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vous parlez, vous entendez le langage universel. Vous entendez le même langage des brutes, et celles-ci vous devinent en grande partie; vous interprétez au juste les gémissemens de l’enfant nouveau -né, et celui-ci entend les caresses de sa mère. C’est l’étude approfondie de ce langage qui révèle à Facteur les mystères de la pantomime, qui ajoute aux récits des événemens un charme particulier, qui lait des arts muets, des arts de la peinture, du dessin, delà sculpture, les arts les plus éloquens.
Si ce langage n’est pas aussi généralement parfait qu’il peut l’être, c’est qu’on l’a négligé beaucoup; il est trop facilement remplacé par le langage de parole. Mais observez les sourdsmuets avant qu’ils aient reçu aucune instruction : l’exactitude et la prestesse avec lesquelles ils se communiquent les mouvemens de leur âme, leurs émotions, leurs sentimens, leurs pensées, leurs intentions , vous prouveront que le langage d’action a plusieurs avantages sur les langues parlées. Ne voit-on pas tous les jours que de nombreux rassemblemens du peuple interprètent, sans s’y tromper, les pantomimes de nos spectacles? Roscius s’engageait à traduire, par des gestes, les périodes de Cicéron avec la plus grande fidélité, alors même qu’il plaisait à l’orateur d’en changer le caractère , en variant le
nu C E H V K A U .
tour ou en transposant les mots. D’après cela, on a tort de dire que le langage d’action n’est pas assez développé, qu’il n’est pas assez riche et qu’il manque de finesse. Il faut au moins avouer qu’il demeure toujours le plus énergique et le seul dont nous connaissions l’usage dans les excès de la passion , lorsque la violence de nos sentimens nous prive de la réflexion nécessaire poul-
ies exprimer par des moyens de pure convention. Chez les idiots memes et chez les aliénés , le langage d’action nous sert encore d’interprèle de la faiblesse et du désordre dont leur esprit est frappé.
Le langage d’action sera d’autant plus parfait et intelligible, que les senlimens et les idées quon veut rendre sont sentis plus vivement. C est pourquoi les hommes et les peuples doués d’une grande vivacité de caractère, emploient communément et simultanément le langage d’action et le langage de parole. 11 est difficile
pour tout le monde de se passer loul-à-lail du premier , quand même le dernier seul suflirait pour nous taire entendre. Nous supportons mieux une déclamation outrée que 1 assoupissante monotonie d’uu discours ou d’une lecture , et il n esL pas de farce plus révoltante et en meme temps plus risible que d’entendre des pa-
rôles déclamées avec des gestes et des intonations contradictoires.
La liaison intime et immédiate qui existe entre le langage d’action et les opérations des organes du cerveau, est aussi la source de cette sympathie qui, moyennant le langage pathognomique , fait naître en nous les mêmes sentimens et les mêmes pensées dont le pantomime est animé lui-même. De-là ce précepte : Si vis meflere, Jlendum est primum ipsitibi. On a fondé là-dessus une théorie sur rinfluence que les signes exercent sur nos sentimens et sur nos idées. Mais les signes ne sont rien, n’ont aucune signification pour des êtres incapables des sentimens et des idées que ces signes expriment. Ces signes ne seront pas même compris ; ils ne réveilleront ni un sentiment , ni une idée déterminée, avant que l’individu n’ait éprouvé auparavant des idées et des sentimens analogues. 11 s’ensuit que l’influence des fonctions intérieures sur les signes extérieurs doit nécessairement précéder l'influence des signes extérieurs sur les fonctions intérieures; que les fonctions sont la condition sine quâ non des signes , et non ceux-ci des foncl ions. Ces remarques restreignent singulièrement la proposition adoptée par les idéologistes , savoir que sans signes nous ne penserions près-
que j 'as (1). Sans scntimens cl sans idées il n’y aurait pas de signe, et un langage quelconque ne peut jamais avoir plus de signes que ceux qui le forment n’ont d’idées cl de scntimens. De réflexion en réflexion , il ne serait pas difficile d’arriver à la preuve, que meme le langage parlé est un produit du langage d’action. Celuici 11’est pas borné aux gestes. Il n’est pas moins naturel à l’homme de produire des sons, des cris, des exclamations dès qu’il est affecté vivement, que de produire certains mouvemens des membres. Et c’est dans cette source que tout langage parlé a puisé ses premiers élémens.
