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tjue lo siège du sentiment n’était pas où il paraissait être. Lame ne sent donc pas des doigts. Elle n’cst pas non plus dans les sens extérieurs.
» Nous sommes fort peu éclairés sur la structure intime du cerveau. L’anatomie se perd dans ce dédale ténébreux. Elle voit les nerfs de tous les sens y converger -, mais lorsqu’elle veut les suivre dans leur cours, ils lui échappent , et elle est réduite à conjecturer ou à tâtonner.
» Nous devons donc renoncer à déterminer précisément quelle est la partie du cerveau qui constitue le siège de l’âme. Un anatomiste célèbre ( de la Peyronie ), procédant par la voie d’exclusion, a prétendu que le siège de l’âme était dans le corps calleux, parce que toutes les . expériences qu’il a tentées lui ont paru prouver que celte partie est la seule qui ne puisse être blessée ou altérée, que les fonctions de 1 âme n’en souffrent plus ou moins.
» Un autre anatomiste ( Lorry ) a contredit ce résultat, et a entrepris d’établir sur d’autres expériences, que le siège de l’âme serait plutôt dans la moelle allongée. 11 produit en sa faveur des faits qui semblent décisifs. Je n’en citerai qu’un seul : on connaît des animaux qui n’ont point de corps calleux jlc pigeon, par exemple, n’en a point, à ce qu’assure cet anatomiste, et nous ne refuserons pas une âme au pigeon.
» Quoiqu’il on soit de colle question sur h* siège de l ame, il est bien évident que tout le cerveau n’est pas plus le siège du sentiment, que tout l’oeil n’est le siège de la vision.
» Mais s’il ne nous est pas permis de pénétrer dans le secret de la mécanique du cerveau , nous pouvons au moins étudier les effets qui résultent de cette mécanique , et juger ainsi de la cause par ses effets.
» Nous savons que nous n’avons des idées qu’à l’aide des sens ; ceci est une vérité que l’expérience atteste. L’expérience nous apprend encore que nos idées de tout genre s'enchaînent, les unes aux autres , et que cet enchaînement tient en dernier ressort aux liaisons que les fibres des sens ont entre elles.
» Il s’ensuit donc que les divers sens dont nous sommes doués ont quelque part, dans lecerveau, des communications secrètes , en vertu desquelles ils peuvent agir les uns sur les autres.
» La partie où ces communications s’opèrent est celle qu’on doit regarder comme le siège de lame. Elle est le sens interne.
» Cette partie est donc, en quelque sorte, l’abrégé de tous les sens, puisqu’elle les réunit tous.
» Mais c’est encore par celte partie quo lame agit sur son corps, et par son corps sur tant
d’êtres divers. Or, l’âme n’agit que par le ministère des nerfs: il faut donc que les nerfs de toutes les parties que l’âme régit, aillent aboutir à cet organe que nous regardons comme le siège immédiat du sentiment et de l’action. C’est dans ce sens que j’ai dit que cet organe, si prodigieusement composé, était une nécrologie en miniature.
» On voit assez par tout ce que je viens d’exposer, qu’il importe fort peu à mes principes de déterminer précisément quelle est la partie du cerveau qui constitue proprement le siège de l’âme. Il suffit d’admettre avec moi qu’il est dans le cerveau un lieu où l’âme reçoit les impressions de tous les sens, et où elle déploie son activité. J’ai montré que cette supposition n’est pas gratuite, puisqu’elle découle immédiatement de faits qu’on ne saurait révoquer en doute. »
Supposons que Bonnet ait réellement pensé que chaque fibre de nerfs est imbue d’un certain sentiment, d’une certaine faculté: à quoi cela servirait-il pour arriver à la connaissance d’un organe quelconque ? Qu’on découvre dans le nerf optique la fibre qui voit le rouge, la libre qui voit le jaune, etc., et ici nous n’aurions pas â faire à des organes d’une nature toute differente, mais seulement aux modifications, aux diverses
capacités du meme organe. Ainsi les passages si admires de Bonnet ne sont pas plus signifians que les suppositions d’Albert-le-Grand, de Servetto, de Dolci, etc. ; et Bonnet avait - il une connaissance plus juste des qualités et des facultés fondamentales, pour lesquelles seules il est possible de découvrir des organes? C’est par la même raison que même ceux qui avaient quelque pressentiment plus raisonnable de la pluralité des organes, ont pourtant toujours désespéré que jamais on puisse les découvrir : telle était l’opinion définitive de Haller, de Van Swieten, de Prochaska, de Cabanis, etc.
