‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 44 sur 54 · SUR L E S FONCTION S · texte numérisé non relu

SUR L E S FONCTION S

qu il y a presque toujours complication de différentes affections, et que ce n’est pas, tant s’en faut, la complication des mêmes affections quia lieu constamment. La jalousie, par exemple, s’exprime différemment selon qu’elle est compliquée de colère, d’un désir comprimé de vengeance, de confusion, d’orgueil, de douleur de se voir trahi, de mépris, d’ironie, etc. La pantomime doit nécessairement se compliquer de l’expression des différens sentimens , des différentes idées, des différentes passions qui viennent assaillir l’individu simultanément.

Que seraient la gravure, la peinture, la sculpture, l’art du comédien, l’éloquence, la poésie, si l’expression des sentimens et des idées n’était pas soumise à d’immuables lois? Quels moyens auraient-ils en leur puissance pour peindre la modestie, la prudence, la contrition , l’effroi , le désespoir, la bassesse, les remords, l'innocence, la joie, la colère, le mépris, la fierté, la méditation , le recueillement, la dévotion , la fermeté ? Comment l’œil du gladiateur mourant nous di • rait-il : Je meurs , mais je ne puis m en étonner ni 771 en affliger? Comment Laocoon nous présenterait-il l’image de l’homme succombant aux souffrances sans trop de faiblesse ! Qui pourrait comprendre leur langage? Ne confondrait-on pas l’expression de l’amour avec celle de la

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liaine , 1 expression de l’envie avec celle de la bienveillance?

Où est enfin l’homme on l’animal fini réfléchisse sur la manière dont il veut faire comprendre à d’autres ses sentimens et ses idées ?t&u . moment meme où l’idée et le sentiment naissent , ils sont écrits sur l’extérieur en caractères lisibles pour tout le monde. Il est donc certain que les sentimens j les idées, les affections, les passions se manifestent au dehors par la mimique, d’après des lois déterminées et invariables.

Mais comment se fait-il que chaque affection , chaque passion, chaque sentiment, chaque idée produise une pantomime particulière et propre? Comment se fait-il que l’homme humble marche courbé et les regards attachés à la terre, tandis que l’orgueilleux s’avance la poitrine en avant et la tète haute? Que pendant les jouissances de l’amour nous retirons la nuque en arrière? Que le dévot relève la tète en avant et porte ses regards et ses mains vers le ciel ?

Questions hardies, et d’autant plus hardies que personne n’a eu jusqu’ici l’idée de rechercher la cause de ces phénomènes. Voyons si 1 organologie est capable de répandre quelque lumière sur ces mystères.

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De s sources intérieures de la mimique en gènenéral , et de la mimique de chaque affection, de chaque sentiment , de chaque passion, etc., en particulier.

Le cerveau est la source de tous les seutimens, de toutes les idées , de toutes les affections , de toutes les passions ; leur manifestation quelconque doit donc dépendre du cerveau et être modifiée par lui. Le cerveau est en liaison avec les instrümens de tons les sens, et, à l’aide de la moelle épinière , il l’est également avec les instrumens des mouvemens volontaires. Il domine les sens, les muscles , et par conséquent les extrémités ; il met en action chacune des parties ; par son activité il détermine le mouvement qu’elles doivent faire , la position qu’elles doivent adopter ; dès qu’il est en repos , les sens , les muscles et les membres sont dans l’inaction.

Mais les différons organes cérébraux sont placés dans des régions différentes. L’action du cerveau, selon que tel organe ou tel autre est actif, doit donc aussi partir de différentes régions. Chacun des organes cérébraux met à son unisson, d’une manière à lui particulière et conforme à son siège, les instrümens des sens, les muscles, les extrémités. Chaque organe ex-

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prime donc son action par un jeu de pantomime particulier; par conséquent ce jeu de pantomime est le langage propre de l’organe en question , et il décèle non-seulement la nature du sentiment, de l’idée, de l’affection, de la passion, mais il trahit encore le siège de l’organe par lequel ces mouvemens ont été commandés.