On voit par tout ce que je viens de dire combien l’étude de la mimique, du langage d’action, offre d’intérêt et davantage, et que si jamais il est question d’une langue universelle, elle ne saurait être réalisée que par la connaissance la plus détaillée de l’influence de l’homme intérieur sur l'homme extérieur.
(it Voyez ce «pic j’ai «lit sur ce sujet , p. 54 et siiiv. «Ic ce \ olurnc.
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Remarques sur quelques passages de l'ouvrage de M. Georgetj intitulé : Physiologie du Système nerveux, et spécialement du cerveau.
Le grand nombre de passages que j’ai copiés de la Physiologie du système nerveux de M. Georget, doivent avoir convaincu ce jeune auteur combien j’en suis satisfait. Mais cette même considération m’engage à rectifier quelques idées qu’il s’est faites de moi et de quelques autres écrivains.
T. I , p. 78, il m’adresse les éloges et le reproche suivant : « Je le dis hautement, c’est dans les leçons et dans les ouvrages du docteur Gall que je me suis réconcilié avec l’étude des plus nobles attributions de l’homme, que j'ai appris à me familiariser avec leur connaissance; c’est depuis ce temps seulement que je m’en suis occupé avec prédilection, que j’ai su profiter des veilles des auteurs; c’est sans doute aussi à ces leçons que je dois d’avoir fait des recherches sur les autres attributions des nerfs. Ceux qui ne voient, ou plutôt qui ne supposent dans les travaux de ce savant que des échafaudages hypothétiques, qu’une doctrine de bosses , que des divisions du crâne en comparûmens , seront
DU C, KUVKAU.
peut-être étonnés île cet éloge; qu’ils lisent el méditent les ouvrages de M. Gall, voilà ma seule réponse.
» D’ailleurs ils verront que je suis loin de penser que ce savant célèbre n’ait point erré ; qu’il ait seul été dans le chemin de la vérité; que personne n’ait, avant lui, parlé de ce qu’il regarde comme les fondemens de sa doctrine; sous ce dernier rapport, je lui reprocherai même d’avoir été trop avare de citations textuelles, lorsqu’elles auraient pu lui faire perdre de ses droits de novateur. Après les travaux de M. Gall, je placerai les ouvrages de Bonnet; ils devraient être placés avant, si l’on avait égard qu’ils ont été publiés à une époque bien antérieure. Ce savant naturaliste, ce philosophe, qui écrivait il y a près de soixante ans, a exposé les plus saines idées sur le siège et le mécanisme de l’intelligence. Tant qu’il se tient sur le domaine de la physiologie, scs opinions sont conformes à l’observation; ce n’est que lorsqu’il se jette dans les questions métaphysiques, qu’il s’oublie et déraisonne comme un métaphysicien. Nous citerons de lui des passages très remarquables, et qui pourront ne pas toujours faire plaisir à M. Gall. »
Pag. iii, il dit : « Je ferai ici un reprocheà M. Gall. Quel motif a pu l’engager à se taire sur les
travaux de Kant et de Bonnet? Serait-ce parce queleurs idées avaient de l’analogie, comme nous 1 avons vu, avec les siennes ? Comment se l’aitil quil ne combatte Descartes et Locke qu’en reproduisant les opinions qu’on leur suppose , et non leurs propres expressions, ce qui n’est pas toujours la même chose ; tandis qu’il a bien soin de citer textuellement, et de réfuter longuement (ce qu’il fait à peine pour les précédens ) les auteurs qui ont avancé des opinions exagérées, et purement gratuites , dès-lors très faciles à détruire? »
Pag. 143. «Le docteur Gall pense que le cerveau est exclusivement V organe de toutes les facultés intellectuelles et de toutes les qualités morales -, et il accumule les preuves les plus directes qui confirment cette proposition.
