‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 3 sur 80 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

troupes victorieuses, c'est-à-dire à une centaine de kilomètres de la Moulouïa.

Avec une arrière-pensée qu'ils songeaient devoir nous être préjudiciable et qui devait cependant plus tard tourner si nettement en notre faveur, les représentants du Sultan du Maroc,

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Le champ de bataille d'Isly : la plaine des Angad avec, à l'horizon, le massif des

Béni-Snassen. [Cl. Rousselet.)

dans le traité signé avec nous, à lyalla-Marnia, le i8 mars 1845, obtinrent que, sauf sur ime partie très restreinte, U n'y aurait pas de délimitation précise entre les territoires des deux puissances. C'est ainsi qu'il fut convenu qu'il ne serait tracé une « frontière » que depuis l'embouchure du petit fleuve l'Oued-Kiss dans la Méditerranée jusqu'au col de Teniet-es-Sassi qui s'ouvre dans l'Atlas tlemcenien, à environ 150 kilomètres au

sud.

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Au delà de ce col, « dans le Sahara (désert), disait le traité, il' n'y a pas de limite territoriale à établir entre les deux pays, puisque la terre ne se laboure pas et qu'elle sert seulement de pacage aux Arabes de deux Empires qui viennent y camper pour y trouver les pâturages et les eaux qui leur sont nécessaires ». Cependant le Maroc reconnaissait que bien loin, dans le sud du Teniet-es-Sassi, existaient quelques bourgades ou ksour (pluriel de ksar) habitées d'une façon permanente, et, après en avoir reconnu quelques-unes à la France telles que Aïn-Sefra et Tiout, il se réservait explicitement la possession de Figuig. Puis, revenant encore sur l'inutilité de plus ample déUmitation, le traité ajoutait : « Quant au pays qui est au sud de ces ksour, comme il n'y a pas d'eau, qu'il est inhabitable, que c'est le désert proprement dit, la délimitation en serait superflue. »

C'était laisser dans le vague une profondeur de territoire de plus d'un millier de kilomètres; mais, en revanche, le traité nous reconnaissait le précieux « droit de suite », c'est-à-dire le droit de poursuivre nos assaillants sur les terrains des tribus relevant nominalement du Sultan, lorsque nous en verrions la nécessité. Aussi ne fûmes-nous pas longs à user de cette prérogative, obligés à maintes reprises de nous faire justice nous-mêmes en allant châtier les pillards marocains qui venaient incursionner sur notre territoire, alors que le Sultan se déclarait incapable de contenir ces tribus qui n'avaient jamais été soumises au Makhzen. C'est ainsi que, dès 1859, le général de Martimprey était amené à occuper cette région d'Oudjda et des Béni-Snassen où nous ne devions revenir que près de cinquante ans plus tard.

Il est vrai que, même sur les territoires qui nous étaient dévolus dans la région saharienne, notre occupation effective ne s'opérait que bien lentement. Si le général de Wimpffen s'était

AVERTISSEIMENT ii

avancé, en 1870, jusqu'au delà de Figuig, ce n'est qu'après la grave insurrection de Bou-Amama, en 1881, que nous nous décidions à nous installer à Aïn-Sefra. Quelques années plus tard, nous étions amenés à nous avancer jusqu'au Touat et à occuper ces oasis de l'Extrême- Sud dont le Maroc, profitant de notre ignorance et poussé par des influences étrangères, revendiquait Ha possession.

L'occupation des oasis du Touat et du Tidikelt nous obligeait, afin d'assurer leur jonction avec l'Algérie et la sécurité de leur ravitaillement, à nous entendre avec le Maroc pour la police de cette longue zone de frontière indécise. C'est à partir de 1900 que, par des accords successifs avec le Makhzen, nous établissions le nouveau régime de la vaste région qui allait constituer les Confins Marocains. Sous ce nom un peu vague, on comprendra tous les territoires situés à l'ouest de la ligne hj^othétique formant la limite des terrains de parcours des tribus algériermes et dans lesquels le Sultan se reconnaît lui-même incapable d'assurer l'ordre et la sécurité des transactions commerciales. « Ce sont, a dit M. Revoil, les territoires où résident, campent et se meuvent traditionnellement les tribus marocaines, sédentaires ou .nomades, en relations et en contact habituel avec les tribus algériennes. »

Nous avons dit que l'on comprend sous ce titre l'immense pays s' étendant au long de notre frontière algérienne de la Méditerranée au Grand Sahara et borné à l'ouest par la Moulouïa et le Grand Atlas.

En fait, ces territoires n'avaient jamais été soumis au Sultan, et c'est par une habile fiction diplomatique que, dès igoo, nous nous sommes chargés de les organiser, d'y créer des marchés, d'y ouvrir des routes commerciales et même des chemins de fer.

