D U C E H V EAU
professeur a son parti et sa sphère d’activité. Tel paraît au loin avoir un mérite colossal, qui de près fait pitié. Quel est d’ailleurs le misérable écrivain qui, en prenant parti pour ou contre une opinion, ne trouve ses preneurs dans les sectateurs ou adversaires de cette opinion? D’après cela, connue nous présentons partout et indistinctement le pour et le contre, en cherchant à relever tons les doutes et toutes les objections, nous devons espérer que nos lecteurs auront pour nos éclaircissemens la meme indulgence que nous avons eue pour les objections et pour les doutes de toute espèce.
El page xl. « Afin de présenter les opinions de chaque auteur dans toute leur force, nous avons presque toujours cité ses propres expressions. De celte manière personne ne pourra se plaindre que nous ayons tronqué ou défiguré ses idées, et tons les lecteurs seront en état de comparer nos opinions à celles des autres, et d’en porter un jugement impartial. »
Tout mon ouvrage est rédigé d’après ce principe. De-là ce grand nombre de passages textuellement cités des autres auteurs ; de-là, à la tète de chaque traité , toujours l’histoire du meme sujet. Voyez , dans le tome Ier., de mon grand ouvrage in*4°.,les traités sur le grand nerf
S U 1! LES FONCTION S
s\ mpallquc, p. 29; sur le système rtorvoux de la colonne vertébrale, p. 4 7; sur la différence de la vie automatique et de la vie animale, p. 79; sur les nerfs de la léte, p. 127 ; sur les fonctions des cinq sens, p. 149; sur la méthode d’examiner le cerveau, p. 9.33, sur l’anatomie du cervelet et du cerveau.
J’en ai fait exactement de meme dans les autres volumes. Après avoir établi l’innéité de nos penchans et de nos facultés, et après avoir prouvé que leur manifestation est dépendante de l’organisation, je me suis attaché à réfuter les objections, et je n’ai jamais manqué de produire textuellement les opinions de Platon, de Quintilicn, de Malebranche, d’Helvétius, de Locke, de Condillac, de Bonnet, de Haller , de Buffon, de Sprcngcl , de Herder, de Bichat,etc., etc.
Dans les traités sur le matérialisme, le fatalisme et sur la liberté morale, vous voyez nonseulement plusieurs passages des pères de l’église les plus philosophes, mais aussi ceux de Malebranche, de Bonnet, de Condillac, de Leibnitz, de Pascal, du cardinal Polignac, d’Helvétius, de Lavater, de Tracy, d’Àncillon, de Kant, de Fluenbach, de Sonnenfels, de Pinel, de Prochaska, de Fodéré, etc.
Dans la section sur l’organe de l’àmc, qui fait
le sujet du second volume, j'ai commence par l’exposition des opinions les plus marquantes sur le siège de l’âme et sur l’action réciproque de l’âme sur le corps, et du corps sur l’âme. Le lecteur pourra vérifier si, dans mes adversaires, je me suis adressé aux auteurs faibles , et si j’ai négligé de rapporter textuellement les passages de mes partisans soit anciens, soit modernes.
Comme dans les volumes suivans, les matières m’appartiennent presque toutes exclusivement; il y a eu moins lieu à citer. Cependant vous rencontrez encore les noms et les passages de Laurens, de Diemerbroeck, de Ficlité, de Blumenbach, de Sœmmerring, de Hufeland, de Walter, de Puidolphi, de Riclierand, de Portai, de Duméril, de Cuvier, de Plattner, d’Ackermann, de Fodéré, de Dumas, de Home, deSprengel, d’Esquirol.
Même dans les traités particuliers des forces fondamentales et du siège de leurs organes, j’ai scrupuleusement cité tout ce qui pouvait avoir trait à mon objet. Par exemple, à l’occasion du penchant à la propagation et de celui de l’amour de la progéniture, j’ai copié textuellement des passages d’Apollonius de Rhodes, de Van-der- Ilaar, de Tissot, de Formey, de Pinel, de Ricberand, de Larrey, de Cabanis, etc.
On ne s’attendrait certainement pas à trouver V. 3„>
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dans une physiologie du cerveau , les noms de F,çrguson,deSobry, de Grimm, de Duponl-de- Nemonrs, de Rousseau, de Laromiguière, etc.
Pouvais-je citer davantage et rapporter leurs opinions plus textuellement que je n’ai fait par rapport à George le-Roi et M. le professeur Pinel, dont les avis sont si souvent infiniment plus justes et plus en harmonie que ceux de Kant et de Bonnet?
L’on conviendra que dans toutes mes citations je n’ai fait aucun choix. Le meme auteur tantôt me servait d’appui, tantôt je le traitais en adversaire, sans aucun égard ni à l’autorité, ni à la réputation, nia l’influence du personnage, ni à la nation, ni à l’âge, etc. C’est dans ma nature de prendre le bien où je le trouve, et d’attaquer toujours de front le préjugé et l’erreur.
