‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 3)Chapitre 5 sur 54 · VI. a · texte numérisé non relu

VI. a

15 SUR LES FONCTIONS pour les employer à se former une muraille qui le défendit du froid et de Pair extérieur.

» Ji se servit de ses branches d'arbres pour les entrelacer aux barreaux de sa loge. Ce travail répondait parfaitement à celui des vamiers qui entrelacent deur paille à l’entour des tiges , allant de l’une à l’autre, en la contournant en sens divers, Les branches ainsi entrelacées laissaient des intervalles : le castor y plaça tout ce qui lui restait, ses carollés, ses pommes et sa paille. Selon les vides laissés, chaque sorte était coupée de manière à boucher tous les interstices: enfin , conime si l'animal eût compris qu'il fallait revêtir le tout d’un ciment plus compact, il employa la neige à remplir les plus petits vides. La muraille fut faite dans les deux tiers de la baie :tout ce qui lui avait été donné, même sa nourriture , dont il se passa ; fut appliqué. à cette construction. be

» Élarriva le lendemain que la neige s'étant gelée entre les branches et le long des parois de l'auvent, celui-ci fat trouvé adhérent à la nouvelle muraille. On réussit cependant à débarrasser l’auvent, et l'on démasqua de cette maniere Ja muraille construite par le castor.

» Le garçon de service fut si émerveillé de cette œuvreimprévue, qu'il vint m'en faire part avant derien déranger.

pe

» En donnant ce récit à M. le docteur Gall 1 je ne lui raconte rien que je n’aie vu par moimême. »

Si M. Jourdan avait la connaissance la plus superficielle de la physiologie du cerveau ,ilne dirait pas quele développement de telle ou telle circonvolution fonde telle ou telle faculté. I dirait que telle ou telle partie cérébrale est l'organe de telle ou telle faculté, et que cette faculté est d'autant plus énergique que cette partie cérébrale, qu’elle soit lisse ou pliée en circonvoluüons, est plus développée.

Maintenant, que M. Jourdan m'indique les animaux qui sont pourvus d’un système nerveux centralisé. C’est à dessein que j'insiste sur ce dernier mot. Quand peut-on admettre que les parties cérébrales sont encore assez isolées pour que chacune soit liée à une fonction spéciale ? Quelle est la mesure de cet isolement ? A quelle distance les faisceaux nerveux doivent-ils étre séparés les uns des autres? Dans la moelle allongée, dans la protubérance annulaire, où l’on ne distingue aucune séparation » et dont les fonctions sont si différentes, sont-ils encore assez 1solés? ou sont-ils, comme le pensent les amateurs de la centralisation, centralisés ? Cette centralisation, dans quelle espèce d’ani- Maux commence-t-elle? Comment se fait-il

que chez l’homme, où cette centralisation est, d’après vous, la plus parfaite, il y a presque dans tous les individus quelque penchant, quelque talent qui prédomine ? Les grands architectes, les grands musiciens, les grands mathématiciens , les grands poètes, les hommes portés à la volupté, à la philosophie, etc., ont donc le malheur de ne pas posséder un cerveau centralis tPe

Et le cerveau des marsouins, des éléphans ?

que M. Jourdan m'y montre la différence de la centralisation d'avec celui de l’homme! Pourquoi ces animaux ne jouissent-1ls pas du dernier degré de la volonté, du libre arbitre de M. Jourdan ? La centralisation est donc un mot vide de sens, qui n’est fondé sur aucune réalité; une chimère, un enfant monstrueux de la philosophie transcendante, ramassé et adopté par MM. Jourdan, Bérard et confrères, pour s’en servir comme de bouclier contre les preuves 1rrésistibles de la pluralité des organes cérébraux, et pour bercer et choyer certaines opinions obligées du temps.

Nous arrivons enfin au jugement définitif de M. Jourdan sur la physiologie du cerveau, « Si je repousse, dit-il, la doctrine de la pluralité des facultés intellectuelles et des organes cérébraux, qui me parait insoutenable, je n'en pense

pas moins qu'il existe, chez l'homme lui-méme, divers degrés d’intelligence correspondant à autant d'états du cerveau qui impriment des traces de leur présence sur le crâne, et dont la forme générale de la tête devient un miroir assez fidele. »

