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QUINZE AOUT

C'est la fête des fleurs, des enfants et des vierges, La fête des autels où vont flamber les cierges, Fumer les encensoirs, la fête des maisons, C'est l'Août éblouissant l'âme et les horizons !

Aujourd'hui, le portail de l'église fleurie

Est grand ouvert. Les gueux, les riches, les pécheurs.

Vont déposer aux pieds de la Vierge Marie

La gerbe des espoirs, la gerbe des douleurs.

L'âme de tous, unie aux voix d'airain puissantes, Monte vers les sommets trouant les horizons. La Terre ouvre ses flancs. Les moissons jaunissantes S'inclinent sous le vent parfumé d'oraisons.

Tout prie et tout s'élève en ce jour. Sur la route Blanche, marche, au soleil, un homme d'autrefois. Son front est large et pur, ignorant ce que coûte La recherche d'un Dieu, dont on raille les lois.

Et quand on a souffert dans la geôle du Doute Longuement et qu'enfin l'on brise ses barreaux. Comme c'est clair, la vie exempte de bourreaux, Guidé par la vertu sur la terrestre route.

Lors, le cœur apaisé voit merveilleusement Les soirs bleus revêtant une robe pâlie ; On jette le bandeau de son aveuglement : Comme c'est bon un peu de blancheur dans la vie !

Quinze août ! ces deux mots-là sonnent comme de l'or Et réveillent en nous les piétés lointaines. Le prêtre, sous le dais, qu'on suivait sur le bord Des champs, passe et bénit les récoltes prochaines.

Fais ton ascension. Vierge, mais laisse un peu Mon cœur s'envelopper de ton manteau d'hermine. Mon cœur aime le blanc, mon cœur aime le bleu, Le ciel de ces couleurs, chaque jour, s'illumine.

Je suis enfant et veux, Vierge, pardonne-moi. Que mon cœur, tel un lys, au soleil de la foi, S'ouvre et reçoive, enfin, un sourire de toi.

Je suis le mercenaire aveugle qui blasphème ; Vierge, que tes deux mains écartent l'anathème, Efface de mon front la menace suprême.

Je suis un orgueilleux qui raille tout orgueil. Vierge, préserve-moi, j'ai marché vers l'écueil. Et des plaisirs humains mon âme a pris le deuil.

Je suis un affamé de rêve et de caresses.

Vierge, ouvre-moi tes bras, recueille mes faiblesses.

Et verse-moi le lait des divines tendresses.

Je suis le révolté de la société.

J'ai demandé du sang pour notre égalité,

Mais toi, seule, sauras guérir l'humanité !

Vierge, où sont donc les temps heureux de l'Evangile

Où l'apôtre guérit son âme versatile

En écoutant le coq chanter l'aube tranquille ?

O mère, donne-moi tes bénédictions, Que j'échappe au torrent des révolutions Ignorant, ici-bas, toutes tentations.

Je veux, dans le passé, berger des rives saintes. Mener mes rêves morts, mes chimères éteintes. Au champ de vie où sont les roses, les jacinthes

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