Mon procédé est donc tout l’opposé de celui de la plupart des auteurs français qui veulent bien, dans une préface, ou dans un autre endroit désigner légèrement les hommes qu’ils ont exploités, mais dont ils ne font plus aucune mention dans le corps de l'ouvrage. Excellent moyen pour se donner toute la latitude d’usurper furtivement la gloire d’autrui!
Puisqu’il est question de citations , qui aurait plus de droit de se plaindre que moi? Je ferais des volumes si je voulais dénoncer tous les lar-
nu CRU VF. AU.
oins laits sur ma propriété. Pour mieux cuclier le jeu, ou a ordinairement la précaution de glisser quelques mots de critique, de mépris, contre l’auteur qu’on se met en train de piller. On en trouvera des preuves dans presque tous les ouvrages écrits dans les derniers temps sur la physiologie du cerveau, et il n’y a qu’à lire les ouvrages de Richerand , et tout récemment l’article Toucher de MM. Chaussier et Ade- Ion (j), qui ont fait un extrait de mon traité sur les fonctions des cinq sens, comme s’ils n'avaient pas la plus mince connaissance de mon travail, etc.
Voyons maintenant les passages qui ne devraient pas me faire plaisir, et apprécions en même temps la juste valeur des auteurs favoris de M. Georget.
T. I, p. 1^4, M. Georget dit : « C’est surtout dans Charles Bonnet que nous trouverons admise, de la manière la plus formelle, la pluralité des organes cérébraux j on 11e saurait se lasser de citer ce grand homme : « Sans être initié dans les secrets de l'anatomie, on sait, au moins en gros, qu’un cerveau est un organe extrêmement composé, ou plutôt un assemblage de bien des organes différais , formes eux-mêmes de
(1) Dictionnaire îles Sciences méd., t. LV.
ono SUR LES FONCTIONS
la combinaison et de l’entrelacement d’un nombre prodigieux de fibres, de nerfs, de vaisseaux, etc... La multiplicité et la diversité prodigieuse d’idées qui naissent des différentes opérations de notre esprit, peuvent nous faire juger de l’art étonnant avec lequel l’organe intellectuel de nos pensees a été construit, et du nombre presque infini de pièces , et de pièces très variées , qui entrent dans la composition de cette surprenante machine, qui incorpore, pour ainsi dire, à lame d’un savant l’abrégé de la nature... Il suit de-là qu’une intelligence qui connaîtrait à fond la mécanique du cerveau, qui verrait dans le plus grand détail tout ce qui s’y passe, y lirait comme dans un livre. Ce nombre prodigieux d’organes, infiniment petits, appropriés au sentiment et à la pensée, serait, par cette intelligence , ce que sont pour nous les caractères d’imprimerie. Nous feuilletons les livres, nous les étudions ; cette intelligence se bornerait à contempler les cerveaux... Nos senlimens de différens genres tiennent à des fibres de clifïérens genres... Le degré de l’ébranlement décide de la vivacité des senlimens j l’espèce de la fibre, del’espèce du sentiment... Enfin comment remédie-t-on à celle fatigue, à celte douleur résultant d’une attention trop soutenue sur la meme série d’idées? par le repos ou par le changement
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d’objet. Pourquoi par le repos ? c’est qu’il est une cessation d’action. Lorsque l’âme n’agit plus sur les fibres sur lesquelles elle agissait, la tension qu’elle leur a imprimée, diminue, s’affaiblit, s’éteint. Pourquoi par le changement d’objet? c’est que lame n’agit plus sur les mêmes fibres. Chaque perception a des libres qui lui sont propres. »
P. i4i, M. Georget continue a dire : « On n’a point oublié les citations que nous avons faites de la Palingénésie de Bonnet, bien positives sur le siège de l’intelligence; j’y ajouterai celles-ci du même auteur : « Assurément, s’il nous était permis de voir jusqu’au fond de la mécanique du cerveau , et surtout dans celle de cette partie qui est l’instrument immédiat du sentiment et de la pensée, nous verrions ce que la création terrestre a de plus ravissant. Nous ne suffisons point à admirer l’appareil et le jeu des organes destinés à incorporer un morceau de pain à notre propre substance. Qu’est-ce pourtant que ce spectacle, comparé à celui des organes destinés à produire des idées et à incorporer à l’âme le monde entier! Tout ce qu’il y a de grandeur etde beauté dans le globe du soleil, le cède, sans doute, je ne dis pas au cerveau de l’homme, je dis au cerveau de la mouche... Nous sommes donc acheminés à penser que l’organi-
sation du cerveau des animaux diffère essentiellement de celle du cerveau de l’homme. Nous ne risquerons guère de nous tromper en jugeant de la perfection relative des deux machines par leurs opérations; combien les opérations du cerveau de l’homme sont - elles supérieures à celles du cerveau de la brute? Combien la raison remporte-t-elle sur l’instinct?... Il paraît donc que le cerveau de la brute est une machine incomparablement plus simple que le cerveau de l’homme; la construction des machines animales a été calculée sur le nombre et la diversité des effets qu’elles devaient produire, relativement à la place qui était assignée à chaque espèce dans le système de l’animalité. Le cerveau du singe, beaucoup moins composé que celui de l’homme, l’est incomparablement davantage que celui de l’huître. »
INI. Georget a l’air de vouloir insinuer à ses lecteurs que j’ai caché à dessein les noms des auteurs qui, avant moi, avaient déjà conçu quelque idée sur les fonctions du cerveau et sur la pluralité des organes de l’intelligence. Si M. Georget avait lu mon ouvrage avec moins de précipitation, il aurait vu , t. II, p. 2i4, dans l’exposé des opinions les plus remarquables sur le siège de l’âme , et sur l’action réciproque de l’âme sur le corps et du corps sur l’âme, les
noms des socles cl îles auteurs qui professaient , sur cel objet, des opinions plus ou moins absurdes. il aurait vu les noms de Stalil, de Pythagore , de Platon, île Galien, des Sloicicns, il’Aristole, d’Erasislrate, d’Hérophile, de Servctlo, d’Auranti, de Yan Helmonl, de Descartes, de Varlliou et de Scliclliammcr, de Drelincourt, de Bontekoë, de Lancisi, de Lapeyronie, de YV il lis , de Vieussens, d’Ackermauii , qui tous ont eu quelques soupçons que Je cerveau est le siège ou l’organe de lame.
