LE JARDIN AUTOMNAL
Une porte qui s'ouvre ainsi qu'un horizon Devant moi. Puis l'ami qui m'accueille et m'enseigne Le chemin des massifs où quelque rose saigne De voir son vieux soleil mourir sur la maison. La source du bassin se cache dans la vigne ; Sur le gazon, un lys flétri reste couché ; Son calice est encor tourné vers l'onde. Un cygne Pleure son frère blanc par l'automne fauché. Mon cœur en deuil s'en va rêver parmi les feuilles De verveine, de thym, de sombres chèvrefeuilles, Et, seul, dans ce jardin, je ne veux point savoir Autre chose qu'aimer le silence du soir, Eclairé par le masque effaré de la lune Jetant ses clairs baisers sur la tonnelle brune... L'Octobre a pris mon âme et je suis son amant. Les fleurs sonnent en moi le tocsin des vieillesses,
Et je me sens mourir à chaque battement D'une feuille qui tombe.
Oh ! l'oubli des bassesses, Donne-le-moi, jardin de mes mélancolies ! Si l'or des chauds étés ne tinte plus pour toi, Mon âme symphonique, ivre de ses folies. Sur ton clavier muet réveillera sa foi ! Poète je serai devant ta saison blonde. Cher Automne, rôdeur des sentiers brodés d'or. O jardin idéal, qui caches tes trésors. Donne-moi la ciguë et j'oublierai le monde.