HISTORIQUE
Quel que soit le mode de conservation aseptique du sérum sanguin en ampoules, on voit tôt où tard apparaître un précipité blanc. Celui-ci est une des manifestations visibles des modifications certaines du sérum au cours du vieillissement.
, Alors que, sur les modifications physico-chimiques du sérum, on relève de nombreuses observations, la littérature est, au contraire, assez pauvre en ce qui concerne l'étude du précipité.
Ce précipité m'était pas pourtant passé inaperçu: il en est fait mention dans un certain nombre de publications touchant le vieillissement des sérums conservés.
OKER-BLOM (42) en 1900, S. BACHER (4) en 1924, L. PETSCHACHER (62) en 1925, KIYOTAKI (cité par BECHHOLD (6) en 1935), D. BROCQ-ROUSSEU et G. ROUSSEL (15) en 1933, W. KOPACZEWSKI (31) en 1938 signalent cette modification du sérum vieilli, sans se préoccuper de sa nature ni de son origine.
Seuls, A. ROCHE et F. MARQUET en France (1935) et KHABAS en URSS (1936) ont publié une analyse du précipité.
Il convient cependant de signaler que, dès 1900 (35 ans auparavant), Gabriel BERTRAND s'était intéressé à ce problème : travaillant à l’Institut Pasteur, il avait effectué l’analyse chimique du précipité. De plus, ayant fait l'hypothèse que les modifications observées étaient dues à l’action d’une diastase, il chercha à en prévenir les effets : se fondant sur ses travaux antérieurs concernant le rôle
des métaux et, en particulier, du calcium dans les phénomènes diastasiques, il eut l’idée d’inhiber cette réaction par l’addition d’oxalate pour éliminer le calcium. L'expérience a d’ailleurs justifié ses conceptions ; et, appliquée pendant de nombreuses années à l’Institut Pasteur, la méthode a fait ses preuves. Malheureusement, ces recherches ne furent pas publiées et, après un certain temps, on négligea de suivre la technique d'élimination du calcium dans les sérums thérapeutiques.
Nous ignorions donc ces travaux de M. Gabriel BERTRAND au moment où nous fimes nos propres recherches, en 1944. Ce n’est qu’au moment où nous publiions nos résultats [pli cacheté à l’Académie des Sciences, 1944 (45)], que G. BERTRAND rendit publiques ses découvertes (9). Et c’est pour nous une précieuse garantie que laccord entre nos résultats et les siens. Il a, en effet, constaté la présence de savons calciques d’acides palmitique et stéarique, de phosphates de calcium et de petites quantités d’autres substances (cholestérol, etc...).
Les résultats de A. ROCHE et KF. MARQUET (48) qui, jusqu'ici, sont les seuls connus, présentent, au contraire, avec les nôtres, des divergences que nous soulignerons. La eomposition du précipité isolé par ces auteurs était la suivante:
Cholestérol, 5,2 p. 100 des lipides.
Lipides totaux : 18,8 p. 100 .... Phosphore, 15,7 p. 100 des lipides. Azote, 0,61 p. 100 des lipides.
'SÉPES Cendres, 29,9 p. 100 du total.
Masidu 822 D, 100 eue a A te Calcium, 39,4 p. 100. Compositions des cendres ...... Phosphore, 9,4 p. 100. Carbonates, présence.
En conclusion, le précipité contenait principalement des phosphatidates de N calcium (— > 25) et des protéines.
Les travaux de KHABAS (28) ont porté sur des sérums conservés en présence de chloroforme. Peut-être ce fait explique-t-il les différences entre ses observations et les nôtres. Il conclut à la présence de grandes quantités de lipides, de matières minérales (cendres, 22,3 p. 100) et de très petites quantités de protéines (4,2 à 4,35 p.100). (*): j
Les modifications physico-Chimiques et immunologiques que subit le sérum en vieillissant ont bien souvent attiré l’attention des chercheurs. Ce sont tout d’abord les constantes physiques dont on a mesuré les variations au cours du temps :
— la conductibilité électrique diminue de façon assez sensible [G. BUGLIA (16), W. KOPACZEWSKI (31)].
— Ja tension superficielle s’abaisse de plus de 10 dynes/cm. [P. LECOMTE DU Nouy (35), W. KOPACZEWSKI (31)].
