‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 30 sur 63 · LE CŒUR DE LA MERE · texte numérisé non relu

LE CŒUR DE LA MERE

Aux lueurs fauves du couchant, Dans le cimetière tranquille, On a fait un trou dans l'argile Pour ensevelir son enfant...

C'est un soir d'Eté. Le silence Plane sur les massifs brûlés Et les vieux cyprès accablés Respirent la désespérance.

La mère, près du trou béant, Se traîne à genoux et réclame, A la Meurtrière sans âme, L'âme blanche de son enfant.

Mais la terrible taciturne,

Dont rien ne peut fléchir l'orgueil,

Défend de sa faux le cercueil.

Elle est sourde au sanglot nocturne.

Alors, hurlant à la douleur, La Mère, que mord la détresse.

Trouve des ongles de tigresse Pour se déchiqueter le cœur !

Et le sang rouge, goutte à goutte, Pénètre jusqu'au fond du trou, Tandis que, tout près, un hibou, Sous son aile de deuil, écoute.

Or, comme un roseau que le vent Veut briser. Elle s'est penchée ; Et, sur la fosse de l'enfant.

Lourdement, elle s'est couchée.

Sa bouche est close. C'est fini.

Mais aussi morte est sa souffrance ; Et le noir couteau du silence S'enfonce au cœur de l'infini.

Poème dit par M"* Jeanne Dumas.

ii6

A Roger Pénau

Page 1