‹ Sur les helminthes des Primates Anthropoïdes (première note., Cestodes)Chapitre 2 sur 3 · R. BLANCHARD · texte numérisé non relu

R. BLANCHARD

celle-ci. Dans le cou et les premiers anneaux, on distingue nettement par transparence un large vaisseau latéral.

Les anneaux sont extrêmement serrés les uns contre les autres; même à la partie postérieure du corps, ils demeurent très courts et n’ont pas plus de 0 mm 35 de longueur. Ils vont en s’élargissant progressivement et n’atteignent leur largeur définitive qu’à 45 rara environ de l’extrémité antérieure: ils ont alors uue largeur de 15 mra , qu’ils gardent très exactement jusqu’à l’extrémité postérieure. Le Ver s’elllle donc eu avant d’une façon insensible (b g. 2).

à Les pores sexuels sont marginaux, très petits et visibles seulement à la loupe. Il n’en existe qu’un seul par anneau et, fait remarquable, ils alternent très régulièrement d’un anneau à l’autre; il est tout à fait exceptionnel de voir deux pores percés sur deux anneaux successifs, auquel cas l’ail ernance régulière se rétablit aussitôt. Le long du bord latéral, l’anneau porifère est sensiblement plus large- que ceux entre lesquels il se trouve intercalé.

Dans l’anneau mûr, les œufs sont rassemblés en 30 à 35 paquets polyédriques, de taille très inégale, séparés les uns des autres par des cloisons de tissu conjonctif et formant une rangée transversale qui occupe toute la largeur et toute l’épaisseur de l’anneau. Les plus grands de ces paquets mesurent 0 ram 92 sur 0 mm 81,les plus petits 0 mm 51 sur 0 mra l0. Cette zone ovigère s’est formée aux dépens du parenchyme interne; elle est limitée à ses deux faces dorsale et ventrale par une puissante couche de muscles longitudinaux, en dehors de laquelle se voit le système tégumentaire habituel.

Celui-ci est infiltré d’un grand nombre de corpuscules calcaires très réfringents, elliptiques,

arrondis, ovoïdes ou Fig. a. — oFuf de liertia anguleux suivant les Shuleri.

cas, mais présentant presque toujours des couches concentriques bien marquées. Leurs dimensions varient entre 13 et 20g. de long sur II à 17 g. de large. L’œuf (fig. 3) a la même structure générale (pie

\'\g. 2- — Hertia C ] 1UZ les autres I nojtlocenhndnuo : il comprend trois Mwdm,degran- , . , , . .

deur naturelle, enveloppes successives. L externe est distendue,

arrondie, ininee etanliiste; elle est la véritable membrane vitelline, qui persiste autour de l’œuf, môme après que l’ovule a subi les profondes modifications dont il est le siège; elle se déchire, d’ailleurs, ou se plisse et se laisse déprimer très facilement, en sorte que l’œuf peut prendre une forme irrégulière ou polyédrique.

A l’intérieur de cette membrane se voient quelques détritus vitellins, puis une seconde enveloppe, plus étroite et plus mince, ordinairement plissée sur elle-même. C’est une sorte de cliorion, qui renferme aussi des détritus vitellins, mais en plus grande abondance que la première enveloppe.

La troisième membrane est emboîtée dans les deux premières. Elle est homologue à ce qu’on est convenu d’appeler la « coque de l’œuf (1) » chez les Téniadés les plus connus (Taenia solium , T. serrât a, T. sag inata) ; elle en diffère toutefois par ses dimensions plus petites, par sa structure homogène, « les eanalieules poreux » faisant défaut, et surtout par l’existence d’un « appareil pyriforme. » Comme on sait, cet appareil consiste en deux prolongements en forme de corne, développés sur la « coque de l’œuf » d’une façon plus ou moins symétrique; leur aspeet et leurs dimensions sont assez variables, ainsi que je le montrerai dans un autre travail.

