CHAPITRE
GÉNÉRALITÉES
Jamais, à aucune époque de l’histoire des peuples, pareille guerre n'avait été déchaînée. Jamais n’a-
vaient été employés un tel ensemble de procédés d'attaque ou de défense : les uns renouvelés de l’antique, les autres tout à fait nouveaux. Il semble, en particuher, que les Allemands avaient depuis de longues années, soigneusement mobilisé, si on peut diré, les efforts assidus de leurs ingénieurs et de leurs chimistes, en vue de cette guerre.
Après la violation des traités et des conventions, nos ennemis n'ont pas lardé, comme chacun sait, à faire montre d’un mépris absolu de toutes les lois
__de la guerre, où simplement des lois de la plus élé- . mentaire humanité. On prétend que c’est le kronprinz et le maréchal Hindenburg qui ont été les initiateurs de Feraploi des gaz « asphvxiants » dans l’armée allemande, gaz dont les propriétés étaient
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connues de l'état-major du kaiser, bien avant la | guerre. |
Quoiqu'il en soit, ce fut le 22 avril 1919, entre Ypres et Langhemarck, que vers 4 heures de l’aprèsmidi, dans le calme le plus absolu, sans aucune canonnade ni fusillade préalables, s'éleva pour la première fois, à un signal donné, un nuage de couleur jaune verdâtre des tranchées ennemies.
Ce nuage s’étendait sur une longuer de 7 à 8 kil. de front environ, et s'avançait vers les lignes françaises, poussé par une brise favorable, s’élevant à une assez faible hauteur au-dessus du sol, deux mètres à peu près.
Les occupants de nos tranchées de 1" ligne, dans lesquelles pénétraient en masse les gaz, commencèrent à éprouver les p'emiere symptômes de suffocalion : picotements au nez, aux yeux, à la gorge ; sensation d’étouffement, toux quinteuse, oppression. N'ayant que le temps de quitter leurs abris, sur l’ordre donné, beaucoup de soldats — s'étant baissés pour ramasser leur sac en toute hâte, au fond de la tranchée, — furent plus gravement touchés que les autres (ces gaz lourds tendant à s’accumuler dans les parties les plus basses). Incontestablement, un certain nombre d’entre eux, pris de syncope, tombè- “rent ainsi soudain — morts d'asphyxie suraiguë, ou encore vivants — aûux mains de l'ennemi. Car l’infanterie allemande, munie d'appareils protecteurs, s'était élancée à travers le nuage et arrivait sur nos lignes, en même temps qu'un feu nourri d'artillerie
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avait été ouvert dans la direction de nos réserves, el eur le chemin qu'elles devaient parcourir pour porter secours à nos premières lignes.
Tel est, brièvement rappelé, le souvenir de la première vague suffocante-émise par les Allemands, et qui, nous prenant à l’improvisle, causa dans nos rangs de lourdes pertes. Elle était, quoiqu’on en ait dit et écrit, uniquement constituée par. du, chlore (Xling, directeur du Laboratoire municipal de Paris).
Maintes fois, dès lors, nos ennemis ont fail usage de ces vagues ; et il est vraisemblable qu'ils y ont, plus tard, introduit de Foxychlorure de carbone, ou phosgène, corps venant renforcer leur pouvoir suffocant, et apporter surtout plus de toxicité. — La vague, était tantôt claire, teintant la campagne en jaune verdâtre, tantôt rendue opaque par l'addition d'un fumigène, le tétrachlorure d’étain en particulier. Le plus souvent, il ne s'agissait pas d'une vague __ continue, un dispositif spécial, permettant de la rendre intermittente : ce qui revenait à plusieurs émissions successives, d’une durée variable, et séparées chacune, par des intervalles plus ou moins longs. Procédé d'émission propre aux surprises, partant plus redoutable. Souvent, la vague était précédée d'une préparation d'artillerie destinée à faire croire à une attaque d'infanterie, et à attirer du monde en première ligne.
En même temps, les lignes de l'arrièré étaient bombardées par obus à gaz. Cependant que les batteries recevaient presque toujours des obus lacry-
mogènes, destinés à empêcher les tirs de barrage en méttant les artilleurs dans l’impossibilité de pointer.
Une autre tactique, mise en pratique par l'ennemn, consistait à surprendre les hommes en plein sommeil, avant qu'ils eussent mis Jeur masque. fl déclanchait d’un seul coup, sans préparation, une vague de courte durée, mais de densité très élevée.
Ensuite, apparurent d’autres dérivés du chlore, és suffocantes et causti-'
doués eux aussi, de propriét ques.
Nous voulons parler du chloroformiate de méthyle dichloré ou trichloré et de la chloropicrine.
Mais il: furent exclusivement employés Du obus « spéciaux». :
Nous ne Croyons pas que Le brome ait jamais fait partie des ingrédients chimiques destinés à la production des vagues. Ce sont surtout ses dérivés qui ont été utilisés largement et envoyés par projectiles.
D'ailleurs, la préparation d'une vague exigeait um lemps assez long (environ 3 semaines), et l'apport d'un matériel considérable ; l'aménagement de tranchées spéciales et de postes d'émission. Elle nécessilait, de plus, un ensemble de conditions pas toujours faciles à réaliser, Conditions de terrain :les pays plats comme les Flandres, Artois, la Somme, etc., étaient ceux qui s'y prêlaient le mieux. Conditions atmosphériques : un vent de direction favorable et assez léger (3 mètres à la secondeenviron), pas trop de pluie, qui aurait solubilisé les vapeurs de-chlore : une atmos-
phère légèrement brumeuse, avait l'avantage de conserver à la nappe gazeuse sa densité (1).
Etant données ces dificultés, c’est sous la forme à peu près éxclusive de « minnens » à gaz, de grenades, de bombes d'avions, mais surtout d'obus spéciaux, que se sont manifestés au cours de la deuxième partie de la guerre, les méfaits de F « arme gazeuse », Les projectiles employés par les Allemands, à cet effet, ont été surtout le 1ho et le 210 ; plus rarement 16 105 et le 35.
Le contenu de ces projectiles spéciaux, élait du reste, tantôt suffocant, tantôt lacrymogène ou vésicant. Tantôt enfin, il réunissait toutes ces propriétés.
Avant d'aborder le sujet de notre thèse, limité, comme nous l’avons dit, à l'étude des effets des gaz suffocants, nous croyons intéressant, néanmoins, en {er-, minant ces généralités, de donner une classification rapide des gaz de combat: |
Nous les classons d’après leur ordre d'apparition, et
d'après leurs principales propriétés.
Remercions vivement. à ce sujet, notre excellent ami E. Defacqz, docteur ès-sciences, ancien officier des plus distingués, attaché aux services du matériel chimique de guerre, à'qui nous devons les quelques précisions techniques qui nous manquaient.
(1) La portée utile de la vague était d'environ 15 kilométres, mais il a été donné d’observer des effets nocifs jusqu'à 25 et 30 kilomètres. (Dr GaussorGuEs, Conférence à la réunion médico-chirurgicale de la XVIe Armée). =
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