Descriphon clinique
Avant que les médecins anglais eussent attiré l'altention sur cette fièvre singulière de l’Indoustan dont Leishman devait découvrir le parasite, on connaissait déjà dans le bassin méditerranéen, principalement en Italie méridionale, des anémies spléniques de l'enfance, de forme clinique mal définie et dont la cause échappait. On savait qu'elles se distinguaient du paludisme par l'absence d’action de la quinine el par les constatalions négatives que donnait la recherche dans le sang de l'hématozoaire de Läveran; certains cliniciens, en particulier F. Fede, en avaient décrit plusieurs types, et l’un de ceux-ci au moins, le type fébrile, semblait présenter une réalité clinique suffisante pour donner l'impression d'une maladie particulière.
Les recherches récentes entreprises à Naples et à Tunis, en montrant la présence de leishmania dans les organes de ces enfants, ont permis de rapprocher ou d'identifier l'infection méditerranéenne avec le Kala Azar indou.
L’aire géographique de la maladie s'étend chaque jour. Pour le médecin d'Europe, le Kala Azar méditerranéen dépasse actuellement en intérêt celui des Indes. Il nous paraît donc
légilime de le prendre comme type de notre description et de notre élude ; c’est lui que nous avons eu l’occasion d'observer et d'étudier en Afrique mineure. Nous dirons quelques mots ensuite sur la maladie indoue.
Il existe sur divers points du littoral méditerranéen et des régions voisines, une infection spéciale qui, dans la Régence, n'a jusqu’à présent été observée que chez les enfants. Elle débute ordinairement au cours de la seconde année ; on peut l’'observer avant; plus rarement, elle frappe des enfants plus àgés. Gabbi en Italie, Tahsim Ibrahim à Tripoli, en ont observé quelques cas (au lotal quatre sur un total actuel de plus de cent observations) chez l'adolescent ou même l’adulte. Toutes les races européennes ou indigènes paraissent également sensibles ; cependant, en Tunisie, la race italienne est de beaucoup la plus frappée.
Insidieuse à son début où le diagnostic est des plus délicats, elle offre à la période d’étal un ensemble de symptômes très caractéristiques. Ce sont : une pâleur extrême, de l’amaigrissement, une hypertrophie considérable de la rate, une augmentation moindre du foie, des œdèmes fugaces et indolores, une température extrêmement irrégulière pouvant présenter dans la même journée plusieurs maxima, une accélération notable du pouls, des troubles digestifs, de la mononucléose. L'hémophilie et les hémorragies (gingivite, purpura) constituent un accident fréquent. On peut noter l'apparition de bulles (pemphigus).
La durée de la maladie est très longue. Sur 25 enfants observés par nous à Tunis ou dans la banlieue, aucun n'a guéri. Un seul paraîl en voie d'amélioration très nette ; mais malgré l'amendement considérable de son élat général, présen-
- [ait encore après six mois d'examen des parasites nombreux dans Ja rate’. La résistance du malade à l'infection semble être proportionnée à son âge.
La lerminaison dans les cas mortels a été amenée soit par les progrès de l’anémie, soit par un accident aigu relevant de la maladie (accès de suffocation), soit par une infection intercurrente {dans deux cas le noma).
Nul traitement, malgré de multiples essais (composés iodés; mercure el argent colloïdaux ; composés arsenicaux de toute nature et en particulier aloxyl, arsénophénylglycin, arséno-
- 4. Au moment où nous corrigeons cet article, cet enfant semble guéri.
4 De CHARLES NICOLLE [341]
deux chapitres différents de la pathologie humaine. Des rapprochements en seront-présentés ensuite sur le terrain expérimental.