‹ Sur les progrès de la science électrique et les nouvelles machines d'inductionChapitre 7 sur 12 · W = RI · texte numérisé non relu

W = RI

Pour une valeur très grande de R, la résistance r devient négligeable et le travail extérieur tend vers o; mais, pour R = o, ce travail est aussi nul : il y a donc une valeur de R pour laquelle il est maximum.

Pour trouver cette valeur, il suffît d'égaler à o la dérivée de l'expression ci-dessus, prise par rapport à R; on aura

alors

(R-f-r)» — 2R(R-hr) r» - R»

d'où

c'est-à-dire que le Iravail extérieur maximum correspond au cas où la résistance extérieure est égale à la résistance intérieure.

Dans ce cas, le travail extérieur, exprimé en kilogrammèlres par seconde, sera

rE» JE»^

Lois de ^induction. — Nous allons maintenant entreprendre l'étude des machines employées aujourd'hui pour la production de l'électricité; ces machines sont, comme nous l'avons dit, fondées sur l'induction électromagnétique. Nous sommes donc amené à rappeler d'abord les lois qui régissent les phénomènes d'induction.

On sait en quoi consistent les phénomènes d'induction; ils ont été décrits dans ce Recueil même (^) : il nous suffira, par conséquent, de donner les formules qui permettent de les mesurer.

( ' ) Voir n° 22 du Mémorial, Études sur la fabrication des amorces à em-

Ces formules ont été établies séparément par MM. Helmholtz et William Thomson, en partant des lois d'Ampère et du principe de la conservation de l'énergie.

Considérons un champ magnétique uniforme, d'intensité H et, dans ce champ, un circuit de résistance R parcouru par un courant d'intensité I; soitE la force électromotrice qui produit ce courant; pendant le temps dt^ le travail fourni par la source électrique est

Eldt = m^dt.

Si le circuit R est immobile, le travail est employé uniquement à l'échauffer; mais, d'après les lois d'Ampère, le circuit tend à se déplacer dans le champ magnétique. Si on le laisse obéir à celte action, il effectuera un certain travail et l'énergie correspondante ne peut être fournie que par la source électrique, origine de la force électromotrice E.

Il en résulte que l'intensité I changera ; elle prendra une nouvelle valeur r<<I, telle que le produit EFrf^ soit plus grand que RF^rff, la différence représentant le travail <iW dû aux actions électromagnétiques ; on aura donc

(i) EVdt = Va'^dt-^d^.

Évaluons maintenant rfW; on sait que chaque élément ds du conducteur, faisant avec les lignes de force un angle a, est soumis à une force égale à Hl'rf^sina, cette force étant dirigée suivant la normale au plan mené par l'élément, parallèlement aux lignes de force.

Considérons une portion de circuit rectiligne ab ^= l

{fis- ï^) et soit OX une parallèle aux lignes de force, le

plan ZOY leur étant perpendiculaire. La force agissant sur

ab sera

/=HI7sina,

ployer pour mettre le feu aux mines ^ au moyen de l'électricité de tension, par MM. Roussel el Delambre, capitaines du Génie.

Or, si Ton projette ab sur le plan ZOY, on a

/ sina = crf,

donc

f=^m'xcd.

Supposons maintenant quW bout du temps dt le conducteur ab soit venu occuper la position infiniment voisine a' b' \ on peut toujours admettre que ce déplacement élémen-

Fig. 12.

taire s'est fait en deux fois, le conducteur s'étant d'abord transporté parallèlement à lui-même de ab en a' b" et ayant ensuite tourné autour du point a' pour venir en a' b\ Nous pourrons donc évaluer séparément les travaux correspondant à chacun de ces déplacements.

Projetons a' 6'' sur ZOY en dd'^ le travail correspondant au premier mouvement est égal au produit de f par la projection de aa' sur/; or cette projection n'est autre chose que la dislance dn des plans parallèles abcd, a' b"d d' \ le travail

(73) sera donc égal à

nr >:,cdx dn = Hl' x 5i,

Ji étant la surface du parallélogramme cddd".

Projetons maintenant a'b' sur ZOY en d d! et supposons d'abord que la rotation autour de a' s'effectue dans un plan, la force /est appliquée au point ^, milieu de a' b" et ce point ff décrit un arc gg' qui se projette en hh' sur le plan ZOY. Le travail de la force /, pendant ce mouvement, est égal au produit de /par la projection de l'arc gg' sur/, projection qui est précisément égale à /lA', puisque / est perpendiculaire au plan a!h" d d!\ Ce travail sera donc

Hl' xcdx hh' = HF X *2,

en désignant par ^2 la surface du secteur d' d d' , Si le conducteur a^ y décrivait autour de a' une surface conique au lieu d'un plan, on pourrait toujours décomposer cette surface en éléments plans et le travail serait encore égal à la projection de cette surface sur le plan ZOY multipliée par

Hr.

Donc enfin le travail correspondant au déplacement élémentaire de ab en a'b' sera

d'où, en remplaçant <3?W par sa valeur dans l'équation (i) ^Vdt = K\'^dt-^VL\'s,

s étant la projection de la surface décrite par le conducteur rectiligne at, sur un plan perpendiculaire aux lignes de force. On en tire

On voit que le mouvement diminue la force électromotrice dans le circuit considéré, c'est-à-dire qu'il agit comme s'il

( 76) donnait naissance à une force électromolrice inverse de E

dont la valeur serait

Hs

On donne à cette dernière le nom de force électro motrice d* induction; on voit qu'elle est indépendante de E ; elle sera donc toujours la même, quelle que soit la valeur de E. Il faut remarquer cependant que le raisonnement qui précède ne saurait subsister avec E = o; mais on peut dire qu'en réalité il n'existe pas de circuit fermé qui ne soit le siège de forces électromotrices; il suffit, par exemple, d'une variation de température en un de ses points pour donner naissance à un courant qui, si faible qu'il soit, permettra à l'induction de se produire; de sorte que, pratiquement, la force électromotrice d'induction pourra se développer dans un circuit à l'état neutre, et l'on sait que c'est sous cette forme que les phénomènes d'induclion furent découverts par Faraday.

La force électromotrice étant égale à e, l'intensité du courant d'induction sera

. \\s ^^ kdt

La quantiti d'électricité mise en mouvement pendant le déplacement sera alors

Us

On voit qu'en somme la quantité d'électricité mise en mouvement pendant un déplacement donné du circuit est indépendante du temps pendant lequel ce déplacement s'effectue, tandis que la^ force électromotrice et l'intensité du courant sont en raison inverse de ce temps. Dans le cas où la projection s croît proportionnellement au temps, e et i sont proportionnelles à la vitesse de déplacement.

