‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur têteChapitre 1 sur 18 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Il y «a trois ans que la publication de mon rand ouvrage sur 1 anal orme et la phystoloie ducerveau(i) a éléterminée. Bientôt cet ouvrage magnifique fut reçu dans les principales bibliothèques de l’Europe. On était sûr d’y trouver les véritables idées du fondateur de la physiologie du cerveau, et il contribua puissamment à détruire les préventions qui régnaient encore sur la nature et la tendance de mes recherches.

(i) Analomie et Physiologie du système nerveux en general , et du cerveau en particulier , avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et mondes de l'homme et des animaux , par la configuration de leurs têtes; \ volumes in-folio el 4 volumes in-4°., avec allas de cent planches. Maintenant chez l'auteur, el chez N. Maze, libraire, rue Gît-le-Cœur. n°. 4-

i) AVERTISSEMENT.

J’avais pensé qu’il était nécessaire de publier d’abord un ouvrage ditnie de l’importance de son objet, qui lit connaître au monde savant mes découvertes dans toute leur étendue, et qui lui donnât eu meme temps les moyens de les mettre à l’épreuve, de les multiplier et de les perfectionner.

Ce but nécessita non-seulement plusieurs discussions sur des sujets tout-à-fait nouveaux, mais aussi un très grand nombre de portraits, de dessins de cerveaux et de crânes d’hommes et d’animaux.

L’exécution de ce vaste plan éleva le prix de cet ouvrage au-dessus des moyens de la plupart de ceux auxquels cependant mes travaux doivent être de la plus grande utilité. L’on m’invita de toutes parts à publier une édition qui, par le prix, lut à la portée de tout le monde.

Dans la conviction où je suis que mes travaux doivent avoir la plus heureuse influence sur les institutions morales, sur le traitement des maladies cérébrales, partieu -

AVERTISSEMENT. w»

foèremcn l tics aliénations mentales, etc., d est Je mon devoir Je ne négliger aucun moyen d’en répandre la connaissance. Nonobstant le grand nombre J’aperçus généraux, Je petits ouvrages, d’articles Je journaux, d’analyses et Je critiques de plusieurs Je mes élèves les plus distingués, je rencontre encore dans presque tous les ouvrages de nos auteurs modernes ou des notions erronées , défectueuses, ou une ignorance totale, soit réelle, soit affectée, ou une réserve et une appréhension singulières de porter un jugement sur ce qu’il y a de plus essentiel dans ma doctrine, l'incontestabilité des laits. Ou ne peut plus se refuser à admettre les principes que ces mêmes observations individuelles m’ont fait établir ÿ mais on trouve trop pénible d’aborder l’expérience elle-même , et I on croit avoir tout fait pour les progrès de la science, en suspendant, avec un air de complaisance ou de modestie, sa décision définitive.

11 ne: convient donc pas encore d’abandonner Ja recherche et la multiplication.

AVERTISSEMENT, des observations au lecteur seul; il est encore indispensable de conduire les observateurs par la main, de leur montrer des modifications multipliées d’un grand nombre de laits , et de les initier ainsi dans cette nouvelle branche d’observation. Je ne laisserai aucune excuse à ceux qui, soit par prévention , soit par suffisance, négligent la partie la plus essentielle, la plus utile , la partie expérimentale de la physiologie du cerveau.

C’est pour la même raison que cette édition n’offrira pas au lecteur un simple aperçu de ma doctrine, un extrait démon grand ouvrage. Elle en renfermera le texte entier, à l’exception de l’anatomie descriptive du système nerveux en général et du cerveau en particulier, dont je me propose de faire un ouvrage particulier aussitôt que je pourrai mettre à profit tout ce qui, depuis la publication de la première édition , a été publié sur ces deux objets de l’anatomie comparée. Je n’exposerai donc dans celle-ci l’anatomie qu’autant qu’elle cm

AVERTISSEMENT, indispensable pour l'intelligence des propositions physiologiques.

Je ferai, en revanche, plusieurs corrections ; j’ajouterai de nouvelles observations, des réponses à de nouvelles objections , et une revue raisonnée des travaux les plus importans qui ont paru depuis la publication de mon grand ouvrage.

