DU CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE DE SA FONDATION
PAUL ALBRECHT
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Dans un travail précédent (T) je me suis efforcé de prouver, qu’il y a deux différentes espèces de côtes, savoir : les véritables côtes ou les côtes intermyocommatiques (1 2) et les costoïdes ou les côtes interprotovertébrales. J’ai ensuite (3) démontré qu’il existe une certaine et indubitable homologie entre les côtes et les costoïdes, même sorte d’homologie qui se trouve entre les myocommata et les protovertèbres, et que j’ai appelée du nom d’homotropie. Or, les côtes ont le même rapport avec les costoïdes que les myocommata avec les protovertèbres, en un mot, les côtes sont homotropes aux costoïdes, les myocommata aux protovertèbres.
Dans le premier travail cité (4) j’ai traité des costoïdes cervicaux, dans un deuxième (5) des costoïdes lombaires et
(1) P. Albrecht. Note sur un sixième costoïde cervical chez un jeune Hippo potamus amphibius, L. Avec i gravure et i planche. Bulletin du Musée royal d’histoire naturelle de Belgique. Bruxelles, Hayez, 1882, t. I, p. 199 (tiré à part Pag- 3)-
(2) Puisque les myocommata sont des pleuromères, on peut de même appeler les côtes intermyocommatiques : des côtes interpleuromères.
(3) P. Albrecht. Sur les copulœ inter costoïdales et les hêmisternoides du sacrum des mammifères. Avec 18 gravures dans le texte. Bruxelles, Manceaux, 1883, p. 15.
(4) P. Albrecht. Note sur un sixième costoïde cervical , etc.
(5) P. Albrecht. Sur les paracostoïdes des vertèbres lombaires de l'homme. Communication faite à la Société d’Anatomie pathologique de Bruxelles dans la séance du 6 mai 1883. Avec 2 gravures intercalées dans le texte. Bruxelles, Manceaux, 1883.
P. ALBRECHT. — ÉLÉMENTS MORPHOLOGIQUES
sacrés, tandis que dans un troisième déjà cité (*) j’espère avoir prouvé que la sternalisation n’est pas un privilège des véritables côtes soit du tronc, soit du crâne, mais s’étend aussi aux costoïdes. On n’oserait pas dire que l’étude de la sternalisation en général soit difficile; au contraire, en suivant la véritable voie, on peut la déclarer non seulement très facile, mais encore très claire, puisque ayant une fois bien compris les lois de la sternalisation, on est à même de se reconstruire et d’analyser les formes de sternums les plus compliquées sans aucun effort.
• Donc, bien avoir saisi les lois de la sternalisation, c’est posséder le fil d’Ariadne pour trouver son chemin dans le labyrinthe des sternums et des sternoïdes des vertébrés, et autant il est aisé de s’orienter avec ce fil, autant il est impossible de le faire sans lui (1 2). Or, l’étude du processus de la sternalisation sans la moindre idée préconçue, de la manière en apparence la plus pédante, ce qui n’est pas une tâche fort engageante, sera récompensée par le résultat final, et c’est dans cette^ confiance que j’ose aborder aujourd’hui la constitution morphologique de la poignée du sternum des mammifères, sujet sur lequel se sont exercés nos plus grands anatomistes, sans arriver à la solution définitive de ce beau problème.
Pour parvenir à comprendre la poignée du sternum des mammifères, il est absolument nécessaire de s’occuper avant tout de la valeur morphologique de la dernière vertèbre cervicale de ces animaux. Tous les faits anatomiques connus
(1) P. Albrecht. Sur les copulœ inter costoidales, etc.
(2) Par exemple M. Hyrtl n’a certainement même pas su que les copules sont intercostales, puisqu’il dit dans son Lehrbuch der Anatomie des Menschen , 11e Aufl., Wien, 1870, p. 315, que chez les mammifères le corps du sternum est composé généralement d’autant de pièces qu’il y a de vraies côtes.