L’organologie peut donc tirer de la mimique deux avantages également précieux : i°. La mimique peut servir à lui indiquer la place du cerveau où se trouve l’organe qui agit dans tel cas particulier, et frayer ainsi à l’organologiste le chemin pour arriver à des preuves qui mettent hors de doute ce qu’il n’avait fait d’abord que soupçonner ; 2°. elle lui sert de confirmation , en concourant à prouver que l’organe dont il observe l’action , est placé en effet à l’endroit que, guidé par d’autres faits , il lui avait assigné. En traitant des organes en particulier, j’aurais pu rapporter, à l’occasion de chacun d’eux, ce qui a trait à la mimique ; je ne l’ai point fait, parce (j ue je croyais pouvoir me passer de ce surcroît de preuve, et que je préférais exposer sans interruption tout ce qui tient à la pathognomique.

Maintenant le lecteur esta meme de deviner

et de juger lu mimique de chaque organe en particulier. Cependant avant d’entrer dans aucun détail , je vais déterminer les princi; es géné-

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raux de la manifestation extérieure de l’action des organes :

i°. Les organes qui ont leur siège dans les régions inférieures du cerveau, lorsqu’ils agissent avec énergie , portent de haut en bas la tête , dépriment et raccourcissent le corps.

2°. Ceux des organes qui sont placés dans les régions supérieures du cerveau, lors de leur action énergique, élèvent la tête et tout le corps.

3°. Les organes placés dans les régions supérieures-postéricures du cerveau, dépriment la tête et tout le corps en arrière de haut en bas.

4°. Les organes placés dans les régions infé* rieures-antérieures du cerveau , dirigent la tête et tout le corps en avant et vers le bas.

5°. Les organes placés dans les régions supérieures-antérieures du cerveau, élèvent la lêie et tout le corps, et les portent en avant.

6°. Les organes placés à la partie supérieurepostérieure du cerveau, élèvent la têteet le corps, et les portent en arrière.

7°. Les organes placés dans les régions inférieures du cerveau , en ligne perpendiculaire avec le grand trou occipital , abaissent perpendiculairement la tête et tout le corps.

8". Les organes places dans la région supérieure du cerveau , perpendiculairement audessus du grand trou occipital , élèvent perpendiculairement la tète et tout le corps.

cf. Lorsque les organes jumeaux de chaque fonction agissent simultanément , la tète et tout le corps se meuvent symétriquement d’avant en arrière, de haut en bas, etc., suivant que l’organe qui agit est placé dans la région anlérieurepostérieure, supérieure ou inférieure du cerveau.

io°. Lorsqu’il n’y a que l’un des deux organes pairs qui agit, la tète et le corps se meuvent du coté où est placé cet organe, de haut en bas , de bas en haut, d’avant en arrière, d’arrière en avant, selon que l’organe agissant est placé dans la région inférieure supérieure, antérieure ou postérieure du cerveau.

t i°. Lorsque les deux organes pairs agissent alternativement, la tète et le corps font alternalivementles mouvemens conformesà leur action, tantôt d’un coté, tantôt de l’autre.

12°. Lorsque les organes pairs, ayant leur siège dans l’axe perpendiculaire du cerveau, agissent alternativement , la tète se meut sur sou pivot de droite à gauche, et de gauche à droite,

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do haut en bas, ou do bas en haut, selon que l’organe agissant est situé dans la partie supérieure ou dans la partie inférieure du cerveau.

C’est en conséquence de ces lois que lorsque dans l’homme ou dans l’animal une force fondamentale est fortement en action, les sens, les membres et la tête exécutent certains mouvemens déterminés sans que l’animal ou l’homme en ait aucune conscience réfléchie. Ces mouvemens sont donc un langage purement automatique, et par cela même généralement intelligible.