Mais qu’après ces citations on n’oublie pas de relire aussi, p. 217, la solution de la question de savoir si , dans Pelât actuel de nos connaissances en physiologie, il convient encore de l'aire des recherches sur l’organe de l’âme V et l’on verra quelle confusion, quelle incertitude, quelle vacillation il règne dans les opinions d’IIippocrate , de lleil, de Dumas , de Richerand , de Sprengel, de Pinel, d’Esquirol , de Fodèré, de Bichat, de Sabatier, de Roger, de Darwin, de Bufïbn, de George - le - Roi, de Vicq-d’Azir, de Cuvier, de Stalil, dont plusieurs même nient absolument l’intluence du cerveau sur les facultés de l’âme.
M. Georgel veut-il m’accuser, comme le faisaient autrefois les journalistes, d’avoir voulu taire accroire à mes lecteurs que je suis le seul
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cl le premier qui ait conçu l’idée de la pluralité des organes j alors je le renvoie encore au t. II, p. 356. Qu’il relise l’exposé des opinions sur la différence qui existe tant entre les diverses qualités morales qu’entre les diverses facultés intellectuelles, sur la pluralité des organes, et sur le siège de ces organes,- article auquel je n’ai fait aucun changement dans celle édition.
Il trouvera dans cet exposé les opinions sur ces matières, des Grecs, de Pylhagore, de Sl.- Paul, de Galien , de Gilbert , de Gassendi, de Bacon, de Van Helmont, de Wepfer, de Wdlis, de Leibnitz, de Frédéric Hoffmann, de Haller, de Blumenbacb, de Barthez, de Casimir Medicus, de Reil, de Saint Augustin, de Platon, d’Anaxagore, d’Aristote, de Stahl, de Malebranche, de Condillac, de Vieussens, des anciens Jésuites, des Péripaléliciens , des Arabes , de Vockerodt, de Carpus, de Grégoire de Nisse, d’Albert-le-Grand, de Mundini de Luzzi , de Servelto , de Petrus Montaguana, Ludovico Dolci, de Willis, de Charles Bonnet , p. 35g, lig. 25 j de Lancisi,de la Peyronie, de Haller et Van Swieten, de Cabanis, de Mayer, de Procliaska, de . Plattncr, de Malacarne, de Chanet, Wrisberg, Tiedemann, Riclieraud, Cuvier, Dégérando, Sœnuuerring, Ackermann, Bérard et Montègre, etc.
Il U C K R V E A U .
Le passage de Bonnet , qui intéresse si fort INI. Georget, je l’avais cite dans ma réponse au rapport de l’Iustilut, p. 248, où il dit qu’une intelligence qui connaîtrait à fond la mécanique du cerveau, qui verrait dans le plus grand détail tout ce qui s’y passe, lirait comme dans un livre, etc. Je l’ai cité, t. II, p. 84 et 38, où il affirme avec raison que ce n’est que par le physique que l’on peut pénétrer dans le moral de 1 homme. Je l’ai cité, p. 77, en reconnaissant comme lui qu’il n’y a pas de vérité inutile ou dangereuse. Je l’ai cité, p. ico, en adoptant sa seule juste définition de la liberté morale. Enfin, je l’ai cité, p. 412, où il dit que si la fatigue cesse lorsque l’âme change d'objet , c’est qu’elle agit alors par d’autres libres.
