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supposent! juge suprême auquel il esl impossible de se soustraire. Appliquons l’organologie à ce sentiment inné, et emparons-nous en comme d’une preuve nouvelle de l’existence de Dieu.
Tous nos sens sont en rapport avec certains objets extérieurs : à quoi serviraient la bouche, le sens du goût, de l’ouïe , de l’odorat , de la vue , si dans le monde extérieur il n’existait point des corps tactiles, des molécules, des émanations , des vibrations et de la lumière, propres à faire naître les saveurs, les odeurs , les tons et la vision ? L’histoire naturelle des cinq sens serait donc incomplète , si l’on faisait abstraction des objets extérieurs et de l’action réciproque des uns sur les autres.
De même tous les penclians et toutes les facultés de l’homme et des animaux sont calculés sur des objets extérieurs avec lesquels la nature a établi un rapport immédiat. Le mâle et la femelle sont les objets de l’instinct de la propagation ; les petits et les enfans satisfont l’amour de la progéniture ; l’instinct de la propre défense combat les ennemis de sa conservation ; l’instinct carnassier rencontre partout des animaux pour en faire des victimes ; l’impérieux trouve des individus et des nations à subjuguer; les organes des localités, de la peinture, de la musique, des calculs,
3g8 SUIi LES FONCTIONS
delà mécanique, s’exercent sur les lois cl les rapports de l’espace, des couleurs, des tons, etc.
Ainsi tous ces penehans, toutes ces facultés et leurs organes seraient sans but, si les objets extérieurs sur lesquels ils opèrent n’avaient point d’existence. La nature se serait jouée de l’homme et des animaux, si, en leur donnant des instincts , des penehans et des facultés , elle leur avait refusé les objets extérieurs pour les satisfaire. Leur état serait, au premier moment de leur existence, un état de privation, de violence et de contradiction ; le second moment serait celui de leur mort. Il est donc certain que la nature n'a créé aucun sens, aucun organe, sans lui avoir préparé d’avance, dans le monde extérieur, l’objet de sa fonction.
Or, il est constant que dans tous les temps et partout sur la terre, l’organisation de l’homme l’a conduit à la connaissance d’un Etre suprême; il est constant que , partout et dans tous les temps, l’homme sent sa dépendance d’une première puissance ; que toujours et partout il éprouve le besoin d’avoir recours à un Dieu, et
de lui rendre hommage Qui oserait penser
que ce seul sentiment, ce seul organe fût privé de son objet dans le monde extérieur ? Non, la naturelle peut pas à ce point abuser l'homme
nu C E II V E A. U. 3f)f)
dans son intérêt le plus important ! Il esl un Dieu, parce qu'il existe un organe pour le connaître et pour l'adorer (i).
XXVJÏ. Fermeté , constance , persévérance , opiniâtreté.
Le caractère de l’homme dépend bien plus de ses sentimens que de ses facultés. L’homme faible et indécis, cl l’homme d’un caractère
(i) Si certains philosophes voulaient bien méditer tout ce que je viens de dire sur le sentiment inné de l’existence d’un Etre suprême , et sur le penchant naturel à un culte religieux, ils verraient la nécessité de modifier singulièrement leurs raisonnemens captieux qu’ils étayent de notions historiques non moins hasardées en faveur de l’athéisme. Dans leur manière de voir , ne trouveraient-ils pas aussi moyen d’expliquer l’origine des penchans à la propagation et au meurtre, de l’amour de la progéniture , des sentimens de la propriété et de la fierté, des talens de la musique, des calculs, de l’architecture , de la poésie, en général de tous les penchans et de toutes les facultés? Voilà des illusions inévitables , toutes les fois que , pour expliquer les phénomènes des êtres vivans , on ne tient aucun compte de leur organisation, de leurs forces inté-
rieures.
ferme, ne peuvent savoir, ni le premier, pourquoi il Hotte (l’un projet à un autre, ni le second, pourquoi il persiste inébranlablement dans le parti qu’il a pris. Cicéron, cet orateur philosophe, toujours incertain et manquant de fermeté, ne savait ni prendre promptement un parti, ni demeurer fidèle à celui qu’il avait pris : de meme qu’il se laissait enivrer par les succès , il se laissait abattre par les revers , et il passait rapidement de l’excès de la confiance à l'excès du découragement.
