‹ Sur les causes de l'asthmeChapitre 12 sur 16 · CR · texte numérisé non relu

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soit par ce que H... nous racconte incidemment sans y attacher aucune importance.

Tout d'abord il y a un fait indéniable que H... s’empresse de nous signaler : il à presque invariablement une crise ou tout au moins un accès d'asthme à chacun de ses voyages à Paris. On pourrait penser ici qu'il en est de même que pour beaucoup d'asthmatiques qui ont une crise chaque fois qu’ils se trouvent dans une ville bien déterminée pour chacun d’eux. Le séjour à Paris, ce seul fait, serait donc la cause accidentelle, si l’on veut, de l’éclosion de son accès. Il n’en est rien, croyonsnous, car que ce soit à Abbeville, à Fontainebleau (1), en Egypte, à Paris (2), ou à Versailles (3), l'accès éclate dans la nuit qui suit l’arrivée. Or, H... passe quelques nuits immédiatement après son arrivée, sans avoir de crise. Le simple fait du séjour à Paris ne paraît donc pas la cause de ses accès.

Mais cette crise qui se produit à chaque voyage at-elle des caractères spéciaux ? Elle éclate la quatrième ou cinquième nuit qui suit l’arrivée de H... à Paris, et cela est presque mathématique; H... affirme qu'il est exceptionnel que l’une des trois premières nuits de son séjour à Paris soit troublée par un accès d'asthme. On pourrait expliquer ce fait en apparence singulier de la facon suivante, le quatrième ou le cinquième jour il se produit une de ces causes qui favorisent habituellement chez H... l’éclosion d'un accès : soirée au théâtre, pluie,

(1) Trousseau. Clin. méd.

(2) Dieulafov.

(3) Observation III.

SpA

brouillard, H... ne manque pas d’ailleurs d’accuser un de ces phénomènes âtmosphériques ou hygrométriques d'être l’auteur du méfait. À priori il ne paraît pas impossible d'expliquer ainsi ce fait bizarre. Cependant cette fixité de la daté est bien étrange, d'autre part, la cause que H... invoque, s'est quelquefois produite la veille sans déterminer d'accès : par exemple, H... va au théâtre deux ou trois soirées de suite, la crise n’éclate qu'après la dernière soirée. Cette crise à échéance fixe parait donc assez difficilement explicable.

Notre second malade L...a remarqué l'influence très nette de son oncle, des vacances et des examenssur la production de ses crises: ces facteurs n’agissent pas de leur propre fait, mais par des circonstances qui les accompagnent ou les suivent. Naturellement à propos de chaque accès, on peut invoquerune dé ces causes banales : vent, pluie, poussières, variations de l'état atmosphérique, dé l’état hygrométrique. Mais il est assez curieux de constater qu à certains moments l’une quelconque de ces causes détermine presqué certainement une crise, alors que dans d'autres circonstances elle ne parait dünner lieu à aucun phénomène anormal. Après un examen L... aura jusqu'à trois crises d'asthme dans quinze jours; dans une période de vie régulière sans excès d’aucune sorte, L...n’aura aucun accès pendant six semaines ou même deux mois, alors qu'un grand nombre de ces causes banales se seront fatalement produites.

Notre troisième malade présente une curiosité clinique très connue : le séjour dans une ville bien déterminée, Versailles, dans l'espèce, amène l'éclosion d’une crise dans

la nuit, à condition toutefois qu’il passe cette nuit dans la ville même. En outre R..…., qui n'avait pas eu d'accès pendant deux ans, voit revenir « son asthme » lors d’une nuit qu'il fut obligé de passer à Versailles. Voilà assurément un fait difficile à expliquer.

De plus « son asthme » a paru alterner avec de l’herpès génital récidivant. Enfin d’après une petite statistique qu'il a établi, le maximum de fréquence de ses crises

-était le 10 de chaque mois, il ne s'en produisait guère

avant le 7 ou après le 20 de chaque mois. Il ne peut être question d'asthme mensuel quoiqu'à une certaine époque R... eut à peu près une crise tous les mois. Il n’en est pas moins Vrai que cette fixité de la date de production de l'accès est aussi remarquable qu'inexplicable. L'asthme présente des phénomènes curieux et difficiles à interpréter. Nous allons essayer de montrer comment on pourrait comprendre ces faits. L’asthme suivant la conception classique est une névrose bulbäire ; il est en rapport avec une hÿperexcitabilité du bulbe. Cette hyperexcitabilité est tre8 variable suivant les asthmatiques et, chez un même asthmatique, suivant

les divers moments de la vie de celui-ci. Si cette hÿper-

excitabilité varie, il y a donc des causes qui la font varier, les unes l'exagèrent, les autres la diminuent. Dé plus, cette hypérexcitabilité est un phénomène en puissance qui pourrait rester dans sa posture d'ättente, Si une excitation ne venait la mettre en œuvre. Cette excitation, qui sur un bulbe normal aurait donné lieu à une réaction faible, où nulle, troüve chez un atshmatique un terrain préparé à l& recevoir ét à réagir.

Nous voici donc en face de deux ordres de causes: elles agissent, les unes sur l’excitabilité bulbaire en l’'augmentant ou en la diminuant, les autres sur le bulbe devenu hyperexcitable. Le ciassemerit des causes serait assez difficile. On pourrait cependant dire que les premières sont les poisons ayant une origine alimentaire ou une autre quelconque, qui arrivent par voie sanguine, que les secondes peuvent arriver par la même voie que les premières ou être des excitations nerveuses d'origine très diverse.

Comment dans ce cas se produiraient les accès d'asthme : lorsque le bulbe est normal, il ne se produit pas de crise, quelque violentes et quelque nombreuses que puissent être les causes qui interviennent.

L’excitabilité dépasse légèrement la normale, un accès est possible, mais il faut que la cause soit considérable, ou même, si une seule n'est pas suffisante, que plusieurs causes assez fortes 8e combinent. Un rire énorme peut déterminer presque immédiatement un léger accès d'asthme, le spasme dans cette façon de rire est très remarquable {cause violente), et pourtant (bulbe faiblement hyperexcitable), il n’y a qu un léger accès. Trousseau soupçonne son cocher d’indélicatesse, il lui fait mesurer de l’avoine, quelques instants après le début de cette opération, il est pris d’une violente crise d'asthme. Dans ce cas il faut, croyons-nous, faire intervenir deux causes: la première est l’état d'esprit dans lequel se trouvait Trousseau, on peut supposer avec quelque apparence de raison, que s'il n’était pas furieux, il n'en était pas loin; la seconde cause est la poussière

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