‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 45 sur 54 · E E S FONCTIONS · texte numérisé non relu

E E S FONCTIONS

non plus toujours aussi \ive que los protestations d’usage pourraient sembler l’indi(|uer.

Mimique de l’organe de la propre défense .

Cet organe a , comme nous l’avons vu, sou siégea l’angle inférieur-postérieur des pariétaux. Il est placé un peu plus de côté et un peu plus bas que l’organe de l’attachement. Lorsqu’il agit avec énergie, la tête doit donc être tirée un peu en arrière et entre les épaules. Lorsqu’il n’y a de bien actif que l’un des deux organes jumeaux, la télé doit être tirée de côté, en arrière et contre l’épaule du côté dont l'organe agit. PI. XCVIX, fig. i. Lorsque les deux organes sont actifs au même degré , ce mouvement doit avoir lieu tour-à-lour, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

C’est la mimique de l’organe de la propre défense qui a d’abord réveillé en moi l’idée, que c’est le siège des organes qui détermine la nature des gestes. Je vis deux cochers se battre , l’un se précipita en furieux sur son adversaire bcaucouo plus petit que lui; celui-ci se fendit un peu, ferma le poing , retira la tête entre les épaules en l’abaissant légèrement, et repoussa victorieusement les attaques de son adversaire, onallon-

nu CEI* VE A U.

géant de vigoureux coups de poing, PI. XCVII, iig. 3. Enfin le grand tâcha, en voltigeant, de le prendre en flanc. Le petit se fend davantage, prend l’attitude du gladiateur combattant, le corps penche en avant, la tète tournée de coté et retirée entre les épaules, et continue de repousser son ennemi avec succès. Le grand, dans l’espoir de le terrasser, le saisit entre scs deux bras j le petit lui appuie, avec une telle force, le menton contre la poitrine, qu'il le renverse; l’affluence des spectateurs mit fin au combat. Tout en admirant le courage et l’adresse de mon petit alhlete victorieux , je lis les reflexions suivantes :

i°. L’organe de la propre défense était ici en pleine activité et produisait tous les mouvemens du combattant. Je fus frappé surtout de ce qu’il se posait les jambes fendues ,1e corps ramassé en lui-même, l’occiput un peu penché en arrière en*tre les épaulés, pose qui donne un grand aplomb à tout le corps, mais principalement de ce qu’il avançait un peu le menton. Je dus naturellement attribuer a 1 état d incitation de l’organe de la propre défense, cet acte de roidir le cou et de retirer la leteen arrière, puisque ces mouvemens avaient lieu si près du siège de l’organe; je fus confirmé encore dans cette idée, lorsque je vis que mon athlète retira la tète vers l’une des épaulés en prenant une altitude oblique.

s l! K L F, S FONCTIONS

•x°. Jo vi.s surtout, manifestement, que lors- '!11 '* a fjuc ^un ‘les deux organes jumeaux <jui soit en action, la loto se trouve tournée du cote de cet organe. A cette époque j’avais déjà remarqué que les animaux, lorsqu’ils veulent regarder attentivement un objet, ou qu’ils écoutent avec beaucoup d’attention, tournent la tète tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, selon qu’ils regardent ou écoutent attentivement de l’un des yeux ou de l’une des oreilles. Je vis donc que la même chose a lieu pour les organes des qualités ou des facultés.

Electrisé par cette idée, je passai en revue la mimique de chacun des organes que j’avais découverts jusque-là, et, à mon grand étonnement , je trouvai que celle mimique est toujours correspondante au siège de l’organe qui agit, et que les mouvemens de toutes les autres parties , des mains, des pieds, etc. , correspondent à ce siège. Jamais je n’aurais imaginé qu’il fût donné à l’homme de pénétrer jusqu’à des secrets de ce genre, et j’avoue que la joie d’avoir fait celle découverte, qui fournissait en même temps de si belles confirmations de tout ce que j’avais découvert antérieurement au sujet des organes, manqua de me faire perdre l’esprit. Pour goûter mes idées sur la mimique, il faut une connaissance tellement exacte de l’organisation du cerveau, du siège de chacun des organes, des qua-

