DEPART
Le train a démarré. Penchée à la portière, Ma compagne regarde et, sous chaque paupière, Elle cache des pleurs : nous sommes encor deux, Mais l'ombre de la mort pèse sur nos adieux.
Lorsqu'elle a disparu, je déserte la gare Et j'erre sur les quais oii la nuit m'accapare ; Je me retourne : Orsay montre ses deux cadrans D'horloge, mornes yeux que semble user le temps.
Mais je dois oublier et retrouver la vie. Notre âme par l'angoisse est trop tôt asservie. Luttons ! Un calme ciel se baigne dans les flots Du fleuve... Pauvre diable, étoufl^e tes sanglots.,
Elle est partie et tu demeures seul. La Ville T'apparaît monotone, émouvante et fébrile ; Elle ne peut dormir et son activité Oppose à la ténèbre une fausse clarté.
Comme Elle, dans ton cœur que la souffrance ronge, Allume les flambeaux que nous prête le songe, Et fais du cimetière où gît le souvenir Un décor de bataille où tu sauras mourir !
io8
Pour Lily et facques