» Je reprocherai encore ici à ce physiologiste d’avoir été injuste envers ses devanciers, quJil accuse tous, in globo , de n’avoir point connu les fonctions du cerveau. Il a pourtant lu Bonnet, qui Pa précédé de plus de soixante années dans une carrière qu’il a si glorieusement parcourue, puisqu’il range souvent son nom parmi ceux de ses adversaires ; Bonnet, qui dit si positivement, et démontre si bien, par un grand nombre de preuves dont se sert
M. Gall lui- meme, que le cerveau, chez l'homme cl, les animaux , est l’organe de lu pensée et du sentiment, c’est-à-dire, des idées et des passions. Combien d’autres exemples ne pourrais-je pas citer, qui démontreraient que ce n’est pas uniquement de l’apparition de M. Gall que date l’origine des connaissances physiologiques sur le mécanisme et le siège des fonctions intellectuelles ! »
Dans la préface qui est à la tète du premier volume de mon grand ouvrage, voici comment je me suis exprimé, p. xxxi: « Nous espérons , dans le cours de tout cet ouvrage, ne jamais nous abaisser au point de dire quoi que ce soit dans un autre but que dans celui de la vérité. Trahir la nature pour répandre de l’encens est une chose indigne du naturaliste. Les plus grands hommes voudront donc bien nous pardonner si nous cherchons à rectifier les erreurs que nous avons cru rencontrer dans leurs ouvrages. Leurs erreurs et leurs préventions méritent d’autant plus d’attention qu’elles sont plus sujettes à se propager de siècle en siècle. Malgré cela nous ne sommes pas jmoins pénétrés d’un sentiment d’estime et de reconnaissance pour les services qu’ils ont rendus à l’humanité. Et qui pourrait en effet oublier les services signalés
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que lleil , Prochaska, Sœmmerring, Scarpa , Walter, Cuvier, etc., ont rendus à l’étude du système nerveux? Mais qui peut aussi, meme avec l’esprit d’observation le plus pénétrant et le plus scrupuleux , ne pas errer quelquefois ou se trouver en défaut , lorsqu’il s'agit do saisir l’ensemble le plus compliqué? Qui peut prévoir les découvertes réservées par une autre voie à celui que des circonstances heureuses, une application ou le hasard auront secondé? Qui d’entre nous ne voudrait recommencer ses travaux dès l’instant qu'il les a terminés, ou qu'il s’en trouve détaché? Les véritables scrutateurs de la nature, n’ayant pour but que la vérité, doivent tous faire des vœux pour que ceux qui leur succéderont ne s’en laissent imposer ni par le faux éclat dont brillent les individus, ni par celui dont brillent les académies. Les suffrages uniquement basés sur la considération des particuliers, sont d’autant moins flatteurs qu’ils attestent toujours la faiblesse de ceux qui les donnent.
Assez souvent nous avons aussi prouvé en détail la fausseté des opinions d’hommes qui , au jugement de plusieurs de nos lecteurs, ne méritaient peut-être aucune attention de notre part. Il est certain que nous 11e nous fussions pas exposés au reproche qu’on pourra nous faire à cet
egard, si nous n’avions pris en considération f histoire de la science, et s’il nous eût été possible de taire les noms des auteurs et des partisans de certaines objections. Quiconque est une lois convaincu d’une vérité par l’évidence des faits, trouve toutes les objections également insignifiantes; mais il n’en est pas de meme de ceux qui doutent ni de ceux qui lisent pour s’instruire; comment feront ceux-ci pour discerner une objection fondée de celle qui ne sera que futile?
Il n’est arrivé que trop souvent que des hommes du plus grand mérite nous ont proposé les scrupules les plus minutieux. Chacun a un enchaînement d’idées à lui avec les points de contact et des habitudes qui lui sont propres. Tel qui, a certains égards , devance de beaucoup ses contemporains, se trouve sous d’autres rapports arriéré de plusieurs siècles; voilà pourquoi les plus grands hommes tombent quelquefois dans les bévues les plus incroyables. Si nous ne répondions qu’aux doutes et aux difficultés des hommes qui font autorité, combien de fois ne courrions-nous pas le risque d’étre accusés d’erreur dans notre choix? Tout dépend ici du degré de connaissances acquises. Que Ton demande, par exemple, si ce sont les muscles qui produisent les protubérances des os du crâne?