Caton d’Utique, au contraire, annonça, dès son bas-âge, cette roideur inflexible de caractère qu’il fit paraître dans tout le cours de sa vie. Pompedius demanda , en badinant , au jeune Caton, sa recommandation auprès de son oncle. L’enfant garda le silence , et témoigna par un regard et par un air de mécontentement, qu’il ne voulait pas faire ce qu’on lui demandait. Pompedius insista, et voulant pousser cet enfant à bout, le prit entre ses bras et le porta à la fenêtre, en le menaçant de le laisser tomber s’il persévérait dans son refus ; mais la crainte ne fit pas
sur lui plus d’effet que les prières Il se tua
pour ne pas se soumettre à son ennemi.
Les enfans nous offrent journellement des exemples , tant de fermeté que de mollesse de caractère; les uns sont volontaires et entêtés,
lorsquV/s ont mis leur télé à une chose , rien no peut les en détourner; d’autres sont souples, n’ont jamais de volonté, ne savent jamais dire non : voilà les premières traces de leur caractère futur; et ni dans l’un ni dans l’autre cas , la réflexion n’a la moindre influence sur leur manière d’agir.
A proprement parler, la fermeté n’est ni un penchant, ni une faculté ; c’est une manière d’être qui donne à l’homme une empreinte particulière que l’on appelle le caractère; celui qui en manque est le jouet des circonstances extérieures , et des impressions qu’il reçoit; c’est une girouette qui tourne au gré de tout vent. Aujourd’hui il crie vice la république , et demain vice le tyran; il prête foi et hommage à toute espèce d’idole. Constant dans son inconstance seule , il quitte, avec une étonnante rapidité, une couleur pour une autre; c’est l’homme de tous les partis, et, comme de raison, l’objet du mépris de tous.
L’homme inébranlable est celui qui est doué de la fermeté au plus haut degré. Comme il est immuable dans sa manière de voir, l’on pourra calculer d’avance quelle sera sa conduite , si tel événement a lieu. C’est un homme en qui l’on peut avoir confiance; les choses difficiles sont celles qu’il entreprend de préférence: les difïi- V. A)
cultes, les obstacles, qui rebuteraient les âmes faibles , ne sont que des encouragemens qui doublent ses feux. Tu ne cedemnlis sed contra audaciorito , est sa devise. Il fait ce qu’il croit devoir faire, les exemples ne sont rien pour lui,* il est aussi difficile de le séduire que de le corriger ; les menaces et les dangers , d’inébranlable qu’il était, le rendent audacieux; il répète avecL’Hùpital : Si fractus illabalur orbis , impavidum ferlent ruince.
La fermeté et l’opiniâtreté découlent de la meme source. L’homme borné, l’enfant, sont entêtés , intraitables : l’homme raisonnable est constant , inébranlable , persévérant , ferme. Tenax propositi vir.
Siège et apparence extérieure de l'organe de la
fermeté.
Cet organe est formé par les circonvolutions XIII, PI. VIII, IX, XI, XII, placées immédiatement sur le sommet de la tête, sous les deux angles supéricurs-antérieurs des os pariétaux , à l’endroit où ceux-ci rencontrent les bords supérieurs-postérieurs du frontal. Lorsque ces circonvolutions ont acquis un développement considérable , elles bombent le sommet de la lele en
DU' CF. R VEAU
une protubérance formant un segment de sphère. Le sommet de la tête est proéminent chez les personnes douées de fermeté, tandis qu’il est plan ou déprimé chez les personnes faibles et irrésolues.
Lavater lui-même, comme je ne l’ai appris que lorsque mes idées étaient déjà fixées à cet égard, s’est aperçu, au moyen des nombreuses silhouettes qu’il avait recueillies, que la forme de tête que je viens d’indiquer est propre aux personnes d’un caractère ferme.
Rien n’est plus facile que de multiplier les observations à ce sujet. Il n’y a pas de famille , pas d’école, pas de société qui n’en fournissent l’occasion. Le crâne, PI. X.CVI, est celui du fameux peintre Unterberger : cet homme est resté toute sa vie inébranlable dans ce qu’il se proposait; il n’entreprenait que des choses difficiles à exécuter, et qui demandaient plusieurs années pour être achevées, quoique celte disposition d’esprit ne lui facilitât nullement les moyens de subvenir aux besoins de la nombreuse famille dont il était chargé. Dans ce crâne l’on voit sur le sommet l’élévation bombée, dont je viens de parler, assez prononcée.