nt’ CERVEAU. 4^1

lilés et des facultés, et de la manière dont Taclion de ces organes se manifeste, que ni mes auditeurs, ni mes lecteurs ne pourront se ranger à mon opinion la première fois que cette partie de ma doctrine leur sera présentée. La connexion que j’établis entre la mimique et le siège des organes, est une pensée trop neuve et trop profonde pour qu’elle puisse être saisie au premier coup-d’œil. La plupart des personnes refusent même d’admettre que la mimique existe telle que je la décris. Je l’ai inventée arbitrairement, disent elles, en conséquence de mes rêveries. Il n’y a que celles dont l’attention a été fixée sur cet objet, et qui s’étant observées elles-mêmes et les autres, se sont convaincues par-là que la pantomime de la même qualité ou faculté, par exemple, de la fierté, de la dévotion, etc., est essentiellement la même chez tous les individus humains, qui deviennent peu à peu disposées à admettre que tous les mouvemens qui la composent sont involontaires, et que, par conséquent, ils doivent provenir d’une même cause déterminée et immuable.

Lorsque Ton porte ses regards plus loin dans la nature, on se familiarise bientôt avec ccs idées. Dans l’état de santé et dans l’état de maladie, nous exécutons tous nos mouvemens d’après les mêmes lois. Qui ne connaît la panto-

mime (pii accompagne l'activité tics sens externes? A peine apercevons-nous un mets savoureux que 1 eau nous vient a la bouche j que l’on observe les rnouvemens du nez et de la bouche , lorsque nous sommes attentifs a une odeur ou à une saveur. Avant que l’animal ou l’homme, tourmentés par la soif, aient atteint le vase, leur bouche est ouverte , la langue est avancée sur les lèvres pour se rafraîchir dans la liqueur. Que l’on observe la contention de nos yeux et de nos oreilles , lorsque nous fixons nos regards sur un objet, lorsque nous prêtons l’oreille à quelque bruit ; quand nous sommes menacés d’un danger, avant d’en avoir la conscience réfléchie, nous imprimons d’abord à la partie la jilus exposée le mouvement qui est le plus propre à diminuer le danger. Non seulement les pieds, les bras, les mains, mais le corps tout entier est mis involontairement en mouvement d’une manière déterminée. Certaines parties qui se trouvent menacées de plus près, se contractent même convulsivement.

Dans l’état de maladie, tant chez l’homme que chez les animaux, c’est par les rnouvemens du malade que le médecin connaît assez souvent le siège du mal. Lorsqu’un animal est tourmenté par les vers , ou jiar des douleurs dans le basventre, il porte toujours la bouche vers l'endroit

ou il sent du mal. Dans le tournoiement, c’est |»iii la manière dont la brebis lient la tête, que l’on |iiije de 1 endroit (lu cerveau ou sc trouve l'bydalide. Une personne sans connaissance, étourdie par une chute ou par un coup , ou abattue par une maladie grave, porte toujours la main à l’endroit souffrant, etc.

Ceux de mes auditeurs qui suivent dans ces considérations la marche de mes idées, se trouvent convaincus qu’en elfet l’homme extérieur n’est que l’empreinte de l’homme intérieur. J’espère qu il en sera de meme, au moins pour quelques-uns de mes lecteurs. Mais il est temps de 1 entrer dans mon sujet. Dans la pantomime de l’instinct delà propre défense, tout le corps se concentre en quelque façon, les muscles se ton dent, la nuque se roidit , les bras sont retirés un peu en arrière elles poings sont fermés, les dents sont serrées, les jeux menacent l’adversaire comme la bouche. Le poltron se gratte les oreilles, comme pour exciter son organe. Tous les jours je vois la même pantomime, même chez les animaux , autant que le permet la structure de leur corps, par exemple chez les chiens qui vont s’élancer i un contre 1 autre. Les coqs, au moment de se battre, retirent plusieurs fois brusquement la lele en arrière. Les boucs, avant de s’élancer 1 un sur l’autre, se dressent sur leurs pieds de

SUR I. ES FONCTIONS

derrière el retirent la nuque. Ainsi partout des inouvemens qui coïncident avec le siège de l’organe en action.

Mimique de l’instinct de la destruction et de l’instinct du meurtre.

