‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 3)Chapitre 4 sur 54 · LU · texte numérisé non relu

LU

ET

ANATOMIE DU CERVEAU, contenant l’histoire de son développement dans le fœtus, avec une exposition comparative de sa structure dans les animaux ; par Frédéric TrépemANN, etc. ; traduite de l'allemand par À. J.L. Jourpan.

— Paris, 1823.

M. Jourdan a mis en tête de sa traduction un discours préliminaire, et M. Boisseau, dans le Journal universel des sciences médicales, tome XXX, p.309 , a rendu un compte trés flatteur de cette traduction et du discours préliminaire de M. Jourdan.

Ces deux savans prétendent que les observations de M. Tiédemann renversent mes principes établis dans mon anatomie et ma physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier. Avant d'examiner les tra-

vaux de M. Tiédemann, je vais m'occuper du NE x

Discours préliminaire de M. Jourdan, et du compte rendu par M. Boisseau.

M. Jourdan débute par faire preuve qu’il est initié dans les mystères de la philosophie transcendante. Il nous apprend qu'il est impossible de concevoir l’idée d’une matiere absolument inerte; que l’activité seule existe pour lidéaliste comme pour le réaliste; simple pour le premier qui n’admet qu’une force , le mo1; double pour le second, qui en suppose deux, le moret le non mot; que sentir, c’est sentir une force qui remplit un certain espace; que lunivers, tel qu'il frappe nos sens, doit naïssance au conflit d’une infinité de forces différentes ; que Kant a démontré sans réplique que l’espace et le temps sont les formes primitives de toute intuition; que les mots corps et force n’expriment que Pidée d’une seule et même chose, suivant qu’on a plus particulièrement égard à son existence, soit dans l’espace, soit dans le temps; que par conséquent étre et agir sont deux termes absolument identiques ; qu'on eût évité une infinité de théories absurdes , elc., si les physiologistes, fidèles au sage précepte d'Hyppocrate, n’eussent emprunté à la philosophie que lart de raisonner; que les mots organisation el vie, organe et action organique, expriment un même phénomène, suivant que lon considère lun ou Pautre

comme agissant ou comme existant, suivant qu’on l’envisage seulement dans l’espace ou dans le temps, etc., etc.

M. Jourdan fait ensuite une application, selon lui aussi féconde, qu’erronée selon moi, de ces profondes pensées à la physiologie du cerveau. Aprés avoir passé en revue plusieurs erreurs des philosophes, il tombe d'accord avec Sénèque et avec nos propres expériences, que l’homme a plus de tendance à croire sur la foi d'autrui qu’à examiner et à juger par soi-même. Il trouve eu outre que plusieurs parties cérébrales sont peu développées chez des arimaux dont Vaction cérébrale ne diffère pas notablement de ce qu'on la voit être chez d’autres animaux qui les onttres volumineuses ; que la prééminence de l’homme, sous le rapport de l’action cérébrale, dépend, non de la présence d’une partie nouvelle, mais du développement et surtout de la centralisation de celles qui existent déjà dans les animaux de classes inférieures; que l’âme est le plus haut degré de perfectionnement de la sensibilité, c’est-à-dire de l’action nerveuse ellemême; la manifestation active d’un système nerveux parfaitement centralisé, ayant pour résultat le développement de la conscience de soi-même, comme ce système parfaitement centralisé n’est }ui-même que l’âme, considérée seulement sous

le point de vue de son existence dans l’espace: que cette doctrine s'accorde fort bien avec l’immortalité de l'âme; que laction du cerveau se passe dans le temps, sans se manifester simultanément dans l’espace; que nous ne pouvons la comprendre parfaitement, parce qu’elle ne se plie pas aux deux formes primitives et nécessaires de toute intuition par notre intelligence. « Gomme elle ne nous apparaît point, continue M.

