PARFUMS OUBLIES
Oh ! combien sont troublants les parfums d'autrefois, Ceux que l'on laisse un jour raillant une défaite ; Gerbe de volupté flétrie entre nos doigts, Et qu'on retrouve après, surpris, dans la retraite.
Ces bouquets, écrasés sous le poids des années. Conservent, malgré tout, de suaves fraîcheurs. Et le goût de baiser qu'ont leurs tiges fanées Invite notre lèvre et fait jaillir des pleurs.
De même des billets, des lettres parfumées. Laissés dans les tiroirs, dans le fond des coffrets. Refuge d'oubli saint des épîtres aimées. Tabernacles d'amour où pleurent les secrets !
Et, quand la main tremblante ouvre une chère lettre Où des mensonges purs sont restés tristement, Oh ! quel homme insensible, eût-il trois fois vingt ans, N'a pas à cette source abreuvé tout son être ?
Femme, j'ai recueilli tous mes baisers d'enfant Et je les offre encore à ta bouche lascive, Ainsi, le saint recel d'une heure fugitive. Raille-le ! maudis-le ! le Passé vit, troublant.
Une fleur condamnée aux intimes cachots Me reste, et cette fleur je la garde, fidèle ; Elle est à mon esprit une image éternelle Des chimères du cœur d'où naissent les sanglots.
Mais pourquoi rappeler l'amertume des choses ?
La souffrance est un sphinx qui se rit de nos gloses ;
Et l'amant solitaire étreint le souvenir
Du flot sonore et pur du fleuve des tendresses,
Roulant vers l'Infini les naïves ivresses
D'un âge où l'homme croit aimer dans un soupir !
A M. et M*"* Léon Daudet