On voit également que la projection s sera d'autant plus grande, que l'élément ab fera, avec les lignes de force, un

(77) angle plus voisin de 90®; en même temps, la force électromotrice e augmente avec H; on exprime quelquefois ce résultat en employant les notations de Faraday et en disant que la force électromotrice d'induction est d'autant plus grande que le circuit considéré coupe, dans son mouvement, un plus grand nombre de lignes de force.

Il faut encore signaler, à propos de l'induction, les phénomènes d'extra-courants découverts par Faraday et dont il est parlé dans le Mémoire déjà cité du n** 22 du Mémorial. Lorsque l'on ferme un circuit qui contient une force électromotrice, le courant ne s'établit pas instantanément, il y aune période variable, pendant laquelle le courant atteint successivement toutes les parties du conducteur. Or les portions parcourues les premières détermineront dans les autres des effets d'induction qui agiront pour diminuer l'intensité du courant et nécessiteront une dépense de travail supplémentaire ; l'énergie ainsi dépensée pour l'extra-courant de fermeture reste à Tétat d'énergie potentielle, tant que le circuit est fermé, et est restituée dans l'extra-courant de rupture.

Premières machines dHnduction. — Ce sont ces principes qui ont été appliqués pour la construction des machines électriques; on voit en effet que l'on peut, grâce aux phénomènes d'induction, transformer le travail mécanique en électricité; il suffît, pour cela, de déplacer un circuit ou une portion de circuit dans un champ magnétique. Dès que les expériences de Faraday furent connues, cette idée fut mise à exécution, d'abord dans la machine de Pixii, qui fut présentée à l'Académie des Sciences de Paris, en septembre i832, par Hachette et fonctionna la même année au cours d'Ampère (*).

L'année suivante, Ritchie et Saxtôn, Clarke construisirent

( * ) Voir le journal la Lumière électrique, t. VII, p. 5. Histoire des machines magnéto et dynamo-électriques, par A. Guérout.

(-8) des machines analogues; la machine de Clarke est une des plus connues et se trouve décrite dans tous les Traités de Physique. Dans ces appareils^ le champ magnétique est produit par un aimant inducteur en fer à cheval, mobile comme dans la machine de Pixii, ou fixe comme dans celle de Clarke. Les circuits induits sont constitués par des bobines cylindriques enroulées sur des noyaux de fer. L'expérience avait montré que ces noyaux de fer augmentaient notablement la puissance des effets, ce qu'il est facile de comprendre, puisqu'ils ont pour résultat d'augmenter Tintensité du champ magnétique dans leur voisinage. Il est à remarquer qu'à chaque demi-révolution, le sens de l'induction change dans les bobines induites ; par conséquent, si les pôles de la machine sont toujours en communication avec les mêmes extrémités du circuit induit, le circuit extérieur est parcouru par une succession de courants dirigés alternativement dans un sens et dans l'autre. Si l'on veut que ces courants soient tous de même sens, on emploie un commutateur qui intervertit les communications des pôles avec les extrémités du circuit induit, au moment où le sens de l'induction change daiiscelui-ci.

Les dispositions que nous venons de citer ont été variées de bien des manières et il est clair que toute modification du champ magnétique dans le voisinage d'un circuit produira des courants induits dans ce circuit. C'est ainsi que dans la machine de Page dont la fig. i3 représente le modèle construit pour la mise du feu aux mines (petite pyrothèque), l'induction est produite par le déplacement d'un morceau de fer doux A devant les pôles d'un aimant, les bobines induites étant enroulées sur les branches de l'aimant. L'exploseur Bréguet présente une disposition analogue; enfin c'est à la même cause que sont dus les courants produits dans le téléphone.

Tous ces appareils n'avaient que des dimensions relativement restreintes ; la première machine ayant un caractère industriel fut employée en i863 pour l'éclairage des phares

(79) de la Hève et du cap Grîs-Nez : c'était la machine de la Compagnie TAlliance qui, construite par Nollet en i85o, avait été perfectionnée par Van Malderen. Ce n'est autre chose qu'une machine de Clarke à 4o aimants inducteurs et par conséquent 80 bobines induites; dans le principe, les courants étaient redressés, on avait dû alors employer un

Fig. i3. — Machine de Page.

commutateur assez compliqué qui fonctionnait mal. Le principal perfectionnement de Van Malderen fut la suppression de ce commutateur; les courants étaient alors laissés alternatifs dans le circuit extérieur, disposition qui ne conviendrait pas pour le transport de la force, mais qui ne présente pas d'inconvénient pour l'éclairage.

Une amélioration importante, apportée par Siemens à la construction des machines, fut l'emploi de la bobine allongée qui porte son nom; cette bobine, représentée^^. i4> se compose, comme on le sait, d'une âme en fer dont la section est

un double T. Le fil isolé qui forme le circuit induit est enroulé longitudinalement sur cette âme et, dans la première machine construite par Siemens, la bobine tournait entre les pôles d'une série d'aimants en fer à cheval^ ayant leurs plans parallèles. On voit, sans qu'il soit nécessaire d'insister, qu'avec cette disposition, les spires induites se meuvent de manière à couper un grand nombre de lignes de force et que, par conséquent, on utilise mieux le champ magnétique qu'avec les dispositions précédentes.

Fig. i'|. — Bobine Siemens (*).

Toutes ces machines rentrent dans la catégorie des machines dites magnéto-électriques ; on désigne ainsi les machines d'induction dans lesquelles le champ magnétique est produit par un ou plusieurs aimants permanents, La puissance des effets obtenus avec les électro-aimants conduisit bientôt à les employer pour former le champ magnétique des machines. Le premier appareil construit ainsi est la machine de Wilde (1864) {fig- >5), dans laquelle les inducteurs sont formés d'un électro-aimant BB à bobines plates excité par une petite machine magnéto-électrique Siemens A. La bobine induite est une bobine Siemens qui tourne entre deux épanouissements en fer D', TV. ^ . . • . .

Enfin en 1866, les machines à électro-aimants ou machines dynamo-électriques reçurent une modification importante dont le principe paraît avoir été découvert séparémeM^par Varley, Werner Siemens et Wheatstone; cette modification.

