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Dans la Veuve de Corneille, Alcidon s'écrie

Le Joli passe- temps D*être auprès d'une dame et causer du beau temps. Lui jurer que Paris est toujours plein de fange !.. .

sait point s'aventurer dehors après l'heure du couvre-feu. Heureux encore si Ton pouvait dormir, si des coups de pistolet ou des cris d'assassinés ne vous réveillaient en sursaut ! A défaut de ces bruits tragiques, Boileau, dans son grenier, enten-

^ dait les chats de toutes les gouttières et les rats qui semblaient se concerter avec les chats pour tuer son sommeil. A la pointe du jour il entendait aussi les coqs ; et c'est un plaisir dont aujourd'hui nous sommes bien privés.

Mais il y avait tout de même de bonnes heures à passer dans ce maudit Paris. On allait faire carrousse, comme on disait alors, dans les cabarets à

, la mode, au Mouton Blanc, place du Gimetière- Saint-Jean, ou chez Crenet, A la Pomme de Pin. Boileau y rejoignait Furetière, Chapelle, La Fontaine, Racine et le comédien Ghampmeslé qu'on arrosait de Champagne. C'était Racine qui payait :

' il croyait y avoir plus de droits que les autres. Et

r je ne parle pas des diableries à Saint-Germain avec le jeune de Sévigné !

Cependant, quand on était las de sentir la mauvaise boue de Paris, las de voir passer des faquins orgueilleux, des pédants devenus ducs et pairs et des rimeurs afTamés, las de rencontrer ces gens qui balaient le barreau de leur robe à longs plis, et le vice

Qui va la mitre en tête et la crosse à la main,

quand on aspirait à trouver c quelque antre ou quelque roche, >

D'où jamais ni l'huissier ni le sergent n'approche.

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on s'en allait tout bonnement à la campagne, et la campagne n'était pas aussi loin qu'aujourd'hui. On la rencontrait à Clignancourt, où le père de Boileau possédait une maison et une vigne. Elle vous souriait d'un faible sourire sur les hauteurs crayeuses et maigrement gazonnées de Chaillot. Elle vous invitait et vous aimait surtout à Auteuil. Là, c'était la vraie campagne d'où l'on ne découvrait plus, comme à Ciignancourt, les moulins de la butte Montmartre, la vraie nature, bonne ménagère, qui doit prendre soin de la table des hommes. L'air y était sain. Les légumes y étaient savoureux. Antoine soignait ses melons suivant toutes les règles. Mais on y pouvait aussi c fouler le parfum des plantes fleuries >, et l'on buvait le café sous un pavillon de verdure tout en admirant l'art du jardinier qui a su c diriger l'if et le chèvrefeuille. >

Tel était le Paris de Boileau, bruyant et grouillant, avec de longs faubourgs silencieux et sa campagne potagère. Sa famille, une vieille famille parisienne de robins, n'était pas moins curieuse et ne tient guère moins de place dans son œuvre. Son père, greffier à la grande Chambre du Parlement, homme doux, pacifique et justement re* nommé pour sa probité, s'était marié deux fois et avait eu seize enfants. Sa fortune était inférieure à sa réputation ; mais enfin il avait assez gagné pour établir les dix enfants qui lui restaient et pour leur assurer après sa mort une subsistance

honorable ^ Tous ses fils étaient des originaux, entêtés, francs du collier, prompts à saisir les ridicules, et d'un esprit qui pouvait varier en finesse, mais qui était toujours très mordant. Ils auraient composé une excellente troupe de comédiens. « Si mon frère Jacques, disait Nicolas, n'avait pas été docteur de Sorbonne, il l'eût été de la Comédie italienne. » Jérôme, l'aîné, qui succéda à son père et qui continua d'habiter la maison du Palais, avait moins de relief que les autres; mais il eut soin de prendre une femme plus excentrique à elle seule que toute la famille réunie.

C'est de cette vieille maison que notre poète a gardé tant de souvenirs qui revivent dans ses vers. C'est là qu'il a vu, aux grands dîners, ces belles pyramides de viandes que son Repas ridicule nous décrit si copieusement. C'est là qu'un soir toute sa famille, en pénétrant dans la salle à manger, recula devant une étrange odeur de chou. On avait du monde à dîner. M. Boileau manda la cuisinière : € Etes-vous folle de nous avoir fait une soupe aux choux? > La cuisinière protesta qu'elle n'avait jamais eu un aussi noir dessein. Et l'on cherchait d'où venait l'odeur, quand tout à coup on découvrit sous la pyramide de viandes, un de ces lapins, animaux domestiques,

Qui dès leur tendre enfance élevés dans Paris Sentent encor le chou dont ils furent nourris.

c Enlevez le lapin ! i cria-t-on. On l'enlevai

i. Des Maieauz, VU de Boileau»

mais l'odeur resta et passa à la postérité. C'est dans cette maison qu'il vit débarquer un jour des cousins de province, campagnards avantageux € qui relevaient leur moustache »

Et leur feutre à longs poils ombragé d'un panache.

