‹ Sur les causes de l'asthmeChapitre 11 sur 16 · GÉRARD · texte numérisé non relu

GÉRARD

LRO TE

il avait de temps en temps des éruptions eczémateuses très peu marquées qui survenaient surtout à la suite d’ingestion de co: quillages ou de fraises et à son arrivee au bord de la mer.

Au mois de mars, au cours d’un gros rhume, P... a son premier accès d'asthme. Les crises se succèdent sans causes apparentes. Plus tard, P... incrimine les excès de table, de coït, les ennuis, le changement de temps, le séjour au Havre. P... ne peut dire s’il a eu des manifestations eczémateuses depuis sa première crise d'asthme ; mais il affirme qu’il n’en a pas eu depuis l’âge de 21 ans, époque où il fit son service militaire. P.... qui avait suivi un régime alimentaire jusqu’à son arrivée au régiment, s’insurge alors contre toutes les prescriptions auxquelles il avait été soumis et sans verser dans l’alcoolisme, il a une tendance à boire de l’alcool, du café, à fumer et à faire des excès de table.

À 25 ans, ces tendances se sont accentuées de plus en plus et quoique P... reconnaisse que ces excès agissent sur ( son asthme », il n’entend pas se priver de tout cela. Quand sa crise vient, il la traite (iodure, cigarette Espic). Comme ses accès sont ralativement rares et qu'il lui est facile de les faire avorter, se priver d'alcool, de café, de tabac. lui paraît exhorbitant: le remède est pire que le mal.

A 28 ans, P... a des démangeaisons au niveau des pubis et du pli genito crural gauche : c’est de la phtiriase ; l’animal lui est montré. Il se fait des lotions avec une solution de sublimé, après chaque lotion, passe un peigne fin pour enlever les lentes, Les démangeaisons ne cessent pas. P... sans demander conseil, continue pendant quelque temps à se traiter pour de la phtisiase, puis voyant que ce traitement n’agit pas, il l’abandonne. Enfin, les démangeaisons paraissent cesser. Quelques accès d'asthme se produisent. Puis peu à peu, le prurit reparaît, peu intense d’abord, ensuite il s’accroît pour devenir très violent, puis diminuer d'intensité ; il y a des périodes d’exacerbations suivies de périodes d’accalmies. Ces démangeaisons se produisent toujours le soir, lorsque P... se déshabille, elles at-

| teignent leur maximum de UE au moment même où P.. vase mettre au lit, se |

dr A 30 ans, PS a cru remarquer que les crises d'asthme coïncidaient précisément avec la diminution du prurit ; cependant

ne. Le observé assez peu souvent la coexistence, le même soir, u pe et de l'asthme, l'un avant de coucher r autre pendant

a nuit. : |

ETIOLOGIE

Il y à un fait qui semble admis par tous les auteurs, c’est l’hérédité de l'asthme. Est-ce à dire qu’un asthmatique a dans ses antécédents héréditaires nécessairement un asthmatique ? Non, mais l’un de ses parents ou même les deux ont été l’objet de manifestations morbides considérées comme voisines de cette affection : « dartres, rhumatisme, goutte, hémorrhoïdes, gravelle, migraine, sont des affections que l’asthme peut remplacer et quiréciproquement peuvent remplacer l'asthme, ce sont des expressions différentes d’une même diathèse (1) ».

Cette alternance de l'asthme avec d'autres maladies n'existe pas seulement de parents à enfants et inversement, mais on la trouve également chez le même individu : l'épilepsie, l’hystérie, l’hypochondrie, la manie (2), l'urticaire précédent l'asthme ou lui succèdent. Cette alternance chez le même malade n’a rien qui doive surprenûre, puisqu'elle existe chez les individus d'une même famille. Que deux manifestations de la même

(1) Trousseau.

(2) Brissaud.

LOS, RE CE PTT ie. + dE d DE

diathèse se produisent alternativement chez un seul individu ou chez deux individus proches parents chacun ayant la sienne, il n’y a guère de différence : ces deux derniers sont héréditairement parents, mais l’hérédité n'est que « la cause continuée » (1).

Si le rhumatisme, la goutte, la gravelle, la migraine, l'asthme, sont classés dans un même groupe. c’est à la clinique qu’ils le doivent ; car celle-ci a surabondamment montré qu'ils sont héréditaires et qu’ils peuvent alterner entre eux. Nécessairement ils sont de la même famille, par suite de leur alternance, soit chez un même individu, soit héréditairement chez des individus différents. De celà, il résulte que ces atfections très diverses ont des causes communes: ce sont des maladies par ralentissement de la nutrition, voilà leur fonds commun, leur lien de parenté.