(') Jamin et BocTY, Cours de Physique de TÉcole Polytechnique, t. IV, V fascicule. Gauthier-Villars, i883.

réalisée par le constructeur Ladd, consiste à supprimer la machine excitatrice et à produire raimantation des électroaimants parle courant même de la machine. Celte disposition

Fig. i5. — Machine de Wilde {Jamin et Bouty).

repose sur ce fait que les noyaux de fer des électro-aimants inducteurs ne sont jamais exempts de magnétisme qui provient de Faction terrestre, du travail de l'atelier ou de toute autre cause. Bref il existe, de sorte qu'au moment de la mise en marche, le circuit induit se meut dans un champ magné-

tique, très faible à la vérité, mais en général suffisant pour produire un courant ; ce courant passant dans le fil des électroaimants augmente leur magnétisme, celui-ci à son tour augmente rintensité du courant, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le régime permanent soit établi. La fig. i6 représente une

Fig. i6. — Machine de Ladd.

machine dynamo-électrique ainsi disposée; dans cette machine, la bobine induite, qui est toujours une bobine^Siemens, se compose en réalité de deux bobines A et C portant deux circuits distincts; le circuit C sert uniquement à actionner par les fils a, h les inducteurs B, tandis que A communique avec le circuit extérieur.

Cette disposition n'est pas celle qui est employée le plus

souvent aujourd'hui; on n'a ordinairement qu'un seul circuit contenant l'un au bout de l'autre ou, comme on le dit, disposés en série : le circuit induit, le circuit inducteur et le circuit extérieur.

La machine de Ladd excita vivement l'attention des savants à l'Exposition universelle de 1867, où on l'employa à produire la lumière. Néanmoins elle reçut peu d'applications ; cela tient en partie à ce qu'il fallait lui donner une vitesse considérable et qu'elle s'échauffait rapidement.

On sait que des essais furent tentés pour l'emploi d'une machine de ce genre à la mise du feu aux mines (* ).

Il nous reste enfin, pour terminer cette sorte d'historique des machines électriques, à parler d'un dernier appareil, c'est la machine de Pacinotti dont la construction remonte à 1861 et dont la première description a été donnée en 1864 dans Ilnuovo Cimento.

L'appareil de Pacinotti, représenté dans la Jig. 17, est important au point de vue de la disposition particulière du circuit induit, car c'est cette disposition qui se retrouve dans les machines industrielles actuelles.

La partie mobile, dans laquelle se développent les courants d'induction, se compose d'un anneau en fer portant seize dents; dans les intervalles de ces dents sont enroulées des bobines qui sont séparées les unes des autres par les saillies des dents et par de petits prismes triangulaires en bois fixés sur chaque saillie, de part et d'autre de l'anneau. Cet anneau se meut dans le champ magnétique formé par deux électro-aimants A, B, surmontés de deux pièces polaires en fer doux A' et B' (2).

( * ) Voir, dans le n» aa du Mémorial, le Mémoire du capitaine Richard ( Joachim), Sur une machine électrique à basse tension.

(=*) Dans la figure, les communications sont établies de manière à placer les électro-aimants dans le circuit, mais Pacinotti n'employait cette disposition que lorsque son appareil fonctionnait comme moteur, sous l'action

(84) Les treDte-deux fils formant les extrémités des seize bobines descendent le long de Taxe de rotation et aboutissent a un commutateur, au sujet duquel nous reproduisons la description donnée par Pacinotti dans son Mémoire.

Fig. 17. — Machine de Pacinotti {Jamin et Bouty),

<( Ce commutateur consiste en une rondelle ou petit cylindre de bois ayant au bord de sa circonférence deux rangées de mortaises dans lesquelles sont encastrés seize morceaux de laiton, huit dans les mortaises supérieures, huit dans les inférieures, les premiers alternant avec les seconds, tous concentriques au cylindre de bois sur lequel ils font légèrement saillie et dont l'épaisseur sépare une

d'uae pile placée dans le circuit extérieur. Lorsqu'il se servait de l'appareil comme générateur d'électricité, les éleclro-aimants étaient excités à part, au moyen d'une pile, Pacinotti ne parait donc pas avoir vu le principe de l'excitation propre des machines dynamo-électriques.

rangée de l'autre. Chacun de ces morceaux de laiton est soudé aux deux bouts de fil qui correspondent à deux bobines consécutives, de sorte que toutes les bobines communiquent entre elles, chacune d'elles étant reliée à la suivante par un conducteur dont fait partie un des morceaux de laiton du commutateur. »

On voit, par cette description, que les seize bobines de l'anneau Pacinotti forment un circuit fermé; mettons l'anneau en mouvement, il se produira des courants induits dans chaque bobine et il est facile de se rendre compte que si l'on mène par l'axe de rotation un plan perpendiculaire à la ligne des pôles, les huit bobines situées d'un même côté de ce plan seront le siège de courants dirigés dans un certain sens, tandis que les huit bobines situées de l'autre côté seront parcourues par des courants de sens contraire, et en outre, par suite de la symétrie de l'appareil, la somme des forces électromotrices sera nulle. Enfin, si le mouvement est uniforme, les bobines se succéderont les unes aux autres, et les courants, en se produisant successivement dans chaque bobine, occuperont, pour ainsi dire, toujours la même position dans l'espace.

Il en résulte que les seize bobines peuvent être considérées comme i6 éléments de pile réunis en deux groupes de 8 éléments associés en tension dans chaque groupe, les deux groupes étant réunis en quantité, c'est-à-dire opposés par leurs pôles de mêmes noms. C'est la disposition représentée (^fig. 18) pour deux groupes de 3 éléments. Si les deux pôles C et Z sont isolés l'un de l'autre, on n'aura aucun courant, mais, si on les réunit par un conducteur, on aura un courant dont on peut calculer l'intensité, connaissant la force électromotrice et la résistance intérieure de chaque élément.

Dans la machine Pacinotti, les deux points C et Z de la fig, 18 sont représentés par les touches de laiton du commutateur qui se trouvent dans le plan de symétrie, c'est-à-dire que si l'on place dans ce plan deux galets i {fig. 17) sur lesquels viennent successivement frotter les touches, il y aura

constamment entre ces galets une certaine difTërence de potentiel; on pourra donc les considérer comme les pôles de l'appareil et le circuit extérieur qui les réunira sera parcouru par un courant. C'est ce que l'expérience vérifie.

Cette machine resta oubliée dans le cabinet de Physique de l'Université de Pise, et c'est seulement en 1872 que les générateurs à induction entrèrent dans la pratique industrielle, lorsque Gramme eut découvert sa machine qui reproduit les dispositions principales de celle de Pacinotli.

