‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 16 sur 63 · LITANIES AU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LITANIES AU PRINTEMPS

Vers toi, Dieu de la joie éternelle, je vais, Prends en pitié mon cœur et mon être mauvais,

Fais-moi, si tu le veux, une âme toute blanche Et que je puisse boire au cœur d'une pervenche

Les larmes du matin et les splendeurs du soir... Sur le seuil de ton Temple, oh ! laisse-moi m'asseoir ;

Je veux aimer, sentir, une fois, la caresse

Que tu donnes au monde, au ciel en allégresse.

Oh 1 connaître l'oubli de son stérile effort, L'oubli de son angoisse et l'oubli de la Mort !

Chanter, croire à la vie et détruire son doute. Espérer que la Paix est au bout de la route...

Sur la glèbe, la mer, les murs de nos cités, Au renouveau d'avril, tu jettes tes clartés

Ta lumière élargit les prisons et l'espace, Les plantes et les flots réfléchissent ta grâce,

Les pierres du chemin, les brises et les nids. Tout s'unit à ta Gloire, excepté les maudits !

Prends en pitié le cœur de l'Homme qui soupire Alors que la Nature entière est en délire,

Alors que les grains d'or ont jailli du sillon Et qu'une aile de plus s'ajoute au carillon,

Au carjllon rythmant pour chaque destinée Des strophes d'infini, douce voix surannée

Que l'on n'écoute plus et qui brise sa tour Pour jeter, à tout vent, sa prière d'amour...

Printemps, le cœur de l'Homme est sec dès sa naissance Oh ! fertilise-le en jetant ta semence,

Qu'il puisse, tel un lys sur le lac de cristal, S'abandonner au pur baiser de Floréal,

Qu'il sache le " Manéy Thécel, Phares^'" des choses, Oh ! fais épanouir dans ce vieux cœur tes roses,

Mais qu'il ignore aussi qu'il lui faudra mourir, Un soir, après avoir vieilli, sans assouvir

Son besoin d'impossible et son désir de rêve... Donne à ce cœur qui rampe une aile — qu'il s'élève !

Tire-nous de la boue où notre chair pourrit, Fais-nous ressusciter puisque tout refleurit.

Puisque tout chante et vibre et respire et flamboie. Puisque l'Ombre, elle-même, a sa part de ta joie.

Verse tes rais vermeils dans le verre d'un gueux, A l'aveugle qui cherche, enfin, ouvre les yeux,

A tous fais l'âme neuve et douce et sans démence, Printem.ps, roi de l'Amour et Dieu de l'espérance;

La Terre ne meurt pas, ton éternel effort

La rend belle et, toujours, plus forte que la Mort,

Nous voulons, avec Elle, éprouver cette ivresse, Eperdûment vibrer sous ta sainte caresse.

Afin que, sans regret, nous attendions le soir Où nous achèverons la route de l'Espoir.

Poème dit par Henri Valbel de /' Odéon.

A Charles Chaumet.

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