‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 39 sur 58 · DU CE K VU A U · texte numérisé non relu

DU CE K VU A U

leré à Bicètre après le traitement asile à l’Hotel- Dicu. Rien n’égale sa sombre misanthropie ; il ne parle que des tournions de l’autre vie , et il pense que pour s’y soustraire il doit imiter les abstinences et les macérations des anciens anachorètes : il s’interdit dès-lors toute nourriture , et vers le quatrième jour de cette résolution inébranlable, son état de langueur fait craindre pour sa vie. Remontrances amicales, invitations pressantes, tout est vain; il repousse avec dureté un potage qu’on lui sert, et il affecte d’écarter la paille de sa couche , pour reposer sur les planches (i). »

« Un aliéné d’un caractère doux invoque sans cesse son bon ange gardien , ou bien quelquesuns des a[ êtres, et ne se plaît que dans les macérations, le jeûne, la prière. J’aimais à converser quelquefois avec un aliéné par dévotion, qui, comme les antiques disciples de Zoroastrc, rendait un culte particulier au Soleil , se prosternait religieusement devant cet astre à son lever, et lui consacrait durant la journée ses actions, ses plaisirs , ses peines (2). »

J’ai vu , dans la collection de M. Esquirol, les

(1) Pinel, sur l’Aliénation mentale, p. 207. Voyca des exemples semblables, p. 3i , 4 2 , 44 , 267 , 2G9,

pi) Ibidem , p. 118.

plà 1res des têtes de trois personnes atteintes de manie religieuse. L’organe des sentimens religieux est extrêmement développe dans toutes les trois. J’ai cité des exemples analogues à l’occasion des organes du meurtre et de la poésie. Si M. Esquirol continue pendant quelque temps de mouler les têtes dos aliénés et de conserver leurs crânes, il ne tardera pas à être l’un des sectateurs les plus zélés et les plus instruits de l’organologie.

J’ai connu un paysan nommé Michel Schayer, ainsi que sa sœur; l’un et l'autre sont sujets à des accès périodiques de manie religieuse. L’organe delà dévotion est extraordinairement développé chez tous les deux.

Tout comme dans l’état, de santé, cet organe joue différons rôles, selon qu’il coexiste avec tels ou tels autres organes très actifs ; de même, dans l’état de maladie, ces différentes associations produisent différentes espèces de manie pieuse.

« On remarque une gradation singulière, dit M. Pinel, dans les affections morales des jeunes

mélancoliques douées d’un tempérament ardent; ell es donnent ordinairement dans la plus haute piété, adressent au ciel les plus ferventes prières pour combattre les penchans de la nature et sortir triomphantes de cette lutte pénible.

» Une jeune lille de seize uns , élevée dans des

principes sévères, est placée chez un ouvrier pour y apprendre Ja broderie j elle y reçoit d’aboril les prévenances d’un jeune homme du même âge, et se trouve exposée à tonies ses agaceries ; des sentimens de piété , qu’elle doit à son éducation , se réveillent encore avec force, et il s’établit une sorte de lutte intérieure avec les affections du cœur. La mélancolie succède avec toutes ses craintes et scs perplexités* plus d’appétit, plus de sommeil, et un délire furieux se manifeste. Conduite à l’hospice et livrée tour-à-tour à des mouvemens convulsifs et à tous les écarts de la raison, elle semble assaillie par les idées les plus incohérentes, fait entendre souvent des sons inarticulés ou des phrases entrecoupées, parle de Dieu et de tentation (i). »

« Une fille de service douée , dès sa plus tendre jeunesse , d’un caractère vif et emporté , sentit se développera trente ans toute l’effervescence d’un tempérament ardent, quoique d’ailleurs très sage et très pieuse, et il s’excita une espèce de lutte pénible entre les penchans du cœur et les principes sévères dont elle avait depuis long-temps contracté l’habitude. Ces combats intérieurs et les alarmes d’une conscience timorée la plongeaient quelquefois dans le déses-

(i) Ibidem , p. 38 et 3(j.

poir, et lui faisaient chercher les moyens de se détruire, comme de s'empoisonner ou de se précipiter du haut d’une fenêtre. Elle avait recours, dans scs perplexités extrêmes, à un confesseur compatissant et éclairé, qui cherchait à relever son courage , et qui lui répétait souvent avec douceur qu’elle devait s’attacher à Dieu pour retrouver la paix du cœur. « Mais je me sens, répliquait celte fille avec naïveté , plutôt portée vers les créatures que vers le Créateur , et c’estlà précisément ce qui fait mon supplice. » Le bon prêtre persévérait, lui tenait des propos consolans, et l’engageait à attendre avec résignation le triomphe de la grâce , a l’ exemple de plusieurs saints et même d' un grand apôtre. C’est ainsi que loin d’inspirer des craintes sur l’avenir, il cherchait à ramener le calme dans cette a me agitée, et à lui opposer le meilleur remède aux grandes passions , la patience et le temps ; mais les inquiétudes et les veilles prolongées finirent par produire une aliénation qui fut traitée à la Salpétrière suivant les mêmes principes moraux, et qui fut de peu de durée (i). »

Il n’est pas rare du tout que l’organe de la dévotion et celui de l’amour physique se trouvent

( i Ibidem , j>. 270 r I 2 j i .

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