L’organe du meurtre ou de la destruction a son siège immédiatement au-dessus des oreilles, dans la ligne perpendiculaire de la colonne vertébrale. La tête doit donc, lors de l’action énergique de cet organe, être retirée entre les épaules, et n’être portée ni en avant ni en arrière , mais faire un mouvement rapide, ou plutôt se secouer rapidement de gauche à droite, et de droite à gauclie.

Quelquefois mes auditeurs ont admirablement bien deviné la mimique de cet organe : j’ai l’habitude de leur donner à deviner la pantomime de l’organe dont je les entretiens. Lorsqu’on est en colère contre quelqu’un au point de s’écrier : « si je le tenais , je le mettrais eu

pièces ; si je le joins » on élève les deux

poings et on leur fait faire conjointement par secousses un mouvement de l’un tics côtés delà tête, l’on serre les dents , el l’on fait avec violence un mouvement de droite à gauche et de

I1U CEKVEiVU.

gauche à droite, avec la tête retirée entre les épaules. One l’on voye , PI. LXIX, fig. f , la pose de la nonnnee Albert au moment ou elle médite l’assassinat de toute sa famille. La tête est fortement retirée dans lanuque;elle pèse dans sa main la hache, instrument de son crime; et encore ce n’est là que la pose comme elle l'a répétée de mémoire, lorsque l’artiste lui demanda dans quelle altitude elle était au moment de commettre son crime.

Lorsqu’à la chasse l’on retient par force les chiens, au moment où altérés de sang, ils vont se jeter sur la bête, ils serrent les dents avec violence, jettent de l’écume, poussent des aboiemens prolongés, et secouent la tête avec violence. Souvent, dans le combat des animaux de Vienne, j’ai vu des bœufs et des taureaux en furie pousser devant leur ennemi qu’ils menaçaient d’anéantir, des gémissemens étouffés, de longs beuglemens, faire jaillir en l’air, avec leurs pieds de devant et de derrière , le sable et les pierres, secouer avec fureur leur tête qu’ils tenaient retirée dans la nuque. Ainsi le lion, ne respirant que le carnage et la mort, secoue sa crinière avec furie. Si les animaux secouent avec violence leur proie qu’ils étranglent, ce mouvement tient à la même cause.

Mimique de lu ruse.

L’organe de la ruse est place' dans la partie inférieure du front en avant, mais pas toul-àfait dans la partie antérieure. Il suit de-là que lors d’une action énergique de cet organe, la tête et le corps doivent être portés en avant et de haut en bas. Lorsque les deux organes congénères agissent alternativement, la tête et le corps se balancent doucement de droite à gauche et de gauche à droite. Tout en se balançant ainsi, l’homme rusé regarde de coté, et accompagne le mouvement do la tête et du corps par un mouvement analogue de son doigt index qu’il tient étendu. De-là les expressions : un bas, un vil flatteur, un homme rampant.

Lorsqu’un Italien veut vous insinuer de vous tenir en garde contre un homme faux et perfide, il regarde cet homme de coté avec l’expression de la méfiance ; il le montre à la dérobée et en dessous avec le doigt indicateur de l’une des mains , et avec le doigt indicateur de l’autre main il abaisse l’une de ses propres joues, PI. XCVII, fig. 4. La pantomime aurait une expression bien plus juste encore , s’il portail le doigt indicateur sur la tempe, ce qui probablement aussi est le geste originaire. Lorsque par la ruse on est par-

nu CERVEAU.

venu a son but , l’un des yeux se ferme en partie ou jette de côté un regard expressif; on marche à pas de loup; le doigt indicateur montre la dupe, et l’on pousse doucement son interlocuteur avec le coude, pour lui annoncer la victoire avec autant de mystère qu’on en a mis à conduire l’intrigue, ou bien l’on désigne la dupe en faisant de son côté un léger mouvement de la tète, PI. XCVII, fig.5 : tout autant de mouvemens qui peignent chacun la manière d’agir de 1 homme rusé, et qui sont toujours en rapport avec le siège de l’organe.

Le tigre et le chat, lorsqu’ils guettent leur proie ou l’approchent à pas de loup, placent la tète à plat sur leurs pattes clc devant, ou bien ils couchent tout leur corps à plat les pieds étendus en avant et en arrière, en faisant mouvoir doucement, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, la lête , les yeux et la queue. Le renard a la meme allure lorsqu’il se coule hors du bois.

