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Sur les progrès que l'anatomie et la physiologie humaine ont faits dans les derniers temps en Belgique [electronic resource]

(Lu il lii sciuicc puliliciuc Uc la diisso des sciciicfs, le 10 ilciciiibrc 1SI9.)

Messieurs,

Les sciences en nous faisant connaître les formes et l'ort^anisalion des corps, ainsi que les lois d'après lesquelles s'établissent leurs rapports mutuels, n'attirent pas au premier abord l'attention générale. Quelque charme qu'offre leur étude, l'application sérieuse qu'elle exige rebute la plupart des hommes, plutôt attirés vers la jouissance plus facile des œuvres de l'imagination. Mais pour toute véritable science, il arrive une époque où elle fixe l'atlen-

tion du monde, c'est quand elle entre dans l'application , qu'elle contribue au bien-êlre de riiomme, qu'elle augmente ses richesses, et conserve sa santé ou soulage ses soiifi'rances. Des siècles de recherches, des milliers d'observateurs passent souvent inconnus et oubliés jusqu'à la découverte du dernier fait, qui féconde une science. La force de la vapeur d'eau, les phénomènes électriques ont été longtemps étudiés dans le silence du cabinet avant que nous ayons appris à nous servir de l'une comme puissance motrice et des autres pour transmettre nos pensées avec la rapidité de l'éclair. Dans cette indifférence encore trop générale, il ap[)artient à l'Élat de veiller à la culture des sciences, dont peuvent un jour dépendre sa conservation et la place du pays dans l'histoire. Après des guerres désastreuses, après les ruines d'une occupation étrangère, le bien-être n'a été ramené chez un peuple voisin que par les chimistes et les physiciens qu'y avait protégés le Gouvernement impérial. Ce sont leurs ellorls qui, en peu de temps, rendirent à l'industrie son ancienne splendeur. Une voix plus éloquente que la mienne vous a entretenus souvent des travaux scientifiques exécutés en Belgique depuis 1850. Vous avez pu a))précier si les savants belges ont compris leur mission. Je m3 permettrai seulement d'ajouter que, si la conduite admirable de la Belgique , dans les derniers événements, lui a conquis une place honorable parmi les nations politiques, les travaux de ses savants avaient déjà , depuis longtemps , attiré l'attention de l'Europe savante. Ils y étaient peut-être plus connus que dans leur patrie, où, pour les apprécier, on attend souvent le jugement de l'étranger. C'est en comptant sur votre indulgence, que j'ai accepté la tâche de vous présenter, Messieurs, un résumé des travaux anatomiques et physio-

lot;i(iiies, publiés en llclgique dans les derniers tenips.

L'anatomie ou la descriplion des organes de Thomnie et des animaux forment la base scientifique delà physiologie et de l'art médical. Les progrès de ces dernières sciences correspondent toujours à ceux de la première. Pendant 20 siècles on a ajjpiiqué à l'honime les observations faites sur les animaux, et on a discuté les fonctions des organes et leurs changements dans les maladies sans connaître l'anatomie humaine. Une apathie naturelle à l'homme, qui se contente facilement de traditions et d'hypothèses , les entraves apportées à la dissection des cadavres par des préjugés déplorables en furent la cause. Du temps des Romains, pourvoir un squelette humain, on faisait le voyage d'Egypte, 011 l'étude de l'anatomie humaine avait fleuri peu de temps par les soins d'Erasistrate et d'Hérophile (300 a. J.-C). C'est au réveil des sciences, vers le XVP siècle, réveil déterminé par la découverte du nouveau monde et de l'art de l'imprimerie, et par l'introduction des forces nouvelles de la bourgeoisie dans la vie publique, que commence l'élude sérieuse de l'anatomie de l'homme. C'est un Belge, Yésale, qui a eu la gloire de créer cette science fondamentale, et de ramener dans l'étude de l'histoire naturelle l'expérience et l'observation. Un savant professeur de Gand, M. Burggraeve, a élevé un digne monument à son grand compatriote par ses éludes sur André Yésale.

