‹ Sur les chemins de la croyance. Première étape: L'utilisation du positivismeChapitre 29 sur 87 · Système de Politique positive, t. I, Préface, p · texte numérisé non relu

Système de Politique positive, t. I, Préface, p

pas sensiblement varié. Mais ils se sont développés, ils se sont enrichis du résultat de ses méditations, des acquisitions de son expérience, du progrès même de son esprit ; et l'obligation s'est imposée naturellement à lui d'élargir ses conclusions. C'est ce qui fait qu'à notre tour, nous en pouvons prendre et laisser, comme on dit. Nous en avons même plus que le droit, nous en avons le devoir, si nous sommes fidèles à sa méthode ; s'il n'a certainement pas cru lui-même que sa doctrine dût devenir étrangère au progrès dont il en avait fait l'instrument ; et si plus de cinquante ans se sont écoulés depuis lors. Laissons la « reconstitution )) des systèmes « aux professeurs de philosophie » ; c'est proprement le domaine et l'objet de leur érudition rétrograde ^ ; et, sous le

1. Quelques philosophes m'ont amèrement reproché cette expression d'« érudition rétrograde» ; et, cependant de quel autre nom voudraient-ils que l'on nommât cette sorte d'érudition qui s'attache à reconstituer dans son intégrité des choses aussi mortes que la «■ Politique » de Platon ou la «Métaphysique » d'Aristote ? Ce qui est mort est mortl La vraie pensée d'Aristote ou de Platon, je dis telle qu'ils l'ont eux-mêmes pensée, n'est affaire que de curiosité pure. La seule chose qui nous intéresse, ou qui doive nous intéresser, comme étant la seule qui importe, c'est de savoir s'il y a quelque chose de » vivant » ou d'(( actuel» dans les rêveries de ces «philosophes». Leurs systèmes sont faux comme systèmes, puisqu'ils sont deux, et plus faux encore,

nom de tradition, sachons ne retenir du passé que ce qui en est actuellement et manifestement vivant.

Tout ce qu'alors on pourra justement exiger de nous, c'est que, conforme dans ses grandes lignes à l'œuvre d'Auguste Comte, l'interprétation que nous en donnons, ou, pour mieux dire, r « extrait » que nous en faisons, offre un certain degré de cohérence et de logique.

Nous avons essayé de répondre à cette exigence. Supposé qu'avec Auguste Comte nous ayons donc eu raison de voir où nous l'avons vue, dans la transformation des « questions morales )) en « questions sociales », la grande erreur, l'erreur

si je l'ose dire, de la fausseté successive de tous ceux que depuis deux mille ans on a, l'un après l'autre, inventés contre les leurs, et les uns contre les autres. Bornons-nous donc à en dégager ce qu'ils contiennent de vérité. Et d'ailleurs, pour y réussir, efforçons-nous de « reconstituer » le système dans son intégrité, mais n'attachons pas d'intérêt à cette « reconstitution » comme telle et en elle-même. Elle n'est et ne doit être uniquement qu'un moyen. Mais la plupart de ceux qui s'y appliquent y voient tout autre chose. Afin de mieux comprendre Aristote ou Platon, ils essayent, comme ils disent, de se faire leurs contemporains, et leur triomphe, au vingtième siècle, serait de penser au nom d' Aristote ou de Platon comme si rien ne s'était passé depuis Platon et depuis Aristote. C'est ce que je leur demande la permis'^ion de trouver un peu « rétrograde » ; et on peut concevoir un autre emploi de l'érudition.

mère et maîtresse de la philosophie du dixhuitième siècle (voilà pour la partie critique) ; est-il vrai qu'on ne puisse travailler utilement à la correction de l'erreur qu'en s'attaquant au subjectivisme (voilà pour la méthode ) ? et reconnaît-on enfin que, si le remède se trouve quelque part, c'est dans la subordination de l'autorité scientifique aux prescriptions de la morale (voilà pour la partie constructive) ? Il n'en faut vraiment pas davantage ! Et peu importe, après cela, — ou même pas du tout, — que nous acceptions ou que nous rejetions le « calendrier positiviste » et la u religion du Grand Être » I

Nous revenons donc à 1' « éclectisme » ?Si l'on le veut ; mais non pas sans faire observer qu'il y a plusieurs sortes d'éclectisme, dont la pire, qui fut celle de Victor Cousin, consiste à choisir dans les doctrines, ou entre les doctrines, au titre et du droit du a bon sens » ou du « sens commun ». Le bon sens, ou sens commun, n'est guère moins incompétent en matière d'histoire ou de philosophie que de science, et surtout, si l'on fait attention qu'il n'est ordinairement que le prête-nom du u sens individuel ». Une autre manière d' « éclectisme » est de ne choisir dans les doctrines que ce qui s'accorde,

OU qu'on croit qui s'accorde ensemble ; et ceci, c'est mettre la vérité sous la garantie d'une logique dont la rigueur ne prouve assez souvent qu'elle-même. Il y a certainement une logique dans les choses, mais il est moins certain que notre logique, à nous, la reproduise toujours, et « ni la contradiction n'est toujours marque d'er reur, ni l'incontradiction ne l'est de vérité » . C'est le mot si profond de Pascal. J'enlisais dernièrement, sous la plume de Nietzsche, cette traduction irrespectueuse : « Un penseur est un homme qui s'entend à prendre les choses d'une manière plus simple qu'elles ne le sont. » La boutade n'est que trop vraie de beaucoup de logiciens I Mais on peut enfin choisir au nom de quelques principes dont on se tient pour assuré ; qui deviennent alors les juges impersonnels et désintéressés des théories entre lesquelles il s'agit de choisir ; qui en décèlent automatiquement la valeur ou l'insuffisance, à la façon de ces « réactifs » qui font apparaître en chimie les éléments d'une combinaison. Les théories ne valent en ce cas que par leur rapport avec ces principes, et, aucune intervention ne s'y mêlant de notre part, le discernement s'opère de luimême. C'est la méthode que nous nous sommes

proposé de suivre dans ce court essai sur « l'ulilisalion du positivisme » ; et le principe qui nous guidera peut être formulé de la sorte : a II n'y a pas de question sociale qui ne soit dans son fond une question religieuse. »

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