Mais pour ne laisser ma grande édition sous aucun rapport inférieure à celle-ci , j’y joindrai un supplément qui sera uniquement consacré à ces améliorations.

Comme il a fallu retrancher les planches, je les indiquerai par les mêmes chiffres et par les memes lettres avec lesquelles elles sont marquées dans le grand ouvrage , afin que ceux de mes lecteurs qui sont dans la proximité des grandes bibliothèques, puissent les consulter.

V oici maintenant comment je crois que les matériaux si divers et si multipliés de tout cet ouvrage s’enchaînent de la manière la plus naturelle.

Le but de toutes mes recherches est de

y\ AVERTISSEMENT,

fonder une doctrine sur les fonctions cîu cerveau. Celle doctrine doit avoir pour résultat une parfaite connaissance de la nature humaine.

La possibilité d’une doctrine , sur les fonctions morales et intellectuelles du cerveau suppose ;

i°. Que les qualités morales elles facultés intellectuelles sont innées ;

2°. Que leur exercice ou leur manifestation dépendent de l’organisation ;

3°. Que le cerveau est l’organe de tous les penchant de tous les sentimens et de toutes les facultés;

4°. Que le cerveau est composé d’autant d’organes particuliers qu’il y a de penclians, de sentimens, de facultés qui diffèrent essentiellement entr’eux.

Et comme les organes et leurs sièges n'ont pu être trouvés que par l’observation y il fallait encore que la forme de la tête ou du crâne représentât , dans la plupart des cas , la forme du cerveau , et suggérât des moyens variés pour découvrir les qua-

AVERTISSEMENT. vij

Vîtes et les facultés fondamentales, et le sié^e de leurs organes.

La démonstration de ces principes sera suivie de l’exposition des qualités morales et des facultés intellectuelles , de l’historique de leur découverte, de leur histoire naturelle, du siège de leurs organes dans le cerveau, et de la forme que ces organes font prendre h la tète, etc. , etc. ; d’un traité sur les tètes nationales, sur la physiognomonie, sur la pathognomique, sur la philosophie de l’homme, et sur plusieurs questions très importantes , dont la solution découle naturellement de l’ensemble de ma doctrine.

Quand je parte au pluriel, je comprends avec moi M. le docteur Spurzheim qui , m’accompagnant dans mes voyages, a fait une grande partie de mes observations en commun avec moi.

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INTRODUCTION

A chaque découverte, et surtout à chaque nouvelle doctrine, on a coutume de demander : comment Tau leur en a-t-il eu la première idée?

Quoique les memes expériences ne conduisent pas les différens individus aux memes méditations, cependant lorsque ces memes expériences sont rapprochées et présentées avec ordre, elles font naître dans l’esprit du lecteur des idées si analogues à celles de hauteur, et souvent la découverte lui paraît une chose si naturelle, qu’il est disposé à sJécrier : « Comment ne l’ai-je pas faite depuis long-temps? »

C’est ce qui est arrivé à l’égard de ma doctrine , dont l’origine repose sur des faits très ordinaires. La plupart de ceux qui ont entendu mes leçons, se sont dit, et je suis persuadé que le plus grand nombre de mes lecteurs se diront : « Comment est-il possible qu’on ait si longtemps ignoré ces vérités? h

Dès ma plus tendre jeunesse, je vécus au sein de ma famille, composée de plusieurs frères et sœurs, et au milieu d’un grand nombre de caina-