Meme les chiens , lorsqu’en jouant entre eux ds veulent surprendre leur camarade, ou bien se placent droit sur leurs pieds qui ont une direction oblique en avant comme en arrière, la tète horizontalement elendue en avant , ou ds se couchent par terre à plat-ventre également la tète étendue en avant, et se traînant doucement en a\ant enzig-zag, jusqu’à ce qu’enfin ils sautent

SUK LES FONCTIONS

avec pétulance sur leur adversaire. Le moineau, lorsqu’on lui jette à manger, supposé qu’il ne suit point encore privé, ne s’en approche qu’en donnant à son corps une direction plus ou moins oblique.

Pantomime de l’instinct de la propriété ou de

V avarice.

Comme l’organe de l’instinct de la propriété est placé aussi latéralement dans les tempes, mais plus en avant qu’en arrière, lors de son action énergique la tèlo sera portée en avant et un peu de côté, et les bras tendus en avant, les mains tantôt ouvertes à plat pour recevoir , tantôt les doigts courbés comme pour attraper une mouche qui vole. Jamais un mendiant qui vous demande l’aumône ne marchera droit à vous ; il avance toujours obliquement la tète en avant et la main à moitié ouverte.

Mimique de la circonspection.

L’organe cle la circonspection est placé dans la partie su périeure-exter ne-latérale des pariétaux, un peu en arrière de la perpendiculaire qui passe par le centre du trou occipital. Il doit par conséquent, lors de son action énergique, relever la tète et le corps, et imprimer à la tête un mouvement de rotation en même temps qu’il la porte en arrière. Observez un homme qui , après avoir long-temps réfléchi, s’arrête à un part i et songe aux moyens de le mettre à exécution. Tandis qu’il réfléchit ix la marche qu’il convient de suivre, sou corps est penché en avant; une fois décidé, il se relève assez brusquement, tourne la tête tantôt à droite , tantôt à gauche en la tenant légèrement dirigée en arrière, tandis que les yeux très ouverts suivent les mouvemens de la tête, et que leur direction est correspondante à la place de l’organe, PI. XGYII, fig. G.

Le chevreuil est trop circonspect pour prendre sur-le-champ la fuite lorsqu’on le chasse, comme le sanglier ou comme le renard, qui se sauvent à pas de loup au premier bruit. Le chevreuil tarde à se décider, et il balance et erre par-ci par-là jusqu’au moment où il est cerne presque de tous côtés. Alors la tête élevée, il

S U II LES KO N c: T IONS

porte scs regards de tous cotes, cherchant à découvrir des coliines et des buissons ; enfin, obéissant à la seule angoisse, il tente de se faire jour à travers les chasseurs et les traqueurs. J’ai vu line martre qui, poursuivie dans un grenier à foin, suivait la meme méthode; elle 11e m’avait pas aperçu; tantôt elle levait la tète et portail les yeux décote et d’autre avec sollicitude; tantôt, lorsqu’elle s’apercevait qu’on l’approchait de plus près, elle s’éloignait en se traînant à platventre. L’on peut observer la meme pantomime chez le lièvre, chez l’écureuil, et meme chez les oiseaux circonspects, par exemple chez le pivert.

Mimique du sens des hauteurs et de lajierté.

L’organe de la hauteur a son siège dans la ligne médiane à la partie supérieure-postérieure de la tète. Par conséquent, lors de son action énergique, il doit faire redresser la tète et la porter un peu en arrière.