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par rapport à cette vertèbre , concourent à mettre hors doute qu’elle n’est pas la dernière vertèbre cervicale, mais la véritable première vertèbre thoracique des mammifères (:).
C’est une vertèbre qui, en perdant graduellement ses côtes, les véritables ires côtes thoraciques, a reçu l’apparence d’une vertèbre cervicale, s’est pseudo-cervicalisée en un mot, mais qui pour l’anatomiste doit rester et restera une vertèbre thoracique. Donc nous réclamons cette vertèbre pseudo-cervicale, qui nous est indispensable pour comprendre la poignée du sternum, et nous la réclamons comme la véritable ire vertèbre thoracique, en lui donnant, pour ne pas trop changer la manière actuelle de compter les vertèbres thoraciques, la désignation de vertebra thoracalis o, et en
(i) Dans un mémoire prochain je me propose de traiter cette question à fond, il suffira de donner ici quelques raisons principales, pour lesquelles j’ai déjà depuis longtemps (voir P. Albrecht, Die Epiphysen und die Amphiomphalie der Sàagcthierwirbelkôrper , Zoologischer Anzeiger,- Leipzig, 1879, p. 421, renvoi 3) envisagé la dernière vertèbre cervicale comme la véritable ire vertèbre thoracique :
I. La dernière vertèbre cervicale est la seule vertèbre cervicale qui puisse porter une côte intermyocommatique, homodynamique des côtes intermyocommatiques thoraciques.
IL Quand la dernière vertèbre cervicale porte une pareille côte, qui atteint la poignée du sternum ou s’en rapproche, l’artère sous-clavière passe crânialenient par rapport à elle.
III. Entre la côte de la dernière vertèbre cervicale et la ire côte thoracique, il se développe des muscles intercostaux.
IV. Le trou intratransversaire de la dernière vertèbre cervicale manque chez beaucoup de mammifères, notamment chez presque tous les ongulés, carnassiers, chez tous les cétacés, lémuriens et insectivores, chez la plupart des rongeurs et des singes.
V. Lorsque le trou intratransversaire de la dernière vertèbre cervicale existe, l’artère vertébrale l’évite généralement pour passer directement au trou intratransversaire de l’avant dernière vertèbre cervicale.
VI. Chez les ruminants, les apophyses épineuses des vertèbres thoraciques et de la derrière vertèbre cervicale, s’ossifient par un anarcual autochthone, les apophyses épineuses des six premières vertèbres cervicales ne le font pas.
VIL Les articulations obliques entre la ire vertèbre thoracique et la 7 me vertèbre cervicale des monotrèmes persistent, tandis que toutes les précédentes sont attrophiées chez ces animaux.
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l’appelant la vertèbre apostate de la colonne vertébrale des mammifères (I).
Chez les mammifères à 7 vertèbres cervicales, la vertèbre apostate est la 7me vertèbre cervicale; chez les mammifères à 6 vertèbres cervicales, c’est la 6rae; chez ceux à 8, à g, à 10 vertèbres cervicales, c’est la 8me, la gme ou la iome cervicale (2).
Les côtes de la vertèbre apostate des mammifères sont les véritables ires côtes thoraciques, que je désignerai par les mêmes raisons énumérées ci-dessus comme costae thora-
cales o et que j appellerai désormais les côtes apostates des mammifères.
Les cas où la côte apostate de ces animaux aboutit d’un ou des deux côtés au sternum ne sont pas rares, et c’est alors, quand ceci se lait des deux côtés, que nous voyons restitué le thorax primitif des mammifères, en ce qui concerne son ouverture antérieure. C’est alors aussi que l’artère et la veine sous-clavières occupent leur position primitive en passant au devant (crânialement) de la côte apostate, et non pas entre la cote apostate et la ire cote thoracique, ce qui devrait être le cas, si la côte apostate était originairement une côte
(1) Chez les mammifères, il n’y a qu’une seule vertèbre apostate, tandis que chez les sauropsides il y en a beaucoup plus. C’est par l’apostasie de ces vertèbres, que la quantité des vertèbres cervicales des sauropsides, surtout des oiseaux, est si considérablement augmentée.