Classification des machines, — Les machines électriques dont la machine Gramme a été le point de départ sont très nombreuses et, à quelques exceptions près, elles se valent toutes. Les unes ne renferment que des modifications de forme destinées à justifier un brevet nouveau, les autres, pour éviter certains inconvénients, perdent certains avantages, de sorte qu'il y a compensation. Parmi ces diverses tentatives, quelques-unes cependant présentent de l'intérêt, au moins au point de vue théorique.

Nous ne prétendons pas décrire en détail toutes les dispositions imaginées par les inventeurs; néanmoins, pour faire avec méthode un examen, même rapide, des principales

(8?) d'entre elles, il est nécessaire d'établir une classification des machines électriques. Il est clair d'ailleurs que suivant le point de vue auquel on se placera, on pourra grouper les machines de telle ou telle manière. La classification que nous adoptons ici n'a donc rien d'absolu.

Nous distinguerons d'abord deux catégories comprenant, d'une part les machines dites à courants continus représentées par J 'appareil de Pacinotti ou la machine de Clarke munie de son commutateur, et d'autre part les machines à courants alternatifs, comme la machine de Clarke sans commutateur (machine de Skidmore), ou la machine de l'Alliance.

Dans chacune de ces catégories, les machines seront classées, suivant la nature de leurs inducteurs, en magnétoélectriques ou dynamo-électriques. Enfin chacune de ces classes pourra se subdiviser en plusieurs autres, d'après la disposition donnée aux bobines de l'induit.

Machines à courants continus^ magnéto-électriques. — Nous citerons en premier lieu la machine magnéto-électrique de Gramme, désignée ordinairement sous le nom de modèle de laboratoire. Dans cette machine (^fig- 19) l'inducteur se compose d'un aimant en fer à cheval entre les pôles duquel tourne un induit représenté à part {Jig' 20). Celui-ci est formé de bobines accolées B et enroulées sur un même anneau de fer doux A formé lui-même avec du fil de fer; l'enroulement est donc parallèle à l'axe de rotation. Les bobines sont réunies, comme dans l'anneau Pacinotti, de manière à constituer un circuit continu et fermé, c'est-à-dire que le fil sortant de l'une d'elles est relié au fil entrant de la suivante par l'intermédiaire d'une lame métallique R; ces lames, repliées en équerre, sont isolées les unes des autres et disposées suivant les génératrices d'un cylindre concentrique à l'axe. Deux frotteurs m, n {.fis* 19) représentent les pôles de l'appareil et il suffit de se reporter à la description que nous avons donnée de l'appareil Pacinotti pour en comprendre sommairement le fonctionnement.. .. ..! :

Dans la machine Gramme, l'organe destiné à recueillir les courants, qui n'est pas à proprement parler un commutateur, a reçu le nom de collecteur.

Fig. 19. — Machine magnéto-électrique de Gramme, modèle de laboratoire.

\udijig, 21 représente la machine Gramme de laboratoire, telle qu'on la construit aujourd'hui; l'induit est formé par un

Fig. 20. — Anneau Gramme {Jamin et Bouty),

aimant système Jamin, composé de lames d'acier aimantées à saturation; ces lames sont fixées à des masses de fer formant deux pôles épanouis et présentant entre elles une cavité cylindrique dans laquelle se meut l'anneau induit. Enfin les

(89) galets servant de frotteurs sont remplacés par des balais métalliques.

Comme appareils de grande puissance, les machines magnéto-électriques à courants continus sont peu employées. Cela tient principalement à ce que pour produire un champ

Fig. 21. — Machine Gramme de laboratoire, à aimant Jamin {Jamin et Bouty),

magnétique d'intensité donnée, les aimants permanents sont beaucoup plus lourds que les électro-aimants. Nous citerons toutefois comme machine de cette espèce la machine de Méritens représentée fig, 22. Sur deux bâtis circulaires formant les extrémités de la machine sont disposés quatre faisceaux aimantés composés chacun de soixante-quatre lames d'acier de o", 67 de longueur. Ces faisceaux épousent la forme des bâtis circulaires, de manière que tout l'appareil a l'aspect

(9o) d'un cylindre présentant quatre ouvertures longitudinales. Les pôles de ces inducteurs, considérés à une même extrémité de la machine, sont alternativement nord et sud. Dans le cercle formé par ces pôles tourne un anneau induit dont la construction rappelle celle de Panneau Pacinotti, c'està-dire que le fil est enroulé sur un noyau en fer présentant des

Fig. 22. — Machine de Méritens à courants continus ( la Lumière électrique).

saillies qui séparent les différentes bobines ; celles-ci sont reliées à un collecteur Gramme et les courants sont recueillis au moyen de balais. Mais il faut remarquer que la disposition ici n'est plus la même que dans la machine précédente. En effet, dans la machine Gramme, les frotteurs sont disposés de telle sorte que leurs points de contact soient aux extrémités du diamètre perpendiculaire à la ligne des pôles ; ce diamètre, ou plutôt le plan mené par l'axe et ce diamètre sépare les deux portions de Fanneau qui sont parcourues par des cou-

(9i:) rants de sens contraires ; on le désigne ordinairement sous le nom de ligne neutre. Dans la machine de Méritens, il y a deux lignes n-eut^es rectangulaires, puisqu'il y a quatre pôles ; il en résulte qu'il faudra employer quatre balais placés aux extrémités de ces deux diamètres. L'appareil se présente donc comme une machine double ayant deux pôles positifs et deux pôles négatifs ; il est clair alors que l'ou aura ainsi deux courants que Ton pourra utiJiser dans deux circuits distincts ou réunir ensemble, comme on le ferait avec deux éléments de plie.

Machines à courants continus, dynamo-électriques, — Comme pour les machines de la précédente catégorie, nous commencerons la description dés machines dynamo-électriques par la machine Gramme (y?^. aS). L'induit est constitué par un anneau semblable à celui de la machine magnétoélectrique ; l'inducteur est formé par deux électro-aimants à deux branches opposées par les pôles de mêmes noms sur des masses de fer doux. Celles-ci constituent des pôles conséquents entre lesquels tourne l'anneau induit. Les flasques en fonte du bâti servent de culasses aux électro-aimants dont ils ferment le circuit magnétique. La machiné étant dynamoélectrique, les inducteurs sont excités par le courant même produit dans l'anneau et sont intercalés en série dans le circuit. La machine représentée fig, 23 est le type D qui est employé pour l'éclairage des phares; dans le modèle A, dit type d atelier y représenté fig. 24, les inducteurs sont cylindriques au lieu d'être plats et la machine est plus petite.