INTRODUCTION

rades cl de condisciples. Chacun de ces individus avait quelque chose de particulier, un talent, un penchant, une faculté' qui le distinguait des autres. Celte diversité détermina notre indifférence, ou nos affections et nos aversions réciproques, de mémo que notre dédain, notre émulation et nos liaisons. Dans l’enfance on est rarement sujet à se tromper par préoccupation ; on prend les choses comme elles sont. Nous jugeâmes bientôt qui, parmi nous, était vertueux ou enclin au vice, modeste ou fier , franc ou dissimulé, véridique ou menteur, paisible ou querelleur, bon ou méchant, etc. Quelques-uns se distinguaient par la beauté de leur écriture, d'autres par la facilité du calcul, d’autres par leur aptitude à apprendre ou l’histoire, ou la géographie, ou les langues. L’un brillait dans ses compositions par l’élégance des périodes ; l’autre avait toujours un style sec et dur; un autre serrait scs raisonnemens et les revêtait d’expressions fortes. Un grand nombre manifestait du talent ou du penchant pour des choses qui n’étaient nullement l’objet de notre enseignement. Ils découpaient et dessinaient très bien; quelques-uns consacraient leur loisir à la peinture ou àla culture d’un petit jardin, tandis que leurs camarades se livraient à des jeux bruyans; d’autres se plaisaient à parcourir les forets, à chas-

INTRODUCTION. 3

ser,à chercher «les nids d’oiseaux, à rassembler des Heurs, des insectes, des coquilles. De celle manière chacun de nous se signalait par son caractère propre , et je n’observai jamais que celui qui une année avait été un camarade fourbe et déloyal, devint l’année d’après un ami sûr et fidèle.

Les condisciples que j’avais le plus à redouter étaient ceux qui apprenaient par cœur avec une si grande facilité que, lorsqu’on faisait des examens, ils m’enlevaient assez souvent la place que j’avais obtenue par mes compositions.

Quelques années après , je changeai de séjour, cl j’eus le malheur de rencontrer encore des individus doués d'une aussi grande facilité d’apprendre par cœur. C’est alors que je remarquai que tous ressemblaient à mes anciens rivaux par de grands yeux saillans.

Deux ans plus tard, j’allai à une université ; mon attention se fixa d’abord sur ceux de mes nouveaux condisciples qui avaient les yeux gros, saillans, à fleur de tête. On me vanta généralement leur excellente mémoire, et, quoiqu’ils ne fussent pas sous beaucoup de rapports les premiers , tous l’emportaient cependant sur moi lorsqu’il s’agissait d’apprendre promptement par cœur, et de réciter de longs passages avec exactitude.

INTRODUCTION

Cette même observation m’ayant été confirmée par les étudians des autres classes , je dus naturellement m’attendre à trouver une grande facilité d’apprendre par cœur chez tous ceux en qui je remarquerais de grands yeux saillans. Je ne pouvais pas croire que la réunion de deux circonstances qui m’avaient frappé dans ces diverses occasions, fût uniquement l’effet du hasard. Après m’en être assuré davantage , je commençai à soupçonner qu’il devait exister une connexion entre cette conformation des yeux et la facilité d’apprendre par cœur.

De réflexion en réflexion , et d’observation en observation, j’imaginai que si la mémoire se reconnaissait par des signes extérieurs, il en pouvait bien être de même des autres talens ou facultés intellectuelles. Dès-lors tous les individus qui se distinguaient par une qualité ou une faculté quelconque, devinrent l’objet de mon attention et d’une étude détaillée de la forme de leur tête. Peu à peu je crus pouvoir me flatter d’avoir trouvé d’autres caractères extérieurs qui se rencontraient constamment dans les grands peintres, les grands musiciens, les grands mécaniciens , et qui par conséquent dénotaient une disposition prononcée pour la peinture, la musique, les arts mécaniques, etc.

J’avais, dans l’intervalle, commencé l’étude

INTRODUCTION

de la médecine. Ou nous parlait beaucoup des fonctions des muscles, des viscères, etc., mais on ne disait rien des fonctions du cerveau et d© ses diverses parties. Je me rappelais mes premières observations, et je soupçonnais d’abord ce que je ne tardai pas à porter jusqu’à la certitude, que la différence de la forme des tètes est occasionnée par la différence de la forme des cerveaux. Jamais il ne me vint en idée que la cause des qualités morales ou des facultés intellectuelles fût dans tel ou tel endroit des os du crâne.

