ROSES
La moyenne d'augmentation pour chaque mode d’alimentation a été la sufvante :
AUS tement au Sen Re a 2 32 gr. 97 Allaitement mixte. : . . . 214 gr. 33 Allaitement artificiel. . . . . . 8 gr. 11
- 14 des premiers ont progressé de plus de 30 gr. par jour, un seul a diminué de 2 g. 22.
73 enfants sur 109 soumis au régime mixte avaient moins de 30 gr. par Jour.
3 ont diminué, 3 sont restés à zéro.
Sur le2 cinq cas d’allaitement artificiel, 2 sont en diminution quotidienne de 13 gr. 50 et de 2 gr. 5o; un augmente de 0,80; un de 15 gr., le 5° de4r gr. hr.
« Du côté du tube digestif, sur les 89 enfants élevés au sein, 6 ont eu de la diarrhée; sur les gr enfants soumis à l’allaitement mixte, 7 ont eu de la diarrhée ; sur les 11 enfants élevés avec l'allaitement artificiel aucun n’a eu de trouble digestif.
Les accidents ont été bénins, aussi bien dans les cas d'allaitement mixte que dans les cas d’allaitement maternel. Il y a eu seulement un peu de diarrhée jaune ou
de diarrhée verte de courte durée.
= Dans le second groupe :
Un seul enfant élevé au sein a eu une diarrhée jaune légère pendant trois Jours.
Avec l'allaitement mixte 3 cas de diarrhées vertes dont
une assez grave. » (Chavane, thèse de Paris, 1893).
LÉ
Ï n’y a pas eu d'accidents gastro-intestinaux chez les enfants soumis au lait stérilisé seul. Mais en revanche voyez les courbes d’accroissement! Le docteur Chavane ne prétend pas que les résultats obtenus soient merveilleux et il a raison. Il n’y a en eftet que onze jours d’«bservation en moyenne pour chaque enfant ; de plus les vacances nous ont privé de la partie la plus intéressante de cette statistique, à savoir : les résultats des mois de juillet, août et septembre. Nous ne croyons pas qu'ilsoit possible d’affirmer qu’un mode d'alimentation artificielle des nouveaux-nés a une valeur supérieure à tous les autres (hormis l’allaitement maternel, bien entendu), siles trois dangereux mois ne figurent pas dans les observations. Le docteur Chavane a pu suivre un certain nombre de ses bébés, que les mères venaient faire peser à l'hôpital et à qui l’on distribuait du lait stérilisé. Tous ces enfants continuaient à bien supporter le lait stérilisé et leur courbe d’accroissement était régulière. Nous sommes convaincu en effet de l’excellence de la méthode. M. le D' Budin a fait beaucoup pour les jeunes enfants en s’eflorçant de la vulgariser. Entre les mains de personnes expérimentées le lait stérilisé ne peut pas et ne doit pas donner d’insuccès, cela tombe sous le bon sens.
Nous avons le précieux avantage d’être Pami du docteur d’un département du centre, cité par le D' Chavane, qui, sur les conseils de M. Budin, éleva sa fil-
lette au lait stérilisé. Enthousiasmé par les résultats
Re obtenus, notre ami écrivait à M. Budin que sa fille g'a= gnait à vue d'œil sur les enfants du même âge, Elle était enviée et admirée par les mamans qui allaitaient à la même époque. Mais aussi nous devons dire que cette enfant se trouvait dans une Situation excéptionnelle. Entre un excellent père, médecin, toujours sur le qui-vive, une mère si dévouée, si prompte, si minutieuse, il ne pouvait y avoir aucune surprise, la petite devait forcément n’avoir rien à redouter de l’allaitement artificiel. Et pourtant deux autres enfants sont venus depuis, et notre ami n’a pas hésité à prendre
pour chacun une nourrice au sein.
Tout en restant partisan convaincu des bienfaits du
lait stérilisé, il reconnaît avec nous que son emploi
sera toujours délicat et minutieux.
Pour que le lait stérilisé produise tous ses effets, il faut qu'il soit surveillé avec autant de soins que le lait ordinaire des biberons. Il ne faut pas, comme nous avons vu faire maintes fois dans le public, prendre un lire cacheté, le déboucher le matin, etle laisser ainsi toute une journée sur un meuble de la chambre de l'enfant. Si l’on fait usage de petites bouteilles dosées pour une têtée, il ne faut pas non plus donner à l’enfant le reste de la fiole à la têtée suivante.
Le lait stérilisé ne simplifie aucune des difficultés de l'allaitement artificiel. Il les complique au contraire. On ne pourra l’employer avec succès que chez des
gens intelligents et soigneux. Le plus simple appareil
oo. — 56 —
de stérilisation sera toujours pour certaines personnes une machine incompréhensible dans son principe, et son emploi dans le grand public s’accompagnera toujours de fautes qui enlèveront à la méthode la plupart de ses avantages.
