CHEZ J.-B. BAILLIÈRE, LIBRAIRE
RUE DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE, N°. l<\.
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XIII. Mémoire des personnes, sens des personnes. ( P érsonen-Sinn. )
J’ai été frappé do ce que certaines personnes et certains animaux reconnaissent avec la plus grande facilité des individus qu’ils ont vus il y a des années, et seulement on passant. C’est-là une faculté qui est 1res faible chez moi, et dont le défaut m’a causé toute ma vie milie désagrémens. J’ai vu dans toutes les classes, parmi le peuple comme parmi les gens instruits, des personnes qui en sont douées , et d’autres qui en sont privées. Il y a des personnes , et je suis de ce nombre, qui lorsqu’elles se lèvent de table, ne savent plus distinguer dans la société celui ou celle qui était assis à coté d’elles pendant le repas. Comme cette singularité les met souvent dans l’embarras, les expose à faire mille quiproquo, et à passer de l’air le plus indifférent,
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devant ceux qui s’approchent d’elles d’un air de connaissance, et s’attendent à quelque marque d’intérêt, elles font tous leurs efforts pour éviter de semblables maladresses ; mais elles ne peuvent y réussir. Il leur en coûte une contention d’esprit incroyable pour apprendre par cœur certaines figures, et il n’y a que les visages distingués par quelque particularité qui leur laissent une impression durable.
A quoi cela tient-il? Ceux qui ne donnent à ce phénomène qu’une attention superficielle, qui ont toujours des raisonnemens ou plutôt des sophismes prêts pour tout expliquer, disent que cela tient à l’œil ; que ceux: qui sont dans ce cas voyent d’une manière indéterminée, ou sont myopes. Mon propre exemple prouve bien qu’il n’en est pas ainsi. Il n’y a guère d’hommes dont la vision s’opère d’une manière plus déterminée que la mienne. Dans tous les temps, j’ai pu discerner les uns des autres, <à des distances considérables , les oiseaux ou d’autres animaux , et les plantes à leur seul habitus. Jamais je n’ai été myope; et d’un seul regard je distingue avec la plus grande clarté tout ce qui m’environne.
Est-il question de la faculté de saisir les caractères des objets? ce n’est pas encore cela qui décide : il n’y a guère de personnes qui se soient exercées plus que moi h les saisir; car comme
nU CERVEAU.
médecin et comme naturaliste, j’ai fait ma grande affaire de savoir distinguer, et les maladies si diverses qui affligent l’espèce humaine, et les objets variés à l’infini que nous offre la nature. Quoique je ne sache ni peindre ni dessiner, j’ai toujours saisi avec une grande facilité les formes nombreuses de la tête; et s’il était question de diriger un peintre, je serais certainement en état de lui indiquer les traits les plus caractéristiques de la personne dont il s’agirait de faire le portrait.
Pour se convaincre que toutes ces explications sont fausses, il suffit de jeter un regard attentif sur ce qui se passe dans la nature. Souvent des enfans de trois à cinq ans ont déjà la mémoire des personnes à un très haut degré. Il J a des chiens qui reconnaissent après des années une personne qu’ils n’ont vue qu’une seule fois; d’autres chiens, après quelques jours seulement d’absence, ne reconnaissent déjà plus des personnes qu’ils ont vues assez souvent. Les singes, les chiens, les chevaux, les éléphans, les chèvres, les oiseaux même, reconnaissent avec plus ou moins de facilité, entre mille personnes, leur maître ou celui qui leur a donné des soins, ou ceux qui les ont offensés.
Tous les animaux qui vivent en Troupeaux se connaissent entre eux. Qui le croirait? toutes les
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abeilles de la même ruche se connaissent, cl il y en a de 20,000 a 00,000. Lorsqu'une étrangère lente de s’introduire, elles lâchassent ou la tuent. O11 remarque même que les abeilles du même rucher, fùl-il formé de cinquante à cent ruches, savent très bien distinguer une abeille qui n’est pas du rucher. L’agneau, le poussin, etc., connaissent leur mère au milieu d’un très grand nombre de brebis et de poules.
Personne 11e pourra plus douter que la faculté de discerner les individus ne soit , pour l’animal, l’une des facultés fondamentales les plus indispensablement nécessaires. Il n’est donc pas permis de supposer que la nature ait fait dépendre une telle faculté de circonstances accessoires. Quiconque connaît la sollicitude maternelle de la nature pour tous les animaux, admettra qu’elle dépend d’une organisation intérieure particulière, d’un organe propre.
Je crois être parvenu, à force d’observations, à découvrir cet organe j mais avant d’entrer dans des détails relativement à ce qui le concerne, je dois dire un mot sur les différentes formes de l’œil, et sur les causes qui déterminent la diversité de ces formes.
nu C E R V EAU.
Sur les formes de Vœil et sur les causes qui déterminent la diversité de ses formes.
Les yeux sont placés dans les orbites. Suivant que la forme de ces cavités osseuses varie, les bulbes ont aussi une forme et une position différentes. La forme de ces cavités est déterminée en grande partie parle cerveau; ceci fait comprendre comment la position de l’œil peut être un indice extérieur du plus ou moins grand développement de certaines parties cérébrales.
Cette cavité présente quatre parois : i°. La voûte, qui est formée par une partie du frontal et du sphénoïde; 2°. la paroi interne, formée par la partie de l’etlimoïde appelée os planum , et par l’os un guis ; 3°. la paroi externe, formée par une partie du sphénoïde et de Pos malaire ; 40. la paroi inférieure, formée par une partie du palatin, de l’os malaire et du maxillaire supérieur. De ces quatre parois, la voûte et le tiers-postérieur de la paroi externe, sont seuls en contact immédiat avec le cerveau. Cette partie de la paroi externe correspond à l’extrémité antérieure des lobes moyens du cerveau, tandis que la surface inférieure des lobes antérieurs est appliquée sur la voûte xv, xvi, xvn, xvin , xix, PI. Y, VIS 1 , XV, XVI, PI. XI, XII.
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La forme de l’orbite se trouve changée en totalité ou partiellement, suivant que toutes les parties cérébrales placées sur la voûte, ou seulement quelques-unes d’entre elles, sont plus ou moins développées. Lorsqu’elles sont très faiblement développées , tout l’orbite se trouve placé haut, et les yeux sont relevés et rapprochés de l’arcade orbitaire supérieure; dans ce cas, les orbites sont profonds et formés en cylindre creux. Mais lorsque toutes ces parties encéphaliques ont acquis un haut degré de développement, les bulbes oculaires sont poussés en avant, d’où résultent de grands yeux à fleur de tête; dans ce cas, la voûte abaissée déprime le bulbe, qui à son tour déprime l’arcade inférieure de l’orbite vers la joue, et produit au-dessous de la paupière inférieure une espèce de bourrelet. Lorsque la partie externe xix est seule très développée, la partie correspondante de la voûte est seule déprimée; ce qui détermine l’abaissement de la partie externe du bulbe oculaire et de la commissuro externe des paupières , ainsi que la saillie de l’angle orbitaire externe. Lorsque la partie interne xvi est seule très développée, la partie interne de la voûte est seule déprimée; ce qui dirige en bas la partie interne du bulbe oculaire, et la commissure interne des paupières.