Mais si ces maladies ont une ou plusieurs causes communes, connues ou inconnues d'ailleurs, leurs symptômes très différents nécessitent des causes difiérentes. Pourquoi de deux frères, l’un est-il goutteux et l’autre asthmatique ? Les parents sont les mêmes ; il doit donc intervenir après leur naissance des causes différentes qui déterminent la localisation de leur diathèse. À celà on pourrait objecter que les parents au moment de la conception de leur second enfant n'étaient plus identiquement semblables à ce quils étaient lors de la conception du premier. Mais cette objection peut-être facilement écartée ; il suffit pour

(1) Bouchard.

celà de prendre le cas de deux jumeaux à affections diathésiques différentes ; ici le facteur hérédité a agi d'une manière aussi identique, aussi égale qu'il est possible de l’imaginer. Il est alors infiniment probable que, si les manifestations diathésiques sont difiérentes, celà est dû à la personnalité de chacun des deux jumeaux. Ces diverses affections d’une même diathèse ont donc à la fois des causes communes, le terrain par exemple, et des causes propres spéciales à chacuae d'elle.

Ces diverses affections (goutte, migräine, rhumatisme, asthme, etc.), dont l’hérédité est la clef de voûte, forment un groupe (maladies par ralentissement de la nutrition) une famille (la diathèse, le terrain). Mais parmi ces manifestations, il en est qui ne paraissent guère avoir d’autres points communs que l'hérédité: telles la goutte et l'asthme ; d’autres au contraire semblent assez voisines : l'hystérie et l'épilepsie, l’épilepsie et l'asthme.

On peut donc penser avec quelque apparence de raison que dans cette grande famille qui est la diathèse, toutes les expressions morbides re sont pas parentes entre elles a un degré égal. Elles forment probablement des sous-groupes qui eux-mêmes peuvent se scinder en multiples subdivisions. Îl serait fort possible que les plus voisines de ces manifestations fûssent celles qui alternent chez un même individu. Mais nous n'avons pas l'intention ni la possibilité de montrer comment toutes ces affections s’ordonnent, se classent, quelles causes interviennent pour diriger, conduire un individu vers telle manifestation diathésique plutôt que vers telle autre. Nous ne connaissons guère que quelques maillons de

la chaîne, l’hérédité et l’asthme, ou encore l’hérédité, l'asthme et l'épilepsie ou l’urticaire, par exemple; mais les maillons intermédiaires paraissent encore nous échapper.

S'il n’est guère possible de dire pourquoi un individu dévient asthmatique plutôt que migraineux, obèse ou rhumatisant, ni comment il le devient, cherchons les causes qui peuvent déterminer une crise chez un asthmatique. Evidemment nous n’envisageons que les cas d'asthme dit essentiel. Ces causes sont extrêmement variées et les malades invoquent l’état atmosphérique, l'état: hygrométrique, le vent, la température, les odeurs, les vapeurs, les poussières, les excès, le tabac, l'altitude, les impressions morales, certaines maladies (rhume, bronchite, lésions nasales), le séjour dans des pays déterminés. Nous n’avons pas la prétention de les citer toutes, elles sont trop; mais cette simple énumération de quelques-unes d’entre elles permet de juger de leur variété.

Très variées, on peut dire aussi que ces causes sont très variables: car tel asthmatique ne peut supporter l'odeur d’une rose sans avoir d'accès alors qu'un autre asthmatique tolérera parfaitement cette odeur et bien d’autres, mais sera très sensible à une odeur bien déterminée, celle du foin par exémple, et qu'un troisième exempt d’anosmie ne sera incommodé par aucune odeur faible ou forte. On pourrait multiplier les exemples dans cet ordre de faits. Il en est de même pour l’état atmosphérique: celui-ci ou plutôt ses variations produisent des effets très variables suivant les individus : tel asthma-

Era

tique ne peut souffrir le brouillard, tel autre ne s'inquiète pas du brouillard, mais le grand vent l'incommode, enfin une troisième se plaindra d'un temps trop sec, alors que ni le brouiliard, ni le vent ne lui annoncent une crise. On voit combien agissent différemment sur des individus différents les causes citées précédemment ; pour les autres causes il en est de même et on pourrait citer abondamment des faits analogues.

Bien mieux encore, ces causes très variées et très variables ne sont pas constantes : non seulement elles ne précèdent pas toutes les crises d’un même malade, mais elles peuvent encore se produire et ne pas être suivies d'accès d'asthme. Tel asthmatique voit ses crises succéder fréquemment à une sortie par un grand vent, mais chaque sortie dans ces mêmes conditions ne donnera pas lieu nécessairement à un accès, un vent extrémement violent peut ne rien produire de fâcheux pour le même malade. Ainsi donc aucune de ces causes variées, variables, inconstantes ne paraît être une cause déterminante de la crise asthmatique.

Nos quatre malades n'échappent pas à la règle clinique Commune: leurs crises ont des causes variées, variables, inconstantes, mais non déterminantes. Pour H..., le négociant lyonnais, le fait ne paraît pas douteux tout au moins pendant son séjour à Lyon: il signale parmi les causes, considérées par lui comme les plus fréquentes, les changements de temps, la pluie, le brouillard, le vent violent. une soirée au théâtre. À Paris tout paraît à H... se passer de la même façon ; analysons cependant ce que nous avons pu connaître soit de visu,

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