C’est tout à fait incidemment que nous avons été amené à parler du lait stérilisé. Nous pensons que dans un avenir, malheureusement encore éloigné, il rendra deréels services dans les cas où l'allaitement maternel : sera impossible. Dès aujourd’hui il a toutes ses qualités; mais c’est l’éducation du pubhe pour son utili-
sation, qui n’est pas encore faite.
L’effrayante mortalité infantile que nous avons constatée précédemment, ne lient pas seulement à la mau- - vaise qualité du lait mis en vente, elle est encore et surtout la conséquence des altérations secondaires que ce lait subit en traversant les biberons.
Le laboratoire municipal ayant été consulté par le docteur Dumesnil au sujet de l’odeur fétide qui se dégage des biberons employés pour l'allaitement arti-
ficiel, et sur les altérations du lait qu’ils contiennent, M. Henri Fauvel fut chargé de cette étude.
Voici la communication que fit à l’Académie de Médecine le 18 mai 1881, M. Fauvel, à la suite de ses recherches. :
« Plusieurs biberons en service dans une crèche, remis au laboratoire par M. le D' Dumesnil donnèrent lieu, par mon examen, aux constatations suivantes :
Dans tous les biberons le lait avait contracté une odeur nauséabonde, sans qu’on ait pu y décéler la présence de l’hydrogène sulfuré. Le lait était acide, à demi coagulé ; à l'examen microscopique les globules graisseux étaient déformés, ils avaient une apparence piriforme ; de nombreuses bactéries très vivaces et quelques rares vibrions se montraient dans le liquide.
( Le tube en caoutchouc, qui sert à l’aspiration, incisé
EE res
dans toute sa longueur, renfermait du lait coagulé et les
mêmes microbes que ceux rencontrés dans le lait du biberon; mais en poutre l’examen révéla: dans l’ampoule qui constitue la tétine du biberon et termine le tube en caoutchouc, la présence d’amas plus ou moins abondants d’une végétation cryptogamique dont l’aspect est nettement représenté dans les photographies
annexées à cette note.
Ces végétations, ensemencées dans du petit lait ont
donné en quelques jours dans des proportions consisidérables, des cellules ovoïdes, se développant en mycélium dont je n’ai pu encore observer les fructifica-
tions.
En présence de ces faits M. le secrétaire général de la préfecture de police à réuni les médecins inspecteurs
du service des enfants du premier âge et a prescrit une
visite de toutes les crèches, faite concurremment avec
les chimistes du laboratoire municipal.
Le résultat de ces visites a été le suivant:
Sur 31 biberons examinés dans 10 crèches, 28 contenaient dans la tétine, dans le tube de caoutchouc et même, pour quelques-uns dans le récipient en verre, des végélations analogues à celles qui viennent d’être indiquées, et des microbes de l’espèce de ceux men-
üonnés plus haut. Plusieurs de ces appareils lavés avec
soin, et par conséquent prêts à être mis en service, con-
tenaient une grande quantté de ces cryptogames.
Je ferai remarquer que dans deux cas on a retrouvé
Te dans les tubes de biberons en très mauvais état du pus
et des globules sanguins et que les médecins ont cons-
taté que les enfants auxquels appartenaient ces bibe-
rons présentaient des érosions dans la cavité buccale. On peut donc en conclure que la salive pénètre dans les biberons et vient ajouter ses propres ferments à ceux du lait. Il est vraisemblable que l'acidité constatée dans le lait est déterminée par les bactéries qui s’y trouvent et dont les germes existent dans les biberons, même lavés. Cest à la faveur de cette acidité que les mycéliums dont nous avons parlé se développent. Quelle influence la présence de ces végétations cryptogamiques et de ces microbes, présence qui coïncide avec une altération profonde du lait contenu dans les biberons, exerce-t-elle sur le développement des affections instestinales, qui font de si nombreuses victimes parmi les enfants du premier âge soumis à lallaitement artificiel ? C’est ce que des expériences en cours d'exécution permettront probablement de déterminer. La présente note n’a d’autre but que d'appeler Pattention sur un fait qui n’avait pas encore été constaté, et sur une question d’une importance incontestable au
point de vue de lPallaitement artificiel. »
M. de Villers, rapporteur de la comnission permanente de l’hvgiène de l'enfance, pour l’année 1880, dit au sujet de cette note : (Bulletin de l'Académie de Médecine) « Pour nous l'expérience est faite depuis longtemps; nous savons trop bien ce qui résulte de
