‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 20 sur 54 · IC · texte numérisé non relu

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ricure-supérieure du front était egalement voûtée en proéminence conique. Plus mes observations de ce genre se multiplièrent, plus je fus convaincu que la tendance d’esprit à chercher les comparaisons, les rapprochemcns , etc., résulte du développement favorable d’un organe particulier.

Preuves ultérieures que la sagacité comparative se fonde sur l action de la partie cérébrale f no j cnne de la région antérieure- sup érieure du front.

En traitant des facultés fondamentales qui sont exclusivement bapanage de l’homme, je n’ai plus à ma disposition autant de preuves que pour celles qui sont communes à l’homme et aux autres animaux. Toutes les ressources que l’anatomie et la physiologie comparées m'offraient pour appuyer mes assertions relativement aux organes dont j’ai traité jusqu’ici , viennent maintenant à me manquer, et je me trouve restreint à l’homme seul; et l’homme étant un être infiniment plus compliqué que les animaux, par conséquent beaucoup plus difficile à observer, il devient plus que jamais nécessaire de multiplier

les faits , et île ne tirer îles résultats quavcc la plus judicieuse réserve.

On regarde d’ordinaire la sagacité et l’esprit comme deux facultés non-seulement très distinctes, mais même opposées. L’on prétend que la sagacité ( i Scharfsinn ) ou la perspicacité consiste à saisir les contrastes, etl esprit ( TV^ilz^) à découvrir les ressemblances. Mais comme celui qui a la faculté de découvrir les ressemblances entre divers objets, doit nécessairement en saisir aussi les contrastes, il s’ensuit que l’une et l’autre de ces facultés sont des modifications de la même force fondamentale.

La dénomination perspicacité, sagacité, esprit de comparaison, me paraît désigner exactement celte opération de notre intelligence. Je remarque en général que les personnes chez lesquelles celte partie cérébrale a acquis un haut degré de développement, saisissent et jugent bien les rapports des choses, des circonstances et des événemens, et que généralement elles sont très propres à la conduite des affaires.

Les enfans chez lesquels cet organe est considérablement développé, préfèrent les fables à tous les autres objets qu’on leur enseigne. Je possède un plâtre de La Fontaine, dans lequel celle partie est extrêmement développée, et où lei autres parties sont plus petites qu’elles ne paraissent

ordinairement dans les gravures. Mon plaire coïncide avec le buste en terre cuite qui se trome au musée des monumens français.

Souvent j’ai dit à des hommes, chez lesquels je trouvais celte organisation à un très haut degré : Dans vos écrits et même dans vos lettres , dans vos discussions , vous faites fréquemment usage de comparaisons. Après quelques momens de réflexion, ds reconnurent réellement en eux cette tendance particulière, dont ils ne s’étaient point doutés jusqu’à ce moment. En faisant à Francfort la connaissance du fameux prédicateur Hufnagel , PI. LXXXIII , fig. i , nous vîmes qu'il a cet organe très développé; et c’est avec une vive joie qu’à Weimar nous le reconnûmes à un singulier degré de développement sur le front de M. Goethe; aussi trouve-t-on des rapprochemens et des comparaisons à chaque page des écrits de ce beau génie.

Cet organe est en général d’un merveilleux secours aux poètes : avec lui tout devient image, de façon que certains poètes attribuent leur talent tout entier à la faculté de parler par des images, et n’ont pas la moindre idée de ce qui constitue véritablement le génie poétique. Je trouve cet organe très développé dans les bustes des anciens qui se sont distingués par leur saga-

Dll CERVEAU.

cilc:, par exemple dans celui de Caton , de Solon, PI. LXXXVII, fig. 6, de Mécène.

Saint-Thomas d’Aquin, PI. LXXXVII, fig. 4> fut de tous les scholastiques des temps de barbarie, sans contredit, le plus profond, le plus judicieux et le plus clair; aussi l’organe de la sagacité comparative est-il très visible sur son front.