Celte protubérance est bien plus mar quée dans le crâne d’un voleur de grands chemins, extrêmement endurci au crime; on retint long-temps
ce scélérat dans une étroite prison, pour le forcer a déclarer ses complices; lorsque l'on vil que ce moyen était insuffisant, on eut recours aux coups de bâton ; celte torture lui paraissant trop douloureuse, il s’étrangla avec sa cliaîne. Après sa mort je trouvai les pariétaux désunis, précisément dans la région où est placé l’organe de la fermeté. Cet écartement est-il une suite de la strangulation violente? faut-il l’attribuer à l’activité excessivement énergique de l’organe de la fermeté? est-ce un effet du hasard? Peut-être aura-t-on quelque jour l’occasion d’observer des cas semblables qui pourront servir à résoudre cette question.
M. Spurzheim et moi nous vîmes dans la maison de correction de Strasbourg, un déterminé voleur qui, pendant une année entière , avait feint d’être muet : cet homme avait l’organe de la fermeté extrêmement développé.
La fermeté de caractère ne doit point être confondue avec la persévérance dans certains pencbans,ou avec la manifestation non interrompue de certaines facultés qui peuvent avoir lieu avec le caractère le plus vacillant.
Comment se fait-il que certaines personnes , pour se procurer des jouissances , soient dans la nécessité de changer à tout moment 1 objet de leurs penchans favoris, tandis que d’autres repu-
gnent à loule espèce de variations i Logemens , amis, maîtresses, tout enfin leur est d’autant plus cher qu’ils en sont en possession depuis plus long-temps. Il est des personnes qui ont la rage de bâtir; à peine l’un de leurs plans est-il exécuté, qu’elles y font des changemens; faire des cliangemeus est leur occupation tout le long de l’année. De même il y a des hommes qui aiment assez le beau sexe pour que le désir naisse en eux de s’unir à une femme par des liens durables, et pour attendre leur bonheur d’une semblable union. Mais lorsqu’ils possèdent l’objet de leurs désirs, il a perdu en peu de jours tous ses attraits à leurs yeux, le charme est rompu; ils ont beau changer, à chaque nouveau changement ils s’éloignent davantage du but qu’ils voudraient atteindre. Cette disposition tient-elle à un défaut de fermeté de caractère, ou plutôt à une activité trop faible de l’organe de l’attachement, ou au concours simultané de la faiblesse de ces deux qualités ?
S U 1\ LFS FONCTIONS
Conclusion de V exposition des organes et de leurs fondions.
Si j avais traité de toutes les forces fondamentales et de tous leurs organes, j’aurais fait connaître tous les instincts, tous les pencliaus, toutes les facultés de l’homine et des animaux; je pourrais dire : jusque-là , et pas plus loin, s’étend le domaine de l’homme. Mais probablement ceux qui me suivront dans la carrière que j’ai ouverte, découvriront encore quelques forces fondamentales et quelques organes qui ont échappé à mes recherches. Cependant il est à présumer qu’ils n’en découvriront pas un aussi grand nombre que quelques savans paraissent le croire. Il faut bien se garder d’admettre un organe particulier pour chaque modification d’une qualité ou d’une faculté. Il ne faut pas non plus déduire d’un organe particulier les qualités ou les facultés qui ne sont que le résultat de l’action simultanée de plusieurs organes. Or, si l’on réllécliit au nombre de combinaisons possibles qui peuvent résulter de vingt-sept à trente qualités ou facultés fondamentales, de l’action réciproque d’autant d’organes, 011 ne sera plus étonné du nombre infini ries nuances que l'on reconnaît dans les caractères des hommes. Combien
nU CERVEAU.
do combinaisons différentes ne résultent pas des dix ch i Ores , des vingt-quatre lettres ! Combien de visages différons résultent des diverses combinaisons du pci il nombre de parties qui composent la face humaine! Combien de nuances , de couleurs et d’accords ne résultent pas de la combinaison du petit nombre des couleurs primitives et des tons fondamentaux !
