DU CE IV VEAU
Jedidiah Buxlon, PI. LXXXV1I, fig. a; de Biirgss , de Boité, de T\IM. Prony, Arago, etc.
Lorsque l’on connaît les conditions sous lesquelles le talent pour les mathématiques s’est constamment manifesté jusqu’ici, l’on peut annoncer , sans crainte de se tromper , qu’il se manifestera toujours par la suite sous les memes conditions.
Quelques médecins de Paris , pour me mettre a l’épreuve, m'amenèrent trois jeunes garçons, dont l’un se distinguait par une facilité extraordinaire pour le calcul - à peine ces enfans furentils entrés dans ma chambre, que j’indiquai le calculateur.
Il n’est pas besoin de dire que le sens des nombres et des grandeurs trouvera une application différente, selon qu’il sera accompagné de tels organes très développés ou de tels autres. C’est selon ces variations que celui qui en est cloué sera géomètre, géographe, opticien, astronome, mécanicien ou fabricateur d’inst rumens de mathématiques, compositeur de musique,- il n’est, peut-être, pas de grand compositeur qui ne soit doué en meme temps de l’organe du sens des rapports des tons et de celui du calcul.
D’ordinaire, cet organe est moins développé chez les femmes qnechez les hommes. Cependant il existe des exemples de femmes qui avaient une
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graiule facilite pour le calcul, et qui se sont distinguées dans les mathématiques. Les Nègres ont rarement des dispositions très fortes pour le calcul et pour les mathématiques ; aussi leurs tètes sont-elles presque toujours étroites , comprimées dans la région de l’organe du calcul. M. le docteur Spurzheim croit que l’organe des nombres est assez généralement développé chez les Anglais. Ce développement est-il une suite d’un exercice habituel, ou bien le goût pour les spéculations commerciales tient-il au développement de cet organe?
Il existe à Paris un homme dont l’intelligence, il est vrai , est en général assez bornée, mais qui se trouve tellement dépourvu de la faculté de combiner les nombres, qu’il a toujours été impossible de lui faire comprendre que i et i font 4, que 2 et 1 font 3. J’ai fait mouler le crâne de cet homme, qui est remarquable par le développement presque nul de l’organe du sens des nombres.
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Les animaux sont-ils doues du sens des nombres .
Je ne déciderai pas si les animaux comptent, s’ils ont une idée déterminée des nombres.
« Les botes comptent, cela est certain , dit Leroy ; et quoique jusqu’à présent leur arithmétique paraisse assez bornée , peut-être pourraiton lui donner plus d’étendue. Dans les pays où l’on conserve avec soin le gibier, on fait la guerre aux pies , parce qu’elles enlèvent les œufs et détruisent l’espérance de la ponte. On remarque donc assidûment les nids de ces oiseaux destructeurs; et , pour anéantir d’un coupla famille carnassière, on tâche de tuer la mère pendant qu’elle couve. Entre ces mères, il en est d’inquiètes, qui désertent leur nid dès qu’on approche. Alors on est contraint de faire un affût bien couvert au pied de l’arbre sur lequel est le nid, et un homme se place dans l’affût pour attendre le retour delà couveuse ; mais il attend en vain : si la pie qu’il veut surprendre a été quelquefois manquée en pareil cas; elle sait que la foudre va sortir de cet antre oû elle a vu entrer un homme. Pendant que la tendresse maternelle lui tient la vue attachée sur son nid , la frayeur leu éloigne, jusqu’à ce que la nuit puisse la dé-
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lober au chasseur. Pour tromper cet oiseau inquiet, on s’est avise d’envoyer à l’affût deux hommes , dont l’un s’y plaçait et l’autre paraissait; mais la pie compte et se lient toujours éloignée. Le lendemain trois y vont, et elle voit encore que deux seulement se retirent. Enfin , il est nécessaire que cinq on six liommes, en allant à l’affût, niellent son calcul en défaut. La pie, qui croit que cette collection d'hommes n’a fait que passer, ne tarde pas à revenir. Ce phénomène, renouvelé toutes les fois qu’il est tenlé, doit être mis au rang des phénomènes les plus ordinaires de la sagacité des animaux (i). »
Dupont de Nemours assure même que la pie compte jusqu’à neuf.