N’élait-il pas alors très naturel d’espérer qu’en découvrant et constatant, dans des hommes doués d’inclinations ou detalens distingués, des signes extérieurs de leurs qualités, cette découverte me conduirait à connaître les fonctions du cerveau et de ses parties ? L’espoir de me mettre en état d e déterminer un j our le rapport des forces morales et intellectuelles avec l’organisme , l’espoir de fonder une physiologie du cerveau, était un encouragement trop puissant, pour que je ne formasse pas la résolution de continuer mes recherches jusqu’à ce que j’eusse atteint mon but, ou que je me fusse convaincu de l’impossibilité d’y parvenir.

Cette belle entreprise n’eût pas été très difficile si, entièrement libre, je m’étais trouvé abandonné à moi seul et à la nature. Mais il arrive

I N TRO DU C TION

trop souvent que, plus on devient savant, plus on s’écarte de la simple vérité : c’est ce que j’éprouvai. Ma conviction encore trop faible s’ébranlait à mesure que j’acquérais des connaissances, ou plutôt que j’entassais des erreurs et des préjugés.

Les philosophes assurent, me disais-je, que toutes nos facultés viennent des sensations extérieures, ou au moins que tousles hommes naissent avec des facultés égales, et que les différences qu’on remarque entre eux sont dues, soit à l’éducation, soit à des circonstances accidentelles. S’il en est ainsi , il ne peut y avoir des signes extérieurs d’aucune faculté ; et par conséquent le projet d’apprendre à connaître de celle manière les fonctions du cerveau et de ses parties , est une vraie folie. 4

Mais je revenais toujours sur mes premières observations. Je savais que mes frères et sœurs , mes camarades et mes condisciples avaient reçu à-peu-près la même éducation, ou plutôt qu’on général ils n’en avaient reçu aucune. Tous avaient grandi au milieu de mêmes circonstances, de mêmes impressions analogues. Je voyais Je plus, qu’ordinairemenl ceux dont l’éducation avait été soignée, et à qui les instituteurs avaient ] i ndigné l’instruction en particulier, étaient de beaucoup en arrière des autres pour la capacité.

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Souvent on nous accusait de mauvaise volonté ou do manque de zèle; mais plusieurs d’entre nous ne pouvaient, malgré la meilleure volonté et les efforts les plus opiniâtres , s’élever sur certains points jusqu’à la médiocrité; tandis que , dans d’autres parties , ils surpassaient leurs v •condisciples sans aucun effort, et sans, pour ainsi dire, s'eu apercevoir. Dans le lait, nos maîtres n’ajoutaient pas beaucoup de foi au système de l’égalité des facultés; car ils croyaient pouvoir exiger davantage d’un écolier, et moins d’un autre. Il leur arrivait souvent de nous parler de dons naturels , de dons de Dieu, et ils nous exhortaient dans le sens de l’évangile , en nous disant que chacun de nous aurait des comptes à rendre en proportion des talens qu’il avait reçus.

Ajoutez que j’observais , dans les animaux privés et sauvages, dont j’avais toujours un bon noiqjirc autour de moi, des différences de facultés et de mœurs comme dans les hommes. Un chien était presque de lui-même habile à la chasse , tandis qu’un autre, de la meme race et de la même portée, ne pouvait être dressé que très difficilement; l’un était très hargneux, cher cl îait querelle à tous les chiens, tandis qu’un autre était très doux et très paisible ; celui-ci ne retrouvait plus son chemin d’une très petite distance; celui-là, au contraire, quoique fuit

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jeune, revenait , après avoir été perdu, d’endroits très éloignes. Tel oiseau écoutait avec grande attention l’air qu’on jouait devant lui et l’apprenait avec une admirable facilité ; tel autre de la meme couvée , nourri et soigné de la même manière, avait toujours la tête égarée, et n’apprenait rien hors son chant naturel. Un pigeon était l’époux fidèle de sa compagne, et malgré des essais réitérés, on ne pouvait le faire consentir à s’accoupler avec une autre femelle; un autre pigeon au contraire se glissait dans tous les colombiers, pour violer et emmener des femelles étrangères, etc.

