‹ Sur les causes du cancerChapitre 88 sur 114 · II. — VIRUS FILTRANTS · texte numérisé non relu

II. — VIRUS FILTRANTS

Déjà, en 1903, Roux (217) qui rapprochait le cancer de l’épithélioma contagieux des oiseaux l’attribuait, ainsi que Borrez (217) à un virus filtrant. Borrer classait en effet, le cancer dans les épithélioses : groupe de maladies à virus filtrants, dans lesquelles la réaction de l'organisme vis à vis du virus se traduit par la prolifération des épithéliums et la formation de pustules ou de petites tumeurs épithélales.

Mais le plus ferme appui à la théorie d'un virus cancérigène fut apporté par PeyroN Rous, en 1909 ; puis par Funnaur et Hayasnr, au Japon ; PENTIMALTI, en [la-

lie ;: BorreLz et PEYRON, en France.

Le sarcome infectieux de Peyton Rous.

Peyron Rous (233) étudie un sarcome infectieux de la

poule que lon peut grefler ou inoculer, de préférence au niveau du muscle pectoral, de la crête ou des bajoues

(Peyron) (234) ; l'animal de choix étant la poule PIymouth Rock ou de race voisine, jeune et vigoureuse.

Pour reproduire la tumeur, on utilise le fillrat d’une bougie Chamberland, le broyat d'une tumeur ou le sang total d'une pouie sarcomateuse. PEyroN injecte un centimètre cube de filtrat pur sur bougie Chamberland L’. Le sarcome se développe lentement. Au bout de 47 jours, il sacrifie le coq dont l'état est très précaire.

La tumeur spontanée, rare, siège au niveau des muscles pectoraux. Souvent volumineuse, molle, en général, quelque peu élastique, kystique et hémorragique, elle a une couleur rouge grisàtre ou lardacée. Ses métastases, fréquentes, s'observent dans le foie, les poumons, les reins. Elle peut envahir rapidement l'organisme et tuer en quelques semaines.

Les mélaslases, plus fréquentes dans les tumeurs à évolution lente, se présentent soit comme des nodules blancs (métastases blanches) de la grosseur d'un nodule miliaire à une noix, soit comme de petits foyers hémorragiques (métastases rouges), principalement dans le foie. Lorsque la tumeur pousse vite, on ne trouve pas de métastases macroscopiques, mais de nombreux foyers hémorragiques (PENTIMALLI) (235).

Microscopiquement la tumeur musculaire à l'aspect d'un sarcome fuso-cellulaire, parsemé de cellules arrondies où polygonales, et de cellules géantes. Quelquefois la tumeur est un ostéo-chondro-sarcome..…. Telle est, du moins, l'opinion de Roussy et Wozr (1), de Rorro (236). qui reconnaissent au sarcome de Peyton Rous tous les caractères du sarcome vrai, mais le classent néanmoins à part dans l'échelle des néoplasmes.

PEyron soutint fort longtemps, en effet, que la tumeur

de Rous était un rhabdomyome. « Souvent on observe, disait-1l, la lransformation de la fibre musculaire en un véritable plasmode réticulé parsemé de noyaux ». Les cellules volumineuses des coupes auraient été des myocvtes.

Quoi qu'il en soit, le wirus filtrant que Rous accuse de causer le sarcome, traverse les bougies poreuses Berkefeld N ou V, résiste à la dessication, au radium et aux rayons X. Il est rapidement détruit par les désinfectants énergiques.

Au point de vue virulence, le sang des animaux avant des métastases rouges, ou rouges et blanches, donnerai toujours des greffes positives. Celui des animaux, avant des métastases blanches, donnerait 60 % de greffes posiüives (PENTIMALLI).

Malheureusement pour celte théorie du virus, A. Car- REL (187) nous a fait connaître des faits fondamentaux, qui semblent autant d'arguments irréfutables contre elle.

Les sarcomes déterminés chez la poule par l'injection d'anhydride arsénieux ou d’indol (voir page 106) donnent, en effet, par filtration sur Berkefeld, un extrait qui, in- Jecté à des animaux neufs, provoque la formation de tumeurs semblables. De même, on peut obtenir un extrait de sarcome du goudron qui, in vitro, agit sur les macrophages normaux du sang tout comme le « virus » de Rous. Aussi A. CARREzL dénie-t-il au « principe » de Rots les caractères d'un virus.

Ainsi aucun fait rigoureusement probant ne permet d'asseoir la théorie microbienne sur une base scientifique indiscutable.

Page 1