Je vais passer en revue la pantomime de la plupart des organes des qualités et des facultés fondamentales dont j’ai traité jusqu’ici. En décrivant celte pantomime, non pas telle que je l’ai inventée, mais telle que la nature l'inspire, j’aurai occasion , non-seulement d’expliquer les douze lois ci-dessus énoncées, niais aussi d’ajouter aux preuves déjà alléguées , des preuves nouvelles que les organes sont situés dans la région que je leur ai assignée.

Mimique de V activité de l’instinct de lu propagation.

L’organe de cet instinct étant placé dans la partie inférieure du cerveau, dans les fosses occipitales , immédiatement derrière le grand trou occipital, la télé et le corps doivent, conformément à la troisième loi, être tirés en arrière et déliant en bas, toutes les fois que cet organe agit avec énergie.

Que l'on observe, pendant l’accouplement, le taureau, l’étalon, le cerf, le bélier, le bouc, la souris, les oiseaux, etc., et l’on verra qu’ils retirent la nuque et portent le nez en avant , PI. LXI , fig. 1.

Aussi de tous les temps les artistes ont indiqué, par cette attitude, le plus haut période de la jouissance amoureuse. Que l’on se souvienne de 1 excellent tableau de Carlo Cigmani, représentant Joseph qui échappe aux brûlans désirs de la femme de Puliphar; l’impudique amante, le sein découvert, la nuque retirée en arrière, la bouche entre-ouverte, le regard enflammé, retient l’objet de sa passion avec ses deux bras étendus. Qui ne connaît celte représentation si vraie du rl ilien , des amours de Jupiter et d’Io, Ifl LXI , fig. 2 , et les vers de Lucrèce :

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Altjuc lia sus/nc/ens trrcli ce /vice repusta Pascil amure avidos inliians in le De a visas , Erjiic tuo pendel resuptni spiritns une.

Lorsque ces caractères ne se rencontrent pas dans la jouissance, elle n’a point e'té complète.

J’ai déjà montre, à l’occasion de l’organe de l’instinct de la propagation, que dans la jouissance amoureuse, c’est au cervelet que se rapportent tous les gestes ; j’y ai cité les jeux par lesquels les oiseaux, les chiens, les chats, préludent au mystère amoureux. C’est en conformité de cette loi encore que l’Amour tient son hras passé autour de la nuque de Psyché.

Mimique de l’organe de l' attachement.

Cet organe est placé à coté do l’organe de l’amour de la progéniture, la tète cl le corps doivent donc, lors de son action énergique , être légèrement inclinés de coté en arrière. Cette mimique encore a été très fidèlement rendue par les anciens. Il existe un beau groupe de Castor et Polluxj l’on voit les bras de chacun des amis passés sur l’épaule de l’autre, et chacun d’eux serrer son organe de l’amitié contre le même organe de son ami. Dans la Madone au lapin do

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Raphaël , Marie applique celte région de sa le le ('outre la région correspondante do la lêtede l'enfant, PI. XCVII, fig. I. Que l’on observe la pantomime des femmes très susceptibles d’une tendre amitié, lorsqu’elles expriment à leur amie le sentiment profond qui les anime , elles se placent l’une à coté de l’autre, s'embrassent les épaules et appuient l’une contre l’autre la partie postérieure latérale de la tête. On verra la meme attitude toutes les fois que l’on priera deux amies de se donner des marques de leur sincère amitié. Même, lorsqu’on se rencontrant dans leur couvent deuxmoines se saluent , chacun d’eux passe les bras sur les épaules de l’autre et approche sa tête de la sienne dans la région où se trouve j lacé l’organe de l’attachement. Le salut amical ordinaire entre deux hommes qui se rencontrent, consiste a se toucher la main en la secouant et la pressant légèrement , l’un tourne d’ordinaire le coté de l’occiput vers celui de l’autre.

Les chats, pour témoigner leur attachement , f>nt le gros dos , détournent la tête latéralement, en arrière et de haut en bas, en filant et frottant doucement l’organe de l’attachement contre la personne qu’ils caressent.

Si cette pantomime n’est pas toujours dans la réalité aussi caractéristique que je viens de la décrire, il faut se souvenir que l’amitié n’est pas

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