‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 14 sur 54 · DU C K R V K AU · texte numérisé non relu

DU C K R V K AU

parfait. Presque toujours, c’est le mâle seul qui chante: quelques-uns n’ont que leur chant propre bien caractérisé, comme le pinçon , le chardonneret ,1e verdier, le rossignol , etc. D’autres ont, outre leur chant propre, la faculté d'imiter le chant ou le cri des oiseaux qui les environnent, comme les diverses pie-grièches , l’écorcheur, le moqueur des roseaux, la grive moqueuse ( Turdus poljglottus ) ; d’autres enfin imitent la voix de l’homme et de certains animaux, et se laissent instruire sur divers instrumens à vent.

Gomment rendre raison de ces différences? Toutes les fois qu’un animal quelconque a une qualité ou une faculté en commun avec l’homme, il doit aussi en avoir en commun l’organe dans le cerveau. Que l’on compare le cerveau et le crâne des oiseaux chanteurs avec le cerveau et le crâne des oiseaux qui ne chantent pas. Chez ces derniers, le cerveau est moins large près des yeux; le crâne est rétréci immédiatement audessus des yeux, ou de la partie antérieure-supérieure des orbites; les orbites mêmes sont très grandes et ovales; et dans beaucoup d’espèces, le •cerveau n’avance pas jusqu’aux yeux, PI. LY1I,

fig- 1 > % 2, fig* 3, fig. 4 , fig. 5 ; PI. LXXI,

•fig* 1 y fig* 2, fig* 3 , fig. 4 , fig* 5, fig. G, fig. g, tlig. io.

S U n L E S F 0 K (; T ions

Chez les oiseaux chanteurs, au contraire, le cerveau, et par conséquent aussi ]e crâne, sont plus larges vers le bord extérieur-anterieur; delà il arrive que les orbites sont plus rondes; car l’échancrure latérale qui existe chez ceux qui manquent de l’organe de la musique, est diminuée par le développement de cet organe, PL LXXI, fi g. 7 , fig. 8 , fig. 1 1 .

Pour se faire une idée nette de cette différence, que l’on place devant soi les crânes du gros-bec, à colé de celui du serin jaune ou du chardonneret; celui du coucou, du rollier, à coté de celui du merle, de la grive ordinaire ou du sansonnet.

Qu’après cela bon compare entre eux les oiseaux chanteurs, soit espèce à espèce, soit individu de la meme espèce à individu , ayant toujours égard à la plus ou moins grande perfection de leur chaut. Le crâne du pinçon, du chardonneret et du rouge-gorge n’est pas aussi large dans la région indiquée que celui du rossignol et du moqueur; celui du merle l’est moins que celui de la grive proprement dite. ( Turdus musions. )

Pour me convaincre de la vérité de ce que. je viens d’avancer relativement aux individus île la

• té. .

meme espèce , j’ai élevé, par exemple, des douzaines de moqueurs des roseaux; et pendant

nU CERVEAU.

({11 ils etaicu t encore aveugles , j’ai placé près il eux treille oiseaux clianleurs choisis, d’espèces di Itère nies. Quelques-uns de mes moqueurs des roseaux n’apprirent à imiter que le chant d’un do leurs nombreux maîtres; d’autres en imitèrent plusieurs; quelques-uns apprirent à les imiter tous avec une étonnante perfection. Tant pendant leur vie qu’a près leur mort , un œil exercé distinguait à l’inspection de leur tète, le développement plus ou moins grand de cette partie cérébrale. La plupart de mes auditeurs , après s’ètre un peu exercés, avaient acquis de la facilité pour discerner ces différences.

Dans les espèces où le mâle seul chante, d’ordinaire le male se distingue de la femelle d’une manière tout aussi frappante. Que l’on place le crâne d’un rossignol mâle â côté de celui d’un rossignol femelle, on trouvera toujours les orbites de la femelle plus échancrées; celles du mâle, au contraire, plus arrondies; et par conséquent sa tète plus large dans la partie supérieure, dans le diamètre d’un bord extérieur de l’orbite à 1 autre. Les oiseleurs reconnaissent , dans les oiseaux chanteurs, le mâle â ce signe, c’est-à-dire ù cette plus grande largeur de la tète au-dessus des jeux, et le distinguent ainsi de la femelle qui a la tète plus étroite au-dessus des yeux. Il y a plus, parmi les mâles même, ceux qui ont la tête

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la plus large dans la région indiquée, ont le chant le plus parfait. Dans le choix des oiseaux, je m’en suis toujours rapporté à ce signe, et jamais il ne m’a trompé. Cette différence est encore sensible chez les serins jaunes , quoique les femelles apprennent par imitation à répéter de petits morceaux qu’elles chantent , cependant toujours moins bien que le mâle, et que d’ordinaire elles oublient pendant la mue.

Je sais bien que de semblables observations demandent beaucoup d’habitude , beaucoup de patience et beaucoup de persévérance. Les adversaires de l’organologie trouvent bien plus commode de trancher la question que de s’astreindre à faire de nombreuses observations, dont le résultat les exposerait au danger d’être convaincus, par la force des faits , de la vérité de ma doctrine.

Certaines personnes , avec toute la bonne \olonlé possible, ne peuvent découvrir aucune de ces différences délicates. Que ces personnes-là veuillent se souvenir qu’en tout genre de recherches il faut, avant toutes choses , apprendre par une longue habitude à tirer de ses sens un parti sur. Il faut apprendre à entendre la musique et à voir les tableaux. Il est des individus qui ne parviennent jamais à exercer leurs doigts à tâter , ni leurs yeux à voir. Puisque le docteur Garden,

dans un article du journal sur le Physionomie al System de M. Spurzheim, a avancé que, meme dans le crâne humain, il n’existe pas une seule de toutes ces proéminences que nous attribuons à un développement considérable du cerveau, j’aurais mauvaise grâce de me plaindre de ceux qui ne peuvent pas distinguer des différences si minutieuses des têtes d’oiseaux!

Je puis garantir à ceux qui veulent observer , et qui sont capables de faire des observations, qu’ils trouveront confirmées toutes celles que je rapporte, et que l’examen delà tête des oiseaux les convaincra également de l’existence d'un organe delà musique.

« La rencontre, dit M. Demangeon, d’amateurs de musique et de musiciens sans tact ni rhylhme , de même que la différence des talens pour la symphonie, l’harmonie et la mélodie, portent aussi à croire que la musique ne peut appartenir à une seule faculté. Peut-on croire, d’après M. Gall, que les organes de la musique et de l’énergie générative soient si éloignés l’un de l'autre et sans aucune corde de communication entre eux, quand l’on considère que plusieurs animaux ne chantent que durant leurs amours j que la mue de la voix suit les progrès de la puberté? etc. »

M. Demangeon a-t-il déjà oublié que l’éner-

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gie générative a aussi son organe dans le cerveau, et que par conséquent l’organe de la musique et celui du penchant à la propagation ne sont pas si éloignés l’un de l’autre ? Au reste, c’est encore dans mon ouvrage qu’il a puisé la connaissance du rapport qui exisle entre le développement de l’instinct du chant, des parties génitales, de la glotte, etc.

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