‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 14 sur 58 · S U R LES F O N C T I O K S · texte numérisé non relu

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caractère extérieur certain. Je cherchai partout a faire la connaissance (le mécaniciens distingués; j’étudiai la forme de leur tête, et je la moulai. J’en rencontrai bientôt chez lesquels le diamètre d’un temporal à l’autre était bien plus considérable que celui d’un zygomatique à 1 autre. Je rencontrai enfin deux mécaniciens très marquans chez lesquels les tempes étaient renflées en un gros bourrelet arrondi. Ces tètes me convainquirent que ce n'est point l’égalité des diamètres temporal et zygomatique qui détermine le génie pour la mécanique , mais bien une grande protubérance arrondie placée dans la région temporale, tantôt immédiatement derrière l’œil, tantôt un peu au-dessus. Lorsque je me fus assuré du siège de l’organe et de son apparence extérieure, je multipliai mes observations; partout où je jetais les yeux, je trouvai, tant dans notre espèce que chez les animaux, les preuves les plus irrécusables que le sens des mécaniques est une faculté fondamentale. Je me contenterai d’indiquer ces preuves.

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Histoire naturelle du sens des mécaniques , des constructions et de l’architecture chez les animaux.

Le tissu de la chenille, la loile de l’araignée, les cellules hexagones de l’abeille, les galeries souterraines de la fourmi, de la taupe, du lapin, les nids des oiseaux et de l’écureuil, la cabane du castor, etc., sont autant de chefs-d’œuvre. Quelle est la force qui les a créés?

Le chien et le cheval, si supérieurs à tant d’égards aux animaux que je viens de nommer, n’ont jamais, meme dans les momens delà plus grande détresse, manifesté la moindre trace d’instinct pour bâtir, ou d’une aptitude industrielle quelconque. Quelle est donc la force qui suggère à des êtres si bornés les moyens les plus ingénieux pour leur propre conservation et pour celle de leur famille?

L’instinct? oui: c’est sans contredit un instinct, c’est-à-dire une impulsion intérieure; ni us ce n’est pas cct instinct, recours ordinaire des philosophes de cabinet et des naturalistes amoureux de leurs idées spéculatrices. C’est un instinct propre, absolument indépendant de toute autre espèce d’impulsion intérieure , et calculé exprès d’après les rapports particuliers dans lesquels l’animal sc

trouve avec 1q inonde extérieur. Le tissu de la chenille devait la garantir de la pluie et du froid; la Iode de 1 araignée devait lui assurer sa proie : les galeries souterraines de la taupe devaient servir de refuge et de demeure à elle et à ses petits. 11 fallait que l'organisation de ces êtres fût d’accord avec leurs besoins, et recelât le type primordial des ouvrages qu’ils devaient exécuter en dehors. Ainsi donc, ici encore même harmonie entre l’intérieur de l’animal et les lois du monde extérieur, que pour toutes les autres qualités et facultés fondamentales ; ici encore, dans un petit organisme vivant, le type ou l’empreinte d’une partie du monde extérieur.

Voilà la seule idée raisonnable des aptitudes industrielles innées. Que servirait à l’hirondelle et à la grive de pétrir avec de l’eau la terre glaise qui doit donner de la solidité à leur nid , si la terre glaise en se desséchant se réduisait en poussière? C’est en vain que la pie entourerait son nid d’épines, si les épines n’empêchaient pas ses ennemis d’en approcher. C’est l’harmonie entre les aptitudes industrielles des animaux et les objets du dehors qui seule les met en état d’assurer leur existence contre les dangers qui les menacent.

L’action de celte faculté, même chez les animaux, n’est pas soumise aux lois d’une aveugle

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nécessité. Ils varient, suivant les circonstances, la structure de leurs nids , de leurs galeries. Les écureuils modifient beaucoup leurs nids et Surtout leurs habitations d’hiver-; ils varient dans le choix de différons matériaux qu’ils savent chaque fois mettre en œuvre conformément à leur but. Dans certaines espèces, les aptitudes industrielles sont réduites à l’inaction par la captivité, et meme par des circonstances peu importantes. Dans d’autres, elles continuent de se manifester, en quelque façon, irrésistiblement sous les conditions même les plus défavorables. J’ai vu un oiseau tisserand, en cage, qui dans toutes les saisons enlaçait de chanvre les barreaux de sa prison. Les castors que l’on nourrit a Iieilbrun, près de Salzbourg, et à INymphenbourg, près de Munich , rongent des brandies de saule, les assujettissent ensemble et les recouvrent de limon.

Ce qui vient à l’appui de l’idée que l’aptitude à bâtir est une faculté propre , c’est que nonseulement certains mammifères construisent des demeures pour eux et pour leurs petits, et que d’autres ne le font pas, mais que la même chose a lieu aussi chez les oiseaux; la plupart de ces derniers, il est vrai, font des nids, mais plusieurs cependant, tels que le duc-moyen (strixotus L.), l’effraye ( strix flammea L .), et une espèce de

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chouette ( strix ulula ), l’huîlrier ( hœmatopus ostralegus Ltn.')} la petite alouette de mer de Bufïbri, ne construisent pas.