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d'y faire la police, d'y prélever les impôts, et tout cela au nom et pour le compte du Makhzen ou gouvernement du Sultan, si bien que nous avons continué à les considérer, quoique occupés par nos troupes, comme absolument distincts de notre Algérie dont les sépare une ligne de douanes.

Les accords de la fin de 191 1 passés avec l'Allemagne et approuvés par les grandes puissances, et enfin le traité signé par le Sultan et qui place tout le Maroc sous notre protectorat, n'ont jusqu'ici rien changé à cette situation de fait.

Depuis 1903, notre occupation des Confins s'est développée d'une façon régulière. Successivement, nous nous sommes avancés au delà de Figuig jusqu'à Colomb- Béchar, puis dans la vallée du Haut-Guir jusqu'à Bou-Denib, au pied du Grand Atlas ; dans le nord, par Oudjda, les Béni-Snassen, Taourirt, et enfin.tout récemment, par Debdou, nous avons complété l'occupation de la rive droite de la Moulouïa.

Il nous reste à voir, au cours de notre excursion, comment ces diverses opérations se sont effectuées et les résultats qu'en ont déjà tirés nos commerçants et nos colons.

Décembre 191 1.

Le choix d'une traversée. — Entre les Baléares. — Oran. — Le port. — Ville haute et ville basse. — La mosquée du Pacha. — Promenade à IMers-el-Kébir et au cap Falcon.

Nous avons décidé, pour cette excursion qui doit nous demander environ un mois, d'entrer en Algérie par Oran et de revenir par Alger. Par ce dernier port, la traversée est environ d'un tiers plus courte, les bateaux sont en général plus grands, plus confortables, quoique les deux lignes soient également desservies par la Compagnie Transatlantique; mais pour visiter, comme nous le désirons, les régions voisines du Maroc, on a, en débarquant à Alger, un long trajet en chemin de fer qui compense largement la différence existant entre les deux traversées, et qu'il serait en outre fastidieux de parcourir deux fois. En somme, la traversée, même par Oran, ne dépasse pas trente- six heures et, quoique sujette à de brusques caprices, la Méditerranée n'est jamais bien redoutable. Dans la période la plus favorable pour visiter l'Algérie, c'est-à-dire la fin de l'hiver et le printemps, le temps est fort, souvent beau. Pour diverses raisons, nous avons dû choisir le mois de février ; mais à cevix qui voudraient nous imiter, nous conseillerions plutôt avril ou même mai, époque où les pluies sont fort rares et la température africaine encore supportable.

Comme d'habitude, notre bateau quitte Marseille à cinq heures

du soir, et le lendemain, an lever du jour, nous nous trouvons par le travers, à l'ouest, des Baléares. La mer, abritée par ces terres insulaires, est calme comme un lac, et le soleil, se levant derrière Majorque, encadre d'une auréole de feu les majestueux contours de cette grande île. Au centre, dominant les falaises sombres de la côte, une [haute montagne dresse son sommet couvert de neiges étincelantes. Il nous faudra toute la journée pour traverser ce petit archipel qui tient si peu de place sur la carte.

Jusqu'à onze heures, nous longeons à courte distance le littoral majorquin, que borne au sud le bizarre petit îlot de Dragonera dont la silhouette découpée semble reproduire le profil bourbonien de Louis XVI. Puis, nous entrons dans le chenal d'Iviça, et c'est cette troisième des Baléares que nous tiendrons sur notre droitependant presque toute l'après-midi. L'île s'allonge en vme ligne de crêtes dentelées où le soleil, passé maintenant à l'ouest, décrit, à la fantaisie de nos regards, de gigantesques remparts, des tours de cathédrale, des mosquées. Puis, à mesure que nous descendons vers le sud, se dessine tme longue terre basse, dépasssant à peine la mer, couverte d'arbres et reliant Iviça à l'îlot rocheux de Formentera, dont notre navire vient longer la rouge falaise à pic 'avant de] s'élancer pour la nuit dans la mer africaine. Au delà, cependant, il nous semble que s'étendent d'autres terres barrant encore notre route, mais ce ne sont que d'épais nuages courant au ras de l'horizon et que le soleil couchant découpe en formes fantastiques.

Il est six heures, au lendemain matin, lorsque le lugubre ronflement de la sirène nous tire du sommeil d'ime excellente nuit et nous avertit de notre prochaine arrivée. Le temps de nous vêtir à la hâte et de monter sur le pont, notre navire vient d'entrer dans le port et glisse doucement parmi les formes confuses des bateaux à l'ancre qu'estompe à peine la clarté du jour naissant.

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