EN SOUVENIR DE NOTRE BIGORRE
Seigneur, un poids m'écrase et je cherche la Foi, Est-ce du plomb, du feu, de l'ombre, dis-le moi ? Seigneur, je n'en peux plus. Mon âme est trop chargée ; Seigneur, Seigneur, par Toi, sera-t-elle allégée ?
On te dit bon. J'ai lu cela dans les écrits Saints, et ton souvenir est doux à la souffrance, O Seigneur. Mais ta mort, ta divine clémence Pour ceux qui n'ont point su, dont la rage, les cris Ont terni la beauté de tes calmes paroles. Le clair espoir semé dans tes vivants symboles. Tout cela n'est-ce pas un rêve enseveli ? Est-ce possible, enfin, — si la légende est vraie — Que ton crucifix soit par des crachats sali Et des lys d'innocence étouffés sous l'ivraie î
Je ne sais pas, Seigneur, et je voudrais savoir !...
Des ronces m'ont blessé, je traîne sur la route Les énormes boulets que m'a forgés le Doute. Laisse-moi m'endormir. Seigneur, quand vient le soir Je sais bien que tu tends aux condamnés, aux veuves, Aux gueux, la coupe d'or où ruisselle ton sang Et que ton sang, ô Christ, ranime et fait puissant L'homme ou l'enfant pliant sous le choc des épreuves.
Hélas ! je ne suis pas juste !... Et pour être tien Il faut plus qu'un baptême, il faut plus qu'un martyre., La Foi, donne-la moi. Seigneur, je me retire Au fond du Temple, car je suis un plébéien !
Devant ta Majesté, que gardent les étoiles. Je m'avance. Seigneur, nu, j'ai quitté mes voiles. Ton calvaire me hante et je me sens frémir D'une joie inconnue, ô Christ, car ma souffrance Monte vers l'Infini, qui ne peut plus blêmir Puisque ta Croix l'éclairé en sa magnificence.
Prends mon âme et mon corps. Prends aussi ma raison Mes rêves de Beauté, mon fardeau de tristesses. Seigneur, prends mon orgueil, mes pleurs, mes allégresses, Je veux entrer, vêtu de bleu, dans ta maison.
Si dans ton Paradis je porte peu de choses, Pardonne-moi, Seigneur. — Je sais, la pauvreté Te plaît- on nous l'a dit — et le parfum des roses Est moins pur, à tes yeux, que notre humilité !
Dieu suprême, veux-tu m'éblouir d'un miracle, Eviter à mon cœur l'inévitable heurt De la Tentation ?— Ouvre ton tabernacle. Enveloppe d'azur mon âme qui se meurt.
L'Orgueil viendra troubler ma misère ou ma gloire.. Laisse-moi me mêler à tes blanches brebis. Me plonger dans la source oîi mon âme veut boire, Seigneur. Je ne suis rien : je suis ce que je suis !
Poème dit par Henri Valhel.
Au C*' et à la C'"*' Bertrand d'Jramon.