L’on croit que la poule compte scs œufs et la chienne ses petits. Il est certain que la chienne s’aperçoit lorsqu’on lui a enlevé l’un de ses petits. Mais je ne crois pas que pour cela elle ait absolument besoin de les compter. Lorsque nous nous trouvons dans une société peu nombreuse, et que quelqu’un s’est retiré, nous nous apercevons de son absence sans que nous ayons compté le nombre des personnes ; la chienne pourrait de
(i) Lettres philosophiques sur f intelligence et la perfectibilité des animaux. (Ldilion de 180a. ) Pag. 1 4 <j et
meme s’apercevoir de l’absence de 1 un do ses petits , par la seule raison qu’elle connaît chacun d’eux individuellement.
Sur le sens du temps. ( Zcil-sinn. )
Il est des personnes qui ont une grande facilite pour retenir les dates et les époques. Elles savent le jour des naissances, des mariages, ries décès , l’époque de tous les événemens, même les moins remarquables. Elles commencent tous leurs récits en indiquant l’année et le jour. Ce qu’elles savent le mieux de l’histoire, ce sont les époques. Le jésuite Denis Petau s’appliqua surtout à la chronologie, et se fit dans ce genre un nom qui éclipsa celui de presque tous les savans de l’Europe. Dans sa gravure, l’organe des nombres est très apparent. Le senior Degmayer, à Àugsbourg, est généralement connu par sa facilité pour retenir les dates de tous les événemens , les jours de naissance, de mariage, de décès , etc. Dès son enfance il avait un penchant décidé pour les mathématiques; aussi en a-t-il la marque extérieure très prononcée. Je demande si cette faculté tient aux sens des nombres, du calcul, ou s’il faut chercher pour elle lin organe particulier?
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li oit des personnes qui, en se couchant, sont capables de fixer exactement Je temps quYlies vont dormir, et se réveillent précisément au moment qu’elles avaient fixé. Certains musiciens , quoiqu'ils aient un grand talent pour la musique, ne peuvent jamais observer la mesure: d’autres, au contraire, sans avoir du talent pour la musique, ne la manquent jamais; de sorte que cette différence parait constituer une variété essentielle de musiciens. Il est aussi des individus qui n’ont aucun sentiment du rhj tlime des vers non rimés. On voit des gens qui trouvent une jouissance particulière dans une collection de montres et de pendules, et il faut que toutes marchent avec la plus grande exactitude. Il parait qu’il n’existe plus de temps pour ces aliénés qui restent pendant des journées et des semaines entières toujours à la même place. Un aliéné, à Vienne, n’avait qu’une idée fixe, c’est-à-dire que c’était toujours le 17 octobre. Il arrive souvent , dans l’aliénation mentale comme dans d’autres maladies graves, que l’idée du temps est complètement abolie. Lorsque ces malades se rétablissent, ils commencent à compter le temps du moment où ils ont recouvré le sentiment distinct de leur existence. Après vingt-sept années de réclusion et de manie, une dame éprouva une révolution favorable au moral. Son délire et sa fu-
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reur ont été continues durant cet espace de temps, au point de déchirer ses vêtemens, de rester nue, etc. Au moment de la cessation de son délire, elle a paru sortir comme d’un rêve profond, et a demandé des nouvelles de deux enfans en bas-âge qu’elle avait avant son aliénation, et elle ne pouvait concevoir qu’ils fussent mariés depuis plusieurs années (i).
Les animaux ont-ils aussi la mesure du temps?
« Les animaux, dit Buffon, ne peuvent avoir aucune idée du temps, aucune connaissance du passé, aucune notion de l’avenir. »
Déjà C. G. Leroy a très bien réfuté cette assertion de Buffon.
Ce qui fait pour nous la mesure du temps, c’est la succession des idées ou sensations dont nous avons été frappés, et qui laissent quelque trace dans notre mémoire. Il est sûr que les animaux ayant moins d’idées que nous, il doit y avoir moins de degrés marqués sur l’échelle avec laquelle ils mesurent le temps ; mais il faut bien qu’ils en aient l’idée, puisqu’ils en prévoient et en marquent les retours périodiques.
Tous les animaux qui se lèvent à certaines heures pour manger, et il y en a beaucoup, y sont fidèles, non pas cependant comme une hor-
( i ) Pinel , '1 raué iiiédico-philosoplnque sur l'aliénation mentale , p. 88.
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loge qui sonne les heures , mais avec les mollifications que les circonstances de la saison, ou meme de la journée, peuvent occasionner dans leur volonté'.