En ce qui concerne plus spécialement le Berlin stwleri, les ligures 3 et 4 montrent l’aspect le plus habituel de l’appareil pyriforme, dont les deux cornes sont grosses, courtes et obtuses. Une seule fois nous les avons vues s’effiler et s’entrecroiser; il est possible que cette disposition soit fréquente, mais nos préparations ne nous renseignent pas suffisamment à cet égard: elles étaient déjà faites, quand nous avons reconnu que, pour se rendre exactement compte de la structure de l’appareil pyriforme, il était nécessaire de colorer au carmin avec la plus grande intensité. Quoi qu’il en soit, il n’est pas rare d’observer des œufs dans lesquels les deux cornes de l’appareil pyriforme sont écartées l’une de l’autre de toute la longueur du diamètre de la « coque de l’œuf » et divergent for-

Pl H M H U U

Cig. — Appareil pyriformede Cmuf de lier lia S tu de ri.

(1) Rien n’est aussi vague et indécis que ce qu'il faut entendre par coque de l'œuf. Chez les Poissons osseux, la coque entoure l’ovule tout entier et Coude seul ; chez les Reptiles et les Oiseaux , elle est extra-ovulaire et entoure non seulement l'ovule ou vitellus, mais encore toute l'albumine; chez les Cesl.odes, au contraire, elle est intra-ovulaire et n’enveloppe finalement qu’une petite portion du vitellus primitif. Le sens du mot c horion n’est pas plus précis. 11 est vraiment désirable qu’on finisse par s’entendre sur la signitication de ces expressions et qu’on régularise un peu la nomenclature embryologique.

lî. BLANCHARD

tement. D’au 1res fois, l'appareil pyriforme se montre de profil, en sorte que les deux cornes se superposent et semblent cire remplacées par une corne unique.

Les dimensions moyennes de la membrane vitelline sont de 53 à GO La largeur de la <c coque de l’œuf » est de 14 à IG g ; sa hauteur, y compris l’appareil pyriforme, est de 23 à 30 y. L’oncosphère ou embryon hexacanthe, qui remplit ]dus ou moins exactement la coque de Po uf, est sphérique et large de 10 à 12 g. Il éclôt par le pôle opposé à l’appareil pyriforme, la coque s’amincissant progressivement à mesure qu’on se rapproche de ce pôle.

Parvenu à son entier développement, le Ver est long de 130 mm , large de 15 rnm au maximum, épais de 2 mm o et compte 418 anneaux.

Habitat . — Intestin grêle du Chimpanzé (Troglodytes nigrr).

Cet helminthe a été découvert en 1870 par M. le professeur Th. Studer (1), chez un Chimpanzé âgé d’environ deux ans, mort à Berne dans une ménagerie. Deux individus ont été trouvés dans l’intestin : l’un d’eux, intact et (Lune conservation parfaite., appartient au Musée de Berne et m’a été communiqué par M. Studer, auquel je suis heureux de dédier cette belle espèce. Le second exemplaire doit aussi faire partie des collections du Musée de Berne (2).

1 n autre exemplaire, de provenance très différente, fait partie de ma collection. Il provient d’un jeune Chimpanzé, mort après un très court séjour en France, au parc de la Tète-d’Or, a Lyon, et m’a été donné par M. Leclerc, inspecteur de la boucherie de Lyon. Ce Ver est malheureusement très incomplet et réduit à trois fragments ayant une longueur totale de25 mm et une largeur de 13 mm et formés d’anneaux murs. La structure de ceux-ci et des œufs qu’ils contiennent est exactement la même (pie dans l’exemplaire précédent, en sorte que l’identité spécifique n’est pas douteuse.

Bertia Satyri R. BL, 1891.

Cette espèce est représentée par un exemplaire unique, appar-

(1) Th. Stuueh, Ueber einen Bandwurm des Chimpanzé . Millheil. der naturf. Gesellscbafl in Bern, p. 10, 1870.

(2j La deseriplion sommaire donnée par Sluder se rapporte probablement à relui des deux exemplaires que je n’ai pu examiner : longueur, ll() ,nm ; largeur, Id™" 1 ; longueur des anneaux, 1"""; épaisseur, 3 1 "" 1 . A l'étal frais, l’animal est pigmenté de noir, surtout sur les derniers anneaux; les orifices sexuels sonl alternes et blancs, l/exemplaire que j'ai examiné est partout d’nn blanc pur, après un séjour de douze ans dans l’alcool.