4q4 sur les fonctions
MM. Ackermann, Walter, Hufeland , Portai , adoptent l’affirmative sans hésiter, quoique nous soyons convaincus, avec Sœmmerring, qu’elle est en contradiction avec les lois de l’organisation et avec tous les faits. Lequel du cerveau qui est mou, ou du crâne qui est dur, imprime sa forme à l’autre? Si nous nous décidons pour la première opinion, nous aurons contre nous, peut-être, la plupart de nos lecteurs , presque tous les physiologistes et les pathologistes, quoique Galien ait déjà entrevu cette vérité. Dans le Nord de l’Allemagne, l’on trouve superflus les argumens par lesquels nous établissons que les dispositions sont innées dans l’homme , sans que pour cela sa liberté morale en soit moins réelle; et ailleurs l’on a au contraire bien de la peine à s’élever jusqu’à l'idée de la coexistence des dispositions innées avec la faculté de n’en cire pas irrésistiblement maîtrisé. Tandis que , d’accord avec les pères de l’église, avec les moralistes et avec les instituteurs, nous démontrons l’influence de l’organisation sur l’exercice des facultés intellectuelles, sans rendre pour cela l’âme matérielle. Waller, Ackermann, Slelfens et une foule d’autres crient à l’eflroyable matérialisme. Où donc commencer et où s’arrêter pour ne parler que d’objections importantes ou insignifiantes aux yeux de chacun ? Chaque auteur et chaque
nu CERVEAU.
professeur a son parti et sa sphère d’activité. Tel paraît au loin avoir un mérite colossal, qui de près fait pitié. Quel est d’ailleurs le misérable écrivain qui, en prenant parti pour ou contre une opinion, 11e trouve scs preneurs dans les sectateurs ou adversaires de celte opinion? D’après cela, comme nous présentons partout et indistinctement le pour et le contre, en cherchant à relever tous les doutes et toutes les objections, nous devons espérer que nos lecteurs auront pour nos éclaircissemens la meme indulgence que nous avons eue pour les objections et pnur les doutes de toute espèce.
Lt page xl. « Afin de présenter les opinions de chaque auteur dans toute leur force, nous avons presque toujours cité ses propres expressions. De celle manière personne ne pourra se plaindre que nous ayons tronqué ou défiguré ses idées, et tous les lecteurs seront en état de comparer nos opinions à celles des autres, et d’en porter un jugement impartial. »
Tout mon ouvrage est rédigé d’après ce principe. De- là ce grand nombre de passages textuellement cités des autres auteurs , de-là, à la léte de chaque traité , toujours l’histoire du meme sujet. Voyez , dans le tome 1er., de mQn grand ouvrage in-4%les traités sur le grand nerf
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sympatique, p. 29; sur le système nerveux de la colonne vertébrale, p. 47; sur la différence de la vie automatique et delà vie animale, p. 79; sur les nerfs de la télé, p. 127; sur les fonctions des cinq sens, p. 149; sur la métliodc d’examiner le cerveau, p. 2.33, sur l’anatomie du cervelet et du cerveau.
J’en ai fait exactement de meme dans les autres volumes. Après avoir établi l’innéité de 110s penebans et de nos facultés, et après avoir prouvé que leur manifestation est dépendante de l’organisation, je me suis attaché à réfuter les objections, et je n’ai jamais manqué de produire textuellement les opinions de Platon, de Quintilien, de Malebranche, d’IIelvétius, de Locke, de Condillac, de Bonnet, de Haller , de Buffon, de Sprengel , de Herder.de Bicbat,etc., etc.
Dans les traités sur le matérialisme, le fatalisme et sur la liberté morale, vous voyez nonseulement plusieurs passages des pères de l'église les plus philosophes, mais aussi ceux de Malebranche, de Bonnet, de Condillac, de Leibnitz, de Pascal, du cardinal Polignac, d’Helvétius, de Lavater, de Tracy, d’Ancillon , de Kant, de Fluenbach, de Sonnenfels, de Pinel, de Prochaska, de Fodéré, etc.
Dans la section sur l’organe de l’àme , qui fait
I)U CE a VF. A U.
le sujet du second volume, j'aicommencépar l’exposition des opinions les plus marquantes sur le siégé de l’âme et sur l’action réciproque de l’âme sur le corps, et du corps sur l’âme. Le lecteur pourra vérifier si, dans mes adversaires, je me suis adressé aux auteurs faibles , et si j’ai négligé de rapporter textuellement les passages de mes partisans soit anciens, soit modernes.