La tête de Saint-François de Sales, Planche LXXXVII, fig. S , est en général très belle, très élevée, haute, et d’un caractère extrêmement noble; mais l’on y remarque surtout un grand développement de l’organe de la perspicacité comparative, et de grands yeux déprimés, tels qu’on les trouve d’ordinaire chez les philologues. Aussi montre-t-il partout une grande érudition, et il n'y a pas de page de son Introduction à la vie dévote , où l’on ne trouve quelques rapprochemens et même quelques comparaisons soutenues. J’ouvre le volume, je tombe à la page i64, et je lis : Si nous sommes pointilleux pour les rangs , pour les préséances, pour les titres, outre que nous exposons nos qualités à l’examen, à l’enquête et à la contradiction, nous les rendons viles et abjectes; car l’honneur qui est beau, étant reçu en don, devient vilain quand il est exigé, recherché et demandé. Quand le paon fait sa roue pour se voir en levant ses

belles plumes , il se hérisse tout le reste, et montre de part et d’autre ce qu’il a d’infame : les fleurs qui sont belles plantées en terre, se flétrissent étant maniées. Et comme ceux qui odorent la mandragore de loin et en passant, reçoivent * beaucoup de suavité ; mais ceux qui la sentent de près et longuement, en deviennent assoupis et malades : ainsi les honneurs rendent une douce consolation à celui qui les odore de loin légèrement, sans s’y amuser ou s’en empresser,* mais à qui s'y affectionne et s’en repaît, ils sont extrêmement blâmables et vitupérables. »

Tant il est vrai que l’homme trahit le secret de son organisation par ses pensées et par ses écrits.

Sur V éducation de V espèce humaine.

Quel peut avoir été le but de la nature, ou du Créateur, en plaçant cet organe dans la ligne médiane, où se trouvent toujours les organes les plus essentiels? Que l’on me permette défaire ici une digression philosophique: elle peutêlre permise , je pense, à un homme qui est persuadé que l’organisation est la principale source des phénomènes psychologiques.

J’ai dit qu’à l’aide de l'organe de la sagacité

comparative l’homme fait des comparaisons , c’est-à-dire que par le secours de cet organe il reconnaît les ressemblances et les dissemblances des objets. Or, il est certain que c’est précisément par ce moyen que commence l’éducation de l’espèce humaine. L’homme a un pendra nt naturel à comparer ses sentimens avec les impressions qu’il reçoit du dehors, et les memes impressions avec les sensations qu’il éprouve en dedans. Par le moyen de ces comparaisons, les sentimens et les impressions sont convertis nonseulement en idées, mais aussi en images et en tableaux ; par leur moyen , son langage ne se borne pas à une collection de sons matériels et sans vie, il devient une langue animée, et pour ainsi dire personnifiée. Par le secours d’un tel langage, l’homme est mis en état de communiquer, c’est-à-dire de peindre à ses semblables ses sentimens, ainsi que les impressions qu’il a reçues ; c’est là l’esprit qui règne dans toutes les langues mères, c’est là l’origine des hiéroglyphes, et de tous les signes qui imitent plus ou moins les objets; c’est pour cela que, encore aujourd’hui, les hommes les plus grossiers, pour se communiquer leurs sentimens, se servent d’emblèmes, qu’ils peignent un cœur dont s’échappent des flammes, une flèche, etc.; c’est là enfin Y origine de la mythologie.

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L homme, en comparant entre elles les impressions qu il a reçues du dehors, s’efforce de les imiter par son langage; il devient imitateur, peintre du monde extérieur. Le cheval hennit, le lion rugit, la brebis hèle, la grenouille croasse , le bœuf beugle , le chien aboyé, le loup hurle, le chat miaule, la tourterelle roucoule , le cochon grogne, la poule glousse, le serpent siffle, la clochette tinte, le tonnerre gronde, etc.

Mots qui imitent le son même qu’ils expriment : c’est ainsi qu’une foule de mots sont nés dans les langues mères, et ont été transférés dans celles’ qui en dérivent.

L’homme en agit de même pour ses propres sentimens. Il se familiarise avec ces derniers, tout aussi facilement qu’avec les impressions qu’il reçoit du dehors. Pourquoi alors tant de philosophes font-ils dériver nos premières idées des impressions sur les cinq sens? Les sentimens intérieurs fournissent tout aussitôt et tout aussi abondamment des matériaux à notre langage. Les sentimens aussi ont besoin d’être peints, et les images pour peindre les objets extérieurs sont prises aussi souvent de ses sentimens, que celles pour peindre ses sentimens le sont des objets extérieurs. Si l’on dit : le sang bout et bouillonne ; le cœur palpite et bat ; l’âme s’embrase, se glace ; sa beauté se fane ; cela me dé-

dure l’âme j cela me perce le cœur: la raison saisit; l’esprit pénètre; il a l’espril léger, lourd, les sens fins , obtus; la tête étroite ; le cœur corrompu , dur, brisé , tendre ; la raison nuire ; l’âme abattue; une expression plate; on dit. aussi bien : la vigne pleure; le temps est triste ; la mer gronde; les Ilots mugissent; les vents sont en fureur ; le chêne brave la tempête; il porte vers le Ciel un front audacieux ; la rouille ronge le fer; le soleil vivifie ; la nature se réveille ; la terre est altérée ; le saule aime l’humidité; la vigne redoute la gelée , etc.