S’il est vrai, comme Bonnet soutient, d’après la philosophie de son temps, que nous n’avons des idées qu’à l’aide des sens, comment accordez-vous l’innéité d’un penchant ou d’une faculté, et par conséquent comment pouvez-vous admettre qu’il en existe préalablement un organe dans le cerveau? Ainsi tout se borne, dans le système de Bonnet, à une simple aptitude, capacité de 1 ccevoir telle ou telle autre impression, à l'aide des sens; à savoir que, par leur moyen, telle ou telle autre opération intellectuelle aurait lieu.
Enfin , quand Bonnet vous ditque toutlecerveau n’est pas plus le siège du sentiment que tout 1 œil n est le siégé de la vision ; quand il vous dit que lame n’agit que par le ministère des nerfs;
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qu’il faut donc que les nerfs de toutes les parties que lame régit, aillent aboutir à cet organe, qu’il regarde comme le siège immédiat du sentiment et de X action ; il entend constamment, et partout, par l’expression sentiment, tout uniment sensation, la première impression faite par les sens sur le cerveau, et rien moins que les senlimens psycologiques, tel que le sentiment de la fierté , de la bienveillance , etc. Par conséquent , M. Georgetfait à Bonnet infiniment trop d’honneur lorsqu’il lui prête l’idée que le cerveau est l’organe des senlimens , c’est-à-dire des affections, des passions, des penchans, et il ne suffit pas de citer ses auteurs textuellement, il faut encore entendre leur langage.
Les expressions générales de Bonnet décèlent assez souvent des idées sublimes et très justes ; mais, comme nous venons de voir, c’est précisément cette généralité qui en impose. Dès qu’il entre dans le détail, il trahit le peu de maturité de ses conceptions. Lui qui sentait si bien que le cerveau du cheval répond à sa botte , comment pouvait - il tout d’un coup abandonner cette idée lumineuse, et consentir que « un organe unique, un sens unique ( Paling. , p. 12,9) Pcut avoir été construit avec un tel art, qu’il suffit seul à donner à l’animal un grand nombre d’idées, à les diversifier beaucoup , et à les associer forte-
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ment entre elles. Il les associera même avec d’autant plus de force el d’avantage, que les fibres qui en seront le siège se trouveront unies plus étroitement dans un organe unique. »
« La trompe de l’éléphant en est un bel exemple, et qui éclaircira admirablement bien ma pensée. C'est à ce seul instrument que ce noble animal doit sa supériorité sur tous les autres animaux ; c’est par lui qu’il semble tenir le milieu entre l’homme et la brute. Quel pinceau pouvait mieux que celui du peintre de la nature exprimer toutes les merveilles qu’opère cette sorte d’organe universel !
« Cette trompe, dit M. de BufFon, composée » de membranes, de nerfs et de muscles, est » en même temps un membre capable de mou- » vement, et un organe de sentiment. L’élé- » pliant peut la raccourcir, l’allonger, la cour- » ber et la tourner en tous sens. L’extrémité est » terminée par un rebord en forme de doigt: » c’est par le moyen de cette espèce de doigt » que 1 éléphant fait tout ce que nous faisons » avec les doigts. Il ramasse à terre les plus pe- » tites pièces de monnaie; il cueille les herbes » et les fleurs en les choisissant une à une; il dé- » noue les cordes, ouvre et ferme les portes en » tournant les clefs et poussant les verroux; il
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» apprend a tracer des caractères réguliers avec h un instrument aussi petit qu’une plume.