ST FA 60 Re ; l'emploi du biberon, alors qu'il n’est pas très scrupuleusement lavé; nous savons que, quelle qu’en soit la cause, cryptogames, microbes, mycéliums ou autres. végétations cryptogamiques, le lait devient dans ces conditions très rapidement acide et détermine rapidement des accidents intestinaux chez les enfants; et ce n’est pas au biberon des crèches spécialement qu'il faut adresser ce reproche, mais aux biberons employés dans tous les établissements et dans toutes les conditions possibles, si ce biberon n’est pas tenu très exactement propre. Or, à mon avis, il n’y a qu'un seul moyen d'éviter les inconvénients qui ont été signalés; c’est que aussitôt que l’on s’est servi d’un biberon, il faut qu'il soit démonté, lavé et plongé dans de l’eau propre jusqu’au prochain usage que l’on doit en faire, et il faut éviter d’ailleurs lPemploi des tubes en caoutchouc. »
Nous avons eu l’occasion de voir en ville et à la campagne de nombreux échantillons de biberons. Partout nous avons constaté leurs multiples inconvénients. Les plus mauvais, ceux qui ont de longs tubes de caoutchouc, sont encore les plus répandus. Dans les maisons les plus propres, chez des personnes très soigneuses, Jamais nous n'avons {rouvé sans désagréable odeur ces biberons à long tube. Il y a des gens qui croient les nettoyer parfaitement ct il faut leur mettre le nez dessus à plusieurs reprises pour les convaincre
que ça ne sent pas bon. A la campagne nous avons vu
| te une femme qui nettoyait le tube de caoutchouc avec
une plume de poule à peu près complètement ébarbée ;
elle parvenait à peine à creuser une étroite lumière au | travers de l’épais coagulum à odeur repoussante qui remplissait le tube. Inutile d'ajouter que l’enfant avait
une diarrhée verte formidable. Une autre femme, à qui —… nous conseillions d'abandonner un aussi funeste ins- 3 . trument et à le remplacer par la simple petite bouteille : de 100 grammes, nous déclarait cyniquement qu’elle ee ne voulait pas d’un biberon qu'il faudrait tenir à la = main. Cette femme, pour n'avoir pas à remplacer le petit tube de verre qui plongeait dans le biberon n’avait rien trouvé de mieux que d’y mettre une branchette creuse de sureau !
C’était une horrible infection.
Dans une communication à l’Académie de Médecine, (Bulletin de l’Académie de Médecine du 26 septembre 1882), M. le professeur Tarnier à formulé un réquisitoire sévère contre les biberons de toutes sortes.
Nous extrayons de cet intéressant iravail les passages suivants : « Les critiques que J'ai adressées aux biberons de toutes formes et aux différentes variétés de lait conservé, ont eu pour singulier eflet de faire tomber chez moi une avalanche de biberons soi-disant perfectionnés et de flacons ou de boîtes de lait conservé.
« J’airegardéles biberons sans les essayer de nouveau, car préeisément, au même moment, je voyais entre les
£ mains de la nourrice sèche d’une de mes clientes un biberon, l’un des moins mauvais assurément à cause de
D Nes sa simplicité, dont j’eus l’idée de flairer le mamelon artificiel, et je reculai véritablément suffoqué par lodeur fétide qui s’en échappait. tonte
«Pour être inoffensif, un biberon doit être tenu avec une propreté si parfaite, que peu de personnes parviennent à obtenir cette propreté idéale... Je suis donc . Join d’être converti au biberon/par les nouveaux modèles que j'ai reçus. D’ailleurs, la plupart des médecins qui ont étudié l'allaitement artificiel rejettent le biberon comme un mauvais instrument.
€ Quant aux différentes boîtes de lait conservé dont J'ai été graufié, Jai expérimenté celles que je ne connaissais pas et Je n’ai guère besoin de vous dire que toutes ces variétés de lait, bonnes peut-être pour les adultes et les navigateurs, ne valent absolument rien
pour les enfants nouveaux nés...
sed Je le dis bien haut, dans ma pensée, rien ne vaut l’allaitement maternel, et si quelqu'un pouvait douter un. instant de la supériorité de cet allaitement, pour raffermir ses convictions il lui suffirait de feuilleter les rapports si consciencieusement faits par notre collègue M. de Villiers, au nom de la Commission de Phygiène de l’enfance. À cet égard, tous les médecins, sans en excepter M. Jules Guérin, sont unanimes ; partout il est démontré que lallaitement maternel est le seul qui soit vraiment recommandable, sans comparaison possible. s
QI faut à tout prix faire sortir allaitement artificiel
+ rie de l’ornière où les erreurs s'accumulent el font tant de victimes, 3,067 par an pour Paris seulement.