Comme dans les volumes suivans, les matières m’appartiennent presque toutes exclusivement ; il y a eu moins lieu à citer. Cependant vous rencontrez encore les noms et les passages de Laurens, de Diemerbrœck, de Ficlité, de Blumenbach , de Sœmmerring, de Hufeland, de Waller, de Rudolplii, de Ricberand, de Portai, de Duméril, de Cuvier, de Plattner, d’Ackermann, de Fodéré, de Dumas, de Home, de Sprengeî, d’Esquirol.
Même dans les traités particuliers des forces fondamentales et du siège de leurs organes, j’ai scrupuleusement cité tout ce qui pouvait avoir trait a mon objet. Par exemple, à l’occasion du penchant à la propagation et de celui de l’amour de la progéniture, j’ai copié textuellement des passages d’Apollonius deRhodes, de Van-der- Haar, de Tissot, de Formey, de Pinel, de Riclierand, de Larrey, de Cabanis, etc.
On rfe s’attendrait certainement pas à trouver
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dans «ne physiologie du cerveau , les noms de Ferguson , de Sobry , de G ri mm, de Dupout-de- Nemours , de Rousseau, de Laromiguière, clc.
Pouvais-je citer davantage et rapporter leurs opinions plus textuellement que je n’ai fait par rapport àGeorgele-RoietM. le professeur Pinel, dont les avis sont si souvent infiniment plus justes et plus en harmonie que ceux de Kant et de Bonnet?
L’on conviendra que dans toutes mes citations je n’ai fait aucun choix. Le meme auteur tantôt me servait d’appui, tantôt je le traitais en adversaire, sans aucun égard ni à l’autorité, ni à la réputation, ni à l’inlluence du personnage, ni à la nation, ni à l’âge, etc. C’est dans ma nature de prendre le bien où je le trouve, et d’attaquer toujours de front le préjugé et l’erreur.
Mon procédé est donc tout l’opposé de celui de la plupart des auteurs français qui veulent bien, dans une préface, ou dans un autre endroit désigner légèrement les hommes qu'ils ont exploités, mais dont ils ne font plus aucune mention dans le corps de l’ouvrage. Excellent moyen pour se donner toute la latitude d’usurper furtivement la gloire d’autrui !
Puisqu’il est question de citations , qui aurait plus de droit de se plaindre que moi? Je ferais des volumes si je voulais dénoncer tous les lar-
nu CE R VE A ü. 4gg
cins faits sur nia propriété. Pour mieux cacher le jeu, on a ordinairement la précaution de glisser quelques mots do critique, de mépris, contre l’auteur qu’on se met en train de piller. On en trouvera des preuves dans presque tous les ouvrages écrits dans les derniers temps sur la physiologie du cerveau, et il n’y a qu’à lire les ouvrages deRicherand, et tout récemment l’article Toucher de MM. Chaussier et Adelon (i), qui ont fait un extrait de mon traité sur les fonctions des cinq sens , comme s’ils n’avaient pas la plus mince connaissance de mon travail, etc.
Voyons maintenant les passages qui ne devraient pas me faire plaisir, et apprécions en meme temps la juste valeur des auteurs favoris de M. Georget.
T. I, p. 124 , M. Georget dit : « C’est surtout dans Charles Bonnet que nous trouverons admise, de la manière la plus formelle, la pluralité des organes cérébraux,- on ne saurait se lasser de citer ce grand homme : « Sans être initié dans les secrets de l’anatomie, on sait, au moins en gros, qu’un cerveau est un organe extrêmement composé, ou plutôt un assemblage de bien des organes différais , formés eux-mêmes de
(1) Dictionnaire dos Sciences méd. , 1. LV
5nO SUR LFS FONCTIONS
la combinaison et de l’entrelacement d’un nombre prodigieux de fibres, de nerfs, de vaisseaux , etc... La multiplicité et la diversité prodigieuse d’idées qui naissent des différentes opérations de notre esprit, peuvent nous faire juger de l’art étonnant avec lequel l’organe intellectuel de nos pensées a été construit, et du nombre presque infini de pièces , et de pièces très variées , qui entrent dans la composition de cette surprenante machine, qui incorpore , pour ainsi dire, à l’âme d’un savant l’abrégé de la nature... Il suit de-là qu’une intelligence qui connaîtrait à fond la mécanique du cerveau, qui verrait dans le plus grand détail tout ce qui s’j passe, y lirait comme dans un livre. Ce nombre prodigieux d’organes, infiniment petits, appropriés au sentiment et à la pensée, serait, par cette intelligence , ce que sont pour nous les caractères d’imprimerie. Nous feuilletons les livres, nous les étudions ; cette intelligence se bornerait à contempler les cerveaux... Nos sentimens de différens genres tiennent à des fibres de difïérens genres... Le degré de l’ébranlement décide de la vivacité des sentimens j l’espèce de la fibre, de l’espèce du sentiment... Enfin comment remédie-t-on à cette fatigue, à cette douleur résultant d’une attention trop soutenue sur la même série d’idées? par le repos ou par le changement