Toutes ces citations textuelles sont bien loin de me faire soupçonner d’avoir eu l’intention de distraire mes lecteurs des idées de Bonnet. Comme je n’ai jamais rangé ce philosophe parmi mes adversaires, quoiqu’on dise M. Georget, j’ajouterai encore quelques passages de la Palingénésie qui lui feront plaisir. Copions d’abord le passage que M. Georget a rapporté lui-même, ]>. io.3. « J’ai donc supposé que chaque espèce de fibre sensible a été originairement construite sur des rapports déterminés à la manière d’agir de son objet. Notre cerveau a donc été organisé
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dans un rapport direct à ces merveilleuses operations de notre esprit, par lesquelles il s’élève graduellement jusqu’aux idées les plus générales et les plus abstraites. Un génie un peu hardi (Helvétius), et qui sait manier ses sujets avec autant d’art que d’agrément , a cru faire un pas très philosophique en découvrant que le cheval ne diffère de l’homme que par la botte. Il lui a paru que si les pieds du cheval, au lieu d’élre terminés par une corne inflexible, l’étaient par des doigts souples, ce quadrupède atteindrait bientôt à la sphère de l'homme. Je doute qu’un philosophe qui aura approfondi la nature de ranimai, applaudisse à la découverte de cet auteur ingénieux, dont le mérite personnel ne doit point être confondu avec ses opinions; il n’avait pas considéré qu’un animal quelconque est un système particulier dont toutes les parties sont en rapport ou harmoniques entre elles. Le cerveau du cheval répond à sa botte, comme le cheval lui-même répond à la place qu’il tient dans le système organique; si la botte du quadrupède venait à se convertir en doigts flexibles, il n’en demeurerait pas moins incapable de généraliser les sensations; c’est que la botte subsisterait dans le cerveau; je veux dire que le cerveau manquerait toujours de celle admirable organisation qui met faux* de l'homme à même de généraliser
nu CERVEAU.
scs idées j et si l’on voulait que le cerveau du cheval subit un changement proportionnel! à celui de scs pieds, je dirais que ce ne serait plus un cheval , mais un autre quadrupède , auquel il faudrait imposer un nouveau nom (1). »
Page 3i , Bonnet dit : « J’avance qu’en supposant toutes les âmes parfaitement semblables, l’organisation suffirait pour mettre entre elles des variétés. Et quoi de plus évident? Un être mixte ne sent et n’aperçoit qu’à l’aide des sens. Toutes ses sensations, toutes ses perceptions sont toujours dans un rapport déterminé au nombre et à la qualité de ses sens.
» L’âme humaine placée dans le cerveau de l'huître , y acquerrait-elle jamais des notions de morale et de métaphysique? sa nature resterait pourtant la même ; mais elle ne pourrait y déployer sou activité comme elle la déployé dans son propre cerveau. Elle serait donc extrêmement dégradée par la seule diversité de l’organisation ; et s’il était possible qu’une âme aussi dégradée conservât un souvenir de ce qu’elle aurait été dans le corps humain, ce serait pour elle le plus affreux malheur que d’être condamnée a habiter le corps d’une huître.
»» Je suppose qu’il n’y a pas de différences
(1) Palingéndsie philosophique , t. ï, p. 19, 193,01c.
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essentielles entre les cerveaux humains, et celte supposition me paraît légitime, le nombre et l’espèce des sens sont les mêmes chez tous les hommes - mais tous les hommes ne tirent pas le même parti de leurs sens. Quelle différence à cet égard entre un Montesquieu et un huron !
» Les sens communiquent au cerveau et y produisent des impressions durables, sources de l'imagination, de la mémoire, du raisonnement. Une maladie peut déranger toute l’économie du cerveau et anéantir l’imagination, la mémoire, le raisonnement; elle n’anéantit pas l’âme, et néanmoins elle est réduite à l’état de l'âme de la brute.
» Si le cerveau se modèle en quelque sorte sur les objets; s’il est des fibres appropriées à chaque espèce de perception ; si ces libres retiennent les déterminations que les objets leur ont imprimées; si telle est la loi de l’union de l’âme et du corps, qu’à certaines fibres et à un certain état de ces libres répondent constamment dans l’âme certains sentimens, certaines perceptions, il faudra convenir que l’âme d’un huron, logée dans le cerveau d’un Montesquieu, y éprouverait les mêmes sentimens, les mêmes perceptions que l’âme d’un Montesquieu.
» Elle y éprouverait encore les mêmes suites, les mêmes combinaisons de sentimens et de per-
DU r F. R V F. A U .
5ocj
ceptions; car je me persuade que j’ai assez bien établi que la liaison de nos ide'es dépend originairement de celle des fibres sensibles. Si la chose n’était point, comment arriverait-il que des accidens physiques qui no peuvent affecter que ccs fibres , détruiraient la liaison de nos idées ? »
Jusqu’ici tout est parfait, tout est excellent. Mais Bonnet s’était-il dépouillé des préjugés de son temps? M. Georget l’a-t-il toujours bien compris ?
Voici comment, p. no, Bonnet se livre à la recherche sur le siège de l’âme : « Quelle que soit la partie du cerveau qui est le siège de l’âme ou l’instrument immédiat de scs opérations, on ne peut s’empêcher d’admettre qu’il est quelque part dans le cerveau un organe qui réunit les impressions de tous les sens, et par lequel l’âme agit ou paraît agir sur différentes parties de son corps.
» Nous voyons clairement que l’action des objets ne se termine pas aux sens extérieurs. L’action du son ne se termine pas au tambour, celle de la lumière à la rétine; il est des nerfs qui propagent ces différentes impressions jusqu’au cerveau. Ceux qui, après avoir perdu le poignet, sententencore leurs doigts, nous montrent assez
5 1 O S U R I. E S FONCTIONS
que le siège du sentiment n’était pas où il pa» l aissait être. Lame ne sent donc pas des doigts. Elle n’est pas non plus dans les sens extérieurs.