Dans tous ces cas, on ne pouvait alléguer ni la mauvaise volonté, ni l’éducation, ni des impressions différentes sur les sens extérieurs. Je dus en conséquence conclure queles penchans et les facultés des hommes et des animaux étaient innés.

Mais alors se présente cette question : Uette înnéité sur quoi est - elle fondée? lient - elle à un principe particulier, à un principe spirituel,® à l’ame ; et celte âme exerce-t-elle librement et indépendamment de l’organisation ses facultés? ou bien l’exercice de ses facultés est-il subordonné à certaines conditions matérielles? ou enfin , ces facultés sont-elles le résultat do l’organisme lui-même?

Si ce principe ou celte âme jouit de l'exercice

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de scs facultés, indépendamment de l'organisation, il est, ainsi que toutes ses fonctions, hors de la sphère du physiologiste -, le métaphysicien et le théologien seuls s’arrogeront le pouvoir de prononcer sur sa nature. Mais je soumettrai les questions suivantes à ceux qui prétendent que ce principe est indépendant de l’organisation, ce principe est-il autre dans le sexe masculin que dans le sexe féminin ? change-t-il de nature dans l'enfance, dans l’adolescence , dans la puberté, dans l’âge viril, dans la vieillesse, dans la décrépitude? Eprouvc-l-il quelque modification selon la qualité et la quantité des alimens dont le corps est nourri ? selon que la digestion est facile ou laborieuse? cpie devient cette indépendance dans le sommeil, dans l’ivresse, dans l’apoplexie, dans les fièvres aigues , dans les épanchemens , les excroissances, les inflammations et les ulcères du cerveau et de ses enveloppes , dans les dérangemens des fonctions du foie, de l’estomac ? Chacun sait que de pareilles circonstances interrompent, suppriment, exaltent, altèrent de mille manières les fonctions de l’âme.

Ces faits ne doivent-ils pas nous conduire à cette conséquence, que l’exercice de nos penchans et de nos facultés , quel que soit d’ailleurs le principe que l’on adopte, est soumis à l’influence de conditions organiques?

IO

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Qui contestera dès-lors que les penchans et les facultés ne soient du domaine du physiologiste? c’est à lui d’examiner ces conditions matérielles, ces organes de l’âme ; c’est à lui de déterminer si la perfection plus ou moins grande de ces organes entraîne une manifestation plus ou moins énergique de leurs fonctions -, c’est à lui de rechercher jusqu’à quel point et sous quelles conditions le développement plus favorable des organes cérébraux imprime des signes visibles ou palpables à la surface extérieure de la tête ; c’estenfinla tâche du physiologiste observateur de scruter quelles sont les parties du cerveau affectées à un penchant, à un sentiment, à un talent déterminés.

Pendant long-temps j’ai continué mes recherches, comme je les avais commencées, pousséseulement par mon penchant à l’observation et à la réflexion. M’abandonnant au hasard, je recueillis durant plusieurs années tout ce qu'il m’offrit. Ce ne fut qu’après avoir cumulé une masse de faits analogues assez considérables, que je me sentis en état de les ranger par ordre: j’en aperçus successivement les résultats, et il me fut possible d’aller au-devant des observations , et de les multiplier à volonté.

Mais, encore une fois, plus je croyais avoir fait dopas en avant, plus tout semblait conspirer contre moi. Ici un phénomène supposait une

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chose entièrement contraire aux dogmes physiologiques ; là il se présentait une conséquence qui ne cadrait nullement avec les opinions reçues des philosophes; et que n'imaginait-on pas sur l’influence funeste que mes recherches devaient avoir sur la morale et sur la religion !

Dans ce choc continuel des laits avec les idées reçues, que faire? Fallait-il écouter la voix simple de la nature, ouïes conseils arrogants des doctrines régnantes? Etais-je assez bien préparé pour interpréter juste le langage de la nature Je m’étais trompé si fréquemment : qui pouvait me répondre que je ne me trompais plus ? N’était-ce pas une prétention ridicule à un jeune homme d’espérer que ses efforts lui révéleraient des choses qui, durant tant de siècles, étaient restées cachées aux plus grands observateurs? D’un autre côté, supposéquemes travaux ne fussent pas totalement vains , idélait-ce pas une entreprise imprudente, téméraire, que de heurter les croyances dans le domaine de tant de sciences diverses, de contredire les anatomistes, les physiologistes , les philosophes , les métaphysiciens , les jurisconsultes, etc.?

