LE DESIR
Dans le jardin fermé des légendes, des rêves,
Femme, me diras-tu la chanson de l'oubli ?
Retiendras-tu le vol des minutes trop brèves.
Mon front, par ton baiser, sera-t-il ennobli ?
Oh ! laisse mon espoir fleurir ; que ton sourire
Sur mon cœur fatigué coule ses clairs rayons.
J'atteindrai le sommet de tes illusions
Si ton âme est l'archet frémissant sur ma lyre.
J'ai faim, j'ai soif d'amour. Femme, est-ce mal d'aimer ?
Dis-moi vers quelles sources et vers quelles fortunes
Je dois me diriger ?
J'ai voulu m'enfermer Dans la tour de l'Orgueil, tombeau de nos rancunes, Blasphémer l'Idéal, me draper de mépris ; La bêtise des uns, la lâcheté des autres, Rien ne m'aurait fait mal, rien ne m'aurait surpris;
J'aurais suivi la voie où tombent les apôtres De la chimère !...
Mais ton geste harmonieux, Ta voix qui fait vibrer l'âme blonde des harpes, Ont fouetté mon désir. Je te veux, et je veux Couvrir ma nudité de sanglantes écharpes, Je veux de l'or, je veux la Puissance, l'Azur, Je veux la Vérité, l'Amour, je veux la Gloire, Et je veux mettre, enfin, dans un vase d'or pur, La Jeunesse du Rêve et te la faire boire !
Dit par le Comte Maurice de Monferrand.
A 'Jules Lemaître