SUR L'EAU VERTE
Le verbe est impuissant : stupide ou chimérique Quand l'être veut mentir ou qu'il prêche le vrai... Le diamant s'étouffe au cœur du minerai, La Vérité n'a pas de mots, ni de musique.
La Vérité n'a pas de langue, ni de cœur. Elle est comme l'eau glauque et sombre de la Seine... Elle est sourde, sans voix et dégage une odeur De tristesse... C'est une ombre qui nous entraîne...
Forces : mensonge, espoir, illusion, oubli,
O vous qui dirigez l'étrange destinée
De l'homme, c'est pour la vérité condamnée
Que j'ai pleuré, que j'ai souffert, que j'ai vieilli î
A quoi bon essayer, à présent, d'entreprendre Un long pèlerinage aux Mecques du bonheur ! 11 faut un compagnon de route au voyageur Mais l'ami que l'on cherche, hélas ! ne peut entendre.
— Je t'aime... — Vous m'aimez ? Je ne vous aime pas... C'est grand pitié de voir tous les cœurs se poursuivre Dans la course à l'amour qui toujours nous enivre, Et c'est pitié de voir qu'ils ne s'atteignent pas...
Oh 1 laisse-toi bercer, mon cœur, par le silence. Ecoute son archet glisser sur les flots verts ; Sa chanson est subtile et ses parfums pervers Il est toute la Vie et toute ta souffrance.
Regarde l'eau couler sous les arches du pont. Est-elle belle au crépuscule d'améthyste .'' Et comme elle ressemble à ton idéal triste... Elle épouse le ciel dans son lit de limon !
Méprise la douleur, méprise l'ironie, Cloue au gibet de ton orgueil l'insanité, L'ignorance de l'être et sa férocité ; Ecrase-les avec le marteau du génie...
La solitude est lourde au cœur qui sait aimer, Mais qu'importe, ô mon cœur, fais ta fresque de larmes Et ne te souviens plus de la Vie et des charmes Qu'elle épand sur l'Esprit qu'elle veut opprimer.
Puis ton labeur fini, telle l'eau qui ruisselle. Vers le large, bientôt, tu seras emporté Et de l'Océan pur surgira la Beauté, La Beauté qui sera ton amante éternelle !
Poème dit par M"* Jeanne Dumas.