« Nous sommes fort peu éclairés sur la structure intime du cerveau. L’anatomie se perd dans ce dédale ténébreux. Elle voit les nerfs de tous les sens y converger; mais lorsqu’elle veut les suivre dans leur cours, ils lui échappent , et elle est réduite à conjecturer ou à tâtonner.
» Nous devons donc renoncer à déterminer précisément quelle est la partie du cerveau qui constitue le siège de l’âme. Un anatomiste célèbrc ( de la Peyronie ), procédant par la voie d’exclusion, a prétendu que le siège de l’âme était dans le corps calleux, parce que toutes les expériences qu’il a tentées lui ont paru prouver que cette partie est la seule qui ne puisse être blessée ou altérée, que les fonctions de l’âme n’en souffrent plus ou moins.
» Un autre anatomiste ( Lorry ) a contredit ce résultat, et a entrepris d’établir sur d’autres expériences, que le siège de l’âme serait plutôt dans la moelle allongée. Il produit en sa faveur des faits qui semblent décisiis. Je n’en citerai qu’un seul : on connaît des animaux qui n’ont point de corps calleux ; le pigeon , par exemple , n’en a point, à ce qu’assure cet anatomiste, et nous ne refuserons pas une âme au pigeon.
nU CERVEAU.
» Quoi qu’il on soit de celte question sur le siège de l’aine, il est bien évident que tout le cerveau n’est pas plus lesiégedu sentiment, que tout l’œil n’est le siège de la vision.
» Mais s’il ne nous est pas permis de pénétrer dans le secret de la mécanique du cerveau, nous pouvons au moins étudier les e fiels qui résultent de cette mécanique, et juger ainsi de la cause par ses effets.
» Nous savons que nous n’avons des idées qu’à l’aide des sens; ceci est une vérité que l’expérience atteste. L’expérience nous apprend encore que nos idées de tout genre s'enchaînent les unes aux autres, et que cet enchaînement tient en dernier ressort aux liaisons que les fibres des sens ont entre elles.
» Il s’ensuit donc que les divers sens dont nous sommes doués ont quelque part, dans le cerveau, des communications secrètes , en vertu desquelles ils peuvent agir les uns sur les autres.
» La partie où ces communications s’opèrent est celle qu’on doit regarder comme le siège de l’âme. Elle est le sens interne.
» Cette partie est donc, en quelque sorte, l’abrégé de tous les sens, puisqu’elle les réunit tous.
» Mais c’est encore par cette partie que l’âme agit sur son corps, et par son corps sur tant
tl’élres divers. Or, l’âme n’agit que par le ministère des nerfs: il faut donc que les nerfs de toutes les parties que l’âme régit, aillent aboutir à cet organe que nous regardons comme le siège immédiat du sentiment et de faction. C’est dans ce sens que j’ai dit que cet organe, si prodigieusement composé, était une nécrologie en miniature.
» On voit assez par tout ce que je viens d'exposer, qu’il importe fort peu à mes principes de déterminer précisément quelle est la partie du cerveau qui constitue proprement le siège de lame. Il suffit d’admettre a^ec moi qu’il est dans le cerveau un lieu où l’âme reçoit les impressions de tous les sens, et où elle déploie son activité. J’ai montré que cette -supposition n’est pas gratuite, puisqu’elle découle immédiatement de faits qu’on ne saurait révoquer en doute. »
Supposons que Bonnet ait réellement pensé crue chaque fibre de nerfs est imbue d’un certain sentiment, d’une certaine-* faculté : â quoi cela servirait-il pour arriver â la connaissance d’un organe quelconque? Qu’on découvre dans le nerf optique la fibre qui voit le rouge, la fibre qui voit le jaune, etc., et ici nous n'aurions pas à faire à des organes d’une nature toute différente, mais seulement aux modifications, aux diverses
capacités du même organe. Ainsi les passages si admirés de Bonnet ne sont pas plus signifians que les suppositions d’Alberl-le-Grand , de Servetto, de Dolci, etc. ; et Bonnet avait - il une connaissance plus juste des qualités et des facultés fondamentales, pour lesquelles seules il est possible de découvrir des organes ? C’est par la même raison que même ceux qui avaient quelque pressentiment plus raisonnable de la pluralité des organes , ont pourtant toujours désespéré que jamais on puisse les découvrir : telle etg.it l’opinion définitive de Haller, de Van Swieten, de Prochaska, de Cabanis, etc.
S’il est vrai, comme Bonnet soutient, d’après la philosophie de son temps, que nous n’avons des idées qu’à l’aide des sens, comment accordez-vous l’innéité d’un penchant ou d’une faculté, et par conséquent comment pouvez-vous admettre qu’il en existe préalablement un organe dans le cerveau? Ainsi tout se borne, dans le système de Bonnet, à une simple aptitude, capacité de recevoir telle ou telle autre impression, à l’aide des sens ; à savoir que, par leur moyen, telle ou telle autre opération intellectuelle aurait lieu.