J’ai constamment eu pour principe de 11e rien avancer que je ne pusse, ou prouver rigoureusement, ou du moins rendre très vraisemblable par des argumens très forts; c’est pour celle raison, que pour les qualités et les facultés dont je soutiens l’existence, je m’en suis souvent tenu au de gré d’activité auquel j’ai pu les découvrir et observer leur manifestation. Je n’ignore pas qu’il eut été plus philosophique de ramener toujours à leurs forces fondamentales les qualités ou facultés que je n’ai pu saisir que dans leur action exaltée; mais j’ai mieux aimé laisser quelque chose à faire à ceux qui viendront après moi, que de les mettre dans le cas de défaire ce que j’aurais prématurément établi.
Du reste, la difficulté de déterminer les forces primitives n’est peut-être qu’apparente. Quoique tous les individus de la meme espèce soient doués des mêmes qualités et des mêmes facultés, tous n’en sont pas doués à un degré éminent.
4<>,s suk les fonctions
Tous les ciiiens ne sont pas attaches à leur maître; tous ne sont pas courageux; lous n’ont pas la faculté de s’orienter; toutes les chiennes ne sont pas bonnes mères. On ne dit pas moins très bien que tous les chiens possèdent les organes de l’attachement , du courage, des localités, de l’amour de la progéniture. Tous n’ont pas non plus un odorat exquis; peut-on dire pour cela que les autres sont privés du sens de l’odorat l I)c même tous les hommes, quoique essentiellement munis des mêmes qualités morales et des mêmes facultés intellectuelles, ne sont pas appelés à être génies sous un rapport quelconque. La plupart sont bornés à la simple disposition , à la capacité, à un exercice médiocre des forces humaines. Il n’est donné qu’à peu d’individus d’être créateurs. Les Homère, les Cicéron, les Luclide, les Raphaël , les Michel-Ange , les Titien, les Mozart, les Canova , les Saint-Vincent île Taule, etc. , sont rares; mais tout le monde est sensible aux charmes delà poésie, de l’éloquence, de la peinture , de l’architecture , de la musique, îles actes de bienfaisance. Ainsi tout le monde, sauf quelques exceptions, a la capacité de jouir des productions d’individus plus heureusement organisés. Pourquoi n’aurait-on pas les organes de Ja poésie, de la sculpture, de la musique, parla raison qu’on ne saurait produire
nu CERVEAU. 1<><)
une Iliade, une Sainte Madeleine , une Flûte enchantée ? Ces réflexions, appliquées aux organes dont la fonction fondamentale ne paraît pas encore déterminée, empêcheront peut-être mes successeurs de changer les dénominations que j’ai adoptées, conformément à la manifestation très énergique d’une qualité ou d’une faculté ?
Il est des hommes présomptueux qui croyent pouvoir faire tout mieux qu’il n’a été fait, et qui médisent: c< Je crois bien qu’il existe différens organes dans le cerveau, seulement je doute que l’on doive admettre ceux que vous pensez avoir découverts. » J’engage ces personnes à publier leurs découvertes, ainsi que les preuves dont elles les appuient. Si leurs idées sont plus conformes à la nature, si leurs preuves sont pl us convaincantes que les miennes, je les accueillerai avec d’autant plus d’empressement que j’aitache une plus haute importance à une doctrine des fonctions du cerveau qui ne laisserait plus rien à désirer.
D’autres encore blâment ma physiologie du cerveau, en ce qu’ils prétendent que j’admets un trop grand nombre de qualités cl facultés fondamentales et d’organes. Il n’y a rien d’élonnant que vingt-sept à trente qualités et facultés , cl autant d’organes, paraissent de beaucoup trop nombreux à des savans capables de se faire
S 1) K LES FONCTIONS
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illusion au point de croire une f deux, trois, tout au plus six forces fondamentales suffisantes pour expliquer toutes les qualités et toutes les facultés de l'homme.