nü CERVEAU. 5oi
d'objet. Pourquoi parle repos? c’esl qu’il est une cessation ci action. .Lorsque l’âme n’agit plus sur les fibres sur lesquelles elle agissait , la tension qu’elle leur a imprimée, diminue, s ’aflâiblit , s’éteint. Pourquoi par le changement d’objet? c’est que lame n’agit plus sur les mêmes fibres. Chaque perception a des fibres qui lui sont propres. »
P- t M. Georget continue à dire : « On n’a point oublié les citations que nous avons laites de la Palingénésie de Bonnet, bien positives sur le siège de l’intelligence,- j’y ajouterai celles-ci du même auteur : « Assurément, s’il nous était permis de voir jusqu’au fond de la mécanique du cerveau, et surtout dans celle de cette partie qui est l’instrument immédiat du sentiment, et de la pensée, nous verrions ce que la création terrestre a de plus ravissant. Nous ne suffisons point à admirer l’appareil elle jeu des organes destinés à incorporer un morceau de pain à notre propre substance. Qu’est-ce pourtant que ce spectacle, comparé à celui des organes destinés à produire des idées et à incorporer a l’âme le monde entier! Tout ce qu’il y a de grandeur et de beauté dans le globe du soleil, le cede, sans doute, je ne dis pas au cerveau de l’homme, je dis au cerveau de la mouche... Nous sommes donc acheminés â penser que l’organi-
5o2 sur les fonctions
saliou du cerveau des animaux diffère essentiellement de celle du cerveau de l’homme. Nous ne risquerons guère de nous tromper en jugeant de la perfection relative des deux machines par leurs opérations; combien les opérations du cerveau de l’homme sont - elles supérieures à celles du cerveau de la brute? Combien la raison l’emporte-t-elle sur l’instinct?... Il paraît donc que le cerveau de la brute est une machine incomparablement plus simple que le cerveau de l’homme j la construction des machines animales a été calculée sur le nombre et la diversité des effets qu’elles devaient produire, relativement à la place qui était assignée à chaque espèce dans le système de l’animalité. Le cerveau du singe, beaucoup moins composé que celui de l'homme, l’est incomparablement davantage que celui de l’huître. »
M. Georget a l’air de vouloir insinuer à ses lecteurs que ]’ai caché à dessein les noms des auteurs qui, avant moi, avaient déjà conçu quelque idée sur les fonctions du cerveau et sur la pluralité des organes de l’intelligence. Si M. Georget avait lu mon ouvrage avec moins de précipitation , il aurait vu , t. II, p. 2i4, dans l’exposé des opinions les plus remarquables sur le siège de lame , et sur l’action réciproque de bâme sur le corps et du corps sur l’àme, les
noms dos seules el clos auteurs qui professaient, sur cet objet, des opinions plus ou moins absurdes. Il aurait vu les noms de Slalil , de Pythagore, de Tlalon, de Galien, des Stoïciens, d’Aristote, d’Erasistrate, d’He'ropbilc, de Servetto, d’Auranti, de Van Helmont, do Descartes , de Varllion el de Schelhammer, de Drelincourt, de Bontekoë , de Lancisi, de Lapeyronie, de W illis 9 de Yieussens, d’Ackerîuann , qui tous ont eu quelques soupçons que le cerveau est le siège ou l’organe de l’âme.
Mais qu’après ces citations on n’oublie pas de relire aussi, p. 217, la solution de la question de savoir si , dans l’état actuel de nos connaissances en physiologie, il convient encore défaire des recherches sur l’organe de l’âme? et l’on verra quelle confusion, quelle incertitude, quelle vacillation il règne dans les opinions d’IIippocrate , de Red, de Dumas, de Richerand , de Sprengel, de Pinel, d’Esquirol , de Fode'ré, de Bichat, de Sabatier, de Roger, de Darwin, de BufFon, de George - le - Roi, de Yicq-d’Azir, de Cuvier, de Stahl, dont plusieurs même nient absolument l’inlluence du cerveau sur les facultés de l’âme.