Enfin , quand Bonnet vous ditque tout le cerveau n’est pas plus le siège du sentiment que tout l'œil n’est le siège de la vision ; quand il vous dit que lame n’agit que par le ministère des nerfs-
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qu’il faut donc que les nerfs de toutes les parties que lame régit, aillent aboutir à cet organe, qu’il regarde comme le siège immédiat du sentiment et de X action ; il entend constamment, et partout, par l’expression sentiment , tout uniment sensation , la première impression faite par les sens sur le cerveau, et lien moins que les sentimens ps^ cologiques, tel que le sentiment de la fierté , de la bienveillance , etc. Par conséquent , M. Georgetfail à Bonnet infiniment trop d’honneur lorsqu’il lui prête l’idée que le cerveau est l’organe des sentimens , c’est-à-dire des affections, des passions, des penchans, et il ne suffit pas de citer ses auteurs textuellement, il faut encore entendre leur langage.
Les expressions générales de Bonnet décèlent assez souvent des idées sublimes et très justes ; mais, comme nous venons de voir, c’est précisément cette généralité qui en impose. Dès qu’il entre dans le détail, il trahit le peu de maturité de ses conceptions. Lui qui sentait si bien que le cerveau du cheval répond à sa botte, comment pouvait - il tout d’un coup abandonner cette idéelumineuse, et consentir que « unorgane unique, un sens unique ( Paling. , p. 129) peut avoir été construit avec un tel art, qu’il suffit seul à donner à l’animal un grand nombre d’idées, à les diversifier beaucoup , et à les associer forte-
nient entre elles. Il les associera meme avec d’autant plus de force cl d’avantage, que les fibres qui en seront le siège se trouveront unies plus étroitement dans un organe unique. »
« La trompe de l’éléphant en est un bel exemple , et qui éclaircira admirablement bien ma pensée. C’est à ce seul instrument que ce noble animal doit sa supériorité sur tous les autres animaux; c’est par lui qu’il semble tenir le milieu entre l’homme et la brute. Quel pinceau pouvait mieux que celui du peintre delà nature exprimer toutes les merveilles qu’opère cette sorte d’organe universel !
« Cette trompe, dit INI. de Billion, composée » de membranes, de nerfs et de muscles, est » en meme temps un membre capable de mou- » veinent, et un organe de sentiment. L’élé- » pliant peut la raccourcir, l’allonger, la cour- » ber et la tourner en tous sens. L’extrémité est » terminée par un rebord en forme de doigt: » c’est par le moyen de cette espece de doigt » que l’éléphant fait tout ce que nous faisons » avec les doigts. Il ramasse à terre les plus pe- » tites pièces de monnaie; il cueille les herbes )> et les fleurs en les choisissant une à une; il dé- » noue les cordes, ouvre et ferme les portes en tournant les clefs et poussant les verroux; il
apprend à tracer des caractères réguliers avec un instrument aussi petit qu’une plume.
» . . . . Au milieu du rebord en manière de doigt est une concavité au fond de laquelle se trouvent les conduits communs de l’odorat et de la respiration. L’élépliant a donc le nez dans la main, et il est le maître de joindre la puissance de ses poumons à l’action de ses doigts , et d’attirer par une forte succion les liquides ou d’enlever des corps solides très pesans, en appliquant à leur surface le rebord de la trompe, et faisant un vide au dedans par aspiration.
» La délicatesse du loucher, la finesse de l’odorat, la facilité du mouvement et la puissance de succion se trouvent donc à l’extrémité du nez de l’élépliant. De tous les instrumens dont la nature a si libéralement muni scs productions chéries, la trompe est peut-être le plus complet et le plus admirable; c'est non seulement un instrument organique, mais un triple sens dont les fonctions réunies et combinées sont en même temps la cause, et produisent les effets de cette intelligence et de ces facultés qui distinguent l’éléphant, et l’élèvent au-dessus de tous les animaux. Il est moins sujet qu’aucun autre aux erreurs du sens de la
DU CERVF.AU.
» vue, parce qu’il les rectifie promptement par » le sens du loucher, et que se servant de sa » trompe comme d’un long bras pour toucher » les corps au loin, il prend comme nous des » idées nettes delà distance par ce moyen, etc.»
» L’éloquent historien de l’éléphant réunit ensuite sous un seul point de vue les divers services que ce grand animal retire de sa trompe.