Parmi les nombreux modèles créés par M. Gramme, nous citerons encore la machine octogone qui avait étç construite spécialement en vue du transport de la force {^fig- a5). C'est, comme on le voit, une machine à quatre pôles qui nécessitent par conséquent quatre balais^ ceux-ci fournissent deux courants distincts qui peuvent être utilisés ensemble ou séparément. Cette machine présente cet avantage que le champ

(90 magnétique y est créé, non plus par des pôles conséquents, comme dans la machine précédente, mais par des pôles ordinaires, disposition qui, à dépense égale, semble donner un

Fig. 23. — Machine dynamo-électrique de Gramme (la Lumière électrique).

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champ plus intense et plus régulier. La machine octogone a toutefois le défaut de présenter des épanouissements polaires trop faibles.

En se basant sur la nécessité de produire un champ magnétique aussi intense que possible avec un poids de fer et de

cuivre donné et pour une dépense de travail donnée, M. Marcel Deprez a construit une machine (^fig^ 26) dans laquelle un anneau Gramme ordinaire tourne entre deux pôles de noms contraires munis de forts épanouissements en fer. Chacun

Fig. 24. — Machine Gramme, type d'atelier {Jamin et Bouty),

de ces inducteurs appartient à un électro-aimant en fer à cheval, de sorte qu'on a, en réalité, comme inducteurs, deux électro-aimants en fer à cheval, opposés par leurs pôles de noms contraires. Cette disposition nécessite l'emploi de deux anneaux qui sont montés sur un même axe. On pourrait n'avoir qu'un seul collecteur pour les deux anneaux; on a préféré en placer deux, afin de pouvoir utiliser séparément les courants fournis parles deux induits.

La machine Gramme a donné naissance, surtout à l'étranger, B. 7

(94) à une foule d'imi la lions qui ne présenlenl pas en général de parlîcularités bien inléressanles; nous cilerons donc seulement pour mémoire la machine Egger el Kremenesky, les machines Edelmann, Einstein, dont les inducteurs présenlenl une épaisseur de fil plus grande vers les pôles; les

Fig. 25. — Machine Gramme octogone (la Lumière électrique).

machines Van der Poêle, Richter, dans lesquelles on a laissé un intervalle entre les bobines de Tinduit, afin de faciliter la circulation de Tair et diminuer réchauffement; les machines Mac Tighe, Hochausen, dans lesquelles on a cherché à simplifier la construction de l'anneau en formant le novau au moj^en d'un cylindre portant une fente longitudinale qui

permet d^ntrodulre les bobines toutes faites et que ron ferme après coup.

Malgré les bons résultats obtenus avec Tanneau Gramme, certains constructeurs n'ont pas renoncé pour cela à employer Tanneau Pacinotti qui n'est pas sans présenter aussi certains avantages. En eflet, si d'une part les bobines sont jointîves, comme dans l'anneau Gramme, on peut en placer un plus grand nombre, ce qui augmente le nombre des courants qui s'ajoutent; mais, d'autre part, si les bobines sont séparées par des saillies en fer, comme dans l'anneau Pacinotti, le noyau se trouve rapproché des inducteurs et le nombre des lignes de force coupées parles bobines augmente. Ajoutons que les expériences de M. Sylvanus Thompson ont paru montrer qu'il y avait avantage à employer Tanneau Pacinolli. Quoi qu'il en soit, cette disposition a été conservée dans plusieurs machines, parmi lesquelles nous citerons la machine Maxim, Les inducteurs sont des électro-aimants à points conséquents comme dans la machine Gramme; leur disposition est la même que celle indiquée plus loin pour la machine Siemens. L'induit est un anneau Gramme allongé; il se compose d'une série de plaques en tôle de fer, découpées en couronnes et présentant quinze saillies sur la circonférence extérieure. En les superposant, on forme un cylindre creux dont la surface intérieure est lisse et dont la surface extérieure porte quinze cannelures. Le fil est alors enroulé comme dans l'anneau Gramme et de manière à remplir les cannelures. Le collecteur est le collecteur Gramme ordinaire.

Parmi les machines dans lesquelles on s'est préoccupé de rapprocher des inducteurs le noyau de fer de l'induit, il faut encore citer la machine Burgin dont la fi g, 2- montre l'induit seul. Pour l'obtenir, on forme avec des fils de fer un noyau qui, au lieu d'être circulaire, est hexagonal ; sur chaque côté de l'hexagone, on enroule du fil de cuivre isolé et Ton obtient ainsi six bobines qui ne doivent pas dépasser le cercle circonscrit à l'hexagone. Les sommets sont laissés à découvert

(97) et se meuvent très près des inducteurs. Un anneau à six bobines ainsi constitué serait trop faible; aussi réunit-on sur le même arbre huit de ces anneaux, en ayant soin de placer les sommets des hexagones suivant des hélices. Cette disposition a pour but de diminuer les variations d'intensité du courant. On a donc en tout quarante-huit bobines qui sont alors reliées aux quarante-huit lames d'un collecteur. Quant aux inducteurs, ce sont des électro-aimants ordinaires qui ne présentent rien de particulier.

Fig. 27. — Induit Bttrgin (la Lumière électrique).

Si, dans une machine comme celles que nous venons de décrire, on considère seulement Faction des inducteurs sur une des spires de l'anneau induit, sans tenir compte de la présence du noyau en fer, il est facile de voir que, les couranls étant dirigés dans le même sens pour le fil extérieur et le fil intérieur de cette spire, on ne recueillerait pour la spire entière que la différence des deux actions, c'est-à-dire très peu de chose, cette différence provenant uniquement de ce fait que les deux fils considérés ne sont pas tout à fait à la même distance des inducteurs. D'après certaines théories, le noyau en fer de l'anneau servirait uniquement d'écran, pour empêcher l'action nuisible des inducteurs sur les fils intérieurs, mais la partie intérieure de l'anneau Gramme n'en agirait pas moins pour augmenter sans profit la résistance totale du circuit. Sans nous prononcer, pour le moment, sur la valeur de cette explication, nous citerons seulement les machines créées dans cet ordre d'idées et dans lesquelles on a

(yS)

cherché à mieux utiliser les parties internes de Tanneau Gramme.

Dans la machine Fein, dont la disposition générale est celle de la machine Gramme, Tanneau est fixé par une de ses bases à un disque calé sur l'arbre; à l'autre extrémité, les épanouissements polaires des inducteurs sont recourbés en forme d'entonnoir, de manière à pénétrer dans l'intérieur de Fanneau.

Dans la machine Schwerd et Scharmveber, l'anneau est porté en son milieu par une étoile métallique sur laquelle il déborde par les deux bouts et les épanouissements des inducteurs pénètrent par les deux extrémités à l'intérieur de l'anneau.