M. Georget veut-il m’accuser, comme le faisaient autrefois les journalistes, d’avoir voulu faire accroire à mes lecteurs que je suis le seul
S U 11 LES FONCTION S
el le premier (pii ail conçu l’idee de la pluralité des organes; alors je le renvoie encore au t. il, p. 35G. Qu’il relise l’exposé des opinions sur la différence qui existe tant entre les diverses qualités morales qu’entre les diverses facultés intellectuelles, sur la pluralité des organes, et sur le siège de ces organes; article auquel je n’ai fait aucun changement dans celte édition.
Il trouvera dans cet exposé les opinions sur ces matières, des Grecs, dePylhagore, de St.- Paul, de Gai ien , de Gilbert , de Gassendi, de Bacon, de Van Helmont, de Wepfer, de Wdlis, de Leibnitz, de Frédéric Hoffmann, de Haller, de Blumeubacli, de Barthez, de Casimir Medicus, de Reil , de Saint Augustin, de Platon, d’Anaxagore, d’Aristote, de Stahl, de Malebranche, de Condillac, de Vieussens, des anciens Jésuites, des Péripatéliciens , des Arabes , de Vockerodt, de Carpus, de Grégoire de Nisse, d’Albert-le-Grand, de Mundini de Luzzi , de Servetto , de Petrus Montaguana , Ludovico Dolci, deWillis, de Charles Bonnet , p. 35g, lig. 25; de Lancisi,de la Peyronie, de Haller et Van Swieten, de Cabanis, de Mayer, de Prochaska, de Plaltner, de Malacarne, de Chanet, Wrisberg, Tiedemann, Richerand, Cuvier, Dégérando, Sœmmerring, Ackermann, Bérard et Monlcgre, etc.
Le passage de Bonnet , qui intéresse si iort M . Gcorget, je l’avais cité clans nia réponse au rapport de l’Institut, p. 248, où il dit qu’une intelligence qui connaîtrait à fond la mécanique du cerveau, qui verrait dans le plus grand détail tout ce qui s’y passe, lirait connue dans un livre, etc. Je l'ai cité, t. II, p. 84 et 38, où il affirme avec raison que ce n’est que par le physique que l’on peut pénétrer dans le moral de l’homme. Je l’ai cité, p. 77, en reconnaissant comme lui qu’il n’y a pas de vérité inutile ou dangereuse. Je l'ai cité, p. 100, en adoptant sa seule juste délinilion de la liberté morale. Enfin, je l’ai cité, p. 412, où il dit que si la fatigue cesse lorsque l’âme change d'objet, c’est qu’elle agit alors par d’autres fibres.
Toutes ces citations textuelles sont bien loin de me faire soupçonner d’avoir eu l’intention de distraire mes lecteurs des idées de Bonnet. Comme je n’ai jamais rangé ce philosophe parmi mes adversaires, quoi qu’en dise M. Gcorget, j’ajouterai encore quelques passages de la Palingénésie qui lui feront plaisir. Copions d’abord le passage que M. Gcorget a rapporté lui-même, p. 108. « J’ai donc supposé que chaque espèce de fibre sensible a été originairement construite sur des rapports déterminés à la manière d’agir de son objet. Notre cerveau a donc été organisé
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dans un rapport direct à ces merveilleuses opérations de notre esprit, par lesquelles il s’élève graduellement jusqu’aux idées les plus générales et les plus abstraites. Un génie un peu hardi (Helvétius), et qui sait manier ses sujets avec autant d'art que d’agrément , a cru faire un pas très philosophique en découvrant que le cheval ne diffère de l’homme que par la botte. Il lui a paru que si les pieds du cheval, au lieu d’èlre terminés par une corne inflexible, l’étaient par des doigts souples, ce quadrupède atteindrait bientôt à la sphère de l'homme. Je doute qu’un philosophe qui aura approfondi la nature de l’animal, applaudisse à la découverte de cet auteur ingénieux, dont le mérite personnel ne doit point être confondu avec ses opinions ; il n 'avait pas considéré qu’un animal quelconque est un système particulier dont toutes les parties sont en rapport ou harmoniques entre elles. Le cerveau du cheval répond à sa botte, comme le cheval lui-même répond a la place qu’il tient dans le système organique ; si la botte du quadrupède venait à se convertir en doigts flexibles, il n’eu demeurerait pas moins incapable de généraliser les sensations ; c’est que la botte subsisterait dans le cerveau; je veux dire que le cerveau manquerait toujours de celte admirable organisation qui met l'ànie de 1 homme a même de généralisai
nu CERV li A. U.
