‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 13 sur 63 · LA VIEILLE FILEUSE · texte numérisé non relu

LA VIEILLE FILEUSE

Martha — la fîleuse — chemine Parmi les lins de la colline Que l'or du couchant illumine.

Mais le lin souple aux fleurs d'azur, Tout imprégné de clair-obscur, N'attire plus son regard pur.

Voici cinquante ans qu'elle file Pour tous les heureux de la ville, Le jour, la nuit, d'un doigt agile.

Elle est lasse d'avoir aimé...

Son cœur naïf s'est consumé Sans avoir avoir eu de bien-aimé.

Et, pénétrant dans sa demeure, Où l'ombre, doucement, l'effleure.

Devant son rouet elle pleure.

Et le chagrin qui la poursuit Fait plus funèbre cette nuit Lourde de silence et d'ennui.

Mais soudain elle se redresse Avec une horrible allégresse.

Et c'est son linceul qu'elle tresse.

Hélas ! trop rude est son effort, Près du rouet elle s'endort.

Sans souci du fil qui se tord.

Mais le jour clair l'a réveillée Et son âme est émerveillée...

Un fantôme a fait sa veillée.

Le rouet tourne, tourne fort...

Et Martha reconnaît la Mort Qui lui sourit et qui l'endort...

Le linceul fini, la fileuse Morte y repose, bienheureuse N'ayant plus à peiner, la gueuse.

Et l'amour qu'elle avait rêvé,

Son Destin étant achevé,

Aux champs bleus, elle l'a trouvé.

Poème dit par Mademoiselle Marcelle Authclair^ au théâtre du Parc.

A Robert Montfort.

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