Jourdan, dans l’espace, c’est-à-dire sous celle de ces deux formes qui seule affecte nos sens externes, nous n’en pouvons acquérir qu'une noüon confuse par nos sens internes. Mais de ce que cette notion est confuse, il ne s'ensuit pas nécessairement qu’elle soit erronée. Voilà, continue encore M. Jourdan, comment, à mon avis, on peut, par les seules lumières de la raison, arriver à une derniére intuition, ou, si l’on aime mieux, à une intuilion purement intellectuelle de l'existence, dans la nature entière, d’un principe supérieur à la matière, des liens de laquelle il se manifeste en nous une tendance si puissante à se séparer. Îl me semble donc qu’on parvient, jusqu'a un certain point, à concevoir l'intelligence comme le produit de la centralisation d’un systéme nerveux dont le cercle d’action s’agrandit à mesure qu'il s'établit une harmonie

plus intime entre ses diverses parues. Tel un

homme supérieur fait refluer, en quelque sorte , l'influence de son génie hors de lui-même, et l'étend sur les âmes vulgaires qu’il asservit à sa domination. De-là naît la toute-puissance de lopinion, rocher inébranlable contre lequel Ja force voit s’émousser ses traits, de cette opinion qui faisait trembler Tibère au milieu même de ses satellites, et dans le fond du repaire où il avait enseveli ses crimes et ses terreurs. »

C’est de cette manière que M. Jourdan veut qu’on envisage la psychologie, et tout son jeune discours préliminaire fourmille de divagations aussi heureuses, d’un goût aussi exquis, de pensées aussi sublimes , d'idées aussi bien liées, de jugemens aussi sévères , etc. Mais ne craignons pas que ces efforts fatiguent le principe intelligent de M. Jourdan. C’est au kantisme qu'il faut s’en prendre, et toutes les fois que M. Jourdan dit des choses raisonnables ou déraisonnables , je vous répondrai toujours de sa pleine et entière innocence ; ce que je vais faire voir à présent, que, par les détours les plus hardis , 1l est enfin arrivé à son but principal, à la réfutation de ma physiologie du cerveau.

« La doctrine de la pluralité des facultés, et, par suite , des organes cérébraux, ne me parait pas admissible. Elle üre sa source d’une fansse application de ce principe, qu'un or-

gane ne peut accomplir a-la-fois plusieurs actes. »

La doctrine de la pluralité des facultés ne tire son origine d'aucun principe: elle est le résultat de l'observation seule ; c’est l'observation de la diversité des instincts, des penchdhs, des talens des hommes et des animaux; et c’est lobservation la plus multipliée et la plus constante des signes extérieurs correspondant aux formes variées des cerveaux, qui a opéré la conviction que les diverses parties du cerveau sont affectées aux diverses facultés! Si M. Jourdan lisait mes ouvrages, il y trouverait dans mille endroits ces mêmes renseignemens , et il se ménagerait le reproche de vouloir juger un procès sans connaissance de cause.

M. Jourdan reproduit toutes les objections auxquelles il aurait trouvé la réponse dans mes ouvrages, ;

C'est ainsi qu'il dit: « On n’apercçoit pas de diversité réelle entre les objets que M. Gall désigne sous le nom de facuktés fondamentales , et l’on ne voit, dans tout ce qu'il appelle ainsi, que des développemens d’une seule et même activité, liés au perfectionnement du cerveau, c’est-à-dire, à l'addition, non de nouvelles parties, mais d’une nouvelle quantité de substance cérébrale. »

D'après la haute philosophie , les fonctions

des divers sens ne sont aussi que des modifications d’une seule et même sensibilité. Ce pendant la nature a donné, pour chacune de ces fonctions, un appareil nerveux différent. Si M. Jourdan ne trouve pas de différence réelle entre le talent de la poésie et le penchant a la propagation, entre la mémoire des lieux et l'esprit d’induction, entre le talent de la musique et celui de la construction, comment expliquet-1l que le singe et le bouc ne composent pas des poëmes ? que l’hirondelle et la cigogne re font pas de la philosophie ? que le cochon ne chante pas comme Île rossignol ? Toutes ces idées étant réfutées à satiété dans mes ouvrages, 1l est inutile dy répondre plus amplement.

La centralisation du cerveau est devenue Pidée favorite de MM. Jourdan, Bérard et confrères. IL est très ficheux pour l'honneur français que ce cheval debataille ne soit pas issu des haras de la France. Comment, une découverte aussi sublime , aussi riche en résultats , faite sur un sol étranger! MM. Jourdan , Bérard ét confrères l'ont empruntée à M. Carus, M. Carus à M.Oken, ettouslesmétaphysiciens transcendans de l'Allemagne l'ont conçue à priori dans leurs sublimes constructions de l'univers. Réunissons nos efforts pour transplanter ces beaux fruits dans les écoles de Paris et de Mont-

pellier. Pourquoi se tourmenter plus long-temps pour trouver la mesure de l'intelligence de chaque espèce d'animaux et de chaque individu ?