Depuis lors, une série non interrompue d'auatomisles de toutes les nations de l'Europe lirent connaître les organes du corps humain dans les plus grands détails. Il serait peut-être d'un utile enseignement pour l'avenir, de rechercher pourquoi la Belgique, tout en produisant encore les noms respectés de Dodoens, Spiegliel, Palfyn, cessa, pendant près d'un siècle, d'occuper dans l'histoire de

l'analomic le rang émiiienl que des précédents aussi glorieux lui avaient assuré. La connaissance des organes de l'homme eut pour suite l'étude de leur altération par les maladies, et la création de ranalomie pathologique. L'observation anatomique, à son tour, détermina l'introduction de l'expérimentation en physiologie. La découverle de la circulation du sang fut le résultat de l'entrée dans cette voie nouvelle et scientifique. Mais les organes de l'homme possèdent des éléments ou des tissus qui leur sont communs. C'est ainsi que le tissu musculaire, le tissu muqueux entrent dans la composition de beaucoup d'organes et y présentent des propriétés identiques. Celte manière d'envisager l'anatomie sous une nouvelle lace eut pour eflet, vers le commencement de ce siècle, la création de l'anatomie générale par Bichat , science dont les premiers éléments étaient préparcs depuis Vésale. Je dépasserais le cadre qui m'est tracé, si je voulais vous exposer l'inlluence que cette étude approfondie de l'anatomie humaine a exercée sur celle des animaux, sur la zoologie, et spécialement sur l'art médical. Il me suffira de dire que le nombre d'ouvrages remarquables en histoire naturelle et en médecine a été, dans tous les pays, dépendant du zèle avec lequel l'analomic et la physiologie humaine y ont été cultivées. Les pays où ces sciences ont été négligées ont été forcés constamment, surtout en ce qui concerne l'art médical, de subir les systèmes venus de l'étranger; car ils avaient perdu l'habitude et la méthode d'un examen scientifique, méthode qu'une révolution complète dans les sciences avait de beaucoup améliorée vers la lin du dernier siècle. C'est un phénomène bien curieux que cette agitation profonde et générale des esprits, de laquelle sort, d'un côté, un état social nouveau , de l'autre, une foule de découvertes

imporlanles qui amènent une révolution complète dans toutes les sciences et dans leurs applications à l'induslrie et à l'agriculture. Je ne citerai qu'un exemple : « Jamais, ditLiebig, par aucun événement, le monde civilisé n'a éprouvé une plus grande révolution dans ses habitudes, dans ses mœurs, que par la découverte de l'oxygène. La connaissance de la composition de l'atmosphère, de la terre, de l'eau, de leur influence sur la vie des plantes et des animaux, de la respiration, en a été le résultat. Des fabriques et des industries innombrables, les machines à vapeur, les chemins de fer, tout cela a été préparé par cette découverte. La fortune des Étals a par elle décuplé de valeur; la fortune de chacun a été augmentée. »

Les paroles que je viens de citer suffisent pour indiquer l'arrivée d'une ère nouvelle pour l'anatomie et la physiologie. J'en viens maintenant à la part que les savants belges y ont prise.

Une lacune imporlanle était restée dans l'analomio. Une horreur instinctive des chiffres, commune aux médecins, parmi lesquels se recrute exclusivement la classe des anatomistcs, leur fit négliger des recherches aussi intéressantes qu'utiles sur les proportions du corps humain et de ses organes. Les sculi)teurs ont jusqu'à présent dû deviner, en quelque sorte, les proportions à donner aux statues, faute de connaître sudisamment les lois d'après lesquelles ces proportions sont fixées. Il suffit de parcourir les salles d'exposition pour reconnaître des erreurs commises, môme l)ar des hommes de talent. Déjà, au XVl" siècle, Albert Durer, l'illustre peintre, et, de notre temps, le statuaire Schadow, avaient essayé de satisfaire par des ouvrages spéciaux aux exigences de l'art et de la science.

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