‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 21 sur 54 · XXI. Esprit métaphysique. Profondeur d’esprit · texte numérisé non relu

XXI. Esprit métaphysique. Profondeur d’esprit

( Metaphysischer Tiefsinn. )

J’avais remarqué depuis long-temps que quelques hommes auxquels on attribuait un grand esprit philosophique avaient la partie antérieurcsupérieure du front singulièrement large et bombée. Tels sont Socrate, Démocrite , Cicéron, Bacon, Montagne* Galilée , La Bruyère, Leibnitz, Condillac, Diderot , Mendelsohn , etc.

Mais la tendance du génie profond de ces hommes n’est pas la même dans chacun d’eux. Le domaine de l’un est le monde matériel ; le

domaine de l’autre le monde spirituel. L’un veut connaître ce qui est , tâche de découvrir les conditions sous lesquelles ce qui est, existe , fait de l'observation la base de toutes ses méditations , et recherche les rapports des causes et des effets ; l’autre, dédaignant le monde matériel, s'élève dans le monde des esprits ; et se créant un univers d’êtres idéaux , contemple l’esprit dans ses effets comme esprit, et 11e tient aucun compte des conditions matérielles de scs fonctions ; il est à la recherche de vérités générales, de principes généraux,* et, selon lui , tout ce qui existe icibas doit être conforme à ces idées générales ; c’est là l’idéologiste, le métaphysicien.

Dans ces têtes , deux parties cérébrales sont développées, une de chaque coté, xxm,Pl. IX, à côté de l’organe de la sagacité comparative. Par-là , les parties du front que touchent immédiatement ces parties cérébrales, se trouvent bombées, et forment, à elles seules , ou conjointement avec l’organe de la sagacité , deux segmeus de sphère placés de chaque côté du front dans la ligne horizontale.

A Vienne, déjà je connaissais des hommes doués de facultés intellectuelles très distinguées , zélés sectateurs de Kant. La trop grande généralité des assertions qui constituent leur doctrine, m’a toujours fait croire qu’elle est sans

aucune utilité pratique. Leur dogme , par exemple, que le temps cl l’espace ne sont qu’une forme à laquelle notre entendement est assujetti, me paraît d’une généralité telle qu’il ne trouve d’application à aucune science ni à aucun art. C’est pour cela qu’eux et moi nous n’avons jamais pu nous entendre. Ils me reprochaient, comme l’ont fait plus tard dans le reste de l'Allemagne les sectateurs de la philosophie transcendante, de ne pas m’élever au-dessus du dernier échelon de l’observation ; je leur reprochais de mon côté de se perdre dans le vague, au-delà des limites du monde sensible; de vouloir déterminer les lois du monde corporel d’après celles d’un monde spirituel, et de construire tout le monde extérieur avec de prétendus matériaux pris dans leur intérieur, au lieu de faire de l’observation la base de leurs raisonnemens.

Pendant nos voyages, on nous donna un plaire moulé sur la tête de Kant, après sa mort. Ce fut avec un vif plaisir que nous vîmes la saillie extraordinaire des deux parties frontales que j’ai indiquées. Voyez son portrait PI. LXXXIII, fig. 3. Plus lard, nous fîmes la connaissance de M. Fichle, cl nous trouvâmes la meme région de son front encore plus saillante que chez Kant; nous vîmes la même organisation dans M. Schclling; il ne peut pas être question ici de ces nom-

brcux scctalcurs qui ne l'ont que répéter les paroles du maître.

Il paraît prouvé par l’expérience, que tant que l’homme est condamné à habiter celle terre, il n’y a pas de fruit à tirer pour lui des spéculations de cette sublime philosophie, et que nous ferons très bien, par conséquent, de nous renfermer dans la sphère d’activité que nous offre le monde des réalités.

Quelquefois, il est vrai , l’on est forcé d’admirer la profondeur de l’esprit humain, lorsque de loin en loin l’on voit ces hommes, sinon par la seule force du raisonnement, au moins par l’induction d’un petit nombre de données, découvrir des vérités auxquelles le naturaliste n’ose donner son aveu qu’a près une nombreuse et pénible suite d’expériences. Cependant ces résultats , aussi admirables que rares , sont des rayons de lumière bien brillans, sans doute, mais qu’il est très difficile de distinguer des feux follets qui éblouissent ordinairement le génie du métaphysicien.

Les anciens avaient probablement senti déjà le rapport qui existe entre cette organisation et la tendance à s’occuper de choses élevées au-dessus de la portée des sens, par conséquent hors la sphère de l’observation. Ils donnent, à leur Jupiter Capitolin , ccllo meme proéminence dans

la partie antérieure - moyenne -supérieure diï front , marque caractéristique qui convient parfaitement à l’intelligence suprême.

Je suis loin de nier que V intuition intérieure ne puisse devenir aussi un objet d’observation; mais lorsque je vois que celte intuition conduit , dans chaque individu, à des conclusions différentes, et ne se prête, par conséquent, à aucune observation certaine; lorsque je vois qu’au milieu du monde corporel , qu’au milieu d’institutions fondées sur la matière et les corps , les métaphysiciens, connue Barkley l’a déjà fait il y a plus d’un siècle, vont jusqu’à révoquer en doute l’existence de la matière par les sophismes les plus puérils, soit dans l’intention d’éloigner d’eux le reproche du matérialisme; soit que, par une semblable extravagance, ils prétendent s’élever au-dessus de l’humble observateur de la nature y lorsque je vois dans tous les siècles les efforts aussi frivoles que profonds des idéologistes tourà-tourse détruire et se renouveler; lorsque je vois que les métaphysiciens de profession affectent une aversion pour les recherches sur l’homme tel qu’il existe , je doute que jamais un tel emploi de l’esprit métaphysique puisse prétendre à un autre mérite qu’à celui de la simple spéculation.

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