CAhlsi ces 3067 enfants étaient tous réunis sur un radeau prêt à sombrer au milieu de la Seine, tous les cœurs palpiteraient d'angoisse et tous les bras se tendraient pour sauver ces enfants. Mais, hélas, ces 3,067 victimes de l’athrepsie meurent isolément, disséminées dans les différents quartiers de Paris, et leur mort passe inaperçue, bien qu’il en périsse 8 à 10 par Jour. |
« En face d’une pareille calamité, l'indifférence est impossible ; le cœur s’émeut; l’inaction serait une faute grave, pour ne pas dire plus.
« Il appartient à l'Académie de Médecine de prendre en main la cause de ces victimes de lallaitement artificiel. Que par ses avis elle arrive à sauverle tiers seulement des enfants mourant d’athrepsie par le biberon etc’est plus de mille enfants qui lui devront la vie chaque année, pour Paris, seulement, et le bienfait ne tardera pas à s'étendre sur toute la France. L’Acadé-. mié ferait ainsi une œuvre de haut, patriotisme qui favoriserait l'accroissement de la population, si par lascendant de sa haute autorité, comme le disait Boudet, de sa volonté persévérante elle parvient à arracher à la mort ces milliers d'enfants qui n’ouvrent les yeux à la clarté du jour que pour souffrir et mourir Eientôt misérablement. » (Tarnier, Bulletin de l’Académie de Mé-
decine, 26 septembre 1882),
Il reste peu de chose à ajouter au pressant et éloquent
ph appel de M. le professe ir Tarnier. Les arguments que lui oppose M. Guéniot dans la discussion académique du- 17 octobre 1882, n’atténuent en rien l’anathème porté contre le biberon. Si, en effet, M. Guéniot trouve « qu’en pratique, la netteté absolue du biberon n’est pas chose indispensable » ; et de même qu’une viande, dite faisandée, n’est pas nécessairement malsaine, de même un biberon quelque peu odorantn’estpas forcément d’un emploi nuisible; il reconnait ailleurs que « pour n'être pas nuisible », le biberon exige dans sa préparation une série de précautions minutieuses qui doivent porter :
1° Sur la qualité du lait, qui est plus ou moins récent, plus ou moins pur;
2° Sur le coupage de ce liquide, ou addition variable d’eau à laquelle on doit le soumettre ;
3° Sur la ‘température du mélange au moment de l’ingestion ;
4° Sur la quantité quäl convient d’en administrer, soit à chaque repas, soit dans le cours de vingt-quatre heures ; |
5e Sur la propreté et le tirage de l'appareil, etc., etc.
Selon l’âge de l’enfant, selon ses aptitudes digeslives, ses goûts particuliers, son état de santé ou de maladie, on doit en outre modifier plus ou moins la composition, le coupage et la quantité de cet aliment. Car, fût-il préparé avec le plus grand soin, un même lait, uniformément distribué à une série d’enfants, ne produirait pas chez tous des effets identiques.
me Et M. Guéniot ajoute que « pour être suivi de bons résultats, l'allaitement artificiel réclame de ceux qui le dirigent, d’autres qualités que celle de savoir exécuter le coupage du lait ou manipuler un biberon. Aussi à quelque règle qu’on le soumette, quelque précision que l’on donne à ses procédés, il sera toujours pour cer-
taines mains inhabiles, un art dangereux et trop souvent funeste. »
Ayant formulé d’aussi strictes recommandations, M. Guéniot déclare que, bien conduit, l’allaitement artificiel peut donner de bons résultats. Il cite les exemples « d’un pharmacien, homme d'intelligence et d’observation, qui, prenant à cœur ses nouvelles fonctions de nourricier » éleva avec «le succès le plus complet » son fils au biberon, puis du docteur Perron « qui sut mener à bien l’allaitement artificiel de ses six enfants», puis de matrones phénomènes. Madeleine X qui éleva avec succès à l’aide du biberon plus de soixante enfants! la dame Reding qui, sur onze enfants nourris par elle au biberon, n’en perdit pas un seul.
Nous connaissons à Ambloy dans le Loir-et-Cher une de ces « matrones phénomènes ». Elle éléve au biberon son trente-quatrième nourrisson et n’en a perdu * que deux, un mort du croup et un autre qui lui était arrivé de Paris dans un état pitoyable.
Ces exemples malheureusement ne prouvent pas grand’chose. Ce sont d’heureuses exceptions. Car s'il
faut confier à une nourrice « l'observation attentive de
LE a l’enfant, le caractère ee ses fonctions, et particulière ment de ses fonctions digestives » si les «indications délicates de l hygiène infantile ne peuvent être en réalité bien saisies que par une personne intelligente et déjà expérimentée », les résultats satisfaisants de l’allaitement artificiel sont purement illusoires.
La nourrice de rencontre flamande, beauceronne, morvandiote ou bretonne, la mère elle-même, toute dévouée mais sans expérience, seront-elles capables de mener à bien une aussi lourde tâche?
Les chiffres, hélas ! que tout le monde publie avec
nous, répondent brutalement : non !