‹ Sur les chemins de la croyance. Première étape: L'utilisation du positivismeChapitre 53 sur 87 · M. Guyau : l'Irréligion de l'avenir · texte numérisé non relu

M. Guyau : l'Irréligion de l'avenir

rude, je la crois non seulement bonne, mais encore la meilleure que Ton puisse donner du « fond commun de toutes les religions )>.

J'aurais toutefois aimé qu'en le définissant ainsi, M. Guy au se souvînt qu'Auguste Comte l'avait fait avant lui. J'ai tâché de montrer, dans le précédent chapitre, qu'il y avait non seulement une « métaphysique », mais une « religion )) d'impliquée dans les données premières du positivisme. Le caractère essentiel de cette religion est d'être conçue comme sociale ; ou plutôt, il faut dire davantage, et, dans l'évolution de la pensée d'Auguste Comte, a religion » et « sociologie » ne font qu'un. C'est par le chemin de la sociologie qu'il aboutit à la religion, et c'est de sa religion qu'il fait à son tour la règle et à la fois le juge de sa sociologie. Sa religion, dont il a eu grand soin de n'éliminer ni l'inconnaissable ni le surnaturel, — et au contraire, personne n'a qualifié plus sévèrement que lui la « monstrueuse » contradiction qui se dissimule sous le nom de « religion naturelle » , — est le fondement mystique de sa sociologie. Et, en vérité, sa sociologie n'est qu'un effort pour réaliser son « royaume de Dieu » sur la terre.

« Le mot même de religion, lisons-nous dans son Catéchisme positiviste, indique l'état de complète unité qui distingue notre existence, à la fois personnelle et sociale, quand toutes ses parties, tant morales que physiques, convergent habituellement vers une destination commune... La religion consiste donc à régler chaque nature individuelle, et à rallier toutes les individualités, ce qui constitue seulement deux cas distincts d'un problème unique *. »

Je voudrais faire voir ici comment cette conception ou cette idée de la religion s'oppose à de plus superficielles ou de plus étroites; ce qu'elle a de vraiment, de profondément, d'éternellement religieux; et qu'il suffit enfin, pour l'utiliser, de la compléter. Quelque contraste qu'il y ait entre le plaisir et la peine, disaient un ancien, ils ne laissent pas d'être conjoints par un lien de nature : societate quadam naturali. C'est ainsi que l'erreur et la vérité ne sont pas toujours, ni même ordinairement, séparées l'une de l'autre par des abîmes ; on les trouve souvent plus voisines qu'on ne les croyait ; et, pour faire quelquefois servir la

i. Catéchisme positiviste.

première à la démonstration ou à la glorification de la seconde, il y faut moins d'adresse ou d'intelligence que de « bonne volonté )).

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