Dans d'autres appareils, comme la machine Jurgensen et Lorenz, on a placé un deuxième système d'inducteurs dans l'intérieur de l'anneau; ce sont des électro-aimants plats, un peu plus courts que l'induit qui sont disposés en croix. Les pôles de même nom étant réunis par une pièce en fer doux, on a ainsi deux pôles intérieurs qui sont en face des pôles exlérieurs de même nom.

Indépendamment de toute considération théorique, toutes ces dispositions présentent toujours l'inconvénient d'augmenter beaucoup les difficultés de construction, en empêchant l'anneau d'être relié solidement à Taxe de rotation.

Nous citerons cependant encore, comme machines à inducteurs intérieurs, la machine Elphinston et Vincent qui présente ceci de particulier que son induit ne renferme pas de fer; cette machine est représentée en coupe {fig- 28). L'inducteur comprend, comme on le voit, six pôles extérieurs et six pôles intérieurs. Les pôles opposés sont de noms contraires; entre ces pôles tourne un cylindre de papier mâché A qui porte les fils induits. Ceux-ci sont constitués par des cadres plats de même longueur que le cylindre; ces cadres, au nombre de trente-six, sont placés les uns sur les autres de manière à se recouvrir partiellement, à peu près comme le font des cartes

(99) à jouer étalées d'un coup demain sur le lapis. Ils ne prennent ainsi qu'une faible épaisseur et, comme on leur a donné une largeur égale à la distance de deux pôles, il en résulte que lorsqu'un des grands côtés d'un cadre est influencé par un pôle, l'autre côté est influencé par un pôle de nom contraire

Fig. 28. — Machine Elphinston et Vincent (la Lumière électrique).

et les courants produits dans le cadre s'ajoutent. Les cadres qui constituent les bobines de l'anneau sont reliés à un collecteur: comme il y a six pôles, il faudrait six balais; mais on conçoit qu'au lieu de réunir les balais pour constituer les deux pôles de la machine, on peut réunir à l'avance les lames du collecteur trois à trois par des communications en triangle, de manière à n'avoir que deux frotteurs.

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C'est encore dans le but de diminner Faction nuisible dans le fil intérieur de Tanneau Gramme que Ton a imaginé les machines à anneau aplati, dans lesquelles rinduction se produit, non pas sur la surface latérale de Tanneau, mais sur ses bases. L'enroulement est toujours le même que précédemment, seulement la hauteur de Tanneau est faible par rapport à son diamètre, de sorte que, si l'on assimile les bobines à des cadres rectangulaires, les grands côtés de ces rectangles, au lieu d'être parallèles à Taxe du cylindre, sont dirigés suivant des rayons.

La plus importante des machines construites d'après ce principe est la machine Brush {fig- 29); dans le principe, le noyau de l'anneau était massif, comme dans l'anneau Pacinotti, et présentait sur ses deux faces des rainures radiales, dans lesquelles se logeait le fil des bobines. Afin de diviser davantage la masse de ce noyau, ce qui est important comme nous le verrons plus lard, pour éviter les actions parasites, on emploie aujourd'hui la disposition suivante : un long ruban de tôle dont la largeur correspond à l'épaisseur du noyau des bobines est enroulé en spirale; pendant l'enroulement, on intercale entre les spires du ruban de fer de petites lames de fer dépassant le ruban de part et d'autre et dont la longueur représente l'épaisseur totale de l'induit. Ces lames sont disposées de manière à ménager les rainures radiales destinées à recevoir le fil des bobines. L'induction est produite dans ces bobines par deux gros électro-aimants en fer à cheval disposés de chaque côté de l'anneau et opposés par les pôles de même nom^ ces électro-aimants portent des épanouissements polaires en forme d'arc de cercle; chacun de ces appendices, que l'on aperçoit sur la figure, occupe environ les | de la surface de l'anneau.

En outre de la forme de son anneau, la machine Brush présente une particularité remarquable, c'est la manière dont les courants sont recueillis. On a, en effet, employé non pas le collecteur Gramme, mais le commutateur Glarke qui est

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alors disposé de la manière suivante. Supposons d'abord, pour simplifier, qu'il n'y ait que quatre bobines A, A', B, B' (Jig. 3o) placées à 90*» l'une de l'autre et présenUnt, par conséquent, huit fils libres. Plaçons sur l'axe de rotation un commutateur à quatre coquilles a, t, a', b', reliées chacune aux

quatre fils entrants des bobines et réunissons les fils sortants des bobines A et A' qui sont diamétralement opposées, ainsi que ceux des bobines B et B'. D'après la disposition donnée aux inducteurs, la ligne neutre est verticale, c'est-à-dire que, lorsque les bobines traversent cette ligne, elles sont parcourues par des courants d'intensité à peu près nulle, tandis que l'intensité est au contraire maxima pour les bobines qui sont sur le diamètre horizontal. Si donc nous plaçons deux Trotteurs, tels que F, F', il est facile de se rendre compte sur la figure que le circuit extérieur sera constamment en relation avec les bobines pour lesquelles l'action est

niaxima, tandis que celles où cette action est nulle se trouvent mises hors du circuit. Dans la pratique, les coquilles voisines se recroîsent de manière qu'un frotteur n'abandonne pas une coquille avant d'être en contact avec la suivante ; on évite ainsi les interruptions de circuit et, par suite, les étincelles aux balais.

L'ensemble des quatre bobines A, B, A', B' forme, pour ainsi dire, une machine élémentaire; lorsqu'il y a douze bobines, comme dans, la machine représentée {^fig* 29), ces bobines sont partagées en trois groupes de quatre ; lés bobines de chaque groupe sont situées aux extrémités des deux diamètres rectangulaires. Il y a alors sur l'arbre de rotation trois commutateurs semblables à celui que nous venons de décrire et six balais, ce qui fournit trois courants distincts.

La machine Schuckert a la même disposition que la machine Brush; seulement les bobines sont plus nombreuses et les courants sont recueillis au moyen d'un collecteur Gramme.

La compagnie Brush a également construit des machines désignées sous le nom de machines Victoria, qui sont analogues à la machine Schuckert, avec cette différence que les inducteurs présentent quatre pôles sur chaque face de l'anneau. Les surfaces des épanouissements polaires ont été diminuées et enfin les lames du collecteur ont été réunies deux à deux, de manière à n'employer que deux balais au lieu de quatre.