C'est là qu'il connut le parrain de son jeune frère, Jacques Tardieu, le lieutenant criminel de Paris, l'épouvantable avare qui devait périr assassiné par des voleurs avec sa triste épouse, et qu'il nous a peint dans sa Satire des Femmes. On le voyait

tout poudreux, tout souillé.

Couvert d'un yieuz chapeau de cordon dépouillé, £t de sa robe, en vain de pièces rajeunie, A pied dans les ruisseaux traînant l'ignominie.

C'est là enfin qu'il put apprécier, dans la personne de sa belle-sœur, ce que Thumeur féminine a de plus extraordinaire. Elle l'eût dégoûté de toute envie du mariage, si une certaine froideur naturelle n'y avait pourvu. Madame Jérôme Boileau, dont lu Satire des Femmes nous présente plusieurs images, était revèche et bizarre, mais encore plus bizarre que revèche. Elle avait le don d'inventer des noms ridicules. Un homme d'épée devenait dans sa bouche un grand épétier. Une femme lui déplaisait-elle? C'était une grande Bacoule^ ou une Pimbêche^ ou une Orbesche. Racine lui dut ainsi, par l'entremise de JBoileau, le nom de sa célèbre plaideuse

Haute et puissante dame Yolande Gudasne, Comtesse de Pimbêche, Orbesche, et caetera...

Malheureusement^ Madame Boileau avait d'autres fantaisies. Dès que son mari la contrariait ou repoussait un de ses désirs, elle tombait en défaillance. On la portait sur son lit où elle revenait difficilement à elle, et on courait chercher le docteur. C'était cet assassin de Perrault. Il ne manquait jamais de la trouver vraiment malade. Terrible pour ses domestiques, il lui arrivait parfois de faire maison nette en l'absence de son mari. Elle les chassait tous et les remplaçait à l'instant. (Elle avait bien delà chance 1) M. Jérôme rentrait : le portier lui demandait son nom. Assez surpris, il pénétrait dans ses appartements

Et cherchait vainement quelqu'un de connaissance.

Cette ville, ce palais, cette maison de greffier, ces personnages, il suffit de relire les Satires, les Epitres et le Lutrin pour les voir ressusciter à DOS yeux. Les commentaires de Brossette, inspirés par Boileau lui-même, en précisent et en achèvent l'évocation. Bourgeois de Paris, il a su rendre merveilleusement son milieu et quelques aspects de sa ville. S'il n'a pas la verve jaillissante et drue du Molière des premières pièces ni du Corneille des comédies, il est pourtant avec eux le poète le plus pittoresque du xvii® siècle. Mais ce pittoresque qu'il atteint, il ne le cherche pas. Il s'applique uniquement et studieusement à mettre en vers des choses, de petites choses^ qui n'y ont pas encore été mises, et à les y mettre sans s'avilir. Je relève dans une de ses lettres à Maucroix ce passage significatif : c Malherbe

excelle surtout à dire les petites choses, et c'est en quoi il ressemble le mieux aux Anciens que j'admire surtout par cet endroit. Plus les choses sont sèches et malaisées à dire en vers, plus elles frappent quand elles sont dites noblement et avec cette élégance qui fait proprement la poésie. > Je crois qu'il se trompe ici sur la poésie et sur les Anciens et sur lui-même. Il s'imagine obéir à une règle quand il ne cède qu'à son génie de poète réaliste. D'ailleurs, il n'est ni le premier ni le dernier qui ait fait une théorie pour justifier son tempérament. Boileau n'a aucune invention ; mais, dans un cercle restreint, il saisit les plus humbles détails, et il les ennoblit, — je veux dire qu'il les rend littéraires, — par la forme exacte et précise qu'il leur donne. En cela il représente bien, autant qu'un artiste peut le représenter, ce vif esprit de la bourgeoisie parisienne qui aime les contours nets et qui ne déteste pas les tours de force et les réussites ingénieuses.

