PREFACE
Quand les études qui forment le présent volume ont paru pour la première fois dans la Revue des Deux Mondes, au cours des années 1901, 1902 et 1903, je dois avouer que l'intention n'en a pas semblé plaire aux comtistes, en général ; ni aux agrégés de philosophie, — lesquels, comme on sait, exercent officiellement dans notre pays de France le monopole de la pensée ; — ni même à beaucoup de théologiens. Les comtistes ont trouvé que je ne l'étais pas assez ; les théologiens que je l'étais infiniment trop ; et, pour les agrégés de philosophie, s'ils ont fort bien vu, avec leurs yeux de lynx, que, des prémisses d'Auguste Comte, j'avais la prétention de tirer des conclusions qui n'étaient point précisément les siennes, ils ne se sont pas d'ailleurs embarrassés de prouver que ces
fl PRÉFACE
conclusions fussent infidèles ou fausses, mais ils se sont bornés à protester qu'elles n'étaient pas les siennes, — ni les leurs. Je le savais ! et c'est pourquoi l'objet de la présente Préface n'est que d'établir, contre les agrégés de philosophie, les comtistes intransigeants et les théologiens, mon droit et la légitimité du point de vue où je me suis placé.
Car je ne conteste pas aux agrégés de philosophie le droit de ne voir et de n'étudier dans le comtisme que la pensée d'Auguste Comte, — ainsi qu'ils font, dans le cartésianisme, par exemple, de la pensée de Descartes ; — et même, plus libéral qu'ils ne le sont, je reconnais l'intérêt majeur de cette étude. C'est un ce système » que le comtisme, c'en est un autre que le cartésianisme, et, avant tout, il s'agit donc de les reconstituer, si Ton veut les entendre. Nous ne pouvons