La disposition consistant à employer un anneau de forme aplatie a du reste été appliquée par M. Gramme lui-même, dans une machine destinée au transport de la force. Les inducteurs de cette machine se composent d'une série d'électroaimants montés en cercle sur deux plateaux parallèles et perpendiculaires à l'axe de l'anneau. Les pôles des électro-aimants sont, sur un plateau, alternativement nord et sud et de mêmes noms que ceux qui sont en regard sur l'autre plateau. Il y a douze pôles sur chaque face de Tanneau, ce qui nécessite douze balais. Cette disposition des inducteurs, que nous

retrouverons dans les machines à courants alternatifs, semble peu avantageuse pour les courants continus; de plus, il y a toujours inconvénient à employer un aussi grand nombre de balais, les frotleurs constituant l'organe le plus délicat d'une machine électrique.

Au?c machines à anneau plat, il faut rattacher les machines dites à disque, bien que dans ces dernières la forme de Vanneau Gramme ait complètement disparu. Dans une machine construite par Sir William Thomson, l'induit est formé d'une série de barres de cuivre rayonnantes; leur largeur diminuant forcément près du centre, on augmente leur hauteur, de sorle que chaque barre gagne en hauteur ce qu'elle perd en largeur et que sa section reste constante. Ce disque est monté sur un axe vertical et tourne entre des inducteurs demi-circulaires; les courants sont recueillis par des galets frottant sur les prolongements des barres qui forment collecteur.

Citons encore, comme machine de ce genre, la machine Ferrantij dans laquelle le disque est vertical et où les courants sont recueillis avec du mercure, comme danç l'expérience de la roue de Barlow. Ces machines ne semblent pas du reste être entrées dans la pratique.

Dans toutes les machines que nous venons de décrire, à l'exception des deux dernières, l'induit a la forme d'un tore de révolution constitué par un noyau en fer doux sur lequel est enroulé le fil isolé. Dans les machines que nous allons examinermaintenant, l'enroulement du fil induit est différeni: le noyau étant constitué par un cylindre en fer doux, le fil isolé est enroulé parallèlement à l'axe suivant des génératrices, mais de manière à rester toujours à l'extérieur du cylindre. Ce mode d'enroulement a été imaginé par la maison Siemens de Berlin, et le type des machines de ce genre est la machine Siemens, représentée yîg'. 3i . Le fil de l'induit étant continu, les courants sont recueillis au moyen d'un collecteur Gramme. L'enroulement est fait comme nous venons de le dire; sur la base du cylindre qui porte le collecteur, les fils sont disposés

suivant les côtés d'un polygone étoile de manière à laisser libre au centre l'espace occupé par le collecteur; sur l'autre base les fils sont disposés suivant des diamètres et s'écartent légèrement vers le centre pour laisser passer l'arbre. Quant à l'inducteur, il est formé par des électro-aimants à points conséquents. Les épanouissements en fer, au lieu d'être massifs, comme dans la machine Gramme, sont formés de bandes

Fig. 3i. — Machine Siemens {Jamin et Bouty).

de fer recourbées embrassant l'induit. Avec cette disposition, on voit que lés portions de fil situées sur les bases du cylindre tournant sont soustraites à l'induction ; pour atténuer cet inconvénient, on augmente la dimension de l'induit dans le sens de son axe, par rapport à son diamètre. On est alors conduit à employer, pour les électro-aimants inducteurs, des bobines plates agissant sur toute la longueur de l'induit.

La machine Weston présente la même disposition que la précédente; toutefois le noyau de l'anneau, au lieu d'être, comme dans l'induit Siemens, formé par une carcasse en fils de fer, est obtenu, comme celui de la machine Maxim, au

moyen de rondelles de tôle superposées dont Tensemble forme un cylindre présentant des cannelures longitudinales; le fil Isolé est enroulé dans ces cannelures, comme il a été dit plus haut. En outre, les lames du collecteur sont légèrement hJli-

Fig. 32. — Machine Edison (la Lumière électrique).

coïdales, afin que chaque balai ne puisse pas quitter une de^ lames, avant d'être en contact avec la suivante. Celle disposition a pour but de donner plus de régularité au courant. La fig. 32 représente la machine Edison telle qu'elle existait à l'exposition de Philadelphie. Elle se composer

( >o7 ) comme on le voit, d'un gros électro-aimant en fer à cheval terminé par deux blocs de fer forgé entre lesquels tourne l'induit; celui-ci est du genre Siemens; mais, comme on voulait une machine ayant une résistance très faible, on a employé, au lieu de fil, des barres de cuivre disposées suivant les génératrices du cylindre; ces barres sont reliées à leurs extrémités, de manière à compléter le circuit; les courants sont recueillis au moyen d'un collecteur Gramme.

La machine Thury, employée en Suisse pour le transport de la force, est une machine à six pôles. Elle a la forme d'un prisme hexagonal dont les faces sont constituées par des électro-aimants plats. Les angles internes sont remplis par des épanouissements polaires alternativement nord et sud, (jui forment à l'intérieur un cylindre creux dans lequel tourne un induit Siemens. Comme il y a six pôles, on a six i'rotleurs qu'on peut accoupler de différentes façons, mais qui sont ordinairement réunis en quantité.

Dans la machine Elihu Thomson, l'inventeur a cherché à utiliser, pour l'induction, les fils des extrémités de l'induit Siemens ; pour y arriver, il a donné à son induit la forme d'une sphère. Les inducteurs sont constitués par deux gros électro-aimants creux présentant deux épanouissements hémisphériques. Dans cette machine, l'induit porte trois circuits complètement distincts; les courants sont recueillis par un commutateur, et une disposition analogue à celle que nous avons indiquée, à propos de la machine Brush, met hors du circuit général une des bobines au moment où celle-ci est inactive.