Mais il en représente encore mieux les goûts, les opinions, les idées, l'âme. M. Normand, dans l'ouvrage que j'ai déjà cité, observe qu'au XVII® siècle la bourgeoisie a dea frontières singulièrement indéterminées. La vieille classe des robins à laquelle appartient Boileau, c'est la classe bourgeoise qui monte. On en reconnaît les membres à ce qu'ils se piquent de noblesse. En 1697, l'Assemblée, chargée de la revision des titres, rendait un arrêt en bonne forme, qui déclarait Boi-

leau noble de quatre cents ans. Ce c fils, frère, oncle, cousin, beau-frère de greffier » en est très fier et ne manque pas de l'envoyer à son jeune ami le lyonnais Brossette, futur commentateur de son œuvre et qui réunit des matériaux pour son apologie. Et Brossette de lui répondre : « La dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire m'a enfin appris la confirmation de votre noblesse. La joie que m'a causée cette lettre obligeante ne pouvait être augmentée que par une nouvelle aussi agréable. » Vous retrouvez le même sentiment chez La Bruyère, mais avec une ironie concentrée et agressive : c Je le déclare nettement, afin que l'on s'y prépare et que personne un jour n'en soit surpris : s'il arrive jamais que quelque grand me trouve digne de ses soins, si je fais enfin une belle fortune, il y a un Geoffroy de La Bruyère que toutes les chroniques rangent au nombre des plus grands seigneurs de France qui suivirent Godefroy de Bouillon à la conquête de la Terre-Sainte : voilà alors de qui je descends en ligne directe. »

Boileau est noble, il tient à l'être ; et pourtant sa cinquième satire n'est qu'une éloquente dérision de ]a noblesse en tant qu'institution sociale. Que signifie la noblesse sans la vertu, la noblesse

Qui ne peut rien offrir aux yeux de l'univers

Que de vieux parchemins qu'ont épargnés les vers?

Etes-vous d'honnêtes gens ? Respectez- vous les lois? Savez- vous sacrifier votre repos à la gloire? Oh, alors

Voyez de quel guerrier il vous plaît de descendre. Choisissez de César, d'Achille ou d'Alexandre. En yain un faux censeur voudrait vous démentir. Et, si vous n'en sortez, vous en devez sortir 1

Vous prétendez que votre noblesse est authentique ?

Mais qui m'assurera qu'en ce long cercle d'ans,

A leurs fameux époux vos aïeules fidèles

Aux douceurs des galants furent toujours rebelles ?

Admirables vers et qui peuvent supporter la comparaison avec les vers oratoires d'un Corneille ou d'un Hugo ! L'idée n'en est point originale» puisque Juvénal l'avait déjà exprimée en latin; mais ils prouvent que la bourgeoisie française s'était assimilé les idées de Juvénal et qu'elle se sentait grandir en face de la noblesse abaissée par le triomphe de la monarchie absolue. Le bourgeois ose s'écrier devant le noble qui, n'étant pas un héros, n'est plus qu'un fat :

On dirait que le ciel est soumis à sa loi

Et que Dieu l'ait pétri d'autre limon que moi!

Cette satire était dédiée à l'un des plus habiles courtisans, le marquis de Dangeau; et ce fut la première pièce de Boileau que Louis XIV entendit et approuva. D'ailleurs, par une contradiction qu ira s'accentuant au xviii' siècle et qui contribuera à la chute de l'ancien régime, ni la royauté ni l'aristocratie n'attachaient de réelle importance à ces attaques littéraires contre la cour ou contre la noblesse. Ceux qui les écoutaient et ceux-là

mêmes qui les faisaient ne les considéraient que comme des exercices de rhétorique. L'éloge des vertus républicaines était bon à mettre en vers. Mais les idées ont une force qu'ils ne soupçonnaient pas! Boileau est noble quand il regarde au-dessous de lui; il serait volontiers égalitaire quand il regarde au-dessus. Ce trait bien bourgeois, qui n'est pas très marqué chez lui, le sera beaucoup plus chez l'enfant qui naissait en 1694, à quelques pas de son ancienne demeure, dans la maison de M. Arouet, ancien notaire au Ghâtelet et receveur des épices à la Chambre des Comptes, le futur Voltaire.

Boileau a d'autres travers encore plus innocents et qui sont communs à la bourgeoisie. Il est un peu pédant. Il l'est avec cette candeur et cet air d'honnête homme que Bussy-Babutin admirait en lui. Il l'eût été probablement davantage s'il n'avait fréquenté chez M. de Lamoignon, dans ce salon dont la causerie spirituelle tempérait l'austérité, et où la science, fût-ce celle des vers, apprenait à se présenter avec enjouement. Il était né disputeur et croyait souvent avoir vaincu un adversaire qu'il n'avait fait que lasser. Et, comme il advient aux disputeurs habitués à ce qu'on leur abandonne le champ de bataille, une résistance trop prolongée, une attaque trop vive, surtout quand elle partait d'un grand seigneur, éveillait sa susceptibilité et découvrait le fonds de pédantisme qu'il semblait avoir hérité de Malherbe. Un jour M. de Seignelai,

le fils de Colbert, l'avait entrepris et le harcelait. c Répondez, répondez à celai > lai disait-il. f Comme je vis, raconte Boileau, que la chose était poussée avec une hauteur qui ne me convenait pas, j'eus le courage de dire : c Monsieur, € j'ai toujours fait ma principale étude de la Poéc tique ; tout le monde convient même que j'en ai € écrit avec assez de succès. Si vous voulez que € je vous réponde, il faut que vous consentiez que c je vous instruise au moins trois jours de suite. > Après cela, je lui décochai six préceptes les plus importants d'Aristote. Il se sentit battu. Toute la compagnie riait dans l'âme. M. Racine en sortant me dit : c le brave homme que vous êtes !