(*) Il nous faut ajouter un travail tout récent (1948) de M. KoPACZEWSKI et M. PIEITRE (32) qui apportent une confirmation à nos propres recherches : ces auteurs indiquent la présence, dans le précipité obtenu après 13 ans de vieillissement, de 36 p. 100 de savons de calcium et de 64 p. 100 de protéides.
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— Je pH, qui commence par diminuer légèrement durant les premières années, remonte ensuite et peut dépasser sa valeur initiale [W. KOPACZEWSKI (317 32)1:
— Je pouvoir moussant diminue nettement [F. TAYEAU (63)]. Toutes ces modifications sont liées à celles du système protidique et lipidoprotidique du sérum.
La plupart des techniques utilisables dans l'étude des protéines sériques montrent des variations importantes dans leurs grandeurs moléculaires (64, 67).
À l’ultra-microscope, E. SALEN (50) met en évidence la formation d’aggrégats moléculaires. Par ultracentrifugation, P. VON MUTZENBECHER (41) démontre la possibilité pour les globulines sériques de s’agglomérer, d’une part, et de se scinder, d'autre part en fragments de poids moléculaire très bas (35.000). A. ROCHE et J. BRACCO (47), par des mesures de pression osmotique, arrivent aux mêmes conclusions et insistent sur le rôle de la température dans l'orientation, soit vers la scission, soit vers l’agglomération.
Dans des réacticns d'interprétations plus délicates, W. KOPACZEWSKI (31), par la possibilité de gélifier les protéines sériques par l'acide lactique, trouve également des modifications touchant les dimensions moléculaires.
Les modifications des liaisons entre lipides et protéines nous paraissent spécialement intéressantes. À part un travail de M. MOUSSERON et H. HuC (40), montrant une augmentation des lipides liés aux globulines, tous les travaux sur ce sujet ont été effectués par M. MACHEBŒUF et ses élèves [DELAGE (20), TAYEAU (55, 56)].
Grâce à leurs techniques de délipidation, ils purent mettre en évidence un accroissement considérable de la stabilité des cénapses lipidoprotéidiques au fur et à mesure que le sérum vieillit. Le passage dans l’éther des lipides sériques nécessite une concentration en alcool et un temps de contact d'autant plus élevés que le sérum est plus vieux. Le même phénomène se produit vis-à-vis du décollement des lipides par les savons, du décollement du cholestérol par les saponosides.
Les réactions sérologiques et immunologiques sont également modifiées au cours du vieillissement. Or, on sait le rôle joué par les cénapses lipidoprotéiniques en immunochimie. Il est donc possible de trouver un lien entre ces diverses modifications. Rappelons l’ins:abilité du complément, l'augmentation de la floculabilité dans certaines séro-réactions [ A. VERNES (57), R. DOURIS (21), À. BRETON (13),-etc..:l:
I1 peut être utile de comparer l’action du vieillissement à l’action du chauffage sur le sérum : alors que, dans certains cas, ces deux facteurs semblent agir dans le même sens (le chauffage à 55° accélère les modifications ultérieures du sérum conservé, diminue l’extractibilité des lipides par l’éther en présence d’alcool (39), détruit le complément, etc...), on a souvent remarqué, au contraire, qu’ils ont des effets opposés : V. HENRI (25), A. ROCHE et J. BRACCO (47), P. VON MUTZENBECHER (41) montrent que le chauffage tend à grossir et agglomérer les molécules protéiniques, alors que le vieillissement à froid aurait plutôt l'effet inverse. A. VERNES (57), R. DOURIS (22), par leurs réactions sérologiques, trouvent également des modifications inverses.
Si toutes ces modifications du sérum ont généralement été interprétées comme des dégradations physiques irréversibles du système colloïdal, nous devons faire une place spéciale aux transformations diastasiques possibles au sein du sérum, qui pourraient les expliquer pour une grande part : rappelons qu’une telle hypothèse avait été faite dès 1900 par M. Gabriel BERTRAND bien avant que l’on ait mis en évidence les systèmes diastasiques du sérum. C’est à E. LE BRETON
et J. PANTALÉON (33, 34) qu'on doit l'étude de l’action lécithinasique ét cholestérolestérasique du sérum. Ces auteurs ont montré que le sérum isolé et maintenu à 37 degrés subit une hydrolyse progressive de ses phosphatides, tandis que les äcides gras libérés se fixent sur le cholestérol libre grâce à la cholestérolestérase de SPERRY (53, 54).
Nous verrons quel rôle on peut attribuer à ces diastases dans les modifications observées au cours du vieillissement du sérum.