» . . . . Au milieu du rebord en manière de » doigt est une concavité au fond de laquelle se » trouvent les conduits communs de l’odorat et » de la respiration. L’éléphant a donc le nez » dans la main, et il est le maître de joindre la » puissance de ses poumons à l’action de ses » doigts, et d’attirer par une forte succion les » liquides ou d’enlever des corps solides très » pesans, en appliquant à leur surface le rebord » de la trompe, et faisant un vide au dedans » par aspiration.
>; La délicatesse du loucher, la finesse de l’o- » dorât, la facilité du mouvement et la puis- » sance de succion se trouvent donc à l’extré- » mité du nez de l’éléphant. De tous les instru- » mens dont la nature a si libéralement muni ses » productions chéries, la trompe est peut-être » le plus complet et le plus admirable; c’est non » seulement un instrument organique, mais un » triple sens dont les fonctions réunies et combi- » nées sont en même temps la cause, et produi- » sent les effets de cette intelligence et de ces L- » cultés qui distinguent l’éléphant, et l’élèvent » au-dessus de tous les animaux. Il est moins » sujet qu’aucun autre aux erreurs du sens de la
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» vue, parce qu’il les rectifie promptement par » le sens du toucher, et que se servant de sa » trompe comme d’un long bras pour toucher » les corps au loin, il prend comme nous des » idées nettes delà distance par ce moyen, etc.»
» L’eloquent historien de l’éléphant réunit ensuite sons un seul point de vue les divers services que ce grand animal retire de sa trompe. « Le toucher, continue-t-il, est celui de tous » les sens qui est le plus relatif à la connais- » sance; la délicatesse du toucher donne l’idée » de la substance des corps; la flexibilité dans » les parties de cet organe donne l’idée de leur » iorme extérieure; la puissance de succion, celle » de leur pesanteur; l’odorat , celle de leurs qua- » lités ; et la longueur du bras ou de la trompe, » celle de leur distance : ainsi, par un seul et » meme membre, et pour ainsi dire par un acte » unique ou simultané, l’éléphant sent, aperçoit » et juge plusieurs choses à-la-fois : or, une sen- » sation multiple équivaut en quelque sorte à la » réflexion : donc, quoique cet animal soit, ainsi » que tous les autres , privé de la puissance de » réfléchir, comme ses sensations se trouvent » combinées dans l’organe même, qu’elles sont » contemporaines et pour ainsi dire indivises » les unes avec les autres, il n’est pas étonnant » qu’il ait de lui-même des espèces d’idées, et
» qu’il acquière en peu de temps celles qu’on » veut lui transmettre. »
.T’ai déjà prouvé dans plusieurs endroits, que c’est justement l’inverse de l’avis de Bu (Ton et de Bonnet qui a lieu entre les sens et l’intelligence. Ce n’est point la perfection des sens qui donne l’intelligence au cerveau; mais c’est la perfection du cerveau qui détermine l’emploi des sens ou des inslrumens extérieurs. Pourquoi le singe et l’imbécile sont-ils incapables d’employer leurs mains aux objets de l’art? Pourquoi le lapin et le loriot construisent-ils des souterrains et un nid si artislement suspendu entre deux branches , tandis qu’avec les memes instrumens le lièvre et le coucou ne font jamais rien de semblable?
Pour ce qui est d e Ka nt, j’en ai tou j ours en tend u parler, en Allemagne, avec enthousiasme. Mais, par une fatalité singulière, je n’ai jamais eu un esprit assez transcendant pour rien comprendre à sa philosophie. Les livres, soit de jurisprudence, soit de médecine , soit de métaphysique , écrits dans l’esprit de Kant, de Fichlé, de Schelling, etc. , etc., m’ont toujours révolté par leur style guindé , inintelligible, corrompu, etc. Je prouverai dans le volume suivant combien M. Georgct se trompe quand il croit trouver quel-
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que ressemblance entre mes idées et celles de ce par trop profond philosophe. Jamais l’intelligence la plus sublime ne pourra découvrir dans un cabinet ce qui ce se trouve que dans le vaste champ de là nature.
Les mêmes reproches que M. Georget vient de m’adresser, m’ayant déjà été faits par d’autres avec un certain air d'importance, ces Messieurs voudront bien entendre avec indulgence ma profession de foi.
