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MO E

Elle entra donc le 26 janvier, et fut examinée, le soir même, par lPinterne du service. Les recherches anamnestiques font connaître l'existence précaire de cette femme, mais il n’est relevé aucun antécédent pathologique héréditaire ou personnel.

Elle est dans le décubitus latéral droit; le visage est anxieux, les respirations sont fréquentes et courtes (35 par minute), les ailes du nez se contractent énergiquement. Le pouls est simplement fréquent, sans autre particularité. Une teinte bistrée est répandue sur tout son corps. Lêgère suffusion jaune des sclérotiques. Langue saburrale, dégoût des aliments, douleur à la pression au niveau du creux épigastrique.

Elle dit souffrir beaucoup du côté droit. La douleur est éparse, sans point fixe, s’irradiant vers l’épaule.

Il y a une déformation manifeste de la cage thoracique de ce côté : à partir de la troisième, toutes les côtes bombent considérablement. La palpation fait reconnaître l’absence de vibrations thoraciques dans presque tout le côté droit, sauf en haut, dans un petit espace correspondant aux trois ou quatre premières côtes.

A la percussion, matité absolue dans les deux tiers inférieurs. La ligne limitant cette matité avait la forme suivante: partant de la colonne vertébrale, au niveau de la septième vertèbre dorsale, elle s’élevait obliquement en haut et en dehors, gagnait l’épine de l’omoplate, se portait à peu près transversalement en dehors en croisant la région axillaire, passait à deux travers de doigt au-dessus du mamelon, s’incurvait alors brusquement vers l’appendice xyphoïde, où elle se confondait avec la matité hépatique.

A l’auscultation, silence respiratoire absolu dans toute la zone mate. Tout à fait au sommet, on perçoit une respiration soufflante, et çà et là quelques râles sous-crépitants ; pas d’égophonie.

Le foie était considérablement abaissé, en même temps a augmenté de volume. En haut, sa matité se confondait, sans ligne de démarcation possible, avec celle qui vient d’être décrite. En bas, envahissant le flanc, le foie arrivait à deux ou trois travers de doigt de Pépine iliaque antéro-supérieure: transversalement, il s’enfonçait dans l’hy-

pochondre gauche.

Le lendemain 27, à la visite du matin, elle est examinée par M. Île Professeur agrégé qui remplaçait pendant quelques jours le chef de service absent.

La dyspnée s'était beaucoup accentuée (42 respirations par minute), la matité même semblait s'être accrue. Devant l’anxiété respiratoire, la douleur de côté et la matité, on pense à un vaste épanchement pleurétique, et hâtivement on prescrit d’urgence la thoracentèse, qui est exécutée séance tenante, On ponctionne dans le sixième espace sur le bord postérieur de l’aisselle, au centre de la matité, avec l’aiguille n° 2 de Dieulafoy. Contre l'attente générale, cette opération ne donne issue à aucun liquide ; cependant il existe bien une cavité très-large, pleine d’un contenu en partie fluide, car le trocart aspirateur peut y être enfoncé jusqu'aux robinets d'écoulement et s’y mouvoir à l’aise dans tous les sens. L'opération en reste là. En nettoyant la canule, on recueille outre un liquide louche, que l’examen microscopique fait reconnaître pour du pus, un petit lambeau de membrane hyaline transparente, tremblotante et comme gélatineuse. À première vue, cela ressemblait à un fragment de membrane de kyste hydatique.

L’étude au microscope, en nous montrant sur une tranche les fines couches stratifiées dont il était composé, confirmait ce soupçon et établissait le diagnostic. On avait affaire à un kyste hydatique suppuré, très-probablement développé à la face convexe du foie.

Cette notion permit de préciser certaines particularités qui se rattachent à cette maladie. Ainsi la douleur du côté était perçue surtout au niveau de l’omoplate et dans l’épaule droite. La malade avait une répulsion instinctive pour tous les aliments animaux, surtout les aliments gras, et réclamait une nourriture exclusivement végétale.

Malgré la certitude du diagnostic, on ne tente aucune opération.

Les jours suivants, les 28, 29 et 30 janvier, la dyspnée va s’accentuant d'heure en heure. La matité cependant ne croît pas dans des limites appréciables, le poumon gauche se congestionne, et l’auscultation y fait entendre des râles sous-crépitants généralisés.

Enfin les phénomènes asphyxiques s’accroissent subitement dans la

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