Combien de fois n’ai-je pas scruté ma conscience pour savoir si peut-être un penchant vicieux voilé à moi-même, ne me guidait pas dans ces recherches ? mais comme je ne j ou vais pré-

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voir jusqu’où elles me mèneraient , la perspective d’une réputation quelconque ne pouvait s’ouvrir à mon esprit, et d’ailleurs était - ce un lion moyen d’y parvenir que d’oser annoncer des propositions extraordinaires, dénuées de probabilités, et démenties en peu de temps ?

L’amour de la vérité et la conviction de la pureté de mes vues pouvaient seuls m’inspirer à chaque pas la conliance et la hardiesse nécessaires. Quand on a découvert par l’expérience une série de vérités irrésistibles, on cherche avec courage tous les doutes et toutes les objections possibles. Chaque doute que l’on résout est une difficulté levée j chaque objection que l’on réfute est une erreur renversée. De cettemanière je parvins bientôt à élaguer de plus en plus les obstacles et àpoursuivre paisiblement ma roule. Je me suis surtout, de bonne heure, familiarisé avec les considérations suivantes, qui devraient être profondément gravées dans l’esprit de tous les observateurs et de tous les lecteurs.

Plus les nouvelles vues sont grandes, plus la nouvelle doctrine touche de près aux affections et aux intérêts des hommes, plus aussi l’auteur doit mettre de soin à éviter toute espèce d’assertion arbitraire et téméraire : mais du moment qu’il annonce des vérités, il doit être assuré d 'avance qu’il ne peut produire que du bien.

I NTRODU CTION.

Que ces vérités concernent la nature [des hommes ou la nature des brutes ; qu’elles de'cèlent le physique ou le moral des cires vivans , il pourra toujours en appeler à l’ordre et à l’harmonie qui régnent dans tout l’univers. N’est-ce donc pas le même Créateur qui a fait le monde physique et le monde moral ? les vérités physiques peuvent-elles être en opposition avec les vérités morales ? Si certains hommes crient au danger dont une découverte réelle pourrait menacer une doctrine quelconque établie, ils rendent cette doctrine singulièrement suspecte; car, ou elle est fausse, ou il faut accuser la faiblesse et l’ignorance des prétendus interprètes des ouvrages de Dieu.

Rien ne résiste à la puissance de la vérité. Or, si la vérité reste, et que des écrivains publics , ou même des gouvernemens, y attachent des conséquences pernicieuses, qui est-ce qui fait le mal? D’un autre côté, n’e|t-il pas à-la*fois impie et absurde de soutenir que les lois et les constitutions doiventêtre fondées sur l’imposture pour assurer le bonheur et la tranquillité des hommes ?

Respectons la vérité, me direz-vous; mais comment connaître que votre doctrine sur les fonctions du cerveau est la vérité? La vérité a sa physionomie comme le mensonge a la sienne.

1 4 INTRODUCTION

Celle doctrine doilsa naissance à dcsfails inconleslables; ces fails ont révélé les lois générales en vertu desquelles ils ont lieu; ils ont conduit à des principes qui se prouvent indépendamment des laits dont ils ont été déduits ; chaque fait nouveau, ou fourni par le hasard , ou provoqué par un esprit avide d’expérience, en devient une nouvelle conlirmation ; celte doctrine a introduit de la clarté, de ^assurance, de l'harmonie, de la stabilité, où jusqu’à présent il ne régnait que de l’obscurité , de la vacillation, de la contradiction, de la versatilité; elle explique les phénomènes moraux, et les modifications de ces phénomènes, dans les divers âges, dans les deux sexes , dans les divers étals de santé et de maladie, dans les diverses nations; chez l’homme et chez les animaux elle nous dévoile le secret de la diversité des instincts, des penchans, des facultés , aussi bien des espèces que des individus; depuis le polype jusqu’à l’homme elle nous démontre, de fragment en fragment, les causes matérielles du perfectionnement graduel de leur intelligence, dont, en sens inverse, en descendant de l’homme jusqu’au polype, et en retranchant pièce à pièce, elle opère la diminution et la dégradation; les propositions nombreuses de celte doctrine, tout en détruisant à droite et à gauche les erreurs les plus accréditées, se sou-