Il est probable que le climat exerce une influence particulière sur l’organe de l’instinct de bâtir comme sur ceux de plusieurs autres qualités ou facultés. On prétend que le castor qui habitait la Gaule ne bâtissait pas. Les castors lapons et russes se bornent, â ce qu’on dit, à creuser deux terriers, l’un au-dessus de l’antre, au-dessous du niveau de l’eau, et à établir entre eux une galerie. L'on prétend que dans certaines contrées le coucou construit un nid , et couve luimême ses petits. Mais on demande avec raison si , dans ces cas , l’on s'est assuré de l’identité de l’espèce, ou si c’est réellement le résultat de l’influence du climat ? Est il vrai que les abeilles qui lurent transportées à la Barbade et dans les autres îles du Levant, cessèrent de faire du miel après la première année, parce qu’elles trouvèrent qu’il ne leur était point nécessaire ?

DU CF.HVEAU.

Histoire naturelle du sens des arts et de l’architecture chez l'homme.

Ce que l'homme connaît le moins, c’est luiméme; d’abord , parce qu’il attribue toutes les qualités et toutes les facultés des animaux à ce prétendu instinct par lequel on veut tout expliquer; en second lieu, parce qu’il s’isole absolument de tout le reste du règne animal, et se prive ainsi de tous les points de comparaison. L’homme confectionne des vëtemens pour s’en couvrir : par quelle impulsion? par celle du besoin, pour se garantir de l’inclémence de l’air et des piqûres des insectes; il élève une cabane, une maison , des palais , les temples, parce qu’il trouve pi us commode d’ètre abrité que de vivre en plein air , et qu’il veut satisfaire son orgueil ou rendre hommage à un Être qu’il croit au-dessus de lui ; il construit des machines , parce que ses mains sont insuffisantes pour exécuter ce qu’il entreprend; toutes les productions de notre industrie sont ducs à notre intelligence et à nos besoins. « L’homme ne paraît avoir rien qui ressemble à de l’instinct; aucune industrie existante n’est produite par des images innées; toutes ses connaissances sont le résultat de ses sensations ou de celles de ses devanciers,

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transmises par la parole, fécondées par la médita lion, appliquées à ses besoins et à ses jouissances; elles lui ont donné tous les arts (j). »

Tel est le langage qu’ont tenu jusqu’ici tous les auteurs, si j’en excepte quelques observateurs philosophes, relativement à toutes les actions humaines. Si je n’ambitionnais que l’approbation de mes contemporains , je devrais bien res-r ter fidèle à celle routine.

J’ai déjà prouvé, en général, dans les premières sections du I0r. vol. , combien est fausse cette manière d’envisager l’homme; et chacune des qualités ou des facultés fondamentales dont j’ai traité jusqu’ici, m’en a fourni de nouvelles preuves. Les réflexions suivantes convaincront le lecteur qu’aussi l’esprit des arts et des inventions mécaniques a été donné à l’homme par une organisa-?tion particulière.

Si les impressions antérieurement reçues , nos besoins, la réflexion , la raison, étaient les sources de nos arts, leurs progrès devraient être en proportion directe avec le nombre des impressions reçues , l’urgence de nos besoins , et avec le degré d’activité de nos facultés intellectuelles. Mais que l’on considère les arts chez des indivi-

(i) Le règne animal, par M. le chevalier Cuvier,

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dus ou chez des nations entières, l’on trouvera que ces circonstances peuvent bien déterminer la nature, la direction de nos arts et de nos inventions, en favoriser les progrès, mais nullement en faire naître le talent.

Que l’on observe les enfans , meme ceux d’une même famille, ceux rassemblés dans la même école qui sont environnés des mêmes objets, et voyent les mêmes exemples : tandis que les uns se livrent à leurs divers penchans, les autres sont constamment occupés à dessiner avec du charbon , de la craie , du crayon, dilférens objets sur les murs, sur le parquet, sur les tables, sur du papier, à découper ou à façonner en cire différons objets, ou a réparer les ustensiles de ménage. L'on a vu des garçons de quatre à six ans faire un modèle admirablement exact d’un vaisseau de ligne. A peine le jeune Vaucanson a-t-il regardé le mouvement d’une pendule à travers une fente de son étui, qu’il fait une pendule en bois sans autres outils qu’un mauvais couteau. Le fils de M. Reichenbaclier, ingénieur pour les instrumens de mathématiques, à Munich, avait, dès l’âge de cinq ans, son tour à lui, dédaignait tous les jeux de son âge, cl 11e voulait absolument s’occuper que de ce quia trait aux mécaniques; son père a eu également ce même penchant exclusif dès sa première enfance. A Mu!~

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hausen, en Suisse, Jes fabncans ne reçoivent dans leur atelier que les enfans qui, dès l’âge le plus tendre, de'cèlent un grand talent pour les arts en crayonnant, en découpant, parce qu’ils savent par expérience que de semblables sujets seuls deviennent des ouvriers intelligens.