La masse de toutes les facultés est jetée, par la plus heureuse idée, dans les mêmes boîtes.

Pesez le contenu de ces boîtes, pesez les cerveaux , et vous avez les intelligences d’un grain, d’une once , d’une livre jusqu’à trois, six livres, toujours en proportion des parties cérébrales centralisées à une masse simple, uniforme sous le rapport de son existence comme sous le rapport deson activité dynamique, de son existence dans l’espace et de son activité dans le temps. Il ne s'agit plus que du plus où moins et du moins ou plus. La carpe construira un peu comme le castor, et le castor construira au moins mille fois mieux que l'abeille ; le mouton tuera autant que le loup, et l'éléphant sera vingt fois plus meurtrier que le tigre ; la grenouille chantera un peu comme le rossignol, qui sera deux mille fois surpassé par le sanglier ; les dauphins et les marsouins feront de la philosophied’autant meilleure que cellede MM. Jourdan et Bérard, que la masse centralisée du cerveau de ces savans est surpassée par la masse cérébrale des métaphysiciens de l'Océan.

Quant au passage que M. Jourdan cite de l'ouvrage de M. Georget, je l'ai également cité,

LU CERVEAU. LS etjy ai répondu tome V de lédition in-&., page ba3.

« Ajoutons , continue M. Jourdan, à ces difficultés celles qu’offrirait la délimitation de facultés distinctes , au milieu d’une masse dont la substance est continue partout. » Objection à laquelle M. Jourdan trouvera la réponse tome IT, pag. 389, 383 et 39r.

D’après M. Jourdan, les objections se multiphent à mesure qu’on réfléchit sur l'hypothèse de la pluralité des organes cérébraux, sans parler du peu d’accord quirègne entre MM. Gall et Spurzheim, puisque le premier ne compte que vingt - sept organes, tandis que le second en admet trente-cinq.

N1 M. Spurzheim , ni moi, nous n’avons jamais définitivement arrêté Le nombre des organes ; nous sommes d’accord sur ceux que nous admettons tous les deux ; et si, à l’avenir, M. Jourdan parvenait à découvrir un nouvel organe par des observations fondées sur un trés grand nombre de faits positifs et sur l’anatomie et la physiologie comparées, 1l aura le mérite d’avoir ajouté à la perfection de la physiologie du cerveau. Encore ici, je renvoie M. Jourdan à des détails ultérieurs de mes ouvrages, et parüiculiérement tome III, page 15, édition'in-4°.

€ A suffit d'examiner , sans prévention, cha-

cune de ces prétendues facultés pour voir qu’elles sont toutes trés compliquées, tandis qu’une faculté doit être simple. » Oui, si vous faites la même faculté de Pinstinct de la propagation, de amour de la progéniture, de l'attachement, de la propre défense, alors vous avez des facultés très compliquées. Tout ce que M. Jourdan dit du penchant à la conservation, du penchant à dominer, de l'amour de la gloire, n’est que la répétition de ces mêmes idées , qui ont été réfutées à chaque traité d’une faculté fondamentale, et, en particulier, dans les réponses faites aux objections de M. Demangeon. Les idées de M. Lamark, sur l’habitude, ont été réfutées plus amplement qu’elles ne le méritent , tome E, pag. 155. |

Quant aux résultats de l’éducation, dont M. Jourdan ne peut que très imparfaitement se rendre compte, en cas que nos facultés fussent réelles, comment comprend-il que les yeux du peintre, les oreilles du musicien, la langue du gourmet reçoivent une éducation ? La vue, Vouie , le goût, ne sont-ce pas des facultés réelles ?