« Le toucher, continue-t-il, est celui de tous » les sens qui est le plus relatif à la connais- » sance; la délicatesse du toucher donne l’idée » de la substance des corps; la flexibilité dans » les parties de cet organe donne l’idée de leur » forme extérieure ;la puissance de succion, celle » de leur pesanteur; l’odorat, celle de leurs qua- » lités ; et la longueur du bras ou de la trompe, » celle de leur distance : ainsi, par un seul et » même membre, et pour ainsi dire par un acte » unique ou simultané, l’éléphant sent, aperçoit » et juge plusieurs choses à-]a-fois : or, une sen- » sation multiple équivaut en quelque sorte à la » réflexion : donc, quoique cet animal soit, ainsi » que tous les autres , privé de la puissance de » réfléchir, comme scs sensations se trouvent » combinées dans l’organe même, qu’elles sont » contemporaines et pour ainsi dire indivises » les unes avec les autres, il n’est pas étonnant » qu’il ait de lui-même des espèces d’idées, et
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» qu’il acquière en peu de temps celles qu’en )i veut lui transmettre. »
J’ai déjà prouvé dans plusieurs endroits, que c'est justement l’inverse de l’avis de Bu (Ton et de Bonnet qui a lieu entre les sens et l’intelligence. Ce n’est point la perfection des sens qui donne l’intelligence au cerveau,- mais c’est la perfection du cerveau qui détermine l’emploi des sens ou des instruirions extérieurs. Pourquoi le singe et l’imbécile sont-ils incapables d’employer leurs mains aux objets de l’art? Pourquoi le lapin et le loriot construisent-ils des souterrains et un nid si artislement suspendu entre deux branches , tandis qu’avec les mêmes inslrumens le lièvre et le coucou ne font jamais rien de semblable ?
Pourcequiest de Kant, j’enai toujours entendu parler, en Allemagne, avec enthousiasme. Mais, par une fatalité singulière, je n’ai jamais eu un esprit assez transcendant pour rien comprendre à sa philosophie. Les livres, soit de jurisprudence, soit do médecine, soit de métaphysique , écrits dans l’esprit de Kant, de Fichté, de Seheliing, etc. , etc., m’ont toujours révolté par leur style guindé , inintelligible, corrompu, etc. Je prouverai dans le volume suivant combien M. Gcorgel se trompe quand il croit trouver quel-
( I u e ressemblance entre mes idées et celles tle ce par trop profond philosophe. Jamais 1 intelligence la plus sublime ne pourra découvrir dans un cabinet ce qui ne se trouve que dans le vaste champ de la nature.
Les mêmes reproches que M. Georget vient de m’adresser, m’ayant déjà été faits par d’autres avec un certain air d'importance, ces Messieurs voudront bien entendre avec indulgence ma profession de foi.
Je suis l’homme le plus modeste, le plus humble, quand je me vois vis-à-vis de l’immensité des choses que je suis condamné à ignorer et qui pourtant se rattachent immédiatement à mon état de médecin observateur et praticien. Mais lorsqu’il s’agit de la découverte de la structure et des fonctions du cerveau, je me crois, avec une imperturbable suffisance, au-dessus de tous mes devanciers, et au-dessus de tous mes contemporains. Oui, je suis le premier qui ait établi des principes physiologiques, d’après lesquels la structure du cerveau et ses fonctions doivent être étudiées; je suis le premier qui ait fiauchi la barrière que la superstition et la philosophie opposaient , depuis des milliers d’années , au progrès de la physiologie du système nerveux; qui ait conçu l’idée de distinguer les attnbuts généraux d’avec les véritables qualités
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et facultés fondamentales ; le premier qui ait déterminé les instincts , les penchans, les sentiiricns et les lalens qui sont affectés à certaines parties cérébrales; je suis le premier qui ait eu le courage, la patience, la persévérance d’examiner et de fixer les rapports qui existent entre l’énergie des qualités morales , des facultés intellectuelles et les divers développemens des parties du cerveau; je suis lo premier qui ait étendu ces memes recherches sur tout le règne animal; qui ait étudié des milliers d’animaux, sous le rapport de leurs instincts, de leurs penchans , de leurs facultés , les plus saillans, et de la configuration de leur cerveau, soit d’individu à individu , soit d’espèce à espèce ; je suis le seul qui ait trouvé et indiqué les seuls moyens capables de faire découvrir le siège de chaque instinct, de chaque penchant, de chaque sentiment et de chaque talent intellectuel; je suis le seul qui ait découvert ces sièges, et qui les démontre par de nombreux faits physiologiques et pathologiques irréfragables, et par une infinité de recherches d’anatomie et de physiologie comparées de toutes les espèces d’animaux.