Qu’on parcoure 1 histoire des grands mécaniciens, des grands dessinateurs, des grands peintres, des grands architectes, on n’en trouvera pas un seul qui n’ait manifesté, dès sa première jeunesse, les traces de son talent inné.

Lebrun, dès l’âge de trois ans, s’exerça à dessiner avec des charbons; à douze ans., il fit le portrait de son aïeul. Christophe Wren avait, à l’âge de treize ans , construit une machine ingénieuse pour représenter le cours des astres. Le père Trucliet était encore enfant, qu’il exécutait déjà de petites machines qui annonçaient ce qu’il serait un jour. Michel-Ange naquit peintre; à l’âge de seize ans , il faisait des ouvrages quel’on comparait à ceux de l’antiquité. Dans sa plus tendre enfance , on trouva Pierre du Laar, surnommé Bamboche, continuellement occupé à dessiner tout ce qu’il voyait. Sa mémoire lui rappelait avec fidélité, même après bien du temps, les objets qu’il n’avait vus qu’une seulo lois. Jean-Laurent Bernin fut, à l’âge de dix ans , en état de faire une tête de marbre qui lui mé-

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rita le suffrage de tous les connaisseurs. André Montaigne était destiné à devenir pâtre; son génie le portait vers des choses plus élevées ; il passait tous ses instans à tracer des figures sur les pierres ou sur le papier.

M. Berré ( Jean-Baptiste ), né à Anvers, fils d’un tailleur d’habits , livré à lui-ménie, se forma au dessin sans maître; on peut dire malgré la volonté de tout ce qui avait île l’autorité sur lui dans son premier âge. Il fit d’abord des (leurs, s’essaya ensuite dans le genre des animaux de la vénerie, animaux morts. Il vint à Paris se perfectionner, peignit des iious et autres animaux carnassiers : enfin le voilà fixé au genre de Paul- Putter. Il excelle dans ia peinture des animaux domestiques, vaches, chevaux, etc., etc., qu’il place ou dans des sites champêtres, ou au milieu de bâtimens ruraux. Il prépare lui-même ses moyens d’étude en sc ulptant ses modèles, et établissant les reliefs des vaches et des cerfs,en petit, sans s’y être jamais préparé par des études préliminaires.

Un jeune artiste, qui dans ce moment fait preuve d’un grand talent pour la sculpture, s’occupait, étant enfant , et n’ayant aucune idée de 1 existence de cet art, à sculpter des crucifix à 1 usage des laboureurs , et se faisait par-là un petit revenu pour se procurer les moyens de se

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perfectionner. Tout le monde connaît de pareils exemples.

La plupart des grands artistes n’ont pas reçu d’éducation convenable, et ils ont eu tout au contraire souvent à lutter contre la misère ou d’autres obstacles de toute espèce, tandis que des milliers de peintres, de sculpteurs, d’architectes et de mécaniciens qui ne se sont jamais élevés au-dessus de la médiocrité, ont eu autant et souvent bien plus de secours que les Claude Perrault, les Poussin, les Raphaël, PI. LXXXV, lig.5,desTrucbet,les Michel-Ange, PI. LXXXV, fig. 6; les Anthemius, les Wren, les Mansard , les Nanteuil, etc.

Combien de fois des hommes que les circonstances extérieures ont empêchés de se livrer par état aux occupations auxquelles les appelaient leurs dispositions naturelles, n’en ont-ils pas fait leur amusement, même dans un tourbillon d’affaires d’un genre bien différent? Léopold 1, Pierre le-Grand et Louis XVI faisaient des serrures ; le pasteur Hahn, des montres ; le religieux Plank employa la poussière des ailes des papillons pour peindre des oiseaux; et ses peintures lonl tellement illusion que l’on croit voir un oiseau naturel. On a vu des paysans faire des orères, c’est-à-dire des machines indiquant le cours des astres.

Le père Vincent, paysan qui liabite une chaumière à une lieue de Plombières, étant venu un jour dans celte ville pour y vendre quelques denrées, entendit, de la rue, le son d’un instrument qui lui était inconnu. Il demanda la permission d’entrer dans la maison d’où les sons partaient; on la lui accorda; il fut introduit dans un appartement où une dame jouait du forté-piano. Ravi en extase, il voulut connaître cet instrument dans tous ses détails; on satisfit sa curiosité, il l’examina avec beaucoup d’attention; et après en avoir saisi l’ensemble et les diverses parties, il dit qu’il en ferait un pareil. En effet, sans autres secours que quelques outils grossiers, tels qu’un rabot, un marteau et une lime, il fabriqua seul la caisse, les chevilles, les touches et les tampons, et assembla tout cela avec une industrie merveilleuse. Les formes, les proportions furent observées. Il en a fait depuis deux autres qui n’ont pas l’élégance des pianos d’Érarcl, mais enfin qui valent beaucoup de ceux qui portent le nom de facteurs connus.

Ce n’est pas tout : après cet essai, il voulut avoir une horloge. Il en examina une, et construisit toutes les pièces qu’il réunit, et auxquelles il donna toute lu régularité qu’aurait pu leur donner un bon horloger.

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