LA CHANSON DU BŒUF
Creuse, mon bœuf, voici l'automne.
Ton sillon droit, la terre est bonne.
Afin que ton maître moissonne Les blés vermeils.
C'est ta gloire bientôt prochaine Que je sème graine par graine Dans la terre, vierge sereine, Douce aux soleils.
Creuse, mon bœuf, la lourde terre Ivre de ton amour austère ; Foule la larve et l'herbe amère Aux chauds soleils.
Tes flancs noirs traînent une épée Vaillante et de beauté frappée, Et qui soulève l'épopée Des blés vermeils.
Creuse, mon bœuf, au chant rustique De mon âme, le sol magique D'où jaillit l'âme magnifique Des blés vermeils.
Sois le premier bœuf par le monde A saluer l'aurore blonde Couronnant ton œuvre féconde De ses soleils.
Creuse, mon bœuf, ma main est frêle.
Un sillon où mon cœur fidèle Dorme sous la flore immortelle Des blés vermeils.
Quand ton maître sera sous terre, O bœuf, poursuis cette carrière D'amour et de paix salutaire Aux blonds soleils.
Poème dit par M"" Andrée Divonne de F Athénée.
A la mémoire de Marcel Schwob»