Je suis l’homme le plus modeste, le plus humble, quand je me vois vis-à-vis de l’immensité des choses que je suis condamné à ignorer et qui pourtant se rattachent immédiatement à mon état de médecin observateur et praticien. Mais lorsqu’il s’agit de la découverte de la structure et des fonctions du cerveau, je me crois, avec une imperturbable suffisance, au-dessus de tous mes devanciers, et au-dessus de tous mes contemporains. Oui, je suis le premier qui ait établi des principes physiologiques, d’après lesquels la structure du cerveau et ses fonctions doivent être étudiées; je suis le premier qui ait franchi la barrière que la superstition et la philosophie opposaient , depuis des milliers d’années, au progrès de la physiologie du système nerveux; qui ait conçu l’idée de distinguer les attributs généraux d’avec les véritables qualités
et facultés fondamentales ; le premier qui ait déterminé les instincts , les penclians, les senlimcns et les talens qui sont affectés à certaines parties cérébrales; je suis le premier qui ait eu le courage, la patience, la persévérance d’examiner et de fixer les rapports qui existent entre l’énergie des qualités morales , des facultés intellectuelles et les divers développemens des parties du cerveau; je suis le premier qui ait étendu ces memes recherches sur tout le règne animal; qui ait étudié des milliers d’animaux, sous le rapport de leurs instincts, de leurs penclians , de leurs facultés , les plus saillans, et de la configuration de leur cerveau , soit d’individu à individu, soit d’espèce à espèce; je suis le seul qui ait trouvé et indiqué les seuls moyens capables de faire découvrir le siège de chaque instinct, de chaque penchant, de chaque sentiment et de chaque talent intellectuel; je suis le seul qui ait découvert ces sièges, et qui les démontre par de nombreux faits physiologiques et pathologiques irréfragables, et par une infinité de recherches d’anatomie et de physiologie comparées de toutes les espèces d’animaux.
Toutes ces conceptions et toutes ces vérités fondamentales étaient déjà, avant notre voyage, entrepris l’an i8u5, répandues par mes nombreux auditeurs, dans toutes les parties du monde sa-
vaut; et si plus tard l'anatomie et la physiologie du cerveau ont été perfectionnées, c’est encore ou à nos propres travaux, à ceux de M. Spurzlieim et aux miens, ou à la seule véritable direction que nous avons imprimée aux travaux d’autres anatomistes , qu’on doit ce degré de perfectionnement. Où est l’auteur qui, sur quelque partie essentielle de ma doctrine, ait jamais manifesté autre chose que des soupçons vagues, conçus avec autant de légèreté que dissipés avec rapidité! Tous se sont arretés à des généralités plus ou moins plausibles en apparence; et tous se sont rétractés dès qu’il s’agissait de fixer un principe, une proposition immuable. Tous me citez , et moi je cite moi-même les Mayer, les Haller, 1 es Van Swieten, les Herder, les Vicqd’Azyr, les Cabanis, les Prochaska, les Sœmmerring, etc.; eh bien, tous ont désespéré de la possibilité de découvrir un organe quelconque ; tous se sont traînés sur la route de la philosophie stérile de Platon , de Leibnitz, de Wolf, de Descartes , de Locke , de Condillac, etc. ; aucun n’a eu le plus léger pressentiment delà nullité de toutes ces doctrines ; aucun n’a songé à analyser l’économie morale et intellectuelle de 1 homme et des animaux; à déterminer les instincts, les penchans, les sentimens, les facultés! \ ous me citez le plus célèbre de vos naturalistes,
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et je lo cite aussi , M. le baron Cuvier; mais lise/, ses ouvrages d’un bout à l’autre, lisez son rapport sur notre mémoire présenté , en 1808, à l’Institut; lisez le Dictionnaire des Sciences naturelles; lisez ce que, dans son règne animal , il dit sur l’impossibilité de reconnaîlre les instincts parla forme de leur cerveau : quelle vacillation, quelle tergiversation, quelle incertitude, quels démentis de scs propres opinions d’une page à l’autre! Et ce naturaliste si distingué a-t-il réussi à faire une seule application vraie de toutes ses connaissances d’anatomie comparée à la physiologie du système nerveux en général, et surtout du cerveau en particulier?