« En parcourant la longue série des animaux pourvus d’un organe encéphalique, dit M.Jourdan, nous voyons le cercle des facultés intellectuelles s’agrandir à mesure que les hémisphé-

res du cerveau s’avancent vers le cervelet, qu'ils finissent enfin par le couvrir tout entier dans l’homme. Est-il done croyable que la parte antérieure de ces mêmes hémisphères ait le privilége de concentrer en elle les prérogatives les plus nobles de lintelligence, puisque cette partie est celle qui se développe la premiére? Et sans attacher aux lobes postérieurs plus d’importance qu'aux antérieurs, n'est-il pas infiniment probable, certain même, que leur apparition se lie au développement le plus complet que l’on connaisse de la masse encéphalique, et par suite de la pensée, puisque autrement il aurait suffi, pour procurer une intelligence plus étendue , que les lobes antérieurs seuls acquissent plus d’ampleur ou plus d'épaisseur ? »

Cette objection prouve, comme dit M. Jourdan, que l’homme a plus de tendance à croire sur la foi d’autrui qu'à examiner et à juger par soi-même. À l’occasion de l'organe de Pamour de la progéniture , j'ai démontré qu'il n’est pas vrai que les lobes postérieurs manquent aux animaux, placés, sous le rapport de l'intelligence, au dessous de l’homme. Plusieurs animaux, tels que l’éléphant , le dauphin, les singes, ont le cervelet aussi couvert par les lobes postérieurs que l’homme. J’ai fait voir que cette erreur de MM, Cuvier, Tiédemann et Carus, a sa

source dans la station plus ou moins horizon. tale on verticale des animaux. Chez toutes les femelles et chez notre beau sexe , les lobes postérieurs sont plus développés, couvrent plus complétement le cervelet que chez les mâles et chez homme. Il s’ensuivrait que les femmes surpassen! les hommes quant aux plus nobles facultés intellectuelles. Si j'avais envie de raisonner, Je dirais que les lobes postérieurs , ainsi que le cervelet , se développent plus tard, parce qu'ils sont les organes de penchans qui doivent se manifester plus tard que les facultés de lintelligence. Que M. Jourdan obtienne sur lui de lire ce que j'ai dit sur la signification d’un grand ou d’un petit développement du front, et 1l sera convaincu qu'il n'aurait pas fait cette objection sil eût conna mes ouvrages. C’est plutôt une grande partie des lobes moyens qui manquent aux animaux herbivores, comme je l'ai fait voir en comparant le cerveau du veau avec celui de tout autre animal carnivore. Tom. IV, pag. 56. |

» 51 nous passons, dit toujours M. Jourdan, a des difficultés d’un autre genre, nos doutes vont toujours croissant. Admettons, pour un instant, l'opinion de M. Gall à l'égard de la structure des circonvolutions , quoiqu'il soit bien constant au- Jourd’'hut qu’elle est fausse et qu’elle repose,

en grande partie, sur une théorie erronée de Vhydrocéphale interne; il faut alors attribuer des facultés différentes, soit à des parties diverses de la longueur d’une même fibre, soit à des faisceaux accolés de ces fibres. L’absurdité de la premiére supposition saute aux yeux. ( Pourquoi M. Jourdan se plait-il dans des suppositions absurdes ? ) Quant à la seconde, comment croire que des fibres de même nature , qui naissent du même point, qui se touchent et sont même unies intimement ensemble, possèdent des facultés différentes ? »

S1 la première supposition a été absurde, la seconde est fausse, comme je l'ai amplement démontré dans plusieurs endroits de mes ouvrages. Pour rappeler au lecteur une seule de ces réponses, n'est-il pas vrai que dans la moelle allongée les diverses fibres et les divers ganglions paraissent de même nature , qu'ils naissent du même point, si toutefois M. Jourdan veut appeler un point très étendu un même point , que ces fibres se touchent et qu’elles sont unies aussi intimement que daus toute autre partie du cerveau, et quelles ont néanmoins des facultés différentes? Rien de si étrauge que d’entendre parier MM. Jourdan et Bérard de la structure du cerveau. A tout moment ils trahissent qu'ils n'en onl jamais disséqué ni vu disséquer. Où est

donc ce même point dont les fibrilles nerveuses des hémisphéres prennent leur naissance? Ontils jamais vu déplisser les hémisphères pour oser soutenir que mon opinion sur leur structure est fausse ? Ont -ils jamais examiné un hidrocéphale où le cerveau ait été dissous au lieu d’être déplissé? Il n’y a qu’une ignorance complète de tous ces phénomènes physiologiques et pathologiques qui puisse encore , avec cette suflisante gloriole , soutenir les antiques erreurs.