Toutes ces conceptions et toutes ces vérités fondamentales étaient déjà, avant notre voyage, entrepris l’an x8o5, répandues par mes nombreux auditeurs, d;ins toutes les parties du monde sa-
vant; et si plus tard l'anatomie cl la physiologie du cerveau ont été perfectionnées, c’est encore ou à nos propres travaux, à ceux de M. Spurzheim et aux miens, ou à la senlc véritable direction que nous avons imprimée aux travaux d’autres anatomistes, qu’on doit ce degré de perfectionnement. Ouest l’auteur qui, sur quelque partie essentielle de ma doctrine, ait jamais manifesté autre chose que des soupçons vagues, conçus avec autant de légèreté que dissipés avec rapidité! Tous se sont arretés à des généralités plus ou moins plausibles en apparence; et tous se sont rétractés dès qu’il s’agissait de fixer un principe, une proposition immuable. Vous me citez, et moi je cite moi-même les Mayer , les Haller, les Van Swieten, les Herder, les Yicqd’Àzyr, les Cabanis, les Procliaska, les Scemmerring, etc.; eh bien, tous ont désespéré de la possibilité de découvrir un organe quelconque ; tous se sont traînés sur la route de la philosophie stérile de Platon, de Leibnitz, de Wolf, de Descartes , de Locke , de Condillac, etc. ; aucun n’a eu le plus léger pressentiment delà nullité de toutes ces doctrines ; aucun n’a songé à analyser l’économie morale et intellectuelle de l’homme et des animaux ; à déterminer les instincts, les penchans, les senlimens, les facultés! Vous me citez le plus célèbre de vos naturalistes,
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et je lo cite aussi , M. le baron Cuvier ; mais lisez ses ouvrages d’un bout a l’autre, lisez son rapport sur notre mémoire présenté , en 1808, à l’Institut^ lisez le Dictionnaire des Sciences naturelles; lisez ce que, dans son règne animal , il dit sur l’impossibilité do reconnaître les instincts parla forme de leur cerveau : quelle vacillation , quelle tergiversation, quelle incertitude, quels démentis de ses propres opinions d’une page à l’autre! Et ce naturaliste si distingué a-t-il réussi à faire une seule application vraie de toutes scs connaissances d’anatomie comparée à la physiologie du système nerveux en général, et surtout du cerveau en particulier?
Qu’on lise avec bonne foi l’histoire de la philosophie, des progrès de l’anatomie et de la physiologie comparées du système nerveux ; qu’on lise ce qu’encore aujourd’hui on objecte à la pluralité des organes ; combien on hésite encore à admettre les qualités et les facultés fondamentales et les sièges de leurs organes, sans quoi la physiologie du cerveau se réduit à une pure chimère. Et qu’on avance encore qu’avant moi des médecins, des philosophes, des physiologistes, des naturalistes aient conçu et enseigné une idée claire et exacte sur les fonctions du cerveau et de scs parties constituantes!
Oui , encore une fois , je suis le premier cl le
.seul à qui la physiologie du cerveau doil sou existence. Je Fai trouvée sans l’aide de qui que ce soit; l’historique de chacune de mes découvertes vous le prouve. Il en est de la physiologie du cerveau comme de sa structure. Pour débrouiller ce qui par hasard aurait pu se trouver dispersé dans les auteurs , ii aurait fallu infiniment plus de perspicacité qu'il n’en fallait pour deviner, par le moyen de l’observation, les mystères de la nature. J’ai commencé, continué et presque achevé toutes mes découvertes, sans aucune érudition préalable ; et si plus tard , j’ai compilé des citations, c’était plutôt pour signaler mon point de départ que pour fortifier mes idées par celles de mes devanciers et de mes contemporains.
Terminons ces remarques par une objection que M. Georget fait à la doctrine sur les fonctions des diverses parties cérébrales. « Mais, dit-il ( 1. 1, p. 1 35 ) , il est de bien grandes difficultés touchant le mécanisme de l’exercice de ces facultés, que M. Gall n’a ni résolues, ni abordées, du moins autant qu’il m’en souvienne. Comment toutes ces facultés communiquentelles entre elles, de manière à ce que plusieurs soient simultanément en action , comme cela arrive dans les moindres opérations intellectuelles? Comment s’ernprunlcnl-clles réciproquement les
connaissances qui sont propres à chacune, comme cela doit arriver au sens métaphysique, au sens poétique, etc.? Comment reçoivent-elles les impressions scnsoriales ? Est-il raisonnable , croyable, que vingt-sept ou trente-cinq facultés puissent communiquer également avec le pouvoir sensorial, et être particulièrement stimulées parles impressions en rapport avec leur destination? La difficulté qui me paraît la plus forte et la moins facile à résoudre est celle-ci : comment se fait-il qu’il n’y ait qu’un moi , qu’un sentiment de l’existence, qu’une seule conscience de l’ètre pensant ? ou, en d’autres termes, comment se fait-il que chacun de ces membres de la puissance intellectuelle n’ait pas son moi, sa conscience, son sentiment intime de l’existence ; pourquoi toutes les opérations intellectuelles, sensations, perceptions, travaux de l’esprit, passions, etc., font-elles l’effet d’être senties, perçues , exécutées, excitées par un pouvoir unique et se rapporter à un seul moi? »
Comment se fait-il que M. Georget, qui déjà si souvent a repoussé les insinuations des métaphysiciens, prenne tout d’un coup l’air de vouloir se ranger sous leurs drapeaux ? Comment tous les organes du mouvement volontaire, comment les cinq sens communiquent-ils entre eux , de ma-
ni ère à ce que plusieurs soient simultanément eu action? Pour toute réponse, je pose à TVI. Georget un axiome. Une difficulté quelconque ne saurait détruire un fait. Vous n’expliquez ni la fécondation, ni la vie, ni la sensation , ni la pensée , ni la digestion , etc. , et pourtant la fécondation s’opère , la vie , la sensation, la pensée, la digestion ont lieu. Du reste je vous renvoie à ce que j’ai dit sur ces questions oisives dans plusieurs endroits de cet ouvrage. Et si toutefois vous êtes avide d’explications, je vous renvoie au tribunal des métaphysiciens, qui expliquent tout sans rien savoir.