Lorsque je commençai mes recherches , j’étais bien loin de savoir ce que je découvrirais. Je m’étais proposé tout aussi peu de trouver une force fondamentale unique, que d’en trouver vingt-sept. Chacune de celles que j’admets est revêtue des caractères distinctifs de qualités ou de facultés fondamentales. Chacune remplit les conditions suivantes énoncées au commencement de ce volume :
i°. Que l'organe n’est ni développé en même temps que les autres, ni 11e se dégrade simultanément avec les autres ;
20. Que, dans le même individu, il est plus ou moins développé que d’autres organes, et sa fonction a lieu avec plus d’activité que celle des autres organes;
3°. Que lorsque dans l’imbécillité incomplète et dans la démence incomplète, la fonction de cet organe est seule en activité, cet organe a acquis seul un certain degré de développement;
40. Et que cet organe reste seul en arrière dans son développement, dans les cas où son ac-
OU CERVEAU
li\ilé est seule plus faible que celle des autres qualités et facultés ;
5°. One dans les maladies mentales la force
primitive en question peut être lésée seule ou seule subsister intacte, c’est-à-dire que son organe peut être isolément lésé, ou se trouver isolément intact ;
G°. Que la fonction fondamentale et son organe existent dans certaines espèces d’animaux, et manquent dans d’autres;
70. Que souvent les mêmes forces fondamentales se trouvent exister à des degrés différens dans les deux sexes, et que dans ce cas l’organe de la qualité ou de la faculté a un degré de développement différent dans les deux sexes.
Ces modalités ne peuvent certainement s’expliquer ni à l’aide d’une force fondamentale unique, ni de trois, ni de cinq, ni de six; et toute hypothèse qui ne rend pas raison des phénomènes journaliers que nous offrent l’étal de santé et l’état de maladie, est nécessairement fausse.
Or, comme ce sont précisément ces modalités qui constituent le caractère d’une force fonda mentale, et comme elles se trouvent ou en totalité ou en partie dans toutes les qualités morales
4 I» S U II LES FONCTIONS
cl dans toutes les facultés intellectuelles dont j’ai Irailé, je dois nécessairement les admettre comme autant de forces fondamentales.
Tout ce qui pourrait sembler, ici, incomplet au lecteur, sera complété plus bas, quand je traiterai de la philosophie de l'homme.
CONFIRMATION UE LA VÉRITÉ DE l’oRGANOLOGIE, ET CONSÉQUENCES QUI DÉCOULENT DE CETTE DOCTRINE.
Accord entre la forme de tête dominante et le
caractère moral et intellectuel des nations.
Les savans qui jusqu’ici ont fait une collection de crânes de différentes nations, cherchèrent des signes caractéristiques, non-seulement dans la boite osseuse qui renferme la masse cérébrale, mais encore dans d’autres os du crâne. Ils s’appliquaient bien plutôt à trouver des marques auxquelles on put distinguer une tète de Nègre, une tète de Caraïbe, d’Iroquois, de Tonguse ou Samoïède, de Chinois, d’Arabe, de Lapon, de Kalmouk, etc., qu'à découvrir les causes matérielles ou organiques des caractères par lesquels ces nations se distinguent. L’on voit, par tout ce
que j’ai dit dans les sections précédentes, que pour trouver les signes extérieursdela différence de ces caractères, il n’est besoin d’étudier que la boite osseuse du cerveau.
En traitant de chaque qualité et de chaque faculté individuelle, j’ai indiqué , presque pour toutes, l’influence qu’exerce sur elles le climat. Je puis donc me contenter maintenant de présenter quelques idées générales.
Il est constant que les diverses qualités et facultés affectionnent d’une manière particulière certaines contrées, et qu’il y a une prédilection marquée aussi bien pour certaines races d’hommes que pour l’énergie de certaines forces morales et intellectuelles. C’est sous la zone tempérée que l’homme a toujours atteint le plus haut degré de perfection dont il soit capable. Sous les extrêmes du chaud et du froid son activité est ralentie. Sous l’un, il est lourd et stupide, modéré dans ses désirs pacifiques; sous l’autre, il est violent dans ses affections, faible de jugement, et adonné au plaisir animal ; sous l’un et l’autre il a l’âme mercenaire.