« C’est le développement de telle ou telle circonvolution , continue notre savant M. Jourdan, qui fonde chaque faculté, au dire de M. Gal. Mais le castor possede à un haut degré le talent de l'architecture , et cependant son cerveau est parfaitement lisse; tandis que le phoque, dont les hémisphères sont chargés de circonvolutions presque aussi nombreuses que celles del’homme, ne manifeste aucun sens pour la mécanique et la construction. D'ailleurs le castor perd son talent constructeur dès qu'il ne se trouve pas dans la société de ses semblables. Il y a donc autre chose que le développement plus ou moins considérable de telle ou telle portion del'encéphale qui fonde les penchans et les talens de l’homme et des animaux pourvus d’un système nerveux centralisé, C’est à dessein que Pajoute ce dernier

mot, car 1l me paraît incontestable que les pen: chans et les talens sont liés chacun à une organisalion spéciale , lorsque l'appareil nerveux se compose de masses isolées ou faiblement unies ensemble, tandis que quand ce même appareil aacquisune influence marquée surtouslesautres, son action prend aussi un caractère d'ensemble et d'unité qui ne permet la prédominance d’un penchant ou d’un talent qu’autant qu’elle a elleméme soit plus, soit moins de prépondérance.

L'intelligence n’est pas, comme on l’a dit, le plus bel attribut de l'action cérébrale, c’est le libre arbitre, dans lequel on ne peut voir que le dernier degré de la volonté, et qui, par cela même , exige Le plus parfait développement et la plus parfaite centralisation du système ner- VEUX. »

Je défie M. Jourdan de se rendre raison à lui-même de toutes les expressions arbitraires, de tout le galimatias moitié anatomique, moitié mélaphysique de ce passage. Que M. Jourdan m'explique d’abord comment le castor , qui, selon lui, manque encore de circonvolutions, possède à un haut degré le talent de l'architecture, tandis que le phoque dont les hémisphères sont chargés decirconvoluations, pas seulement presque, mais plus nombreuses que celles de l'homme, ne manifeste aucun sens pour

la mécanique et la construction, et que l’homme est si souvent passionné pour les arts mécaniques. D’après l'hypothèse de la centralisation, le phoque devrait jouir de toutes les facultés. On avait dit à M. Jourdan que les cerveaux des rongeurs étaient encore privés de circonvolutions, et il l’a cru sur parole. Si jamais il avait observé un cerveau de castor, de kangourou et de plusieurs autres rongeurs , il leur aurait trouvé des circonvolutions ; et si jamais il avait vu des castors isolés dans un petit étang, il aurait appris qu'ils ne perdent pas ce talent, qui, d’après lui, renait aussitôt qu’ils sont rendus à leur société. Tous les animaux rendus prisonniers, ou blessés , suspendent, au moins pour quelque temps, l'exercice de leurs facultés, mais ne les perdent pas. Si M. Jourdan avait lu mon ouvrage, 1l aurait trouvé la réponse à cette objection, Tom. IV ,

pag. 145.

Voici un fait pareil que M. Geoffroy Saint-

Hilaire a eu la bonté de me communiquer :

« Ila vécu à la Ménagerie du Jardin du Roi, il y a quelques années, un castor. Il ne descendait pas même des castors réunis en société dans l'Amérique septentrionale; il provenait de castors du Rhône, qui vivent isolément à la manière des rats d’eau. Cependant, d’après ce qui s’est

passé sous mes yeux, il faut bien que les animaux, quand 1ls y sont contraints par une nouvelle position, sachent retrouver dans leurs qualités natives des ressources qu’ils opposent à des contrariétés inattendues. |

» Notre casior occupait à la Ménagerie une loge qui n’était jamais chauffée. On se bornait, dans les grands froids d'hiver, à lui procurer une litiére abondante, et à descendre sur sa grille un auvent qui lui tenait lieu de volets. Il arriva qu’une nuit le froid devint plus vif qu’à Vordinaire ; les volets fermaient mal, et notre castor ne s’occupa plus que des moyens de se soustraire aux effets d’une température aussi rigoureuse. |

» On avait coutume, afin de l’occuper la nuit et de fournir des alimens à son goût pour ronger, de lui donner une certaine quanüté de branches fraîches. Ce bois était trouvé écorcé le lendemain. Enfin on ne manquait pas, avant de l’enfermer par l’abaissement de son auvent, de lui donner aussi le soir ses vivres, consistant en légumes et fruits, carottes, pommes, etc.

» 1] avait neigé, et de la neige s’était amassée dans un coin de sa loge.

» Tels furent tous les matériaux laissés à la disposition du castor , et dont il détourna l'usage

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