c Achille en personne n'aurait pas mieux combattu c que vous. » Cette petite scène, tirée du Bolœana, nous montre notre Boileau dans un de ses accès d'humeur pédantesque. Je ne sais de qui la compagnie riait; mais j'ai dans l'idée que la sortie du poète était plus amusante que la retraite du marquis, et qu'il y avait de l'ironie dans la cordialité des compliments de son ami Racine, plus homme du monde et toujours prêt à le lâcher devant les grands ou devant le Roi.

Vaniteux, il Tétait, mais d'une vanité qui se confondait souvent avec un légitime orgueil. Contrairement à ce qu'il dit dans son Art poétique^ il aimait qu'on le louât et fort peu qu'on le conseillât. « Tu es plus ivre de tes vers que je ne le suis de mon vin I » s'écriait Chapelle. 11 se citait volontiers, et chaque fois qu'un de ses anciens vers lui revenait en mémoire, il s'en déclarait satisfait ;

« Je ne le désavouerai pas même aujourd'hui ! » Sa correspondance et ses entretiens avec Brossette sont émaillés de naïvetés plaisantes. Un jour qu'ils relisaient ensemble sa huitième Satire, ils arrivèrent au passage où un usurier enseigne à son fils que tout le secret de la richesse tient en ces quelques mots :

Cinq et quatre font neuf : ôtez deux, reste sept.

Remarquez-vous ce vers? dit Boileau. — Certes! dit Brossette. 11 est serré. — Remarquez bien, reprit Boileau, qu'il décrit les deux premières règles de l'arithmétique qui sont l'addition et la soustraction. » Le soir venu, Brossette s'empressa de coucher par écrit cette remarque substantielle. Un autre jour, il lui envoie dans une lettre une Enigme qu'il a composée à l'âge de dix-sept ans € et qui est pour ainsi dire son premier ouvrage. »

Du repos des humains implacable ennemie, J'ai rendu mille amants envieux de mon sort, Je me repais de sang et je trouve ma vie Dans les bras de celui qui recherche ma mort.

Il l'avait oubliée, mais il se l'est rappelée la veille, en revoyant la maison que son père possédait au pied de Montmartre et oii il l'avait composée. € Je vous l'envoie, dit-il en badinant, pour que vous l'examiniez à la rigueur. » Brossette, qui connaît l'art de flatter son maître et qui avait, en ce moment-là, à se faire pardonner certaines petites critiques malencontreuses sur le Passage du Rhirif dont le maître l'avait sévèrement tancé,

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Brossette devant l'Enigme tombe en extase.

c Votre Enigme a tant de beauté et de justesse que je ne la prendrais pas pour l'ouvrage d'un jeune homme, si vous ne m'aviez pas averti de l'âge auquel vous l'avez composée. On ne croirait pas d abord qu'un si petit sujet, qu'une Puce enfin, puisqu'il faut la nommer, pût fournir des expressions et même des idées si nobles, si grandes et si magnifiques ! > Boileau accepte sans broncher ces frénétiques hyperboles*

Ce ne sont là que des faiblesses. Voici qui est plus grave. Il pouvait mettre à profit, comme il le dit à Racine dans son épître sur V Utilité des Ennemis, les malignes fureurs de ses adversaires. Il n'en traitait pas moins leurs réponses de libelles diffamatoires. Son amour-propre souffrait plus qu'il ne voulait l'avouer des épigrammes de ses victimes, même insipides, même signées Gotin. Quand Boursault le drapa dans sa comédie intitulée La Satire des Satires, Boileau n'y tint plus et fit démarches sur démarches pour en interdire la représentation et pour en arrêter la vente. « Il y réussit par la protection du premier président de Lamoignon. Mais il se garda bien de se vanter de ce succès devant le public et la postérité ^ > 11 est fâcheux qu'on surprenne ainsi chez Boileau le procédé dont Voltaire se servira plus tard contre les Fréron. Mais l'indépendance du caractère n'implique pas toujours une juste notion de la liberté. Le bourgeois français aime assez que le gouverne-

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