« C’est aux nations méridionales de l'Europe, soit anciennes, soit modernes, que nous sommes redevables de l’invention et de l’embellissement de celte mythologie et de ces anciennes traditions qui sont encore aujourd’hui le champ le
pins fertile pour l’imagination, et une source intarissable d’allusions poétiques. Nous leur devons les romans de chevalerie , et les modèles d’un style plus raisonnable qui leur ont succédé, où l’imagination trouve à s’enflammer , l’âme à s’exalter, et l’esprit à s’éclairer.
Le Nord a été plus fécond dans les productions d’industrie , et c’est là que les sciences ont reçu leurs plus solides accroissemens : les efforts de l’imagination et du sentiment ont été plus heureux et plus communs dans le Sud. Tandis que les bords de la Belgique s’illustraient par les travaux de Copernic, de Tycho-Brahé, de Képler,ceux de la Méditerranée produisaient des hommes de génie dans tous les genres, et abondaient en poètes, en historiens, aussi bien qu’en savans.
Dans le Nord , le savoir est encore borné aux seuls genres qui sont du ressort du jugement et de la mémoire. Des détails fidèles sur les événemens publics, sans beaucoup de discernement, touchant leur importance respective ; les traités et les prétentions des nations, les généalogies des souverains, les dates de leur naissance : voilà les grands objets que la littérature du Nord s’est attachée à conserver religieusement, tandis qu’elle laisse éteindre dans 1 oubli les lumières de l’esprit et les senlimens de làme. L/histoire
U U CERVEAU
(lu cœur humain, les mémoires intéressans que nous Iransmettenl les procèdes francs et. naturels de la vie privée, aussi bien que les fonctions éclatantes des grandes places ; le sel de la plaisanterie, les traits perçans du ridicule, tous les genres de l'éloquence, chez les anciens et chez les modernes , se trouvent confinés presque sans exception sous les mêmes latitudes que la figue et le raisin.
Les désirs dévorans, les passions brûlantes (pii, dans un climat, s’allument entre les deux sexes, 11e sont, dans un autre climat, qu’une Iroide considération ou une indulgence mutuelle pour des dégoûts réciproques. O11 est frappé de celte différence en croisant la Méditerranée, en remontant le Mississipi, en traversant les montagnes du Caucase, en passant des Alpes et des Pyrénées aux rivages delà mer Baltique.
Sur les frontières de la Louisiane le sexe féminin domine par le double ascendant de la superstition et de la passion. Chez les naturels du Canada, il est esclave, et n’est considéré que par ses travaux, par le service domestique qui est son partage.
Les fureurs de l’amour, les tortures de la jalousie qui ont régné si long-temps dans les sérails et les harems d’Asie et d’Afrique , et qui, dans le Midi de l’Europe, ont à peine donné
SUR LF. S FONCTIONS
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lieuà quelque différence dans la religion et dans les établissemens civils , avec quelque diminution de clialeur dans le climat, à une certaine latitude, ccs passions terribles se changent aisément en une passion momentanée, qui s’empare de l’âme sans l’affaiblir , et qui la porte à des faits romanesques,- plus vers le Nord , c’est un esprit de galanterie qui occupe l’esprit et l’imagination plus que le cœur , qui préfère l’intrigue à la jouissance, et met l’affectation et la vanité à la place des désirs et du sentiment. A mesure que l’on s’éloigne du soleil, cette passion dégénère de plus en plus en une habitude de liaisons domestiques, et se refroidit jusqu’à un point d’insensibilité tel , que si les deux sexes avaient la liberté du choix, à peine préféreraient-ils celte espèce de société (i). »
L’histoire du genre humain forme line masse inépuisable à de pareilles réflexions. Les recherches de cette nature seront plus multipliées et gagneront plus d’importance, à proportion qu’on sera plus convaincu que les opérations intellectuelles dépendent de l étal de l'organisation animale.
