences de biologistes comme ENRIQUEZ, WOODRUFF, MÉTALNI- KOFF, CARREL, etc, ont prouvé que, par simple division, la matière vivante pouvait se perpétuer indéfiniment, comme si une portion de l'être vivant (le germen) ne subissait pas le vieillissement. Mais le problème ainsi posé est trop complexe, et il nous oblige à préciser le sens du vieillissement au sein des êtres vivants où les synthèses et les dégradations incessantes provoquent un renouvellement dynamique constant des constituants biochimiques.
De-toutes facons, il est presque impossible de comparer le vieillissement de la matière vivante dans un organisme vivant au vieillissement matériel hors de toute cellule vivante : l’organisme est à même de lutter contre ce vieillissement matériel et son vieillissement propre représenté une résultante de tous les processus de dégradation, de réaction et de synthèse. Les mécanismes du vieillissement de la matière isolée interviennent sans, doute dans le vieillissement des organismes, mais les théories qui s’appliquent à ce dernier doivent tenir compte de tous les autres facteurs possibles : en particulier, tant que les processus de
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synthèse sont plus puissants et plus actifs gus céux du vieillissement, l’organisme
ne vieillit pas.
Toutes les théories proposées pour expliquer le vieillissement des organismes représentent un aspect intéressant du phénomène: usure des tissus, diminution des processus d'oxydation, accumulation de substances toxiques, diminution de . la perméabilité cellulaire, instabilité colloïdale, déshydratation et dénaturation du matériel protéique. On observe toujours à la base le processus normal de vieillissement de la matière vivante et une diminution consécutive des processus de défense de l'organisme contre l'accumulation de ces molécules vieillies (ou dénaturées).
L'étude du vieillissement du sérum sanguin peut nous éclairer sur le mécanisme du vieillissement des macromolécules biologiques. De plus, elle peut nous renseigner sur les processus de défense de l'organisme contre la tendance au vieillissement du plasma. Ce n’est pas sans raison qu’on assimile habituellement le vieillissement de l'organisme à celui du système circulatoire. Et ne pourrait-on pas considérer l’infiltration des artères et des artérioles (athéromes, athérosclérose) comme une résultante de ces modifications du plasma contre lesquelles l’organisme n’arrive plus à lutter ?
L'étude des modifications subies in vitro par le sérum aura donc le double intérêt théorique de nous apporter des éclaircissements sur le vieillissement de la matière vivante, en général, et peut-être sur les moyens de lutte dont dispose l'organisme in vivo. Û
Pratiquement, enfin, cette étude intéresse l’industrie des sérums thérapeutiques dont les difficultés de conservation sont une cause de pertes considérables. Il est également possible que les mêmes conclusions soient applicables au vieillissement d’autres matériaux biologiques conservés aseptiquement.