St’ K LES HELMINTHES DES HUMATES ANTHROPOÏDES

toi

tenant au Musée de Leyde et gracieusement confié à mon examen par M. le I) 1 ' H. Horst.

Ce doit être un Ver d’assez grande dimension, long de 0 ra 35 à 0 m 40 environ et formé de près de 500 anneaux. Malheureusement Tunique exemplaire connu est incomplet : il a une longueur totale de 245 mm et compte exactement 347 anneaux. La tête manque, ainsi que la portion qui lui fait suite : les plus jeunes anneaux que j’aie pu examiner ont déjà une largeur de 2 mm . Les anneaux mûrs ont une longueur de 0 mm 75, une épaisseur de 2 mm et une largeur de 10mm au plus. L’animal est brisé en quatre fragments, ce qui m’a permis de prélever au niveau de chaque rupture un ou deux anneaux pour en faire Tétude histologique; toutefois je n’ai pu obtenir de la sorte des anneaux à un stade favorable pour vérifier la structure et révolution des organes sexuels.

Les pores sexuels sont très étroits, marginaux et irrégulièrement alternes. A ce point de vue, on observe entre cette espèce et la précédente des dilïérences de même ordre qu’entre le Taenia solium et le Taenia saginata.

Le Bertia satyri se distingue encore de son congénère par sa taille plus grande, ainsi que par la plus grande longueur et la moindre largeur de ses anneaux. Il présente encore un certain nombre d’anneaux intercalaires incomplets, disséminés çà et là entre les anneaux normaux, tantôt d’un coté, tantôt de l’autre, et sur le bord desquels on peut voir s’ouvrir un pore sexuel.

Les corpuscules calcaires sont nombreux et ont la même structure que dans l’espèce précédente, mais ils sont plus gros : ils mesurent jusqu’à 30 y de longueur et 20 y. de largeur; ils se colorent aisément par le carmin. La lacune longitudinale est affaissée sur elle-même et présente par conséquent une lumière étoilée, dont la plus grande largeur est de 250 y ; en dehors d’elle, c’est-à-dire entre elle et le hord latéral, se voit un vaisseau longitudinal dont le calibre est régulier et (pii est large de 40 à 70 y.

Les anneaux dont j’ai pu étudier la structure présentaient tous le cloisonnement signalé déjà chez Bertia Studeri . Dans l’anneau qui n’est pas encore complètement envahi par les œufs, on constate que chacun de ces compartiments est occupé par des tubes glandulaires, (pii ne sont autre chose que les ovaires. La poche du eirre est elaviforme, de grande taille et très allongée.

Dans l’anneau mûr, les œufs sont disposés comme chez le Ver du Chimpanzé, avec cette différence toutefois qu’un certain nombre de compartiments restent vkles et que quelques autres sont manifestement eu train de se vider. Grâce à ce phénomène particulier,

R. RLANCItARD

dont la cause nous écliaj»pe r il se produit dans la portion latérale de l’anneau, du coté du pore sexuel, une énorme accumulation d’œufs. Ceux-ci sont entassés dans une cavité qui comprime la poche du cirre et l’atrophie rapidement. Cette cavité n’a d’autre paroi que le tissu conjonctif du parenchyme, qu’elle refoule de toutes parts; par suite de sa dilatation progressive, elle soulève la paroi deranncau, dans le sens de la moindre résistance, c’est-à-dire vers le bord latéral, et il en résulte que celui-ci fait saillie en une sorte de verrue luisante, à la surface de laquelle on voit encore le pore sexuel.

L’œuf a exactement la meme structure que chez Bcrtia Sluilcri. 11 est très légèrement ovalaire et mesure 35 à 38 (x sur 30 à 32 y. La « coque de l’œuf » est large de 12 à 17 g et longue de 10 à 23 y., y compris l’appareil pyriforme. Celui-ci présente la même structure et les même variations que dans l’espèce précédente, si ce n’est que nous n’avons point vu ses cornes s’ellller et s’entrecroiser. L’embryon hexacanthe est arrondi et mesure 13 a.

Habitat. — Intestin grêle de l’Orang-Outang (Simili satyrus).