Lorsque la terre, découverte parla récolte entièrement faite, a forcé les faisans de se rassembler aux remises dans lesquelles on les conserve, c’est-à-dire , environ vers le premier de septembre, ils vivent rassemblés en troupes, et alors ils sortent du bois deux fois par jour pour chercher leur nourriture, ce qu’on appelle aller au gagnage. Tous à-peu-près ensemble s’acheminent au lever du soleil. Lorsque celui-ci commence à monter sur l’horizon , leur repas étant bientôt fait, parce qu’alors la nourriture est abondante, la chaleur qui se fait sentir les invite à rentrer aux bois. Ils en sortent ensuite entre cinq et six heures, et leur souper dure jusqu’à la nuit. Si la chaleur est moins grande, et si la nourriture est moins abondante, le départ a lieu un peu plus tôt. Lorsque la nourriture devient rare, et que les jours sont plus courts , les faisans ne sortent plus qu’une fois par jour vers neuf ou dix heures du malin, et leur repas dure alors jusqu’au coucher du soleil. Comment ces oiseaux exécuteraient-ils ces procédés réguliers, s’ils ne mesuraient pas les intervalles du temps ?
Les perdrix rouges, quoiqu’on société moins
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rapprochée,sonl dans lemcmccas que les faisans, et les chasseurs intclligens savent si c'est dans les bois ou dans les plaines qu’il faut les aller chercher, selon les heures. Les lapins ont cela de particulier , que l'expérience du passé leur donne, à quelques égards, d’une manière plus marquée, une connaissance assez certaine de l’avenir. Pendant l’été, ils sortent ordinairement de leurs terriers quelque temps avant le coucher du soleil , restent dehors une partie de la nuit, et se lèvent encore assez généralement vers huit à neufheures du matin, quanti il ne fait pas chaud. Mais si vous les trouvez sortis presque tous à deux ou trois heures après midi, s’ils mangent fort avidement, si l’attention qu’ils y mettent les rend plus hardis et moins précautionnés qu'à l’ordinaire, vous pouvez être certain qu’il pleuvra dans la soirée ou dans la nuit. L’avidité très caractérisée des lapins est donc alors un acte de prévoyance, c’est-à-dire, qu’en conséquence d’une sensation quelconque qu’ils ont déjà éprouvée , et qu’ils éprouvent encore, ils jugent de l’avenir par le passé.
Les animaux domestiques ont également la mesure du temps. La connaissance du passé leur fait aussi préjuger l’avenir. Les heures de l’avoine se marquent par le hennissement impatient
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des chevaux. Ceux qui soul ou faibles ou de mauvais caractère , ne manquent pas de faire les plus grandes difficultés pour outre-passer les lieux où ils ont coutume do se reposer. Ils ont donc la conscience de leur existence passée. Les chiens, ceux surtout qu’on a coutume de mener à la chasse à une certaine heure, annoncent le moment par des cris d’impatience toutes les fois qu’il est retardé. Celui du départ est signalé par les signes de la joie la plus vive. Le chasseur en est souvent importuné, et il a beaucoup de peine à les réprimer , surtout lorsqu’armé de son fusil il leur annonce le retour prochain du plaisir dont ils conservent le souvenir. Qui ne sait que les chiens et tous nos animaux domestiques marquent avec impatience le moment où ils ont coutume de recevoir leur manger ? 11 est donc certain qu’ils ont la mesure du temps.
Mais y a-t-il un organe particulier pour celte mesure, et où a-t-il son siège? M. Spurzheim est disposé à croire que son organe est situé audessus de celui de l'ordre, et près de la mélodie qui en reçoit une assistance marquée. Quand on aura recueilli de nombreuses observations sur des personnes qui se livrent avec passion à tout ce qui a rapport à la chronologie , au temps , aux dates, et qu'on les aura comparées soigneu-
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scment à celles fuites sur les arithméticiens, l'on sera peut-être en état de prononcer sur celle matière.
XIX. Sens de mécanique , sens de construction, talent de V architecture. (Kunst-sinn, Bau-sinn. )
Historique de la déconcerte.
Il m’est arrivé pour le sens de la mécanique , des constructions et de l'architecture, et pour son organe, la même chose précisément que pour le sens et l’organe de la musique. Lorsque je commençai à m’en occuper , je ne m’étais pas encore bien pénétré de l’idée que chaque qualité ou chaque faculté dépendît d’une partie cérébrale particulière. C’est là ce qui m’induisit à porter mon attention sur la forme totale de la tête des grands mécaniciens. Souvent je fus frappé de la circonstance que la tête de ces artistes était aussi large dans la région temporale que dans celle de la pommette. Ce n’était point encore là un caractère certain, mais je le retrouvai souvent, et je fus du moins de plus en plus convaincu que le sens de la mécanique est aussi une faculté fondamentale propre.
Je m’appliquai principalement à découvrir un