‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 36 sur 63 · DANS LA LANDE · texte numérisé non relu

DANS LA LANDE

Dans la lande, le vent fait courber les ajoncs, L'Océan pleure et chante et l'Ouest agonise, Un rayon incendie et la grève et les troncs Des sapins ; sur les rocs, une lame se brise.

Je revis l'heure chaude où, sans user de mots, Nous sentions palpiter le coeur du crépuscule, Dans les flancs du ravin, dans les arbres, les flots, Dans l'ombre triomphant du soleil qui recule.

Ah ! qu'il est bon d'aimer une âme, quand le soir Descend sur la mer bleue, exquise et monotone. Et comme, au cœur malade, est émouvant l'espoir D'une vierge aux yeux clairs qui, sans regret, se donne.

Tu n'es plus là, mais je te vois et je t'entends. Parle et marche parmi les touffes de bruyère, Tout mon être est encore ivre de ton printemps. Et j'ai fait, grâce à toi, quelques pas en arrière.

L'amour est une halte au sentier de la Mort. Et près de Toi, j'ai su retourner vers la Vie, Vers la Jeunesse où l'homme-enfant croit à l'effort Et s'assied à la table où le ciel le convie.

Les voiles du futur masquent des guet-apens. Qu'importe ! Tu m'as dit m'aimer et tes tendresses. Se mêlant à la voix de la mer et des vents. M'ont coulé dans le cœur d'effroyables richesses.

Sois bénie et, tous deux, allons vers la Beauté ; Mais, si je dois te perdre et revivre mon Doute, Ayant bu, dans tes yeux, toute l'immensité D'un mensonge, tout seul, j'achèverai ma route...

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