Affinités du genre bertià .

Il est très intéressant de rencontrer des Cestodes du même genre chez deux Anthropoïdes géographiquement aussi distincts l’un de l’autre que l’Orang et le Chimpanzé. Cette observation nous conduit aux conclusions suivantes :

1° Pour aucun des Anthropoïdes dont nous avons étudié les Téniadés, il ne s’agissait de Vers contractés en Europe, pendant un séjour dans les ménageries. Les deux Chimpanzés n’ont d’ailleurs vécu en Europe que fort peu de temps, trop peu de temps même, semble-t-il, pour que des Vers aussi riches en anneaux eussent pu arrivera parfait développement. D’autre part, ces Vers appartiennent à un nouveau genre auquel on ne peut rapporter aucun des nombreux Téniadés décrits jusqu’à ce jour.

2° Les rapports des Bcrtia avec les Téniadés des Singes ou Primates quadrupèdes sont ditliciles à préciser, en raison de l’incertitude de nos connaissances relativement à l’helininthologie de ces derniers.

Le Taenia rugosa Diesing, du Cebus hypu.vanthus 9 est inerme, long de 32 à 4S cm est large de 10 à 15 mm ; ses anneaux sont très courts, mais son cou est long et ses ventouses sont reportées en avant; la disposition des pores génitaux n’est lias indiquée.

Le Taenia megastoma Diesing, d’un bon nombre de Singes d’Amé-

rique, est inerme, à pores sexuels alternes, mais ses ventouses sont reportées en avant et ses derniers anneaux sont aussi larges que longs.

Le Taenia mêla noce phala P. J. van Beneclen, du Cynoceplmlns mormon , est inerme et à anneaux courts et larges; mais l’état jeune de l’unique exemplaire n’a permis aucune observation ni sur la structure des organes génitaux ni sur celle des œufs.

Récemment, Gottheil (1) a fait connaître chez les Singes deux Téniadés iuermes, qu’il ne dénomme point et dont il donne d’ailleurs une description très insu disante.

La première espèce a été trouvée chez Macaeus ajnomoUjus . Sa longueur est de ^0 cra , sa largeur maximum de 3 mm o. La tète est globuleuse, les ventouses sont reportées eu avant. Le cou, extrêmement fin et comme filamenteux, est long de 2o mm . Les anneaux augmentent insensiblement de taille et n’acquièrent leur largeur définitive qu’à 15 cm de la tète ; Panneau mur est long de 0 mm 7o et large de 2 mm o. Les pores sexuels sont latéraux, mais Gottheil a négligé de dire s’ils alternaient ou non.

La seconde espèce a été rencontrée chez Macaeus ojnomohjus et chez Cebus capucinus (2). Sa longueur est de 15 cm , sa largeur maximum de S mm . La tète est grosse et claviforme, les ventouses sont petites et reportées en avant. Le cou est court et épais. Les anneaux augmentent rapidement de taille après le premier pouce et atteignent leur largeur définitive à 7o mm de la tète. Les anneaux miïrssont longs de 4 mm 5, larges de 8 mm et font saillie de chaque côté à leur angle postérieur.

En laissant de côté les Cysticerques et les Eehinocoqnes (pii ont été observés chez divers Primates et qui n’ont rien à voir ici, voilà la liste entière des Téniadés décrits ou signalés jusqu’à ce jour chez les Singes. Ainsi qu’il est facile de le constater, aucun de ces Téniadés n’a la moindre analogie avec les Vers du Chimpanzé et de l’Orang-Outang. A quels autres helminthes ceux-ci sont-ils donc analogues?

3° A première vue, les Bertia ressemblent beaucoup aux Téniadés

(1) Wm. S. Gottheil, On some Taeniae of the Quadrumana. Journal of comparative med. and surgery, VII, p. 13H, 1887.

(2) Le premier de ces Singes est originaire de l’ancien continent, le second est originaire d'Amérique. La rencontre d’une même espèce riiez des animaux d’origine aussi dilïérente prouve évidemment que ceux-ci ont vécu dans une même ménagerie pendant assez longtemps. Cela diminue notablement l'intérêt du travail de Gottheil.

rv. — H

Page 1