Signalons encore la machine Stanley, qui se rapprocherait plutôt de la bobine Siemens à double T. En effet, l'induit de cette machine peut être considéré comme formé de deux bobines Siemens disposées en croix. Les deux circuits de ces bobines sont séparés et aboutissent à un commutateur semblable à celui de la machine Brush à quatre bobines. Les balais recueillent donc alternativement les courants déve-

loppés dans les deux circuits. Les inducteurs sont des électro-aimants ordinaires qui ne présentent rien de particulier. Dans les machines que nous venons de passer en revue et appartenant, soit au genre Gramme, soit au genre Siemens, les bobines de Tinduît sont toutes enroulées sur un novau commun; dans les appareils qui nous restent à décrire, les bobines de Pinduit ont chacune leur no^^au distinct, comme dans la machine de Clarke ou de TAlliance. La/i^. 33 repré-

Fig. 33. — Machine Wallace-Farmer (la Lumière électrique).

sente un appareil de ce genre : c'est la machine Wallace- Farmer, dans laquelle Tinduit est formé de bobines parallèles à Taxe de rotation et disposées en couronne sur un plateau perpendiculaire à cet axe. Les bouts de chaque bobine sont reliés à ceux des deux bobines contiguës et à un collecteur Gramme; les inducteurs sont formés par des électro-aimants plats; comme on le voit sur la figure, le plateau mobile porte une série de bobines sur chaque face ; les deux séries de bobines sont distinctes et il y a deux collecteurs. Ce sont donc en réalité deux machines montées sur le même axe et fournissant deux courants séparés. 11 faut remarquer qu'avec cette disposition des bobines induites, le courant change de sens dans ces bobines au moment où elles passent devant les pôles

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de l'aimant inducteur, comme pour la machine de Clarke ; il en résulte que les balais sont placés, non plus sur le diamètre perpendiculaire à la ligne des pôles inducteurs, comme cela a lieu dans la machine Gramme, mais sur la ligne même de ces pôles. Cette remarque s'applique à toutes les machines du même genre.

Là machine Cance oflFre la même disposition; elle présente toutefois une particularité intéressante au point de vue de la construction des bobines, tant de l'induit que de l'inducteur. Au lieu d'enrouler simplement le fil isolé sur un noyau defçr doux, on a formé les bobines de couches alternatives de fil de fer et de fil de cuivre isolé, dé sorte que le noyau se trouve réparti dans toute la masse. Cette disposition a pour but d'augmenter l'action des couches extérieures sur le fer du noyau.

La machine Hopkinson Muirhead appartient à la même catégorie; elle se compose d'un tambour métallique formé de deux plateaux en fonte portant les inducteurs. Les noyaux de ceux-ci sont à section trapézoïdale; leurs pôles sont alternativement nord et sud et à chaque pôle nord correspond un pôle sud dans l'autre série d'inducteurs. L'induit est construit de la manière suivante : autour de l'axe, on enroule une longue lame de fer dont on isole les spires; on obtient ainsi un disque que l'on maintient au moyen de boulons allant du centre à la circonférence. Sur chaque face de ce disque on taille des rainures radiales, de manière à constituer des noyaux saillants autour desquels on enroule les bobines; les rainures sont disposées de telle sorte que les bobines d\in côté du disque alternent avec celles de l'autre côté. On a donc ainsi des bobines aplaties dont la disposition est la même que dans les machines précédentes. La principale différence réside dans la façon dont les courants sont recueillis : de fait l'appareil comprend vingt lames disposées commele collecteur Gramme, mais qui constituent un véritable commutateur. Prenons seulement les bobines d'un côté du plateau \ ces bobines B. 8

sont au nombre de dix, et chacune d'elles a ses extrémités reliées à deux lames voisines du commutateur. Dix frotleurs portés par la circonférence du tambour viennent s'appuyer sur ces lames. Ces frolteurs fournissent cinq courants séparés et en réalité on peut considérer deux frotteurs voisins comme les pôles d'une machine distincte. Pour que cette machine fournisse un courant, il faut que les deux frotteurs voisins considérés communiquent avec les deux extrémités d'une même bobine, c'est-à-dire avec deux lames voisines du commutateur. Si les frotleurs se composaient d'un simple ressort, cela ne pourrait pas avoir lieu, puisque la distance de leurs points de contact serait le ~ de la circonférence et qu'il y a vingt lames. On a alors formé chaque frotleur de deux ressorts qui touchent le commutateur en deux points dont la distance est égale à la moitié de la largeur d'une lame; il est facile de se rendre compte qu'avec cette disposition la paire de frotteurs considérée se trouve mise successivement en contact avec chacune des bobines tournantes. Le contact n'a lieu que pendant que le courant a son maximum d'intensité. Les bobines de l'autre face du disque sont relices aux premières. On a donc cinq courants distincts : l'un d'eux sert à alimenter les inducteurs, les quatre autres sont utilisés séparément ou réunis. Cette disposition, en somme, est ingénieuse, mais elle a l'inconvénient d'être assez compliquée et d'exiger un grand nombre de frotleurs.

Dans les machines à no}'aux distincts dont nous venons de parler, les noyaux des bobines induites sont parallèles à l'axe de rotation. On trouve d'autres machinés dans lesquelles les noyaux sont perpendiculaires à l'axe de rotation; nous citerons entre autres la machine Lontin qui figurait à l'Exposition universelle de 1878. L'induit de celte machine, auquel son inventeur donne le nom de pignon induit, se compose de bobines cylindriques ayant leurs axes implantés perpendiculairement à l'axe de rotation, comme les rais d'une roue. On dispose parallèlement sur l'axe plusieurs roues semblables,

en ayant soin de les mettre un peu en retraite les unes sur les autres, de manière que, dans le sens de l'axe, les bobines forment des hélices à pas très grand. Ces bobines reliées à un collecteur Gramme se meuvent entre les pôles d'un électro-aimant en fer à cheval dont le plan est perpendiculaire à l'axe de rotation.

La machine Gérard présente une disposition analogue; seulement l'induit ne renferme que quatre bobines allongées et ayant leurs grands côtés parallèles à l'axe. Les inducteurs sont formés de quatre électro-aimants disposés à l'intérieur d'un bâti cylindrique et présentant quatre pôles. Les courants sont redressés au moyen d'un commutateur; les bobines sont reliées deux à deux, de manière à n'employer que deux baldis.

Toutes les machines à noyaux distincts sont inférieures aux précédentes, au point de vue de la régularité du courant; car, avec cette disposition, les bobines de l'induit sont forcément moins nombreuses qu'avec la disposition des induits Gramme ou Siemens. On est obligé alors, pour atténuer cet inconvénient^ de leur donner de très grandes vitesses.

Le Tableau qui suit donne des indications sur quelquesunes des machines que nous venons de décrire. Les chiffres de ce Tableau ne se rapportent qu'à une seule expérience, pour chaque machine, qui n'a pas toujours été placée dans les meilleures conditions de travail. Ils sont simplement destinés à donner une idée de la puissance de ces machines. Lorsque les inducteurs sont excités en dérivation, la résistance intérieure portée dans la première colonne est la résistance de l'induit seul. La résistance extérieure, inscrite dans la deuxième colonne, est toujours une résistance inerte, c'està-dire se rapportant uniquement à un circuit métallique. Enfin la dernière colonne, intitulée Rendement, indique le

F i rapport du travail électrique -z— au travail mécanique cédé

par le moteur à la machine électrique, travail qui est inscrit à l'avant dernière colonne.

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