L'ARYEN
— Entre dans ma maison. Assieds-toi, bois et mange; Sois heureuse, ce soir, sous le toit du berger ; Je veux qu'un peu de joie à ton pain se mélange, Car le pain est souvent amer chez l'étranger, Mais, dis, où t'en vas-tu, toi, si triste et si belle ?
J'ai répondu : "— Seigneur, reconnais mon destin: Je suis juive et je vais vers l'Ouest. Je suis celle Que chasse l'Eternel sur des routes sans fin...
Le berger m'écouta parler, sans défiance. Comme autrefois Jephté, j'exprimais la douleur D'être pure et promise à la Mort, sans défense... Alors, Il découvrit, devant mes yeux, son cœur
Et je ne compris pas... L'homme était bon, sa face S'éclairait d'un rayon qui m'était inconnu, Il me quitta, sachant l'âpre orgueil de ma race, Et, seule, je pleurai de l'avoir méconnu...
Et, quand vers l'oasis dont révent nos misères, J'allais m'acheminant, j'appris d'un claque-dent Que mon hôte était né sous un ciel d'Occident, Sur un sol où le Maître et l'esclave sont frères 1
A Marcelle Authclair