(2) Que la 7 me vertèbre cervicale des mammifères à 7 vertèbres cervicales est identique à la 6me vertèbre cervicale du Cholœpus Hoffmanni et du lamantin, à la 8me vertèbre cervicale des myrmécophages et bradypodes à 8, à la gme vertèbre cervicale des bradypodes à 9, à la iome vertèbre cervicale des bradypodes à 10 vertèbres cervicales, ce fait, je crois, deviendra incontestable pour tous ceux qui étudieront à fond les côtes que portent toutes ces dernières vertèbres cervicales des mammifères ayant plus ou moins que 7 vertèbres cervicales. Toutes ces côtes sont des côtes intermyocommatiques, et toutes se comportent dans chaque sens comme les côtes de la yme vertèbre cervicale des mammifères à 7 vertèbres cervicales, qui sont incontestablement les véritables 1res côtes thoraciques. Donc la veitèbie apostate est chez tous les mammifères la dernière vertèbre cervicale et les côtes apostates, les deux côtes que cette dernière vertèbre cervicale porte!
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cervicale. C’est alors que le véritable ir espace intercostal, qui reste entre la côte apostate et la soi-disant ire côte thoracique, est fermé par des muscles intercostaux, et c’est alors que le muscle scalène antérieur, le muscle sous-clavier et le ligament costo-claviculaire s’attachent à leur insertion primitive, c’est-à-dire à la côte apostate, et non pas à la côte que nous nous sommes accoutumés à regarder comme la ire thoracique.
Grâce à l’état rudimentaire de la côte apostate, l’artère et la veine sous-clavières se sont portées devant la soi-disant ire côte thoracique, le muscle sous-clavier et le ligament costo-claviculaire se sont attachés à elle, et le muscle scalène antérieur, qui était un muscle protracteur de la véritable ire côte thoracique, savoir de la côte apostate, est devenu un protracteur de la ire côte thoracique apparente.
Tout ceci a un intérêt important pour l’étude de la dernière vertèbre cervicale des mammifères et de ses côtes. Voir cette côte devenir rudimentaire, voir l’artère et la veine sous-clavières se porter sur la soi-disant ire côte thoracique, voir s’attacher à elle le sous-clavier et le ligament costoclaviculaire, voir disparaître les muscles intercostaux du véritable ir espace intercostal thoracique, voir enfin le protracteur de la côte apostate devenir le protracteur de la côte suivante, c’est là peut-être une série des faits les plus remarquables que l’on connaisse en anatomie.
Mais un nouveau champ d’investigations s’ouvrira pour nous, en recherchant les faits anatomiques, qui se rapportent à l’union d’une côte apostate, entièrement développée, avec la poignée du sternum. Gruber, dans son travail sur les côtes cervicales^), établit une classification des côtes de la 7me vertèbre
(i) Gruber. Ueber die Halsrippen des Menschen mit vergleichend anatomischen Bemerkungen. Mémoires de l’Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg. VIIe série, tome 13, n° 2, p. 34 à 35*
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Fig. I. — Vue crâniale de la 7me vertèbre cervicale, de la 7me côte cervicale et de la ire côte thoracique droites, de la 7me côte cervicale rudimentaire et du cartilage costal de la ire côte thoracique gauches et de la poignée du sternum d’un homme adulte. Appartient au Musée royal anatomique de 1 Université de Kœnigsberg i/Pr. N° Tgb. 842 du catalogue de ce Musée.
a. Trou intratransversaire, situé entre les apophyses transverses inférieure et supérieure de la 7me vertèbre cervicale.
0, Apophyse transverse inférieure de la 7me vertèbre cervicale.
/3. Trou costotransversaire entre l’apophyse transverse inférieure de la 7me vertèbre cervicale et le col de la 7me côte cervicale.