Quant à l’examen des télés eu particulier, je
(i) Ferguson , Kssai sur l'Histoire de !a société civile, T. i , p. 3i 5 el suiv.
crois devoir recommander les précautions suivantes :
J/on croit d’ordinaire qu'il suffit d’avoir sons les veux un petit nombre de crânes , pour être à même d’en tirer des inductions; il en serait effectivement ainsi, si le caractère moral et in tellectuel de tous les individus composant une nation, était le même. Selon mes observations et celles de M. Spurzlieim , il y a à cet égard la plus grande différence d’individu à individu, même chez les peuples auxquels on attribue avec raison un caractère national prononcé. M. Spurzheim vit à Londres douze Chinois, et il les trouva tout aussi différens l’un de l’autre que le sont entre eux les Européens. La ressemblance de l’un avecbautre n’avait lieu que pour la figure, et surtout pour la position des yeux.. M. Diard m’a donné deux crânes trouvés à Coulpi, sur les bords du Gange. Si j’excepte les organes de l’amour de la progéniture et du sentiment de propriété qui ont acquis un degré égal de développement, tous les autres offrent des différences frappantes. Nous voyous les mêmes différences chez les Nègres, quoiqu’ils se ressemblent toujours par la bouche et par le nez, surtout lorsqu’ils sont de la même contrée. Au nombre de trois Nègres que M. Spurzlieim vit à Londres dans rétablissement pour l’enseignement mu-
tuel , se trouvait un jeune homme de dix-huit ans, doué de talens peu ordinaires et d’une figure très agréable ; j’ai vu moi-même plusieurs Nègres , de l’un et de l’autre sexe, dont les traits n’ont rien que d’agréable. Je vois les mêmes formes chez les individus de différentes nations, de manière qu’il serait impossible de distinguer, par cela seul, si un homme est Français, Allemand , Italien, Espagnol ou Anglais. C’est précisément parcelle raison que l’on trouve des individus de toutes les nations qui ont le même caractère moral ou intellectuel. L’on porte donc des jugemens précipités, toutes les fois que l’on croit pouvoir déchiffrer le caractère général d’une nation dans un petit nombre de crânes.
Il faut, pour découvrir ce caractère général, être à même d’étudier un grand nombre d’individus, des régimens entiers, toute la nation autant que possible. Avec de semblables facilités, il serait aisé à l’organologisle de découvrir , dans la structure de la tête, la cause matérielle du caractère propre d’un peuple. Il est vrai que, généralement , le Nègre est inférieur cà l’Européen pour les facidte's intellectuelles; aussi, généralement parlant , les Nègres ont la tète plus petite, et une masse cérébrale moins considérable que les liabitans de l’Europe. Il est vrai, généralement, que les Anglais et les Français ont
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moins de dispositions pour la musique que les Italiens et les Allemands; aussi, généralement parlant , l’organe des tons est-il moins développé chez les premiers que chez les derniers. L’on peut expliquer encore, en comparant les formes des têtes, pourquoi, généralement, les Anglais et les Allemands sont disposés à rechercher la liaison entre la cause et l’effet, tandis que, généralement , les Français s’en tiennent aux faits individuels, et méprisent les abstractions et les généralisations, etc.
C'est sous ce rapport que l’élude des formes de têtes nationales peut être utile à l’organologie; et dès à présent l’on pourrait faire sur cette matière un traité fort intéressant. Peu importe au physiologiste que le caractère général d’une nation dépende de l’influence du climat, du genre de vie et des occupations habituelles, de la nourriture, delà forme du gouvernement, delà religion ou de la souche originaire; car, dans la plupart des cas, la question pourrait bien être insoluble. Souvent il sera facile de nier que le climat exerce une influence très majeure. L’histoire de tous les temps et de toutes les nations nous apprend que partout les contrastes les plus frappans, tant sous le rapport de la beauté physique, que sous celui des facultés intellectuelles, se trouvent placés tout près l’un de l’autre. Tel
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peuple vit pendant des milliers d’années, dans un pays, sans prendre ni la civilisation , ni le caractère des indigènes. D’un autre coté, l’on serait quelquefois tenté de dire que le changement de la forme du gouvernement et de la religion a changé aussi le caractère d’une nation; tandis que, dans le fait, son caractère n’est point changé; qu’il n’est que comprimé ou qu’il n’a fait que prendre temporairement un autre pli. Si vous voyez un peuple saisi aujourd’hui du fanatisme religieux, demain en proie à la passion des conquêtes , et après-demain exalté par le désir de la liberté, enfin, dans tous les temps, varier d’un moment à l’autre dans ses jugemens et dans ses désirs; si le meme peuple, qui autrefois fut le berceau des arts et des sciences, croupit aujourd’hui dans la paresse et la sensualité, gardezvous de dire que son organisation et son caractère aient été changés. Il parait qu’il est dans le plan de la nature que tantôt tel organe, tantôt tel autre exerce, chez les mêmes nations, un pouvoir suprême.