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tiennent et so consolident mutuellement; elle est éminemment féconde en application aux affaires humaines, à l’éducation, aux arts et aux sciences, à l’étude de l’histoire, à la médecine, à la philosophie, à la morale, à la législation criminelle, etc.; elle ouvre au naturaliste observateur un champ immense de méditation. Si ce sont là des caractères de la vérité et de l’utilité d’une doctrine, j’ai la certitude que l’on sera d’autant plus frappé de la vérité et de l’utilité de la physiologie du cerveau, qu’on l’aura soumise à des épreuves plus rigoureuses et plus multipliées.

Pénétré de ces idées, et rassuré par ces motifs, je portai toute mon attention à trouver les moyens qui , dans le moins de temps possible, me mettraient en état d’accumuler les faits les plus nombreux. Je parlerai de ces moyens, là où je traiterai des penclians et des facultés , et de leurs organes en particulier. En voici un autre qui se présenta quand j’y pensais le moins , et qui contribua grandement à perfectionner mes travaux.

Le premier jour de l’an i8o5, mon père, qui demeurait à Tiefenbrunn, dans le grand-duché de Bade, m’écrivit ces mots : « Il est tard , et la » nuit pourrait n’être pas loin: te verrai-je en-

iG

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» core (i)? » Il n’y avait qu’une pareille invitation , jointe au désir ardent que je nourrissais dans mon cœur depuis long-temps de revoir des parens chéris, après une absence de vingt-cinq ans, qui pouvait seule me décider à abandonner pour quelques mois mes amis et mes malades. Je voulus profiter de celte circonstance pour faire connaître aux savans du nord de l’Allemagne mes découvertes. Pour que mes entretiens avec eux ne se bornassent pas à des propositions età des discussions sans appui , je pris avec moi une partie de ma collection. J’étais toujours convaincu que, sans ces preuves visibles et palpables, il serait à jamais impossible de militer victorieusement contre tant de préventions, de préjugés et d’opinions contraires, que je devais nécessairement rencontrer.

Je reçus partout l’accueil le plus flatteur ; les souverains , les ministres, les savans, les administrateurs, les artistes, secondèrent dans toutes les occasions mon dessein, en augmentant ma collection , et en me fournissant de nouvelles observations. Les circonstances étaient trop favorables pour qu’il me fût possible de résister aux invitations qui me venaient de la plupart

(i) JEsist Abead , und kounte bald Naclit werdcn : werde ich dich noch selien?

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des universités. Par-là mon voyage s’est prolongé bien au-delà du terme que j’avais d’abord fixe' j niais aussi il en est résulté tant de discussions privées et publiques sur ma doctrine, qu’elle est parvenue à un degré de maturité que peu de fondateurs de doctrines nouvelles ont pu atteindre de leur vivant.

Ce voyage m’a donné la facilité d’étudier l’organisation d’un grand nombre d’hommes à talons éminens et d’hommes extrêmement bornés, pour mieux saisir, par ce rapprochement, la différence de l’une à l’autre. J’ai recueilli des faits innombrables dans les écoles et dans les grands établissemens d’éducation , dans les maisons d’orphelins et d’enfans trouvés, dans les hospices des fous , dans les maisons de correction et dans les prisons , dans les interrogatoires judiciaires, et même sur les places d’exécution ; les recherches multipliées sur les suicides, sur les imbéciles et sur les aliénés, ont puissamment contribué à rectifier et à fixer mes opinions. J’ai mis à contribution beaucoup de cabinets anatomiques et physiologiques ; j’ai soumis les statues et les bustes antiques à mes expériences, et je les ai confrontés aux récits de l’histoire.