ses idées; el si l’on voulait que le cerveau du cheval subît un changement proportionnel à celui de ses pieds, je dirais que ce ne serait plus un cheval , niais un autre quadrupède , auquel il faudrait imposer un nouveau nom (1). »
Page 3i , Bonnet dit : « J’avance qu’en supposant toutes les âmes parfaitement semblables, l’organisation suffirait pour mettre entre elles des variétés. Et quoi de plus évident? Un être mixte ne sent et n’aperçoit qu’a l’aide des sens. Toutes ses sensations, toutes ses perceptions sont toujours dans un rapport détermine au nombre et à la qualité de ses sens.
» L’âme humaine placée dans le cerveau de l'huître , y acquerrait-elle jamais des notions de morale et de métaphysique? sa nature resterait pourtant la même; mais elle ne pourrait y déployer son activité comme elle la déployé dans son propre cerveau. Elle serait donc extrêmement dégradée par la seule diversité de l’organisation; et s’il était possible qu’une âme aussi dégradée conservât un souvenir de ce qu’elle aurait été dans le corps humain, ce serait pour elle le plus affreux malheur que d’être condamnée à habiter le corps d’une huître.
» Je suppose qu’il n’y a pas de différences
(0 Palingénésic philosophique, 1. 1, p. 19, 193,010.
essentielles entre les cerveaux humains, et celle supposition me paraît légitime, le nombre et 1 espece des sens sont les memes chez tous les hommes* mais tous les hommes ne tirent pas le meme parti de leurs sens. Quelle différence à cet égard entre un Montesquieu et un huron !
» Les sens communiquent au cerveau et y produisent des impressions durables, sources de 1 imagination, de la mémoire, du raisonnement. Une maladie peut déranger toute l’économie du cerveau et anéantir l’imagination, la mémoire, le raisonnement ; elle n’anéantit pas l’âme, et néanmoins elle est réduite à l’état de l’âme de la brute.
» Si le cerveau se modèle en quelque sorte sur les objets,* s’il est des fibres appropriées à chaque espèce de perception ; si ces fibres retiennent les déterminations que les objets leur ont imprimées -, si telle est la loi de l’union de l’âme et du corps, qu’à certaines fibres et à un certain état de ces fibres répondent constamment dans l’âme certains sentimens, certaines perceptions, il faudra convenir que l’âme d’un huron, logée dans le cerveau d’un Montesquieu, y éprouverait les memes sentimens, les memes perceptions que l’âme d’un Montesquieu.
» Elle y éprouverait encore les memes suites, les mêmes combinaisons de sentimens et de per-
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ceptions; car je me persuade que j’ai assez bien établi que la liaison de nos idées dépend originairement de celle des fibres sensibles. Si la chose n était point, comment arriverail-il que des accidcns physiques qui no peuvent affecter que ces fibres , détruiraient la liaison de nos idées? »
Jusqu’ici tout est parfait, tout est excellent. Mais Bonnet s était-il dépouillé des préjugés de son temps? M. Georget l’a-t-il toujours bien compris?
Voici comment, p. no, Bonnet se livre â la recherche sur le siège de l’âme : « Quelle que soit la partie du cerveau qui est le siège de l’âme Ou 1 instrument immédiat de ses opérations, on ne peut s’empêcher d’admettre qu’il est quelque part dans le cerveau un organe qui réunit les impressions de tous les sens, et par lequel lame agit ou paraît agir sur différentes parties de son corps.
» Nous voyons clairement que l’action des objets ne se termine pas aux sens extérieurs. L’action du son ne se termine pas au tambour, celle de la lumière a la retine j il est des nerfs qui propagent ces différentes impressions jusqu’au cerveau. Ceux qui, apres avoir perdu le poignet, sentent encore leurs doigts, nous montrent assez