Presque tous les proverbes, toutes les façons de parler populaires ne sont que des comparaisons, des rapprochemens nés d’observations involontaires. Chat échaudé craint l’eau froide; mettre la charrue devant les bœufs; introduire le loup dans la bergerie; battre le fer pendant qu’il est chaud ; redresser l’arbre tandis qu’il est jeune; bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée; l’oisiveté est comme la rouille, elle use plus que le travail; pierre qui roule n’amasse pas de mousse; tu ris dans ton songe, mais tu pleureras à ton réveil; ce qui n’est pas utile à l'essaim ne peut être utile à l'abeille.

Maintenant , l'on concevra pourquoi ces hommes qui avaient plus à cœur de rendre service à l’humanité que d’acquérir la réputation

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d'une brillante éloquence, dans les instructions qu’ils adressaient au peuple, préféraient à toute autre la forme de la parabole, les façons de parler emblématiques. C’était le langage vulgaire des Égyptiens, et Pythagore enveloppa ses préceptes de morale dans le voile de l’allégorie et de l’apologue. Que l’on se rappelle la femme qui cherche le denier qu’elle a perdu, et qui a une grande joie de le retrouver; le pasteur qui abandonne son troupeau pour aller chercher la brebis égarée. « Vous êtes le sel de la terre, mais si le sel perd sa saveur, avec quoi le salera-t-on? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors, et à être foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde; une ville située sur une montagne ne peut être cachée, et on n’allume point une chandelle pour la mettre sous un boisseau, mais on la met sur un chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison, etc. Regardez les oiseaux de l’air, ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n’amassent rien dans des greniers , etc. Apprenez comment les lis des champs croissent, ils ne travaillent ni ne filent ; vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines , et des figues sur des chardons? Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits , ni un mauvais arbre de bons fruits. L’homme prudent a bâti sur le roc, et la pluie

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est tombée, les torrens se sont, débordes, et les vents ont soufflé, et sont venus Tondre sur celle maison-là ; elle fflest point tombée, car elle était fondée sur le roc. Insensé qui a bâti sa maison sur du sable : la pluie est tombée, les torrens se sont débordés , les vents ont soufflé, et sont venus fondre sur celte maison ; la maison est tombée , et sa ruine a été grande. »

« Quand une femme accouche...... de meme,

vous êtes maintenant dans la tristesse. »

« Je vous ai donné du lait à boire, et je ne vous ai point donné de la viande; car vous n’êtes

point en état de la supporter »

Nous trouvons à chaque page les plus excellentes comparaisons , dans lesquelles on voit manifestement l’intention. Je vous ai parlé en similitudes. C’est ainsi que les vérités même les plus saines s’introduisent le mieux sous le voiie de la fable.

Ésope, qui prit le masque de l’allégorie et l’agrément de la fable, était plus écouté à la cour de Crésus que l’austère Solon. Un sénateur apaisa par une fable la sédition du peuple romain, que n’avaient pu réprimer la sagesse et l’autorité des consuls. Et les courtisans de Louis XIV se laissaient mieux corriger par les apologues de La Fontaine, par les fictions comiques de Molière, et par les tableaux piquans de La

Bruyère, que par les pensées sublimes el pro* fondes de Pascal.

Quel philosophe aurait mieux parlé que Pétrarque, aux ambitieux, lorsqu’il leur dit : Viser à la puissance pour vivre en assurance et en repos, c’est se porter sur une haute montagne pour éviter les vents el la foudre.

L’on peut donc soutenir que l’éducation de l’espèce humaine a été commencée principalement au moyen de l’action de l’organe de la sagacité comparative. Maintenant, l’on conçoit pourquoi la nature l’a placé dans la ligne médiane.

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