A[ n és avoir usé, pendant plus de trente ans , de tant de moyens si diversifiés , je ne craignais plus ni le danger , ni le reproche d’avoir préci-

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pilé la publication démon grand ouvrage. J’a vais pluldtlieu d’appréhenderquele nombre des preuves que je fournissais à l’appui de chaque proposition, loin de ne pas êtresatisfaisant, ne fût, pour la plupart des lecteurs , véritablement effrayant.

Comme ce volume sera particulièrement consacré à l’exposition de la partie morale de la physiologie du cerveau , le lecteur pourrait demander si un médecin a le droit de faire valoir ses connaissances pour l’étude de la morale, pour le perfectionnement de l’éducation , pour celui des maisons de correction, des prisons, du code pénal, des malfaiteurs, etc.?

Personne 11e disconvient que toutes les institutions et toutes les lois ne doivent avoir pour base la nature de l’homme et les besoins de la société. Or, à qui la nature humaine se dévoile - 1 - elle plus franchement et avec moins de réserve qu’au médecin ? Qui a plus d’occasion que le médecin de voir les hommes dansleur état d’abandon absolu ? Qui est plus obligé d’étudier leur physique et leur moral , et l’influence de l’un sur l'autre? Qui encore y est mieux préparé par des connaissances accessoires et par l’étude des sciences naturelles ? Et enfin qui remarque et qui sait apprécier aussi bien que le médecin, rinfluence des alimens , des boissons, de la température, d’une période critique imminente ou déjà arrivée, du tempéra-

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oient, du climat, des affections, des passions , des maladies, etc., sur les déterminations des hommes ? Le médecin seul est, nuit et jour, lé* uioin des événemens les plus secrets des familles , de leurs relations les plus intimes. Vertueux ou méchant, l’homme qui souffre ou qui lutte contre la mort, ne peut que difficilement cacher au médecin son véritable caractère. Qui ne voudrait avoir pour ami l'homme a qui l’on confie son épouse , ses enfans et. soi-mème ; l’homme qui à toute heure doit être prêt à se donner tout entier à ses malades, et peut-être à trouver la mort auprès de leur lit? C’est à un tel ami, auquel on sait que rien d’humain ne reste étranger, que l’on ouvre les replis les plus cachés de son cœur ; on se croit obligé de lui découvrir les faiblesses, les écarts qui peuvent le guider plus sûrement dans son jugement. Qui peut, comme le médecin , tracer la ligne de démarcation extrêmement délicate qui distingue l’immoralité , la méchanceté et le crime, de certains dérangemens de l’âme souvent si masqués, de l’imbécillité, de la folie ? Des circonstances aussi nombreuses et aussi favorables ne doiventelles pas donner au médecin des connaissances certaines et profondes de la nature humaine? Que ce même médecin soit doué du génie observateur , qu’il soit familiarisé avec l’origine et la

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nature des penchans et des facultés , avec les excès et les abus dont ces mêmes penchans et ces mêmes facultés le menacent continuellement, et vous aurez l’homme par préférence , pour fournir des renseignemens précieux dans tous les cas où il s’agit de diriger adroitement et de juger équitablement les actions humaines. Déjà Moïse, ce grand législateur , a fixé partout sa principale attention sur le physique de l’homme. N’est-cc pas aux médecins qu’on est redevable d’une infinité d’excellens élablissemens de police , de bonnes lois ? Depuis que quelques grands hommes ont donné des traités plus complets de la police et de la statistique médicales, ainsi que de la médecine légale, combien n’est-il pas d’instituteurs et de moralistes qui empruntent à la médecine leurs moyens les plus

heureux en résultats !

Si tout ce que je viens de dire n’est pas encore accompli, c’est parce que , négligeant Futile exemple des anciens sages de la Grèce, on a trop isolé les unes des autres, la physiologie, la médecine, l’éducation, la morale, la législation, au lieu cl’apprécier tous leurs rapports mutuels; c’est surtout parce qu’il est peu de médecins philosophes qui puissent embrasser toute l’étendue de leur sphère d’activité, et s’élever à toute la dignité de leur état.

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