Qu’on lise avec bonne foi l’histoire de la philosophie, des progrès de l’anatomie et de la physiologie comparées du système nerveux ; qu’on lise ce qu’encore aujourd’hui on objecte à la pluralité des organes ; combien on hésite encore à admettre les qualités et les facultés fondamentales et les sièges de leurs organes, sans quoi la physiologie du cerveau se réduit à une pure chimère. Et qu’on avance encore qu’avant moi des médecins, des philosophes, des physiologistes, des naturalistes aient conçu et enseigné une idée claire et exacte sur les fonctions du cerveau et de scs parties constituantes!
Oui , encore une fois , je suis le premier cl le
seul à qui la physiologie du cerveau doit son existence. Je lai trouvée sans l’aide de qui que ce soit; 1 historique de chacune de nies découvertes vous le prouve. Il en est de la physiologie du cerveau comme de sa structure. Pour débrouiller ce qui par hasard aurait pu se trouver dispersé dans les auteurs, il aurait fallu infiniment plus de perspicacité qu’il n’en fallait pour deviner , par le moyen de l’observation, les mystères de la nature. J’ai commencé, continué et presque achevé toutes mes découvertes, sans aucune érudition préalable; et si plus tard , j’ai compilé des citations, c’était plutôt pour signaler mon point de départ que pour fortifier mes idées par celles de mes devanciers et de mes contemporains.
Terminons ces remarques par une objection que M. Georget fait h la doctrine sur les fonctions des diverses parties cérébrales. « Mais, dit-il ( 1. 1, p. i35 ) , il est de bien grandes difficultés touchant le mécanisme de l’exercice de ces facultés, que M. Gall n’a ni résolues, ni aboidées, du moins autant qu’il m’en souvienne. Comment toutes ces facultés communiquentelles entre elles, de manière à ce que plusieurs soient simultanément en action, comme cela arri\e dans les moindres opérations intellectuelles? Gomment s empruntent-elles réciproquement les
connaissances qui sont propres à chacune, comme cela doit arriver au sens métaphysique , au sens poétique, etc.? Comment reçoivent-elles les impressions sensoriales ? Est-il raisonnable , croyable, que vingt-sept ou trente-cinq facultés puissent communiquer également avec le pouvoir sensorial, et être particulièrement stimulées par les impressions en rapport avec leur destination? La difficulté qui me paraît la plus forte et la moins facile à résoudre est celle-ci : comment se fait-il qu’il n’y ait qu’un moi , qu’un sentiment de l’existence, qu’une seule conscience de l’être pensant ? ou, en d’autres termes, comment se fait-il que chacun de ces membres de la puissance intellectuelle n’ait pas son moi, sa conscience, son sentiment intime de l’existence; pourquoi toutes les opérations intellectuelles , sensations, perceptions, travaux de l’esprit, passions, etc., font-elles l’effet d’être senties, perçues , exécutées, excitées par un pouvoir unique et se rapporter à un seul moi? »
Comment se fait-il que M. Georgct, qui déjà si souvent a repoussé les insinuations des métaphysiciens, prenne tout d’un coup l’air de vouloir se ranger sous leurs drapeaux ? Comment tous les organes du mouvement volontaire , comment les cinq sens communiquent-ils entre eux , de ma-
niore à ce que plusieurs soient simultanément, cmi action? Pour toute réponse, je pose à M. Georget un axiome. Une difficulté quelconque ne saurait détruire un fait. Vous n’expliquez ni la fécondation, ni la vie, ni la sensation , ni la pensée , ni la digestion , etc. , et pourtant la fécondation s’opère , la vie , la sensation, la pensée, la digestion ont lieu. Du reste je vous renvoie à ce que j’ai dit sur ces questions oisives dans plusieurs endroits de cet ouvrage. Et si toutefois vous êtes avide d’explications, je vous renvoie au tribunal des métaphysiciens, qui expliquent tout sa ns rien savoir .