Voyez l’homme fier se rengorger, se redresser, porter la tète haute. Voyez connue tantôt il porte les bras en avant , dans l’altitude du commandement, comme tantôt s’admirant lui même

4fJt

il les élève, | > uis jelanl, élu haut de sa grandeur, un regard de mépris sur tout ce qui l’environne, il les croire sur sa poitrine, ou bien gesticulant en l’air de la droite, il appuie leplat delà gauche sur le liane, le coude avancé, PI. XC VII, fig. n, Demandez à cet homme de s’intéresser pour vous auprès du souverain : il vous protégera d’un regard, il portera sur sa poitrine l’une de scs mains, témoin de sa puissante influence, il se dressera sur la pointe des pieds , et un gracieux mouvement de sa tète, dirigée en haut et en arrière, vous dira : Laissez-moi faire. Plus le sentiment de l’orgueil est profond, plus l’homme se gonfle et se dresse avec audace; plus le regard qu’il promène autour de lui exprime la suffisance et le mépris, plus il parcourt d’espace dans sa solennelle démarche. L’homme qui a la connaissance de son mérite , de son talent, relève également sa tète avec dignité en redressant tout le corps, PI. XCA II, fig. 8. Une dame très vive se plaignit à moi avec confusion d’avoir fait par orgueil une démarche inconsidérée : « Maudite fierté! » s’écria-t-elle en portant la main entre-ouverte sur l’organe de la hauteur. En général le cas rfest pas rare où, dans le moment de l’activité extrême d’un organe , on porte brusquement la main à la région où il a son siège.

Ainsi donc, dans la pantomime de l’orgueil.

SUR LF.S FONCTIONS

Ions lus gestes indiquent une tendance ;i s’élever, a s agrandir, à allonger sa stature. « Je ne connais, dit Engel, aucun peuple, aucune race d li oui mes chez lesquels l’orgueil ne porte pas la lele en l’air, ne fasse pas relever tout le corps et ne lasse dresser l'homme sur la pointe des pieds pour le faire paraître plus grand. »

J’ai parlé de la mimique des maniaques par orgueil, en parlant delà hauteur comme qualité fondamentale. Cette mimique est, quant à l’essentiel, la meme chez le maniaque que chez l’orgueilleux en santé, seulement , à raison de l’état de surirritation qui a lieu dans la manie, tous les gestes sont outrés jusqu’à la caricature.

L’attitude du lier coursier magnifiquement caparaçonné, du coq qui vient de terrasser son adversaire , coïncident avec l’attitude de l’homme orgueilleux , autant que le permet le rapport de la conformation de ces animaux avec celle de l'homme. Partout télé haute, démarche grave et mesurée.

Lorsque nous voulons exprimer l’humilité , la soumission, le respect, notre pantomime est précisément l’inverse. La télé elle corps se penchent en avant; tout tend à rapetisser notre personne; depuis la profonde révérence jusqu’à la génuflexion, jusqu’au salut oriental à plat-

4GÎ

ventre, toutes les démonstrations de respect ne sont que 1 expression vraie ou simulée de l’abscnco de tout orgueil , de tout sentiment de son propre mérite , expression dictée par l'intention de faire paraître un dévouement sans bornes, une soumission entière, une humilité sans égale, un respect profond. Partout rapetissement de la stature , raccourcissement du corps en le portant en avant, PI. XCVII, fig. 9. Celte pantomime est un langage généralement reçu, et par conséquent naturel, et fondé dans la nature de l'homme ; elle ne peut s’expliquer que par l’inaction absolue et l’apathie complète de l’organe de la hauteur. Jamais et dans aucun pays un homme n’exprimera le respect, l’obéissance, la soumission, en relevant la tète et en la portant en arrière.

La confusion résulte d’un orgueil blessé. Aussi l’homme confus se relire, non-seulement avec la pantomime de l’humilité, mais il couvre encore son visage; il s’efforce de se dérober à tous les regards; il voudrait se cacher au centre de la terre.

S U R LES FONCTION S

Mimique de lu vanité.

L’organe de la vanité est, placé un peu plus en arrière que celui de la hauteur et plus sur le coté. Par conséquent, par Faction énergique de cet organe , la tète et le corps doivent être relevés et portés en arrière, et comme les deux organes congénères sont plus écartés l’un de l’autre que ceux delà hauteur, le corps et la tête doivent, être tournés alternativement, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre; il en résulte un balancement de tout le corps. Tant que la vanité se manifeste tranquillement, l’homme vain comme la femme vaine, tiennent la tète levée; ils marchent en se balançant eten portant les yeux de côté et d’autre pour voir si on les admire.

Le fat, entiché des avantages les plus frivoles, se rengorge, écarte les jambes , coupe l’air de gestes qu’il fait à droite et à gauche , se carre, retire la tète en arrière, et s’avance d’un air avantageux en se portant autant de côté qu’en avant, PI. XCVII, üg. io.

