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Le port d'Oran et le Moudjardjo. {Cl. Neurdein.)
les reUefs. Quelques instants, tout, jusqu'aux eaux tremblantes du port, reste enveloppé de ce votle féerique ; puis, tm rayon d'or franchit enfin la montagne et d'un seul coup, comme derrière vm rideau, Oran nous apparaît tout entier, éblouissant de lumière. Le centre du tableau est occupé par un énorme rocher auquel s'accrochent les terrasses du superbe jardin de l' Étang, toutes verdoyantes de palmes et de fleurs, qui vont s'étageant jusqu'au pied des remparts du Château Vieux, tandis que, vers l'est, à gauche, s'allongent, nues, abruptes, au-dessus des flots, de
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hautes falaises rouges. Mais c'est à l'ouest que le spectacle est saisissant : sur l'horizon s'élance la silhouette aiguë du majestueux mont Mourdjadjo (589 m.), dont l'éperon dentelé dominant la mer porte la vieille forteresse espagnole de Santa- Cruz et une légère chapelle, piédestal d'une Vierge géante ; au pied du mont, à l'orée d'un étroit ravin débouchant à l'angle du port, se pressent, s'entassent, s'étagent jusqu'au pied d'une massive kasbah arabe, de minables maisons, d'architecture espagnole, aux toits de tuile, aux murs peints d'ocre ou de chaux, avec, çà et là, quelques édifices aux façades prétentieuses.
La tableau est fort beau dans son ensemble, surtout sous cette rayonnante lumière du 'matin ; mais on n'en est pas moins un peu désappointé de l'aspect minable et sordide de ce que l'on aperçoit de la ville. On nous rassure bien vite : ce que nous voyons là n'est que rOran du passé. I,a fière capitale moderne de l'Oranie se dérobe à nos regards derrière le rocher du Château Vieux, et c'est du haut du Mourdjadjo qu'il faudrait la contempler pour embrasser la nappe ininterrompue de milliers de maisons et d'édifices dont elle couvre le vaste plateau.
En revanche, maintenant que le soleil africain inonde tout de sa clarté, le port nous apparaît vaste et palpitant d'ime vie intense. Nous ne comptons pas moins de trente- sept vapeurs amarrés le long des entrepôts et des quais où s'amoncellent les barriques de vin, les sacs de grains, les paniers de légiunes et de primeurs, tous les produits du sol de la riche Oranie. Un monde de portefaix espagnols ou arabes, difficiles à distinguer sous leur accoutrement de guenilles semblables, s'agitent, se démènent, chargés de fardeaux et vociférant en tm bizarre et guttural mélange de langues ; des chars attelés de huit à dix mules, pittoresquement harnachées, apportent sans trêve de nouvelles marchandises dont les bateaux ne parviennent pas à débarrasser les quais, tant est grand et continu leur afflux. C'est que, tandis