Croyez-vous que ce soit un peu d'attention sur les différentes formes des têtes des hommes doués de différens degrés d'intelligence qui ait arraché cet aveu à M. Jourdan? Ce terrible adversaire sait lallemand, et il a lu les dernières pages de M. Carus, depuis 310 jusqu'a 31r, qu'il a fidelement copiées, sans faire la moindre mine de connaître M. Carus. Dans la pénurie de son propre fonds, et dans la sécurité que peu de ses compatriotes découvriraient ses larains, il est assez modeste pour faire parade, ne fut-ce que des inconséquences d’autrui. Il continue à s'approprier le passage de M. C. J. Carus. « Mais je suis persuadéaussi qu’il en est dela craniologie comme de Ja physiognomonie, et que comme il serait absurde d'attribuer lidiotisme à de grosses lèvres ou à un menton proéminent, parce qu’on observe souvent ces traits dans la physionomie des pauvres d’esprit, il ne l’est pas moins de mettre tel ou tel degré de l'intelligence sous la dépendance d’une saillie quelconque de l’encéphale et de sa boîte osseuse , qu’on a pu rencon-

trer chez un certain nombre d'individus qui la possédaient d’une mavière plus ou moins notable. La doctrine de Lavater et celle de M. Gall reposent sur la même base, sur une pétition de principe : aussi éprouveront-elles le même sort. Ce qu’il est permis de croire, c’est que comme il existe dans l'espèce humaine autant de modifications que d'individus, et comme aussi les divers degrés de son organisation rappellent ceux auxquels la nature s'arrête d’une maniere permanente chez quelques-uns des animaux vertébrés inférieurs, la configuration géuérale de la têtede l'homme doitexprimer un caractère voisin de celui qu’on trouve dans ces mêmes animaux , suivant que l’organisation cérébrale, ou , ce qui revient au même, les dispositions intellectuelles de l'individu, se rapprochent de celles qui les caractérisent. Tel était le point de vue sous lequel Porta (1) voulait qu’on envisageât la physiognomonie, et qui serait certainement bien plus fécond en résultats que les méthodes arbitraires de Lavater et de M. Gall. »

(1) De humand physiognomonié , B. Portæ Neapolitam; Gb. 1v, qui ab externis, quæ in hominum corporibus conspiciuntur signis , ia eorum naturas , MmOo— res et consilia demonstrant , ut intimos animi recessus penetrare videantur, Haver, 1593. ( Note de M. Carus.)

C’est bien icile cas de dire que les morts tuent les vivans. Quand un jour l’envie me prendra d’être admiré, préconisé, de voir sanctionner jusqu'a mes sottises, je me noïerai, je me pendrai, je me brülerai, pour être bien mort ; ets, malgré ces moyens de destruction, mon mot reste encore condamné à s'occuper des: nonmoi, des vanités du monde dans l’espace, je veux avoir au moins des places et des titres à donner dans le tems.

J'ai lu non seulement Porta, mais, aussi Huart (x); j'engage beaucoup M4. Jourdan a enrichir aussi la littérature française de’ ces deux intéressantes productions. Elles sont ornées de gravures on ne peut pas plus convaincanties des principes physiologico-physiognomoniques. Des têtes d'hommes et de femmes à mâchoires:

et oreilles d'âne, à chanfrein de béliers d'Espagne, etc., etc. On lit, je ne me rappelle plus la page : « Ceux qui ont le front fuyant, écrasé, étroit, et ressemblent à la vilaine bestiassinge , sont méchans, perfides, menteurs, imitateurs, turbulens ; ceux qui ont le bec de la pie sont voleurs, plagiaires, bavards; ceux. qui ont des gros veux et des oreilles rondes, ressemblent aux rats et sont compalateurs ; ceux qui ont le

G) Über die Prufung der Kæpfe.

museau pointu et presque pas d’yeux, ressemblent à la taupe; ils sont taciturnes et font leurs manœuvres à la dérobée. » Et une infinité de choses pareilles, non moins dignes de l’attention de nos physiologistes les plus éclairés. Je ne conçois pas comment j'ai pu oublier les précieuses leçons de Porta et de Huart, au point d'écrire daus le volame IV, p. 284, de mon grand ouvrage , et tome V, p.429, de l'édition in-8., un traité sur la physiognomonique et la pathognomonique , où j'ai eu la ridicule prétention de prouver qu’il existe quelque différence entre la significalion d’un nez aquilin ou camus, de lèvres grosses ou pincées, et une défectuosité ou un développement d’une partie du cerveau ; les lèvres nous transmettent les délices d’un baïser; tout le monde connaît les avantages multipliés du nez; mais le cerveau et le cervelet à quoi sont - ils bons? tout au plus (les découvertes de la nouvelle physiologie en font foi) à faire marcher en avant ou en arrière la pauvre espèce humaine (1)!

(1) On connaît les découvertes sur les fonctions du cerveau et du cervelet, par exemple, que le cerveau est destiné à faire marcher l’animal en avant, et le cervelet à le faire reculer.

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