En traitant de l’organe de la vanité, j’ai fait remarquer combien les animaux sont sensibles tant à la louange qu’aux marques d’improbation. Observez dans sa cage, soit un serin, soit un chardonneret, pendant que vous lui parlez

r>U CERVEAU. /|05

<1 un ton caressant , vous le verrez se tourner de ( oU et d autre , et vous repondre par des accens affectueux, expression de son contentement. Je rappelle ici au lecteur l’intéressante pantomime de ma petite chienne, lorsqu’on lui faisait des eloges, tandis quelle portait ma pantoufle dans sa gueule, et je l’engage à revoir tout l’article de 1 organe de la vanité. Partout il verra des mou- Aomens qui partent de la région où l’organe de la vanité a son siège, ou qui se rapportent à celle région.

Mimique de l’organe de la mémoire des noms et des mots .

Cet organe a son siège au-dessus et derrière les jeux. Lorsqu’une personne est embarrassée pour se rappeler un nom , elle lient les yeux Inès et levés, passe le plat de la main sur les sourcils, se presse et se frotte la partie inférieure du front, comme pour exciter l’activité de la partie cérébrale subjacente. L’on fait d’ordinaire la même pantomime lorsqu’on s’efforce de réciter un morceau que l’on avait appris par cœur autrefois. Il y a des personnes qui accompagnent de plusieurs autres mouvemens la tension des

4^ iC> s ’ H L I S FO N (. T IONS

jeux et l’action de se hottei le front: elles so mordent les doigts, se frappent les cuisses avec les mains, etc. Mais ces gestes-là 11e sont qu’individuels, Le mouvement des veux, au contraire, et l’action de porter la main au-dessus des sourcils et de se frotter le front .se voient constamment.

M imique de l'organe des arts.

Cet organe a son siège dans les tempes, a-peu-près à la hauteur des arcs superciliaires. Lors de l’action énergique, alternative de chacun des organes congénères, la tète et le corps doivent donc ctre portés tantôt d’un coté, tantôt de l’autre, et faire un mouvement semblable à celui de l’oiseau qui considère un objet, tantôt d’un œil, tantôt de l’autre, ou à celui du chien

qui , en guettant, prête tantôt l’oreille droite et tantôt la gauche. Que l’on observe une ouvrière en modes qui fait un chapeau; pour juger s’il réussit bien, jamais elle ne le placera droit devant elle, elle le tient obliquement, penche la tête en avant et le considère ainsi alternativement tantôt d’un côté, tantôt de l’autre; elle en rapproche donc tantôt l’organe droit, tantôt l’organe gauche. Ceci est manifeste, car pour-

quoi, sans cela, no tiendrait-elle pas le chapeau droit devant elle et ne le regarderait-elle pas des deux yeux à-la-fois !

PI. XCVII, fig. 2. Un sculpteur examine scs ouvrages d’un œil attentif ; il est place un peu obliquement; de la main gauche il soutient le coude du bras droit, et, avec l’expression de la réflexion, il pose les deux doigts de la main précisément sur l’organe des arts. Sa tête est obliquement penchée de coté. Lorsqu’il s’es! fatigué à se tenir ainsi, il prend la même altitude du coté opposé.

On voit sur le tombeau de Piranesi une belle statue qui représente cel artiste réfléchissant sur son art; elle a la pose que je viens de décrire.

Mimique de la musique.

L’organe de la musique étant placé au bord anlérieur-inférieur du front, son action énergique doit imprimer à la tête et à toitî le corps un mouvement d’oscillation d’arrière en avant et d’un coté à l’autre. Tout le monde connaît la pantomime d’un amateur passionné qui écoute une belle musique. Il bat en quelque façon la mesure avec la tête et avec toid le corps; et à chaque

jbd S l 11 LUS FONCTIONS

lionne pensée il incline la télé cl lu balance à droite el à gauche.

Lorsque je vois une personne jouer d’un instrument quelconque , le corps immobile, je suis sûrqueson jeu est sans Ame. Lorsqu’au contraire tantôt elle semble vouloir se coucher mollement au travers de son instrument , tantôt elle se relève les yeux dirigés obliquement de bas en haut et en se balançant, c’est une preuve qu’elle est pénétrée de son sujet.