J’ajoute des observations sur les têtes des Papous, extraites d’un mémoire lu à l’Académie royale des sciences, par M. Gaimard, médecinnaturaliste de l’Expédition de découvertes autour du monde, commandée par M. le capitaine Freycinet, et l’un des rédacteurs de 1 i zoologie
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du grand ouvrage que l’on publie en ce moment sur celte expédition.
« Nous avons rapporté, dit-il, del’île de Rawak six tetes de Papous que nous trouvâmes sur le seuil du tombeau d'un chef. A notre arrivée à Paris, ayant soumis ces crânes à l’examen de M. le docteur Gaîl , nous avons maintenant la satisfaction d’offrir, avec plus de confiance, celles de nos observations qui pourront venir à l’appui de la doctrine de ce célèbre physiologiste. Au premier examen des crânes, M. Gall remarqua dans tous une inégalité qu’il nomma déformation rachitique, et d’après laquelle il supposa que les hommes à qui ils appartenaient habitaient des lieux bas et humides. Ce fut avec surprise, nous devons le dire, que nous confirmâmes la précision d’un aperçu aussi délicat. En effet, la plupart des habitans de cet archipel faisant leur principale nourriture de poissons et de coquillages, 11e laissent presque jamais les bords de la mer, qui, dans cette contrée, sont tellement marécageux , que l’on peut naviguer eu quelque sorte dans les forets. Les indigènes, qu une impérieuse nécessité force de demeurer dans des endroits aussi malsains, tâchent de se soustraire à leur funeste influence en élevant leurs maisons sur des pieux. Ils ont probablement appris, par expérience, que des lieux constamment submer-
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gés sont moins dangereux que ceux qui ne le sont que par intervalle, d’où l’usage qu’ils suivent de bâtir au-dessus des eaux de la mer.
» Les têtes dePapous présentent un aplatissement des parties antérieures et postérieures, en même temps qu’un élargissement delà face.
» Le sommet de la tête est élevé, les bosses pariétales sont proéminentes , les temporaux très convexes, et le coronal, à l’endroit de la ligne demi-circulaire des tempes, ofTre une saillie remarquable.
» Les os du nez , presque verticaux, aplatis d’avant en arrière, ont peu de saillie; ils sont rétrécis à leur partie moyenne et élargis en haut et en bas. La forme du nez correspond à celte disposition, qu’augmente encore le plus de largeur des apophyses montantes des os maxillaires supérieurs, dirigées en avant. Ces os eux-mêmes sont beaucoup plus larges que dans la race européenne, ce qui dépendant surtout du développement de l’apophyse malaire, donne à la face la largeur que l’on remarque dans tous ces peuples.
» Louve» turc antérieure des fosses nasales est très évasée à sa partie inférieure; cet évasement est plus considérable même que chez les Nègres.
» Les os malaires sont plus dirigés en avant et
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les apophyses zygomatiques sont plus larges et plus saillantes.
» On remarque, dans une des tètes, la largeur et la profondeur plus grandes des sinus maxillaires et frontaux mis à découvert par la fracture des os. Le dessinateur, M. Chazal, a copié avec fidélité cet accident, de même qu’un coup d’instrument tranchant qui a altéré le pariétal gauche.
» L’arcade alvéolaire est d’une épaisseur très remarquable à la partie qui correspond aux dents molaires ; la voûte palatine , plus développée dans le diamètre transversal , est moins étendue d’avant en arrière.
» Le trou palatin antérieur est plus grand. Cette disposition n’indiquerait-elle pas un développement plus considérable du ganglion nasopalatin et un organe du goût plus parfait?
» L’une de ces tètes que nous n’avons point fait dessiner , très irrégulière, offre dans les deux moitiés de la boite crânienne une différence considérable. L’aplatissement, au lieu d’être dans le sens du diamètre antéro-postérieur, a lieu obliquement de droite à gauche et d’arrière en avant. Le pariétal gauche est également fort aplati , ce qui diminue beaucoup la capacité du crâne de ce côté, d’où il devait résulter une grande inégalité dans les hémisphères cérébraux.