(Ju musicien de ma connaissance, passionné pour son art, presque au point d’être maniaque, parcourt, en fredonnant, sa chambre et même les rues presque sans connaissance ; d’ordinaire il tient la tête penchée en avant, quelquefois il la redresse brusquement el tenant les yeux immobiles , le regard obliquement dirigé vers le ciel ; c'est toujours là le moment de L’inspiration.

Nous avons quelques portraits de musiciens qui les représentent dans cette altitude. La gravure de Dussck, entre autres, rend le moment de l’inspiration, PI. LXXXVI , üg. i.

Je connais un compositeur qui , en composant, se frappe sans cesse de son doigt précisément la région de l’organe delà musique. Lorsqu'il se livre à une contention d’esprit d’un autre genre, il fait une pantomime toute différente.

Ou pria, en ma présence, M. Garai de chanter. Au moment de commencer il j assa la main d abord sur 1 organe droit des tous, et ensuite sur le gauche, baisail-d ce mouvement pour animer l’organe? ou l’organe déjà en action donnait-il cette direction à la main? Dans une société, madame Catalani ne trouvait pas d’ex-

pression pour rendre la jouissance que lui procure Je chant ; dans cette espèce d’embarras élit; porta de chaque coté le plat de la main sur l’organe des tons , en se frottant avec l’expression du plaisir le plus vif. Voilà sans contredit des mouvenions qui partent de l’organe des tons et qui réagissent sur lui.

Mimique (lu sens des localités.

L’organe du sens des localités est placé dans la partie anlérieure-inférieure du Iront, à coté de l’organe de l’éd ucabil ilé- On n’a que bien rarement l’occasion d’observer sa pantomime. Voilà cependant ce que j’ai été à meme d’en voir. Un jour que je m’entretenais avec un savant au sujet de Vienne, celui-ci ne pouvant pas se rappeler l’une des rues de cette ville, plaça devant ses yeux le doigt indicateur et le doigt annulaire qu’il tenait écartés et qu’il agitait

doucement , puis l’œil fixe il passa on revue les dilférens quartiers cl e Vienne. L’on l’ait à-peuprès la même pantomime lorsqu’on est indécis à Ventrée d’un carrefour.

Mimique de la poésie.

L’organe delà poésie est placé dans la partie supérieure latérale de la têteau-dessus des tempeset s’étend obliquement de bas en haut et en arrière. Le même homme ci-dessus qui, lorsqu’ilcompose delà musique, agite son doigtsur l’organedes tons; lorsqu’il compose un poème, dans son extase se redresse obliquement vers le ciel. Jamais on ne verra un poète dans une autre altitude au moment où son génie l’inspire. C’était là tellement l’altitude favorite de Pope et de Schiller, que les artistes les ont représentés dans celle pose, PI. XCV1I, fig. 12. D’ordinaire le poète met en même temps la main sur l’organe poétique. Que l’on ne me dise pas que la main est là pour supporter la tête; nous avons vu que, lors de l’activité d’autres facultés, elle se porte sur une autre région.

M imique de l’es/trit caustique .

Ceux qui ont un penchant décide à taire des épigrammes et à lancer des sarcasmes portent, dans les accès de leur humeur caustique, la main ou le doigt sur la région supérieure latérale de la tète, où l’organe de l’esprit caustique a son siège. C’était là l’attitude favorite du caustique baron Boni, auteur de la Monachologie , 1’! XCVII, fig. i3. C’est dans celte altitude que l’on a gravé Sterne, PI. LXXX111, lig. G. Ici la main est placée tout autrement que chez le poète et le sculpteur , etc.

Mimique de la méditation .

L’organe de la sagacité comparative qui agit dans la méditation est placé dans la partie antérieure-supérieure du front. Tout le monde counaît la mimique de la méditation profonde; mais comme cet acte est la plupart du temps complexe, sa mimique doit varier aussi beaucoup; cependant toujours les mouvemens , tant delà tète que de la main, indiquent que la contention a lieu dans la région frontale anlérienre-supérieure. Quelquefois les bras sont croisés et forte

Page 1